Né aux États-Unis, l'art urbain ou street art émerge à Paris à partir de la fin des années 1960. D'abord cantonné aux friches urbaines, au métro et aux espaces délaissés des quartiers populaires au Nord-Est et au Sud-Est de la capitale, il investit progressivement tous les arrondissements de Paris, avant de s'institutionnaliser à partir des années 2010. À l'origine clandestin et masculin, il gagne peu à peu en visibilité, se féminise et s'internationalise. Soutenu par la Mairie de Paris, le galeriste Mehdi Ben Cheikh et le collectionneur Nicolas Laugero Lasserre ou des collectifs tels que la Fédération de l'art urbain, Le M.U.R, Art Azoï, il est désormais exposé dans des galeries (Itinerrance, Mathgoth), des musées (Art42, le musée Banksy ou Fluctuart) et rassemble des œuvres éphémères (la Tour 13 ou Street Art Avenue) ou pérennes (Boulevard 13).
Avec plus de œuvres des plus grands artistes nationaux et internationaux, dont plus de 160 dans le arrondissement, et couvrant une grande variété de styles et de techniques (fresques murales, mosaïques, pochoirs, graffiti, collages, tape art, flacking, installations urbaines...), Paris est aujourd'hui l'une des capitales mondiales de l'art urbain.
Historique
L'émergence (les années 1960 et 1970) L'art urbain émerge dans les années 1960, avec les premiers Éphémères de Gérard Zlotykamien bombés sur le chantier de Beaubourg, et La Commune ou les gisants d'Ernest Pignon-Ernest peints sur les escaliers du Sacré-Cœur de Montmartre, en hommage aux Communards victimes de la Semaine Sanglante. Dans les années 1970, plusieurs artistes tels que Speedy Graphito ou Captain Fluo contribuent à son développement.
L'explosion (les années 1980 et 1990) Il a ensuite explosé dans les années 1980, grâce notamment à des artistes tels que Blek le rat ou Jérôme Mesnager, fondateur de Zig-zag, qui investit les murs de ses "Hommes blancs". Son épanouissement est étroitement lié à la culture hip-hop. Sur le terrain de Stalingrad, dans le arrondissement, à l'intersection de la voie ferrée de l’est et de la ligne 2 du métro parisien, de nombreux graffeurs (Bando, Psyckoze, Boxer, Skki, Mode) s'adonnent à leur art. L'art urbain se développe aussi dans le métro, dont les murs et les wagons s'ornent de graffiti. Le , les graffeurs Oeno, Stem et Gary couvrent les parois de la station Louvre-Rivoli et ses reproductions de statues et de bas-reliefs. Arrêtés, ils sont incarcérés à Fleury-Mérogis.
L'affirmation et la consécration (les années 2000 à 2020) La fin des années 2000 marquent l'affirmation de l'art urbain, grâce notamment à l'association M.U.R. (« Modulable, Urbain et Réactif ») qui ambitionne d'intégrer l’art urbain en France. Dans la rue Oberkampf, utilisent de grands panneaux publicitaires pour exposer leurs œuvres. En 2009, le Grand Palais expose 150 tagueurs internationaux pendant plus d'un mois et en 2016 ouvre Urban Art Fair, la première foire internationale consacrée à l’art urbain, créée par Yannick Boesso. vignette|Cœur anarchiste d'A2
Cependant la limite entre création artistique et vandalisme demeure floue et la question du statut juridique de l'art urbain continue de se posée. En , l'artiste Thoma Vuille est ainsi poursuivi par le tribunal correctionnel de Paris pour son M. Chat, réalisé gare du Nord, et condamné à d'amende.
En outre, certaines œuvres d'art urbain sont elle-mêmes victimes de graffeurs, telles que la Marianne de Shepard Fairey, dont le visage est couvert de larmes de sang, en pour protester contre la politique du gouvernement, ou de vols, comme Le rat au cutter, de Blek le rat, découpé sur un panneau près du Centre Georges-Pompidou en 2019.
L'art urbain est désormais présent dans tous les arrondissements de Paris, et peut être découvert gratuitement sur de nombreux parcours. Il se manifeste sous diverses formes : graffitis, les tags, les peintures murales, les collages, les stickers et les pochoirs. Il investit aussi bien les espaces ouverts que les espaces couverts, comme la gare du Nord, où l'artiste Btoy réalise en 2016 une série de portraits de femmes. Si la majorité de ses supports sont des murs ou des façades, il peut également couvrir le mobilier urbain, les coffrets électriques ou les boîtes à lettres, avec les œuvres de C215, des objets délaissés, comme les œuvres du street artiste Lorem. vignette|Visage 3D de Grégos Cantonné aux quartiers populaires, il se développe dans les quartiers les plus favorisés de Paris, tels que le arrondissement, où l'on peut voir l'œuvre de Sean Hart Le monde n'appartient à personne, ou les collages de Heartcraft, ou encore le arrondissement, où dans le cadre du Colors festival, l'immeuble du 17, rue de Buci est investi par en 2022.
Des expositions sont désormais consacrées au street art telles que l'exposition "Capitale(s) d’art urbain à Paris" à l'Hôtel de Ville en 2022.
Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 contribuent à populariser l'art urbain. Plusieurs artistes tels que JonOne à la station de métro Palais royal-Musée du Louvre sont invités à réaliser une œuvre.
Réalisations par arrondissement
arrondissement
Le tunnel des Tuileries Fermé à la circulation des automobiles depuis 2016, le tunnel des Tuileries est devenu en 2022 un lieu d'exposition d'art urbain éphémère. Sur plus de , dix fresques ont été réalisées par Bault (France), Madame (France), WAR! (France), Andrea Ravo Mattoni (Italie), Lek et Sowat (hommage à Jacques Villeglé)(France), Romain Froquet (France), Erell (France), Jussi TwoSeven (Finlande), Sifat (France & Bengale), et Hydrane (France). vignette|Fresque de Madame, dans le tunnel des Tuileries
arrondissement Place Igor-Stravinsky, plusieurs œuvres d'art urbain surplombent la fontaine Stravinsky, parmi lesquelles Chuuuttt ! de Jef Aérosol, et Knowledge + Action = Power de Shepard Fairey alias Obey, et PA-1432, la plus grande œuvre de Invader réalisée à Paris.
et arrondissements
Fluctuart, la péniche d'art urbain Amarrée au quai d'Orsay depuis 2019 dans le port du Gros-Caillou, cette péniche est l'œuvre de l'architecte Gaspard Ronzatti, président de Seine Design. Premier musée d'art flottant sur la Seine consacrée à l'art urbain, Fluctuart a été conçu par Nicolas Laugero Lasserre.
arrondissement
Le musée Banksy Située 44, rue du Faubourg Montmartre et ouverte en , cette exposition, au départ temporaire, s'est pérennisée et rassemble jusqu'en 2030, le plus grand nombre d'œuvres grandeur nature de l'artiste britannique Banksy.
arrondissement
Le mur d'Oberkampf Située à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, cette façade murale de 8 mètres sur 3, se couvre tous les quinze jours, depuis 2002, d'une nouvelle création.
Les fresques en hommage aux victimes des attentats de 2015 Cet arrondissement abrite plusieurs fresques, hommages aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo du , notamment celle de C215 rue Nicolas Appert, et de l'attentat du 13 novembre 2015 contre le Bataclan Fire Door, Bataclan, de Banksy, passage Saint Pierre Amelot, qui a été dérobée puis retrouvée en Italie.
Le mur de la rue de la Fontaine-au-Roi La rue de la Fontaine-au-Roi concentre de nombreuses œuvres d'art urbain, notamment Free Palestine et Stop genocide peintes par le collectif Black Lines en , peu de temps après le lancement d'un mandat d'arrêt contre Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale.
À proximité, au 7, rue Desargues, se trouve une fresque classée parmi les 100 plus œuvres de street art du monde en 2021 : le chef d'orchestre d' Hyuro, réalisée d’après l’esquisse originale de l’artiste par Escif et Axel Void.
La rue de Montreuil
arrondissement
La Coulée verte Des œuvres d'art urbain peuvent être découvertes tout au long de l'axe de la Coulée verte René-Dumont. Sur cette ancienne voie ferrée reliant le bois de Vincennes à la place de la Bastille se trouvent notamment une fresque réalisée boulevard Soult en 2024 par des collégiens en hommage à Alexandra David-Néel.
Le MURdu12, situé au 36 rue du Sahel et inauguré en 2017, à l'initiative du collectif Cicero, est inspiré du Mur d'Oberkampf. Il permet à un artiste soutenu par la Mairie du arrondissement de réaliser une œuvre street art sur un espace de 18 mètres sur 3.
Autres lieux
arrondissement
Boulevard 13 Le musée Boulevard Paris 13 est situé dans le arrondissement de Paris. Il est le fruit d'un projet né en 2009, d'une initiative de son maire, Jérôme Coumet, et de la galerie Itinerrance de Mehdi Ben Cheikh, qui demandent à des artistes urbains mondialement connus de décorer plusieurs grandes tours du quartier, situées sur l'axe du boulevard Vincent-Auriol.
Leur objectif est d'initier les riverains et le grand public à des pratiques artistiques encore très peu connues, tout en intégrant les œuvres dans la vie quotidienne des habitants.
Inauguré le , en présence de plus de personnes, ce musée d'art urbain à ciel ouvert comprend aujourd'hui 55 fresques de renommés tels que Add Fuel, Btoy, C215, Shepard Fairey (Obey), D*Face, Faile, Hush, Invader, Conor Harrington, ST4, Seth, Inti, Vhils.
Les fresques de Boulevard Paris 13, qui ont commencé à être peintes en 2015, s'étendent désormais sur plusieurs artères de l'arrondissement : rue du Château-des-Rentiers, boulevard de l'Hôpital, rue Jeanne d'Arc, rue Lahire, avenue de Choisy, Jardins des Grands-Moulins, avenue de la Porte-d'Italie, boulevard Masséna.
Certaines d'entre elles peuvent être aperçues des fenêtres du métro de la ligne 6.
La Butte-aux-Cailles Plusieurs façades du quartier sont ornées des créations de MissTic, qui a vécu plus de vingt ans dans ce quartier, de Lady Bug, mais également d'animaux de Philippe Baudelocque, de diamants du Diamantaire, ou de cœurs anarchistes d'A2.
Quartier de la Gare Port d'Austerlitz Les docks, sur le port d'Austerlitz, sont un lieu d'expression de l'art urbain.
Spot 13 Spot 13 est une ancienne friche située quai d'Ivry reconvertie, depuis 2017, en un espace d'art éphémère par Joko, lui-même ancien graffeur. Des fresques y ont été peintes par Anna Conda, Msieubonheur, Elgee, Andrew Wallas, Move, les deux frères de Ensemble réel, Petri, PESCA 2AC, Djalouz, dirtysix6, ou encore S7T RBZ.
Le Lavo//Matik Située 20 boulevard du Général-d'Armée-Jean-Simon, cet espace consacré à l'art urbain a été créé en 2013 par Benoit Maître et accueille des expositions ainsi qu'une boutique.
La galerie Itinerrance Cette galerie, la première consacrée à l'art urbain à Paris, été fondée en 2004 par Mehdi Ben Cheikh. Ouverte rue René-Goscinny, elle est transférée en 2016 au 24 bis boulevard du Général-d'Armée-Jean-Simon.
La galerie Mathgoth Créée en 2010 par Mathilde et Gautier Jourdain, la galerie Mathgoth consacrée à l'art urbain, est au départ itinérante. Elle s'installe en 2013 dans le quartier de la Gare, 34 rue Hélène Brion.
14e arrondissement On trouve des oeuvres notamment sur le boulevard Raspail, la rue de Perceval et le jardin Chérifa.
15e arrondissement
Le totem géant de Da Cruz rue des Périchaux, inauguré en 2018, orne une façade de 50 mètres de haut, et a été financé dans le cadre du projet « Les œuvres d’art investissent la rue» du budget participatif de 2014.
Le quartier de Grenelle concentre plusieurs fresques dont un bestiaire de Philippe de Lanouvelle et Baudoin de Renty, rue de la Croix-Nivert, et Le Messager, de l'artiste franco-chilien Juan Luis Cousiño, rue de l'Amiral Roussin.
Dans le cadre d'un projet d'embellissement, les murs pignon de l'hôpital Necker-Enfants malades, auquel Keith Haring avait déjà fait don de Tower fresque monumentale en 1987, ont été ornées en 2014 de Scratching the surface, trois fresques de Vhils représentant des visages d'enfants. En sous-sol couloirs de circulation reliant les différents bâtiments de l'hôpital, ont été ornées de fresques colorées par bénévoles dont Jo Little, Ster, adPow et Exposito Art.