Sheila Jeffreys, née le à Londres, est une universitaire et militante féministe radicale britannique. Ses travaux portent sur l'histoire et les aspects politiques de la sexualité humaine.

Elle est notamment connue pour ses analyses critiques de l’hétérosexualité, qu’elle conçoit comme un système de domination masculine, pour avoir contribué à la conceptualisation du lesbianisme politique, ainsi que pour ses positions abolitionnistes concernant la prostitution et la pornographie. Elle émet également des critiques virulentes à l'égard des transidentités et du transféminisme, ce qui lui a valu d’être accusée de transphobie et d’essentialisme par d’autres féministes et universitaires.

Biographie

Jeunesse Sheila Jeffreys naît le , à Londres, d'un père militaire ayant servi en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Elle est scolarisée dans une grammar school pour filles, puis étudie à l'Université de Manchester.

Sheila Jeffreys exprime avoir été athée et socialiste dès sa jeunesse.

Études En 1973, Sheila Jeffreys décide . Elle revendique en effet son lesbianisme comme un choix politique et réfléchi.

En 1975, Sheila Jeffreys se réinstalle à Londres. Elle se revendique alors féministe socialiste. Elle rejoint l'un des quarante groupes de Women Against Violence Against Women (WAVAW), une organisation ayant pour but de lutter contre les violences faites aux femmes. Il s'agit de son premier engagement politique.

Carrière universitaire En 1985-1986, Sheila Jeffreys reçoit une bourse du programme Fulbright pour poursuivre ses recherches aux États-Unis. Lors de son retour à Londres à l'été 1986, aucun de ses contrats d'enseignement n'est renouvelé.

En 1991, elle publie l'essai Anti-Climax: A Feminist Analysis on the Sexual Revolution, dont la réception positive l'aide à obtenir un poste au département de science politique à l'Université de Melbourne. Elle est accompagnée en Australie par Ann Rowett, sa compagne, en vertu d'une loi australienne tout juste passée, autorisant les conjoints gays et conjointes lesbiennes à émigrer avec leurs époux, de la même façon que pour les hétérosexuels.

Sheila Jeffreys enseigne en Australie jusqu'en 2015, année où elle prend sa retraite.

Recherches et positionnements politiques Seila Jeffreys est principalement connue pour ses positionnements et ses recherches liées au féminisme et au lesbianisme. Elle s'engage également contre l'antisémitisme.

Critique de l'hétérosexualité Sheila Jeffreys fait partie des premières féministes radicales à interroger le désir des femmes et leur plaisir dans la sexualité hétérosexuelle. Comme d'autres féministes, elle considère que l'hétérosexualité n'est pas simplement le désir d'un genre pour un autre, mais le désir qui naît de l'érotisation de la domination des hommes et de la soumission des femmes : elle parle d'. Pour elle, cette érotisation entraîne chez les femmes une dissociation psychique, que leur sexualité transforme en objet, niant leur statut de sujet. Elle se montre critique des concepts de libération sexuelle et de masochisme féminin. Sa vision du sadomasochisme est jugée par la chercheuse Atara Stein et d'autres féministes pro-BDSM.

Ses analyses concernant l'hétérosexualité, qui apparaît alors comme une construction sociale, contribuent à la conceptualisation du lesbianisme politique..

Lesbianisme politique et féminisme lesbien À la fin des années 1960, le lesbianisme politique émerge au sein de la seconde vague des féministes radicales. Il est défini comme un moyen de lutter contre le sexisme, par le rejet de l'hétérosexualité, et donc de l'hétéronormativité. Sheila Jeffreys aide à développer le concept, dans l'article « Love Your Enemy? The Debate Between Heterosexual Feminism and Political Lesbianism », publié par le Leeds Revolutionary Feminist Group : .

Les autrices y affirment également que les femmes devraient arrêter de soutenir l'hétérosexualité et invitent les lectrices à se débarrasser des hommes « dans [leurs] lits et dans [leurs] têtes ».

Sheila Jeffreys s'investit également dans le mouvement féministe lesbien.

Histoire des sexualités et du lesbianisme Les travaux de Sheila Jeffreys portent également sur l'histoire des sexualités, et en particulier l'histoire du lesbianisme. Elle s'est intéressée en particulier au puritanisme de la fin du , dans The Spinster and Her Enemies: Feminism and Sexuality 1880–1930 (1985), ainsi qu'au tournant répressif homophobe des années 1920 (« Sex reform and anti-feminism in the 1920s », publié dans The Sexual Dynamics of History: Men's Power, Women's Resistance en 1983). Jeffreys se montre également critique de la révolution sexuelle des années 1960.

Sheila Jeffreys considère que la pathologisation de l’homosexualité féminine par les sexologues aurait conduit à une répression des amitiés féminines dans la première moitié du . Cependant, sa thèse est remise en cause par des recherches plus récentes, notamment les travaux de Laura Doan, Martha Vicinus, Alison Oram et Deborah Cohler, qui montrent que la figure de la « femme invertie » n’était omniprésente ni dans les discours ni dans les perceptions de l’époque, et que les amitiés féminines gardaient souvent des expressions émotionnelles fortes sans crainte excessive d’être étiquetées lesbiennes.

Abolition de la prostitution et de la pornographie Sheila Jeffreys adopte une position abolitionniste concernant la prostitution et la pornographie. Elle considère la prostitution comme une forme de violence masculine envers les femmes, et refuse de la considérer comme un travail du sexe ou comme une activité choisie. Elle soutient que la prostitution est un système d'exploitation sexuelle structuré par le patriarcat et que les travailleuses du sexe sont des victimes de la domination masculine. Elle argumente également pour différencier la prostitution du travail reproductif et du travail domestique. Elle critique les discours académiques qui présentent la pornographie et la prostitution comme des pratiques neutres ou émancipatrices, et les accuse de renforcer l’idéologie néolibérale en normalisant l’exploitation sexuelle des femmes.

Dans ses écrits, Jeffreys critique aussi l’industrie de la pornographie, qu’elle associe à la normalisation des violences sexuelles, au patriarcat et au capitalisme. Elle y voit un prolongement de l’appropriation historique des corps des femmes par les hommes.

Elle défend la criminalisation des clients et milite pour l’abolition de ces pratiques, s’opposant aux discours qui les considèrent comme des formes d’autonomisation. Cette position rejoint sa perspective féministe radicale, qui conçoit la sexualité comme un enjeu fondamental de pouvoir, de contrôle et d’objectification des femmes.

Transphobie et essentialisme

Sheila Jeffreys tient des positions critiques envers les personnes transgenres, jugées transphobes. Dans plusieurs de ses ouvrages, notamment Gender Hurts: A Feminist Analysis of the Politics of Transgenderism (2014), elle soutient que les transidentités contribuent à détruire le féminisme en se soumettant aux normes patriarcales, et nuisent aux luttes gay et lesbienne. Jeffreys considère les opérations de réattribution sexuelle et les traitements hormonaux comme des formes de violence médicale. Dans ses écrits les plus récents, elle déplore la visibilité et le crédit accordés au militantisme trans, qu’elle voit comme un effacement de la base politique et sociale des luttes féministes, et critique l’essor de la théorie queer.

Pour Jeffreys, les femmes trans ne devraient pas exister, et, dans un monde post-patriarcal, .

Ces positionnements de Jeffreys sont récusés par d'autres féministes, dont Jacqueline Sanchez Taylor et Judith Butler qui critiquent sa . Butler considère que Jeffreys se méprend dans sa compréhension du concept de construction sociale du genre, voire en fait sciemment une utilisation erronée, qui nie le vécu des personnes transgenres.

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Chapitres d'ouvrages

Articles

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes

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