La dispersion est un mode de funérailles qui vise à un retour à la nature de la personne défunte après sa crémation. Elle est de ce fait intimement liée et conséquente de la crémation. Les restes corporels issus du four crématoire sont éparpillés, dispersés, dans un élément naturel : espace aquatique, terrestre ou aérien. Cela est souvent considéré comme un retour symbolique de la personne défunte à la nature.. De plus la philosophie crématiste préfère la dispersion à la sépulture en prônant « la terre aux vivants ».
Historique Période antique
Dans la période antique de la crémation, jusqu’à la fin du , moment où elle a été bannie, les restes constitués des os calcinés étaient mis dans une poterie qui était enfouie dans le sol et surmontée d’un cippe (stèle funéraire).
Quant à la notion elle-même de dispersion des restes corporels après crémation , elle est inexistante à l’époque antique, sauf lorsque l’on voulait « effacer » quelqu’un en lui refusant une sépulture et le culte de la personne : par exemple, en 177 Sainte Blandine et ses compagnons chrétiens ont été dispersées dans le fleuve à Lyon par le pouvoir romainhttps://www.lyon-visite.info/traboules-croix-rousse/.
Période moderne
La crémation est réintroduite en France à la fin du avec la Loi sur la Liberté de funérailles en 1887https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000021810111. De ce moment là à nos jours, on peut parler de l’époque moderne de la crémation et avec, de la dispersion, puisqu'elle en découle. alt=Graphique taux de crémation depuis 1887|vignette|Graphique taux de crémation depuis 1887 La notion de dispersion, elle, est évoquée dès 1886, un an avant le début de construction du premier four crématoire au cimetière du Père Lachaise à Paris, pour fertiliser les sols"les cendres renfermant
des principes précieux pour la végétation
seraient déposées dans nos champs. On les
rendrait ainsi « à leur destination providentielle,
» dit le célèbre docteur Henry Thompson"
Extrait de "La crémation et ses bienfaits" d’ ALEXANDRE BONNEAU 1886. De 1887 jusqu’en 1980, soit près d’un siècle, la crémation et avec, l’éventuelle dispersion des restes osseux, reste très marginale et concerne moins de 1% % des décèsFFC Fédération Française de Crémation. Puis, une évolution, subite et continue, du taux de crémation est observée (graphique) à partir de 1980 . Elle correspondrait à l’obligation à partir de 1977Décret 77-241 1977-03-07 JORF et JONC 18 Mars 1977 "Aussitôt après la crémation, les cendres sont pulvérisées" de réduire en poudre ("Aussitôt après la crémation, les cendres sont pulvérisées....") les os calcinés issus du four crématoire ( source 1 à consulter pour le coup d'oeil impressionnant page 67). Avant cette obligation ces os étaient mis dans des boites en bois de taille conséquente (style boite à ossuaire) et leur dispersion était évidemment peu acceptable visuellement et symboliquement. On peut se demander si cette transformation en poudre des os, avec son aspect « cendres », n’est pas à l’origine de la popularisation fulgurante de la crémation (voir graphique) avec une dispersion « des cendres » devenue, de ce fait, visuellement et symboliquement acceptable.
La dispersion en elle même, n’est légalement reconnue en France que depuis 2008Loi du 19 décembre 2008.
Statistiques Le choix de la dispersion des restes corporels, issus du four crématoire puis pulvérisés, reste à l’appréciation de la personne défunte ou éventuellement de ses proches chargés de ses funérailles. La dispersion dite "en pleine nature" doit faire l’objet d’une déclaration en mairie, mais ce n'est que rarement le cas : Il n’y a donc pas de statistiques disponibles et il faut se reporter aux souhaits exprimés dans les enquêtes CSNAF-CREDOChttps://csnaf.fr/wp-content/uploads/2024/07/Les-Francais-et-les-obseques-2024-RAPPORT_TOTAL_VFinaledef.pdf.
La dispersion étant consécutive à la crémation pour 50 % des personnes incinérées, c’est en suivant la courbe du taux de crémationDonnées de la FFC (Fédération Française de Crémation) que l’on peut supputer l’importance de sa pratique. Or, cette courbe (graphique) montre que la popularisation de la crémation est intimement liée à l’acceptabilité de la dispersion des restes corporels une fois réduits en poudre. Le gouvernement le confirmeJournal officiel du 9 février 2016, Le ministère, répondant à une Q.E., confirme cette obligation (de broyage) en la justifiant comme une opération permettant la dispersion des cendres. Il en est même à se demander si le fait de pouvoir disperser en toute acceptabilité et sans remords - puisque l’on a plus à faire à un « matériau » qu’à des os- n’est pas un des moteurs de la crémation elle-même.
Parmi les souhaits de destination « des cendres » (image), la dispersion est envisagée par 55% des sondés en 2019 et est en baisse à 50% en 2024 au profit de la sépulture en urne (Image)
Quant aux lieux de dispersion souhaités, le Jardin du souvenir est en nette perte de vitesse en passant de 23% en 2019 à 17% en 2024, alors que la dispersion en pleine nature reste stable.
Sémantique : Dispersion d'une « Personne en urne » ou des «cendres » En France, la dénomination officielle du processus est dispersion "des cendres ». Cette appellation n'est cependant pas très conforme au Code CivilArticle 16-1-1 du Code civil qui impose le respect du défunt, même après sa mort ainsi qu’après sa crémation. En effet, le terme « cendres » se réfère, légalement et physiquement à la réalité corporelle d’une personne défunte . Il s'agit donc bien d'une Personne. À la suite de la Loi du , les restes osseux issue du four crématoire ont le statut d’une Personne au sens du droit à l'instar de d'une personne en cercueil. Les cendres sont nommées «calcius» dans le milieu funéraire. De plus, il s'agit réellement d'ossements calcinés (voir la photo dans l'ouvrage cité) suffisamment reconnaissables pour que dans le rite funéraire japonais ils soient empilables des pieds à la tête en respectant l’ordre corporel. En France, ils sont fragmentés dès la sortie du four puis broyés pour les réduire en poudre. Ce processus appelé « pulvérisation ». est obligatoire . Ce caractère obligatoire est reprochéJO Assemblée 09/02/2016 page : 1338 par certains car l’autorisation du broyage de ses os n’est pas recueilli auprès du défunt ou de ses proches chargés de ses funérailles comme il l'est pour sa crémation. alt=Le Jardin du souvenir utilisé comme un jardin de tombes|centré|vignette|Jardin du souvenir, cimetière de la Madeleine, Amiens 2025 alt=panneau d'interdiction de dépôts|vignette|Panneau d'interdiction de dépôts. Jardin du souvenir du Cimetière La Madeleine à Amiens 2025 Une dénomination plus conforme à la réalité et plus respectueuse de la Personne défunte serait « dispersion d'une personne en urne » au lieu de « dispersion des cendres ».
L’alternative à la dispersion, comme choix de funérailles, est d’opter pour une sépulture. En effet, cette dernière constitue un lieu repéré où l'intégralité des restes corporels reposent ensemble et sont identifiés par le nom de la personne. Soit, l’extrême opposée de la dispersion où les restes sont définitivement épars et le lieu anonyme. Certains tanguent entre dispersion et sépulture , comme le Jardin du souvenir du cimetière de La Madeleine à Amiens en témoigne (photo) et l'atteste bien que ce soit interdit (photo) . Permettre une sépulture au cimetière sur un emplacement gratuit du terrain communal est une obligation du Maire de chaque commune :. « une sépulture est due… »Article L 2223-3 du CGCT
Le terrain communal, une alternative à la dispersion au cimetière Si la dispersion est choisie pour des questions de simplicité et de faible coût, mais avec cependant le regret de ne pouvoir disposer d’un lieu précis de recueillement (image Amiens), l’alternative est d’établir une sépulture d‘urne au cimetière, dans l’espace gratuit qu'est le terrain communal du cimetière, c’est-à-dire sans avoir à payer de concession . Cette option est valable pour les personnes en urnes comme pour les personnes en cercueil. En optant pour une mise en terre de l’urne, la solution la plus économique, on obtient une sépulture nominative, un processus aussi simple qu'une dispersion mais avec un lieu de recueillement Cette alternative est disponible pour tout un chacun dans sa commune de résidence, de décès ou dans celle où il dispose d’une tombe de famille.
Réglementation en France On remarquera. que les cendres doivent être dispersées dans leur totalité et qu’il n’est pas permis de fractionner ou de faire connaître plusieurs destinations en même temps (exemple : moitié en dispersion et moitié en sépulture).
Dispersion au sein d'un cimetière ou d'un site cinéraire
Les espaces funéraires sont des espaces communaux où le Maire a tout pouvoir d’organisation, de gestion et de policeCGTC . Code Général des Collectivités Territoriales.L’on peut opter pour la dispersion des cendres dans l'espace aménagé à cet effet, le « jardin du souvenir », ou souvent dans un « puits de dispersion » (voir Jardin du souvenir). L’on ne peut pas procéder soi-même à la dispersion des cendres en cimetière.
Dispersion des cendres en pleine nature
Une déclaration doit être faite à la mairie du lieu de naissance du défunt. Un registre indique l'identité du défunt, la date et le lieu de dispersion des cendres; Le transport terrestre d'une urne sur le territoire national ne nécessite aucune formalité.
Pour être en pleine nature, le lieu de dispersion doit n'appartenir à personne sauf autorisation et ne pas être clos. La dispersion est interdite sur la voie publique ou dans un lieu public (stade, square, jardin public, etc.). La dispersion peut être interdite sur les cours d'eau (se renseigner auprès de la mairie de la commune concernée). La dispersion des cendres ou l'immersion de l'urne (en matière biodégradable) est autorisée en pleine mer mais à 300m du rivage.
La dispersion est interdite dans un jardin privé. Toutefois, la dispersion dans une grande étendue (champ, prairie, forêt, etc.) accessible au public et non close mais appartenant à une personne privée est possible. Il faut l'accord préalable du propriétaire du terrain.
Attention, un lieu où est pratiqué une dispersion en devient possiblement sanctuarisé. C'est une conséquence de l'article 16–1-1 du Code civil, qui impose le respect envers les personnes défuntes. Cette sanctuarisation peut être source de problèmes. Peut-on disperser une personne défunte sur une autre dans un Jardin du souvenir ? Peut-on tondre la pelouse du jardin du souvenir ? Ce sont des questions qui se posent.
Délai pour la dispersion : La loi prévoit un délai d’un an après la crémation pour organiser une dispersion « des cendres » ou une sépulture d’urne.
Anomalies légales
1) Le caractère obligatoire du broyage des os calcinés est contradictoire avec le respect dû à une personne en urne depuis 2008 . Sauf, bien sûr, si la personne exprime la volonté que ses restes soient broyés. Cependant, à aucun moment le défunt, ou ses proches chargés de ses funérailles, n’ont l’occasion d’exprimer leur avis comme ils le font pour sa crémation. Entre autres, dans le devis type de prestations funéraires imposé par le gouvernement aux pompes funèbres depuis 2010. En conséquence, à l’obligation de broyage se cumule l’absence d’autorisation : deux fautes de légalité par non respect des personnes défuntes .