Marc Granell i Rodríguez (Valence, ) est un poète et traducteur espagnol d'expression catalane.

Biographie Né dans la ville de Valence en 1953, il commence des études de philosophie et philologie à l'université de Valence qu'il ne mène pas à terme, mais au cours duquel il établit des contacts, par exemple avec Josep Piera, expérience fondamentale de leur jeunesse dont ils rendent compte dans leur œuvre. Il travaille comme traducteur et éditeur à la députation provinciale de Valence jusqu'à sa retraite en 2018.

À l'image d'autres poètes valenciens de sa génération comme Piera, ses premiers poèmes sont écrits en castillan puis il passe rapidement au catalan.

À propos de son premier recueil de poèmes, Llarg camí llarg (1977), prix Vicent Andrés Estellés aux Premis Octubre 1976, le critique littéraire Josep Iborra écrit qu'il renferme « la tentative d'une poésie métaphysique qui chante l'exil du corps et la « nostalgie infinie de l'être » ». En 1979, il remporte le prix Ausiàs March (1979).

Avec Adolf Beltran, Josep Piera et , il est cofondateur de la revue littéraire Cairell qui avec huit numéros publiés entre 1979 et 1981 permet de faire connaître au public toute une nouvelle génération de poètes valenciens. Il participe au recueil de poésie «» (« Papiers érosifs »), et dirige plusieurs collections, dont «», «», et «» de l'Institution Alfons el Magnànim.

En 1981, il réalise avec Jaume Pérez Montaner et Amadeu Viana l'édition de l'anthologie Brossa nova. Poetes valencians dels 80 (« Nouvelle lie. Poètes valenciens des années 80 »), que les auteurs décrivent comme « un échantillon personnel et subjectif, mais aussi éloquent, des préoccupations poétiques et normalisatrices d'un secteur bien considérable de la jeunesse valencienne qui s'expriment littérairement dans la langue du pays ».

Après Exercici per a una veu (« Exercices pour une voix », 1983), Granell entre dans une période de silence qui dure huit ans. Son œuvre postérieure est imprégnée de la thématique de l'échec, dû à la désillusion causée par une Transition démocratique très différente de celle que les militants antifranquistes et valencianistes avaient imaginée.

Dans les années 1990, il publie plusieurs recueils de poèmes tels que Fira desolada (1991), Versos per a Anna (1998), Corrent de fons (1999) et Matèria d'ombra (1999). En 2015, Edicions Bromera publie une nouvelle anthologie de poésie, Notícia de la tribu. Antologia poètica. Son œuvre poétique complète a fait l'objet de deux publications : Poesia reunida. 1976-1999 (2000) et Poesia completa 1976-2016 (2017).

Il est notamment traducteur en catalan de l'Italien Alberto Cavallari et de l'Allemand Bertolt Brecht et de Vicent Andrés Estellés en espagnol.

Il a écrit de la poésie à teneur politique (par exemple dans ), de la poésie amoureuse (dans ) et de la poésie à destination des enfants ().

En , il reçoit le prix des Lettres valenciennes décerné par la Généralité valencienne à l'occasion de la fête du 9 octobre.

En 2024, son recueil «» (Bromera, 2023) reçoit le prix de la Critique délivré par l'Association espagnole de critiques littéraires.

Analyse littéraire Premiers écrits Dans Llarg camí llarg (« Long chemin long », 1977), Notícia de la tribu (« Nouvelle de la tribu », 1978), Refugi absent (« Réfuge absent », 1979) et Materials per a una mort meditada (« Matériaux pour une mort méditée », 1980), Marc Granell projette sa propre blessure sur celle des autres, avec une poésie dont les termes révèlent un clair engagement social et politique. En particulier à partir des deux dernières sections de Llarg camí larg, on entre dans une poésie de préoccupations sociales et politiques qui exprime le désir de l'auteur d'un changement social radical, dans lequel il croit, sans renoncer complètement à ses objectifs initiaux. Bientôt le scepticisme s'empare de ses vers, malgré quelques lueurs d'espoir pour le futur. Ces discours sont empreints de la frustration d’une rupture démocratique en Espagne, sous l’ombre de l’héritage franquiste, où rien n'a au fond changé selon le poète :

Un autre thème récurrent de sa première poésie est l'espace urbain déshumanisé. Dans son célèbre poème «» (« Valence sous la lune »), la ville est aveugle, les «» (« fenêtres aveugles »), les rues «» (« solitaires et humides ») : personne ne peut plus se cacher car tout est devenu clair : . Une ville meurtrie apparaît :

Dans le même poème, il décrit le clair de lune dans la nuit noire qui illumine le panorama décourageant des «» (« façades réduites au silence »), «» (« fenêtres aveugles »), «» «» et «» (« rues fatiguées », « solitaires » et « humides »), ou celui d'une «» (« mer endormie, cercueil des étoiles »). Il existe également un désenchantement manifeste et un sentiment radicalement sceptique à l’égard de la réalité sociopolitique de la ville. Valence s’associe au thème de l’échec et de la trahison historique, Valence «» (« était nôtre et peut encore être nôtre / car c’est un cœur qui agonise entre des chaînes »), le «» (« piège de l'histoire mentie »), , mais, malgré cela, une possibilité de redressement est entrevue :

1978-1983 : écrits de la Transition Avec en toile de fond les profonds changements connus par la ville de Valence à la fin du franquisme, dans Notícia de la tribu (1978), Marc Granell (montre, comme s'il s'agissait d'une prison, le miroir du ciel urbain reflétant l'urbanité d'en bas : . Tout est une vitrine où se montrer, même la ville en est un. Dans (« Refuge absent », 1979), Granell dénonce les valeurs que le rythme citadin veut imposer dans cet espace aliéné : luxe, bonheur, compétitivité. La mémoire vitale de la personne aliénée se réduira à la liste de courses, aux annonces publicitaires. Comme l’indique le titre du poème, c’est l'« Annonce de la défaite » () :

Le peuple est vaincu et le silence s'impose à nouveau, l'oubli, la peur, c'est la «» (« Chronique d'un désenchantement »), ou parfois des accents apocalyptiques.

En 1983, il publie le recueil de poésie Exercici per a una veu (« Exercices pour une voix »), qui renvoie dès son titre à l'attitude personnelle de l'auteur face au contexte moral et social du début des années 1980. «» (« Raisons de désidentité ») est le titre d’un poème où la ville apparaît comme un paysage déshumanisé et déshumanisant, et où il dénonce le modèle massifié et uniformisant des villes contemporaines, ce qui laisse entrevoir comment le sentiment de déracinement humain est l’une des préoccupations constantes du poète :

Dans le même recueil, ses poèmes «Ucellaci e ucellini», au titre pasolinien, et «Western» recréent, à travers des descriptions et des références indicielles, toute une atmosphère d’époque qui construit autour du cinéma la cosmovision particulière de sa génération.

Désidentité, dislocation, étrangeté. Le sujet poétique, fondé sur la peur et la non-acceptation de l’être personnel comme de l’être au monde, est à la fois étranger à lui-même et ignorant des diktats du monde. Le sentiment de perte rapproche la ville de Valence de la sensation physique d’impuissance et de solitude sentimentale :

Années 1990

Dans son recueil de poèmes suivant, Fira desolada (1991), Granell fait une exploration intense et tendue de la ville de Valence et de l'homme qui la vit et la dit. À partir de la citation de Salvador Jàfer ouvrant le volume l'auteur présente un monde présidé par une sorte de négativité. Valence devient « un paysage inhospitalier », une ville bâtie sur l'oubli, contrôlée par la vanité et l'hypocrisie. «» est une carte postale amère. Un arbre mort, un jardin désert, des débris silencieux, le souvenir inutile, autant d'éléments qui dessinent un contexte immensément triste où se placent les yeux d'une «» (« foire désolée ») avec lesquels un homme contemple des vitres qui grandissent tandis que «» « les vers les plus invincibles naissent dans ses mains ». La ville devient «» « un paysage inhospitalier ». Granell représente Valence en partant de la réaction nettement viscérale provoquée chez lui par l'attitude d'une partie de ses habitants. Il s'agit d'une ville « malade », « dans un pays malade », construite sur l'oubli, contrôlée par la vanité et l'hypocrisie, poussée à enfouir sa propre identité sous des tonnes d'asphalte :

Le moi poétique des premiers recueils de poésie se trouve dilué dans un nous social, politique ou national dans lequel il se réfugie. À partir de Fira desolada, un moi réflexif apparaît dans la poésie de Marc Granell qui face à la défaite adopte une position de « simulacre ».

La publication de Corrent de fons en 1999 marque le retour du ton de voix déployé dans Fira desolada (1991) et poursuit les considérations critiques de la ville de Valence du point de vue de la culture, de la société et de la politique. Dans «», Granell reprend le nom sous lequel Valence était connue à l'époque islamique (signifiant littéralement « ville de la boue ») et établit un parallèle avec l'état d'abandon physique, politique et culturel dans lequel elle se trouve :

Un état d'abandon résultant des mutations de l'esprit de l'époque où, Valence, , où les élites conservatrices pèsent, en contraste avec les efforts réussis de modernisation d'une partie de la société qui a confiance en son pays, aime sa langue propre et a su bâtir un réseau culturel et littéraire digne de n'importe quelle société occidentale. L'extermination de la mémoire fait surgir lieu chez Granell la manifestation de l'amour pour le pays , pour lequel il se lamente : un pays sans mémoire, sans souvenir du passé ni de lui-même : Comme dans la posture fustérienne, l'amour intime pour son pays ne s'accompagne pas de l'acceptation des clichés traditionnels du patriotisme, que Granell rejette («», [« Drapeaux »]). Le cas de Valence est spécial :

Œuvre Une partie de son œuvre a été traduite en espagnol, en portugais et en italien.

Recueils de poèmes

Anthologies de poèmes

Poésie pour la jeunesse

Traductions

Discographie

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Liens externes

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