Les Cahiers du cinéma est une revue française de cinéma créée en par André Bazin, Jacques Doniol-Valcroze, Joseph-Marie Lo Duca et Léonide Keigel.
Histoire L'histoire des Cahiers est en partie liée avec celle du « septième art », notamment en raison d'une génération de cinéphiles enthousiastes et provocateurs qui donnèrent naissance à la Nouvelle Vague, en instaurant préalablement la politique des auteurs..
Créés en 1951 par Joseph-Marie Lo Duca, Jacques Doniol-Valcroze et André Bazin., avec un soutien économique de Léonide Keigel, les Cahiers succèdent à La Revue du cinéma de Jean George Auriol qui a cessé de paraître en et dont Doniol et Bazin étaient les collaborateurs. La couverture comme le contenu restent dans le même esprit.. Le titre du magazine est proposé par Doniol-Valcroze le , qui a tout d'abord du mal à convaincre Bazin et Keigel. Les titres les plus envisagés étaient Cinématographe, Du cinéma ou Objectif. Le nom de Cahiers est validé même si des membres sont dubitatifs, pour risque de confusion avec les Cahiers de la Pléiade (qui cessèrent de paraître en 1952) et les Cahiers de la QuinzaineCet épisode est raconté par Doniol-Valcroze dans son journal, dans une entrée nommée « Les titres auquel vous avez échappé », publié dans le premier volume de l'anthologie en fac-similé des Cahiers..
Les jeunes cinéphiles, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer, Jacques Rivette, Claude Chabrol et bien d'autres, y écrivent leurs premières critiques, avant de devenir cinéastesAntoine de Baecque, Cahiers du cinéma, histoire d'une revue, 2 vol., Paris, Éd. des Cahiers du cinéma, 1991.
Fondateurs Jacques Doniol-Valcroze débute comme secrétaire de rédaction à Cinémonde (fondé en 1928), puis rédacteur en chef adjoint de la Revue du cinéma de 1947 à 1949. Il anime le ciné-club Objectif 49, auquel André Bazin participe. Il est aussi critique de cinéma à France Observateur, et rédacteur en chef de la revue Monsieur. En 1949, il crée le Festival du film maudit de Biarritz. Il est aussi auteur (Les Portes du baptistère, 1955) et réalisateur (L'Eau à la bouche 1959, Le Viol 1967, L'Homme au cerveau greffé 1971…)..
André Bazin a abordé le cinéma par des débats dans les ciné-clubs, des cours et des conférences. Il ne veut pas, dans la critique d'un film, se contenter de raconter le scénario ou de donner des avis sur ses significations possibles. Il pratique une analyse détaillée des séquences. Sa principale idée est que la critique doit prendre en considération l’évolution d’un public de plus en plus « cinéphile ». Il écrit dans des magazines, notamment dans L'Écran français (créé en 1945), La Revue du cinéma, Le Parisien Libéré (créé en 1944), ou encore Radio-Cinéma-Télévision (créé en 1947)...
Joseph-Marie Lo Duca (Giuseppe Maria Lo Duca) est également un ancien de La Revue du cinéma. Journaliste, écrivain, historien, critique, opérateur, et réalisateur, il a publié entre autres Histoire du cinéma (« Que sais-je ? »), Technique du cinéma et Le Dessin animé chez Prisma, avec une préface de Walt Disney. Dans les années 1960, il dirige la aux éditions Pauvert...
Ingénieur chimiste d'origine géorgienne, Léonide Keigel arrive à Paris en 1933. Il y exploite de salles de cinéma (tel le Broadway aux Champs-Élysées) avant de devenir distributeur, à la tête du circuit CinéphoneJacques Doniol-Valcroze, « Léonide Keigel », Cahiers du cinéma, 74, septembre 1957..
Ligne éditoriale Le contenu consiste en entretiens, documents, avec une grande place pour la technique cinématographique. Malgré tout, la ligne éditoriale n’est pas réellement fixée à ce moment-là. C’est en 1952 que les Cahiers prennent un tournant décisif.
Au des Cahiers, François Truffaut commence à apporter sa contribution aux articles. Son premier article affirme un détachement du cinéma français dit « de qualité » au profit d'un cinéma d’auteur, le cinéma américain notamment (Howard Hawks, Alfred Hitchcock). Les nouveaux contributeurs à la revue, surnommés « jeunes turcs » par Bazin, vont jusqu'à s’opposer aux fondateurs des Cahiers. Ce sont Maurice Schérer (Éric Rohmer), Jacques Rivette, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard.
Un article de Truffaut notamment achève d'affirmer la nouvelle ligne des Cahiers, en , « Une certaine tendance du cinéma français », dans lequel il critique fortement le conformisme du cinéma français. La politique des auteurs, qui met en avant des cinéastes américains (Alfred Hitchcock, Howard Hawks) et quelques européens (Jean Renoir, Roberto Rossellini), est à son apogée lorsque, en 1957, Éric Rohmer remplace Lo Duca au poste de rédacteur en chef.
En 1959, il existe quatre principales revues de cinéma : les Cahiers du Cinéma, en « guerre » avec Positif ; Cinéma, et Image et Son. Beaucoup de revues émergent alors, mais la plupart n’iront pas jusqu’au quatrième numéroÀ cette époque, de nombreux critiques de cinéma, futurs réalisateurs, écrivent pour les revues (Bertrand Tavernier, Jean Eustache…). Les hebdomadaires (L'Express, Le Nouvel Observateur) ont aussi leurs critiques, plutôt des hommes de lettres..
Ouverture à la modernité Au début des années 1960, tandis que certains rédacteurs des Cahiers quittent la revue pour réaliser leurs films, Éric Rohmer occupe le poste de rédacteur en chef jusqu'à son éviction par Jacques Rivette en 1963.
En 1964, au moment où le jeune Serge Daney entre aux Cahiers, des parts de la revue sont rachetées par Daniel Filipacchi, qui entre en conflit avec la rédaction pour vouloir imposer sa conception éditoriale : plus de couverture jaune, nouveau format de . explique Antoine de Baecque en . Une nouvelle génération de critiques s'impose et ouvre la revue à la modernité, à de nouvelles cinématographies et aux courants théoriques qui bouleversent la vie intellectuelle de l'époque : structuralisme, psychanalyse, marxisme, sémiologie. Les Cahiers rencontrent Jacques Lacan, Michel Foucault, Roland Barthes… et se politisent peu à peu.
Le début de l'année 1968 est marqué par le soutien à Henri Langlois, menacé à la Cinémathèque française, puis les « états généraux du cinéma » et enfin les événements de mai.
Période « Mao » À partir de 1972, influencée par Tel Quel., la revue se radicalise et politise par là même le débat esthétique, en souhaitant participer à la refonte des liens entre politique et esthétique (dans le sillage des films militants de Jean-Luc Godard). La revue se rallie au maoïsme, parle de « front culturel révolutionnaire », ne considère plus l'actualité des films (à l'exception des films militants), ne publie plus de photos de films, la couverture devient un sommaire austère, des collaborateurs en désaccord avec cette ligne sont écartés et son tirage devient confidentiel : selon Serge Daney, les Cahiers ont moins de dont un quart proviennent des universités nord-américaines qui se réabonnent automatiquement pour leurs kiosques. L'équilibre financier est menacé.
Les Cahiers se considèrent alors comme les . Selon Serge Toubiana., le journaliste responsable de cette dérive est le militant syndicaliste maoïste Philippe Pakradouni, pseudonyme de Philippe Zarifian, frère de Christian Zarifian.. qui quitte la revue dès le retour au cinéma.
Renaissance : les années 1980 vignette|Collection des Cahiers du cinéma et Positif de la cinémathèque de Grenoble. À la fin de la décennie 1970, Serge Daney et Serge Toubiana reprennent la revue en main et imposent un « retour aux films », mais aussi aux images, à la couleur et au cinéma américain. Le duo avait conscience de cet éloignement, ainsi que d'être issu d'une génération qui ne passa pas à la réalisation, d'où le titre de l'article « La période non légendaire des Cahiers ». Moins politique et davantage adressée aux amateurs et cinéphiles, la revue est rajeunie, plus accessible, dans les années 1980, alors que beaucoup d'autres disparaissent pour ne pas avoir su évoluer avec leur temps (promotion télévisuelle, public plus jeune).
En 1981, Serge Daney quitte les Cahiers pour Libération. Il fondera dix ans plus tard la revue trimestrielle Trafic.. En , le numéro est fêté à L'Entrepôt« L'Entrepôt : des films indés et de la food inventive en plein cœur de Paris », sur Cgcinema.eu..
En , Thierry Jousse succède à Serge Toubiana. Il part en 1996. Les rédacteurs en chef se succèdent : Antoine de Baecque (1996-1998), Charles Tesson (1998-2001, à l'époque du rachat de la revue par le groupe Le Monde), Charles Tesson et Jean-Marc Lalanne (2001-2003), et Emmanuel Burdeau (2003-2009), Jean-Michel Frodon étant durant cette période directeur de la rédaction.
Durant cette période, les Cahiers relancent le site Internet, accompagnent la création d'une « revue sœur » en Espagne, Cahiers du cinéma España qui deviendra ensuite Caiman Cuadernos de cine., créent une édition en ligne de la revue traduite en anglais, développent les éditions DVD.
2008-2020 : changements d'actionnariat En , le groupe La Vie-Le Monde met en vente la société éditrice des Cahiers, les éditions de l'Étoile. Cette annonce suscite une vive inquiétude chez les rédacteurs et salariés de la revue.. Plusieurs projets de reprises sont envisagés, dont l'un porté par Emmanuel Burdeau et Thierry Lounas avec le soutien d'une partie de la rédaction et soutenus par des membres de l'association des Amis des Cahiers, dont les cinéastes Xavier Beauvois et Barbet Schroeder...
En , le groupe d'édition d'art Phaidon, dont le siège est à Londres, en devient propriétaire.. En juillet de la même année, Stéphane Delorme est nommé rédacteur en chef. et Jean-Philippe Tessé, rédacteur en chef adjoint. (En , Libération affirme rétrospectivement que l'équipe défendait Jérôme Lefilliâtre, « Les Cahiers du cinéma doivent rester une revue de critique », liberation.fr, 3 juin 2020..)
Dix ans plus tard, en , Richard Schlagman, qui a entre-temps cédé PhaidonVoir sur phaidon.com., annonce chercher un repreneur pour le titre, qui diffuse à Chiffres ACPM... Une offre du groupe HildegardePropriétaire du Film français, Première et Studio Ciné Live. et de Grégoire Chertok, est annoncée en .. Richard Schlagman est néanmoins conduit à suspendre l'opération,
Le titre est finalement racheté fin par un groupe de propriétaires de médias (en relation notamment avec le cinéma tel le groupe Hildegarde.), d'industriels et de producteurs de cinéma.Sous la houlette de Grégoire Chertok, banquier chez Rothschild, on trouve des hommes d’affaires tels Xavier Niel ou Marc Simoncini, un industriel comme Frédéric Jousset ou Éric Lenoir, directeur général d'une société de mobilier urbain et qui doit devenir le nouveau gérant de la société, huit producteurs, comme Pascal Caucheteux (Why Not Productions) ou Toufik Ayadi et Christophe Barral. Julie Lethiphu, déléguée générale de la Société des réalisateurs de films, doit prendre la tête de la rédaction. Source : Le Monde.Ce groupement d'actionnaires comprend : Grégoire Chertok, Xavier Niel, Éric Lenoir et Marc Simoncini (actionnaires à 12 %), Réginald de Guillebon-groupe Hildegarde (actionnaires à 8 %), Corentin Petit, Stéphane Courbit et Alain Weill (actionnaires à 6 %), Pascal Breton, Xavier de Boissieu et Jacques Veyrat (actionnaires à 4 %), et Angélique Bérès, Pascal Caucheteux, Christophe Barral et Toufik Ayadi, Frédéric Jouve et Marie Lecoq, Frédéric Jousset, Marc du Pontavice et Hugo Rubini (actionnaires à 2 %) ; voir « Qui sont les millionnaires qui rachètent les Cahiers du cinéma » sur lalettre.fr.. Selon Marcos Uzal, les actionnaires en lien avec le monde du cinéma ne dépasseraient pas 12 % des parts, et il n'y aurait pas d'actionnaire majoritaire.