Ughoton, anciennement appelée Gwato ou Gwatto par les Européens, est une ville du sud-ouest du Nigeria. Elle est découverte par les Européens en 1440. Ils y établissent un port pour faciliter les échanges avec le royaume du Bénin. Jusqu'au , la ville est l'un des plus gros ports de la région et dispose d'une grande influence au Bénin. L'invasion britannique de 1897 entraîne une phase de déclin d'Ughoton qui perd peu à peu ses habitants au profit de métropoles comme Benin City.

Histoire Selon la tradition orale béninoise, la ville aurait été fondée par Ekaladerhan au et nommée en son nom Iguekaladerhan« Iguekaladerhan » signifie littéralement 'terre de Ekaladerhan'.. Toujours selon la légende, lorsque son père , le souverain régional, essaya de le sacrifier aux dieux car il était tombé en disgrâce aux yeux de son peuple, Ekaladerhan fuit et fonde cette ville. Son père voulu le sacrifier après avoir consulté des oracles qui lui affirmèrent que la stérilité de la plupart de ses femmes était due à son fils unique, dont seule la mort lui permettrait d'obtenir une plus grande descendance.

Ekaladerhan est rejoint par ses amis, ses fidèles et sa mère et fonde une nouvelle ville proche de la rivière Bénin. Cependant, d'autres sources affirment que le prince déchu fut plutôt accueilli par un peuple vivant déjà ici. Dans tous les cas, un temple à la gloire d'Olokun est rapidement érigé et devient le centre du village. Ce temple avait pour but d'attirer la richesse, la prospérité et la fertilité. À la mort d'Ekaladerhan, ses descendants prennent le commandement de ville en endossant le rôle de prêtre du temple d'Olokun.

Étymologie Le nom d’« Ughoton » signifie 'maison d'Olokun'. La ville fut nommée ainsi après l'érection du temple en l'honneur de cette divinité.

Avant 1440 : ville rudimentaire

Organisation politique Le système politique d'Ughoton s'articule autour de plusieurs figures : l’Ekaladerhan (le fondateur), l’ohen-okun (le prêtre et chef politique ayant reçu son pouvoir du fondateur), et l’odionwere (le doyen du village). Le titre d'odionwere est réservé à l'homme le plus âgé du village. L’odionwere seconde l’ohen-okun et assume le rôle de chef en son absence. Il existe également un conseil qui s'occupe des affaires internes au village sous la direction de l'ohen-okun, dont le pouvoir est despotique. Ce conseil est composé des pères de chaque famille puissante du village. Il se réunit sur la place centrale pour discuter. Chacun pouvait assister aux réunions et donner son avis, même si la décision restait au chef du village. Le conseil exerce les fonctions juridique, exécutive et législative du village ; c'est l'organisme suprême de décision. Il répartit les parcelles cultivables et règle les différends.

Les hommes sont divisés en trois groupes selon leur classe d'âge :

le groupe des iroghae, composé des jeunes garçons et jeunes hommes âgés de douze à trente ans. Leur fonction principale est l'entretien et la propreté du village. Ils doivent fournir la main-d'œuvre nécessaire aux travaux communs et s'occupent de l'approvisionnement en eau claire pour l'ensemble du village ; les ighele sont les hommes adultes de trente à cinquante ans. Ils forment l'armée du village et s'occupent de défendre les villageois ; les edion, les « anciens » du village, figurent souvent au conseil. Leur avis est très important dans le village ; ils sont très respectés de tous. Selon Igbafe, . En effet, chaque oba (souverain du Bénin) venait dans la ville d'Ughoton pour intégrer officiellement la classe des Edion, signe que la ville détenait une influence non négligeable à travers le royaume. Pour Ben-Amo Daniel, la ville était même l'un des centres politiques et religieux du royaume.

Du : échanges avec l'Europe et prospérité Les premières interactions entre colons européens et autochtones ont lieu au . Motivé par un désir de trouver de nouvelles routes commerciales au sud et à l'est, le Portugal finance de multiples expéditions autour des mers. En 1457, Rui de Sequeira atteint pour la première fois les côtes nigérianes, alors sous domination béninoise. Le souverain était alors l'oba Ewuare. Cependant, ce dernier est très occupé dans le règlement d'affaires internes au pays et ne s'occupe guère de ces nouveaux visiteurs. De leur côté, les Portugais relèvent des informations sur cette terre nouvellement découverte et remarquent notamment la présence d'épices jusqu'alors inconnues. L'expédition ne parvient toutefois pas à entretenir un contact avec les autochtones et rebrousse chemin après quelques semaines.

En 1486, une nouvelle expédition portugaise, cette fois menée par , débarque dans le royaume du Bénin, alors sous le règne de l'oba Ozolua. Ce dernier est le premier souverain béninois à recevoir des Européens à sa cour. Afonso de Aveiro voyage dans le pays par voie d'eau, en suivant les fleuves et les rivières. Ainsi, l'explorateur est le premier Européen à découvrir la ville d'Ughoton en 1485, alors qu'il se dirige vers Benin City. Dès les premières rencontres avec l'oba, les Portugais parviennent à conclure des accords commerciaux avec les autochtones ; en échange d'armes et d'alcools, les Portugais pouvaient récupérer escales et autres denrées exploitables sur le sol béninois. Dans le but de maintenir de bonnes relations avec les colons, l'oba décide d'envoyer le chef du village d'Ughoton en tant qu'émissaire au Portugal, auprès du roi . Ainsi, l’ohen-okun est envoyé à Lisbonne pour en apprendre davantage sur le mode de vie et les coutumes européennes. Il est somptueusement reçu à la cour. On lui fait visiter les beautés du Portugal, on l'initie à la gastronomie européenne et il découvre l'architecture et l'art portugais. Le chroniqueur Rui de Pina écrit de Ohen-Okun que . Ughoton devient alors le principal port du Royaume du Bénin jusqu'au . Cela permet au pays de s'enrichir du commerce avec le Portugal et de devenir l'un des empires les plus puissants d'Afrique équatoriale.

Lors du deuxième voyage d'Afonso de Aveiro au Bénin en 1505, sous le règne l'oba Esigie, commence une période d'évangélisation. Le souverain béninois accepte l'arrivée de prêtres et de missionnaires chez son peuple après avoir reçu de magnifiques présents. L'oba reçoit, en plus de robes, armes, et tissus orientaux, des chevaux et pierreries. Peu à peu, Ughoton se développe sous l'impulsion des colons qui y fondent des entrepôts et qui aménagent le port pour en faire une des villes les plus modernes d'Afrique équatoriale. Ughoton connaît alors une longue période de prospérité économique.

Biens échangés Les principaux biens échangés étaient les épices, les esclaves, l'ivoire, les perles et les tissus locaux. Les esclaves vendus étaient alors majoritairement les criminels et les prisonniers de tribus rivales. Ces esclaves étaient pour la plupart envoyés à Sao Tomé. Les Portugais étaient friands d'une variété de poivre encore inconnue du reste du monde, le Piper guineense. Ils souhaitaient trouver une épice pouvant concurrencer celles venues des comptoirs britanniques d’Asie, alors vendues à prix d'or sur les marchés européens. Ainsi, ils encouragent la culture de cette variété de poivre. Cependant, après la découverte d'autres variétés de poivre en Afrique et en Inde, le monopole britannique disparaît et les prix baissent largement. L'achat d'esclaves féminins devient alors le principal intérêt des commerçants européens au Bénin.

L'achat d'esclaves masculins avait été prohibé durant le par l'oba . Cette interdiction est due aux enjeux militaires rapidement apparus après l'enrichissement du royaume du Bénin par rapport à ses empires rivaux, qui voient alors leur ennemi gagner en puissance. En effet, le lien privilégié qu'entretient Ughoton avec le colon portugais attise beaucoup de jalousie. Et si de nombreux villageois aux alentours immigrent à Ughoton, la ville fait également face à de multiples attaques.

Les Portugais achètent également de grandes quantités de perles précieuses. Les cauris sont notamment très prisés en Europe : en moins de deux ans, les colons achètent pas moins de . Les Portugais achètent aussi beaucoup d'ivoire en échange de cuivre, de fer, de textiles et d'alcool. La canne à sucre, le manioc, l'ananas et le maïs sont également introduits au Bénin par les colons, par le biais du port d'Ughoton. Concernant les armes à feu et les munitions livrées aux Béninois, les importations sont rapidement arrêtées par le roi , qui estime que l'oba ne professe pas assez le catholicisme chez son peuple. L'historien João de Barros dira que .

C'est donc ainsi qu'Ughoton dispose d'une place centrale dans le commerce entre l'Europe et le royaume du Bénin. Pour l'historien Michael Ediagbonya, .

: déclin du commerce avec l'Europe Si Ughoton demeure le port le plus important pour le commerce international du royaume de Bénin durant près de , au début du , les échanges commencent à décliner. De nombreux facteurs peuvent expliquer ce déclin. Tout d'abord, les Portugais ont tenté d'imposer un monopole commercial avec le Bénin, mais les obas successifs ont souvent refusé, préférant marchander également avec la Grande-Bretagne, la FranceL'expédition de 1778 de Jean-François Landolphe permet d'établir des relations solides entre la France et le Bénin. Les Français aménagent plusieurs forts, dont un à Ughoton, pour protéger l'acheminement de navires, et des accords sont passés avec le roi du Bénin pour garantir des échanges commerciaux., et même les Provinces-Unies. Les tentatives pour imposer le christianisme au Bénin de manière durable sont un échec relatif, la culture autochtone étant trop ancienne et trop forte pour disparaître ou changer drastiquement sous l'influence européenne. Considérant la religion comme un facteur essentiel dans ses relations diplomatiques, le Portugal préférait commercer avec des peuples convertis plutôt qu'avec des peuples païens. De plus, les conditions climatiques à Ughoton étaient rudes et entraînèrent la mort de plusieurs colons. La première victime européenne fut Afonso de Aveiro, suivi par l'explorateur Duarte Lopez en 1504, seulement quelques mois après son arrivée dans la ville. Un missionnaire, le père Monteleone, y meurt également alors qu'il devait se rendre à la cour de l'oba. L'officier français Jean-François Landolphe perd le tiers de son équipage lors d'une escale à Ughoton en 1778, tandis que Thomas Wyndham y décède en 1554 avec près d'une centaine de ses hommes. Les maladies tropicales comme la malaria sont les principales causes de ces décès.

En plus de ces facteurs, le commerce de poivre ralentit en 1506 par un décret de la Couronne portugaise interdisant l'achat de poivre béninois. Ainsi, un des attraits principaux des commerçants européens pour la ville disparaît dès le début du , et les quelques échanges de poivre encore menés diminuent peu à peu avec le temps, supplantés par la production des Indes. Quant à la vente d'esclaves, qui aurait pu permettre le maintien du commerce international, l'interdiction de la vente d'hommes durant deux siècles a rendu le marché béninois insuffisant et peu fiable aux yeux des Portugais. Dès 1520, la vente d'esclaves diminue drastiquement, et les efforts des émissaires portugais pour rétablir l'achat d'esclaves échoue en 1538. La ville décline peu à peu, à l'image du royaume du Bénin dans son ensemble, à tel point qu'il n'y a plus qu'une trentaine de maisons en 1862 lors de l'expédition de Richard Burton.

En 1823, l'explorateur Giovanni Belzoni meurt dans le village d'une violente dysenterie.

Depuis 1897 : invasion britannique et recomposition importante

Changements politiques