L'éléphant de Dieppe ou éléphant de Henri IV est un jeune éléphant d'Afrique femelle, offert au roi de France en 1591.

Appartenant certainement à l'espèce Loxodonta africana (éléphant de savane), il est capturé en Afrique de l'Ouest par des Africains avant d'être acquis par des marins dieppois, qui le transportent, moyennant certaines difficultés logistiques, à Dieppe, où il arrive le après un voyage d'environ un mois. Son arrivée est considérée comme un événement.

Ce cadeau royal des Dieppois à coûte cher à ce dernier, à cause des besoins quotidiens d'un tel animal. s'en débarrasse en 1592 en l'offrant à la reine d'Angleterre . L'éléphant est transporté à Londres et il semble qu'il meurt peu après.

Histoire Arrivée à Dieppe Cet éléphant d'Afrique arrive à Dieppe le , transporté à bord d'un bateau en provenance d'Afrique de l'Ouest. C'est un événement, relevé comme tel par les chroniqueurs. David Asseline, dans son livre Les Antiquitez et chroniques de la ville de Dieppe (vers 1682) note :

Un autre chroniqueur, Michel-Claude Guibert, auteur des Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Dieppe, relève aussi l'événement, tout en corrigeant l'âge de l'animal : .

Charles Desmarquets (1698-1760), dans ses Mémoires chronologiques pour servir à l’histoire de Dieppe et à celle de la navigation française, se trompe en datant l'arrivée de l'éléphant : .

Un éléphant d'Afrique D'après les sources anglaises sur cet animal, il s'agit d'une femelle. Un mâle aurait probablement été trop difficile à contrôler, notamment pendant les périodes de rut. L'âge indiqué par David Asseline n'est pas possible, puisque l'éléphanteau n'est sevré qu'entre quatre et sept ans, en moyenne vers cinq ans (peu de temps avant la naissance suivante) et dépend de sa mère jusqu'à cet âge. Charles Desmarquets lui donne dix ans d'âge. C'est peu probable, parce qu'il aurait été alors proche de la taille adulte, alors qu'il continue à grandir beaucoup en Angleterre. L'âge d'environ cinq ans rapporté par Michel-Claude Guibert semble donc vraisemblable.

Les chroniqueurs affirment qu'il venait de Guinée, mot qui peut désigner l'Afrique de l'Ouest du Sénégal au Ghana actuels. D'après les voyages effectués à cette époque par les marins de Dieppe, il pourrait provenir de trois régions côtières différentes, correspondant à la Sénégambie, à la région de Cestos River au Liberia ou à Saint-Georges-de-la-Mine ou Accra au Ghana. Il appartient certainement à l'espèce Loxodonta africana (éléphant de savane) plutôt qu'à l'espèce Loxodonta cyclotis (éléphant de forêt). Il est impossible qu'il ait été capturé par les marins dieppois eux-mêmes, qui ne disposent pas du savoir-faire nécessaire pour chasser l'éléphant, activité particulièrement dangereuse. Sur les côtes africaines, l'éléphant est alors un cadeau de prestige, mais on ignore comment les Dieppois l'ont acquis.

Transport Le navire qui rapporte l'éléphant à Dieppe le a probablement quitté ce port au mois de mars précédent. Le voyage est effectué pendant la saison sèche, avant les fortes chaleurs. Pour pouvoir transporter un éléphanteau qui devait mesurer entre et à l'épaule, il a fallu modifier le bateau. En effet, l'entrepont des bateaux alors habituellement utilisés par les Dieppois ne mesure qu'environ . On connaît d'autres exemples de ces aménagements effectués en cours de voyage, sur place, par les charpentiers de marine embarqués, ce qui n'enlève rien à la difficulté de l'opération.

Chaque jour, un éléphant d'Afrique adulte avale entre 100 et de végétaux frais (feuilles, herbes, racines, fruits, écorces, branches), moins en saison sèche, plus en saison humide. Un éléphanteau en captivité, à l'activité très réduite et pesant entre et une tonne, consomme beaucoup moins, entre 9 et par jour, soit pour 30 jours de voyage. Il faut aussi prévoir de l'eau douce, entre 80 et par jour, donc entre et d'eau. On peut calculer que le stockage de la nourriture et de l'eau occupe au minimum 10 à .

Pour réduire le très important stress subi par ce jeune animal, la présence d'un soigneur africain expérimenté a sans doute été nécessaire, même si les sources de l'évoquent pas, peut-être parce que les Dieppois ont déjà vu des Africains noirs.

Cadeau royal en France Les Dieppois offrent cet éléphant à . Officiellement roi de France depuis le début , est en pleine guerre contre la Ligue. Il est arrivé le à Dieppe, qui lui sert de base pour reconquérir la Normandie. Par ce cadeau considéré comme royal, les Dieppois honorent leur roi. Depuis le , des éléphants en bois ou des peintures représentant des éléphants sont montrés lors des couronnements et des entrées royales, comme l'entrée royale d'Henri II à Rouen en 1550. Toutefois, être capable d'offrir un véritable éléphant vivant démontre les capacités logistiques rares acquises par les marins dieppois.

Le , le gouverneur de Dieppe, Aymar de Chaste, conclut un contrat avec un Flamand installé à Dieppe, Abraham de Grandrue, pour abriter et nourrir l'éléphant moyennant par jour, sans compter les frais liés à la location de bâtiments, une étable avec un jardin et une pièce, probablement pour le soigneur :

C'est une dépense élevée, égal au salaire quotidien d'un maître-maçon de Paris ou à 1,5 fois celui d'un ouvrier du bâtiment. Le , le roi donne l'ordre au bureau des finances de Dieppe de passer un contrat pour faire nourrir et soigner l’éléphant, en puisant dans les fonds de la trésorerie générale de Rouen :

Contrairement à ce qu'il croit, n'est pas le premier souverain de France à recevoir un éléphant. En 797 ou en 802, le calife Hâroun ar-Rachîd en envoie un, nommé Abul-Abbas, à Charlemagne.. Cet éléphant meurt en 810. Vers 1255, le roi de France , de retour de la septième croisade, offre un éléphant au roi d'Angleterre . Ailleurs en Europe, dans les années 1480, un éléphant est montré aux Pays-Bas et en Allemagne et meurt peut-être noyé dans le Rhin. Au , les Portugais transportent d'Asie des éléphants, envoyés à Rome, Vienne et Madrid. Toutefois, ces animaux semblent plutôt être des éléphants d'Asie, plus dociles que les éléphants d'Afrique.

Cadeau royal en Angleterre Le , ordonne à Aymar de Chaste de faire transporter l'éléphant en Angleterre, pour l'offrir à la reine :

En offrant cet éléphant à la reine d'Angleterre, s'en débarrasse rapidement, peut-être parce que son entretien est coûteux., tout en faisant un cadeau à une alliée. Il réclame qu'on lui rapporte un éléphant mâle.

De son côté, charge un marchand anglais installé à Dieppe, Ottywell Smith, d'organiser le transport. Pour cela, Peter Brown et Abraham Granrue réclament par jour, plus l'argent payé par les curieux qui viennent voir l'éléphant. Il est transporté de Dieppe à Londres le . Toutefois, la reine trouve que l'animal grandit trop vite.

Comme quelques vers du poète John Donne en attestent., l'éléphant est montré au public, qui paye pour cela, dans la Tour de Londres. En , Noël de Caron, seigneur de Shonnewalle, Anglais installé aux Provinces-Unies, demande à Robert Cecil, secrétaire d'État, de faire transporter pour quelques mois l'éléphant aux Provinces-Unies, pour le montrer au public. Robert Cecil espère ainsi de nouvelles recettes pour faire face au coût de l'entretien de l'animal. Toutefois, on ignore si ce projet a été exécuté, puisqu'on perd la trace de cet éléphant, probablement mort rapidement après son arrivée à Londres. En plus d'une nourriture certainement peu adaptée, du manque d'exercice physique, cet éléphanteau a dû particulièrement souffrir d'être privé d'interactions avec ses congénères, alors que les éléphants sont des animaux très sociaux.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie . .

Articles connexes Dieppe

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