Ferdinand Brunot, né le à Saint-Dié et mort le à Paris, est un linguiste et philologue français. Il est l’auteur d'une œuvre volumineuse intitulée Histoire de la langue française des origines à 1900, dont neuf volumes sont parus de son vivant entre 1905 et 1937. Ce professeur d'université, premier titulaire d'une chaire d'histoire de la langue française créée en 1899 à la Sorbonne à son intention, est un chercheur ainsi qu’un précurseur de la recherche linguistique française.

La démarche d'enquête phonétique semble triviale aujourd'hui, mais les travaux pionniers auxquels son laboratoire contribue sont l'objet d'une vive et durable contestation de la vieille école grammairienne françaiseCette sourde hostilité cherche à viser aussi les personnes et cherche à entraver la reconnaissance de l'œuvre de Brunot, bien en vain car il glane plus tard les louanges de l'Europe du Nord savante..

Républicain engagé, dans le courant des radicaux réformistes et pacifistes, il fait partie des premiers membres de la Ligue des droits de l’homme avec Lucien Herr et prend des responsabilités politiques, comme maire d'arrondissement à Paris de 1910 à 1919, ou universitaires en tant que doyen de la faculté des lettres de Paris de 1919 à 1928.

Biographie

Enfance et éducation Ferdinand-Eugène-Jean-Baptiste Brunot, second fils de Jean-Baptiste Brunot et de Maris-Louise Leclerc, est né le à Saint-Dié. Son grand-père, également nommé Jean-Baptiste, est tourneur de chaises et a formé son fils Jean-Baptiste dans l'atelier familial. Jean-Baptiste affiche des convictions républicaines trop ardentes et s'oppose à la dictature du prince-président Louis Bonaparte en 1851, ce qui lui vaut d'être emprisonné à Strasbourg. Grâce à l'intervention réitérée de l'évêque de Saint-Dié, monseigneur Caverot, il est gracié en 1854. Après son mariage à Saint-Dié, Jean-Baptiste devient marchand de drap forain. Le vendeur itinérant s'initie progressivement, entre deux marchés, aux nouvelles techniques de couture. Il devient vendeur et réparateur de machines à coudre. Il retrouve la vie d'atelier, s'installe en échoppe et finit sa vie patron d'une petite entreprise de confection.

Dans son enfance, Ferdinand n'accompagne pas l'errance professionnelle de son père et demeure souvent dans l'atelier du grand-père. Il joue avec des bandes de petits chenapans dans les ruelles du vieux Saint-Dié, qui entremêlent avec saveur les nombreux dialectes d'anciens français de la montagne vosgienne environnante. Il fréquente l’Institution Sainte-Marie et le collège de Saint-Dié. Il y passe son baccalauréat en 1876 et décide d'aller étudier à Dresde en Allemagne. La longue occupation prussienne de Saint-Dié jusqu'en , l'arrivée de divers petits groupes d' en provenance d'Alsace Moselle , dialectophones germaniques, ou les incitations de son père à voir du pays sont peut-être les sources de sa vocation.

En deux années, surmontant un initial et complet dépaysement linguistique, pour n'en garder plus tard que d'inoubliables souvenirs, le jeune homme y apprend les humanités modernes à l'université. Il observe l'éducation allemande, lit le Hochdeutsch des journaux, écoute avec intérêt les idiomes locaux. Il revient en France et s'inscrit en classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand. Il entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1879, où il est condisciple d'Émile Durkheim, de Jean Jaurès, d'Henri Bergson ou de Desjardins.

Le directeur de l', Fustel de Coulanges, méticuleux historien des institutions, apprécie cet élève « très instruit, intelligent » et surtout « laborieux et modeste ». Il le tient pour le plus prometteur de la promotion. L'appréciation est réciproque, ce qui n'est pas le cas de Louis Pasteur, directeur des études.

Un chercheur universitaire Après des études à l'École normale supérieure, de 1879 à 1882, le jeune premier agrégé de grammaire de sa promotion découvre l'enseignement professoral au lycée de Bar-le-Duc pendant l'année scolaire suivante. En 1883, chaudement recommandé par son ancien directeur et ami Fustel de Coulanges, il est nommé directement maître de conférences à l'université de Lyon à vingt-trois ans.

En 1891, il soutient une thèse pour l'obtention du doctorat ès lettres sur la doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur Desportes, ainsi qu'une thèse complémentaire écrite en latin, comme il était d'usageLa doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur Desportes, Masson, Paris, 1891 (thèse de doctorat en français).

"De Philiberti Bugnonii vita et eroticis versibus thesim Facultati Litterarum Parisiensis proponebat, F. brunot, Lugduni, Storck, 1891 (thèse latine)

Il s'agit d'un commentaire de l'œuvre soi-disant érotique de Philibert Bugnyon, dont le style est conforme à Pierre de Ronsard. Erotasmes de Phidie et Gelasine, plus le chant panégyrique de l'Ile Pontine, avec la Gagete de Mai, Lyon, 1557..

Ferdinand Brunot aime la ville de Lyon, sa population bigarrée et joyeuse. Il y rédige un premier manuel, son Précis de grammaire historique de la langue française qui sera publié chez Masson à Paris, en 1887 puis 1889. Plus tard, le chercheur exigeant estime ce manuel raté et le refond avec son fidèle élève, Charles Bruneau. vignette|320x320px|Carte postale d'une conférence de Ferdinand Brunot à La Sorbonne. En 1899, sa petite famille quitte Lyon. Il est nommé chargé de cours à la faculté des lettres de Paris et à l'École normale supérieure de Sèvres. En réalité, la Sorbonne a décidé de créer à son intention une chaire d'histoire de la langue française. Il y sera professeur de 1900 à 1934. Sa leçon inaugurale est publiée dans le premier tome de l'Histoire de la langue française. Ferdinand Brunot est maintenant libre de développer un laboratoire de langue française, articulant les deux facettes complémentaires de pédagogie et de recherche. En effet, enseignant à l'université, il continue avec un intérêt vibrant à professer en petites classes à l'Ecole Normale supérieure de Sèvres.

Depuis 1896, Ferdinand Brunot collabore avec Louis Petit de Julleville pour l'Histoire de la langue et de la littérature française, en ajoutant à chaque tome un chapitre sur la langue.

En 1932, Ferdinand Brunot devient membre de la Société d'histoire du théâtre, où il œuvre pour que des professeurs, des hommes de théâtre et des collectionneurs mettent en commun leurs recherches sur le théâtre.

Doyen efficace entre 1919 et 1928 En 1919, Ferdinand Brunot accepte la charge de doyen de la Faculté des lettres de Paris. La faculté a été conçue et construite pour accueillir cinq cents étudiants. Or en 1920, ils sont cinq mille et d'insolubles dilemmes, quasi cornéliens, atteignent et assaillent l'administration chargée des embryons de services universitaires. Devant cette disproportion entre fréquentation et équipement, il est urgent de se metre en quête de lieux annexes.

L'ancien maire du arrondissement ne répugne pas à soutenir l'initiative privée. Avec le concours de Deutsch de la Meurthe, le doyen se lance dans une course effrénée d'acquisition de terrain, tout en concevant l'ébauche à long terme de ce qui doit devenir la Cité internationale universitaire de Paris. Le doyen bâtisseur, qui se souvient de ses années à Dresde et de sa fascination pour la belle capitale Berlin, inaugure l'Institut de géographie (rue Saint-Jacques) et l'Institut d'art et d'archéologie (rue Michelet).

Tout en s'efforçant d'agrandir la faculté étriquée qu'on lui a confiée, il n'oublie pas de se soucier de la situation matérielle des étudiants et des jeunes enseignants. L'homme Ferdinand Brunot souhaite en premier une formation intellectuelle et morale. Si la technique prime l'esthétique, il ne conçoit pas une éducation sans éducation physique et artistique.

Enfin, le linguiste n'oublie pas sa discipline et fonde l'Office des langues. Dès 1920, il s'implique et invente, selon ses conceptions, modernes pour l'époque, l'école de préparation des professeurs de français à l'étranger, qui sont de nouveau recherchés par une pléthore de pays redéfinis depuis le traité de Versailles. Il s'y montre farouche défenseur et adepte du contrôle continu des connaissances. Ce spécialiste intervient aussi dans l'organisation de la Mission laïque et de l'Alliance française.

Au terme d'un parcours de doyen combattant, affrontant hostilité sournoise et vindictes ouvertes, il est admis à l'honorariat en 1928 et Henri Delacroix lui succède. Membre du Conseil supérieur de l'instruction publique, l'ancien chercheur participe aux travaux de la section permanente et du comité consultatif des lettres.

Vie familiale et civile , car le chercheur et scientifique issu d'un modeste milieu d'artisan du bois et d'une contrée marginale, une petite ville industrielle de la montagne vosgienne, a respecté ce qui composait en lui le kaléidoscope ou les multiples facettes de son identité. Le respect et l'écoute du bourgeois brillant ou du plus humble des locuteurs d'une langue, leurs droits légitimes à la parole et à l'intérêt scientifique correspondent chez lui au libre déploiement des diverses manières d'être, acquises au cours de son éducation et de ses études.

Une vie familiale discrète Ferdinand Brunot a épousé en premières noces Marie Liégeois, fille de Jules Liégeois, professeur de droit à Nancy. Il a eu deux filles, Marguerite et Henriette.En secondes noces, il aura de Marie-Renée Emmanuelle deux fils, André et JeanAndré Brunot né à Chaville termina sa carrière ingénieur général des Ponts-et-Chaussée et directeur de l'École nationale des ponts et chaussées de 1959 à 1970. Jean Brunot (1906-1952) a été dirigeant commercial de sociétés productrices de moteurs d'automobiles et d'aviation..

Un citoyen grammairien Pendant son séjour lyonnais, il adhère à la Ligue des patriotes. En 1887, il refuse l'obédience boulangiste et fonde la Ligue patriote du Rhône. Désormais ancré dans la gauche républicaine, il anime le courant des radicaux réformistes et pacifiques. Il est, avec Lucien Herr, un des premiers membres de la Ligue des droits de l'homme, instituée pour défendre l'innocence du capitaine Dreyfus. Ferdinand Brunot s'arqueboute, fidèle à ce combat politique jusqu'au terme de la réhabilitation.

Son engagement politique constant le mène à briguer la mairie de son lieu d'habitation, en 1910. L'élu parisien n'abandonne pas sa vie de chercheur et consacre une après-midi par semaine à ses administrés, instaurant un régime de délégation.

Maire du arrondissement de Paris de 1910 à 1919, il s'investit à plein temps dans sa charge pendant la Grande Guerre et au-delà. Il ne quitte la mairie que pour être revêtu de la charge, encore plus écrasante, de doyen de l'Université de Paris en 1919.

Lorsque la guerre survient, les difficultés assaillent ses administrés et il se consacre à plein temps à sa tâche. Chargé d'assurer le ravitaillement en lait, il recense les vaches du quartier de Plaisance et du Bois de Boulogne. Pour éviter fraudes et détournements, il décide d'installer une étable surveillée au rez-de-chaussée de son immeuble.

Il crée l'Union des œuvres de guerre du arrondissement et tente par tous les moyens de fédérer les initiatives. Le maire participe aux ravitaillements de son arrondissement et n'oublie pas l'aide aux plus démunis durant cette sombre période. Pendant le froid hiver 1915-1916, le premier magistrat prend des mesures pour réduire les difficultés de chauffage, instaure des repas à prix réduit à partir de 1917, fournit des aides aux mères et généralise les goûters des enfants des écoles...

Un homme du bois