Gunugus ou Gunugu (en punique : lđ€‚đ€đ€‚đ€, GNGN) est une ancienne ville berbĂšre et carthaginoise, localisĂ©e Ă  proximitĂ© de l'actuelle Gouraya dans la wilaya de Tipaza, en AlgĂ©rie, et connue Ă  l’époque de l’AntiquitĂ© classique. Elle passe sous contrĂŽle romain durant les guerres puniques et devient le site d’une colonie de vĂ©tĂ©rans. Elle subsiste sous les Vandales puis les Byzantins, avant d’ĂȘtre dĂ©truite lors de la conquĂȘte musulmane de la rĂ©gion.

Localisation Gunugus a Ă©tĂ© identifiĂ© de maniĂšre provisoire — mais non certaine — avec les ruines situĂ©es Ă  Sidi Brahem de Gouraya, sur la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne en AlgĂ©rie SiĂšge Ă©piscopal titulaire de Gunugus, sur GCatholic.org..

L'Itinéraire d'Antonin situait la ville antique à 22 milles de Césarée, soit à un peu plus de à l'ouest de Cherchell. Les principales sources médiévales ne citent que deux villes maritimes entre Alger et TénÚs : Cherchell et Gunugus (Breshk). Les vestiges de Breshk et de Gunnugu se confondent aujourd'hui. La ville est également citée par d'autres auteurs anciens tels Pline, Ptolémée ainsi que dans la Cosmographie de Ravenne.

Histoire Gunugus est une ville berbĂšre et carthaginoise dĂšs environ 550 av. J.-C.Barrington Atlas, 2000, pl. 30 C3.. Elle aurait Ă©galement Ă©tĂ©, Ă  un certain moment, le site d’une colonie grecque.

AprĂšs les guerres puniques, Gunugus devint le site d’une colonie romaine fondĂ©e par Auguste. Elle fut administrĂ©e dans le cadre de la province de la MaurĂ©tanie cĂ©sarienne. La population locale, principalement composĂ©e de berbĂšres, formait une grande partie de la communautĂ©.

Gunugus continua d’exister durant le royaume vandale ainsi que pendant la reconquĂȘte de l’Afrique par l’Empire byzantin. Elle fut dĂ©truite vers l’an 640 apr. J.-C..

Époque romaine Gunugus, constitue un site important en tant qu’ancienne colonie romainePline. Histoire naturelle, Volume II : Livres 3–7, traduit par H. Rackham. Loeb Classical Library 352 (Cambridge, MA, 1942), corregir Portus Magnus, Mulucha, Quiza Xenitana, Arsennaria (Arzen), Cartenna (TĂ©nĂšs), Gunugu, Caesarea Iol, Tipasa, Icosium, Rusguniae, Rusazus, Saldae, Igilgili et Tucca.. FondĂ©e par l’empereur Auguste, Gunugus est initialement connue comme une petite ville destinĂ©e aux vĂ©tĂ©ransGsell, StĂ©phane. Fouilles de Gouraya : (SĂ©pultures Puniques de la cĂŽte AlgĂ©rienne), exĂ©cutĂ©es et publiĂ©es sous les auspices de l'Association historique pour l'Ă©tude de l'Afrique du Nord. Vol. 4. E. Leroux, 1903.. MalgrĂ© ce soutien impĂ©rial, Gunugus ne connaĂźt pas un dĂ©veloppement significatif sous la domination romaine. Sa proximitĂ© avec Caesarea, capitale provinciale, freine sans doute sa croissance.

La ville romaine est cependant plus vaste. En dehors des remparts, on trouve encore des citernes, des blocs de pierre de taille, et, au sud-est, quelques puits ainsi que des chapiteaux grossiers et Ă©rodĂ©s dans un ordre ionique dĂ©cadent, qui semblent provenir Ă  l’origine d’une Ă©glise ou d’une chapelle chrĂ©tienne datant du : Ă  cette Ă©poque, Gunugus est un Ă©vĂȘchĂ©. Des carriĂšres sont exploitĂ©es Ă  l’extrĂ©mitĂ© du promontoire oĂč se trouve la nĂ©cropole.

Période médiévale Au fil du temps, Gunugus subit des changements de gouvernement et de nomDe Slane ; Le Journal asiatique, 1842, I, p. 184., devenant finalement connue sous le nom de Breshk sous la domination musulmaneMercier, Histoire de l'Afrique septentrionale, II, p. 238, 252, 298, 305 ; Basset, Journal asiatique, 1884, II, p. 529, 530, 531.. Elle reste toutefois un foyer de conflits régionaux, comme en témoigne sa prise par Roger II de Sicile en 1144Edrisi, Géographie, traduction Jaubert, I, p. 235..

À la fin du , Gunugus accueille un afflux de rĂ©fugiĂ©s, principalement des Maures fuyant l’Al-AndalusDe Grammont, Histoire d'Alger sous la domination turque, p. 3.. Ce bouleversement dĂ©mographique donne un Ă©lan temporaire Ă  l’économie et Ă  la culture de la ville. Des industries comme la production textile prospĂšrent, de mĂȘme que l’agriculture dans les terres fertiles environnantesLĂ©on l’Africain, Description de l’Afrique, traduction Temporal, I, p. 252. Marmol, L’Afrique, traduction Perrot d’Ablancourt, II, p. 391.. Gunugus devient Ă©galement rĂ©putĂ©e pour ses corsaires qui opĂšrent le long des cĂŽtes nord-africaines.

Cette pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© est toutefois de courte durĂ©e, car la ville tombe sous les assauts des chevaliers de Saint-Étienne en 1610, entraĂźnant son dĂ©clin progressif.

DĂ©couvertes archĂ©ologiques Les vestiges du passĂ© antique de Gunugus sont dissĂ©minĂ©s Ă  travers le paysageCat, Bulletin de correspondance africaine, I, 1882, p. 130-133 ; Gsell, Monuments antiques de l'AlgĂ©rie, I, p. 230, 257, 262, 279., tĂ©moignant de la richesse de son histoire. Les influences romaines et berbĂšres sont visibles parmi les ruines, avec des traces de poterie, de maçonnerie et d’infrastructures. Le sanctuaire de Sidi Brahem, construit Ă  partir de matĂ©riaux anciens, est particuliĂšrement remarquable, tout comme les vestiges de rĂ©servoirs romains et d’un aqueduc. MalgrĂ© le dĂ©clin ultĂ©rieur de la citĂ©, ces vestiges archĂ©ologiques offrent un aperçu de sa grandeur passĂ©e et de son hĂ©ritage culturel.

Nécropoles

Gunugus possĂšde plusieurs anciens lieux de sĂ©pulture qui Ă©clairent les diverses pratiques funĂ©raires en usage dans la rĂ©gionBulletin de gĂ©ographie et d'archĂ©ologie de la SociĂ©tĂ© d'Oran, 1890, p. 247-256.Bulletin archĂ©ologique du ComitĂ© des travaux scientifiques, 1891, p. XLIII.. Les nĂ©cropoles rĂ©vĂšlent un mĂ©lange de coutumes funĂ©raires phĂ©niciennes et autochtones, avec des tombes taillĂ©es dans la roche tufiĂšre. Certaines sĂ©pultures sont accompagnĂ©es de fosses adjacentes, suggĂ©rant des pratiques d’inhumation collective. La prĂ©sence de restes osseux mĂȘlĂ©s tĂ©moigne d’une combinaison complexe de rites funĂ©raires avec et sans crĂ©mation, reflĂ©tant les diverses influences culturelles des habitants de la ville.

Les rites funĂ©raires Ă  Gunugus englobaient un Ă©ventail de pratiques, reflet de la population multiculturelle de la citĂ©. Des objets funĂ©raires Ă©taient frĂ©quemment dĂ©posĂ©s aux cĂŽtĂ©s des dĂ©funts, traduisant la croyance en une vie aprĂšs la mort et en la continuitĂ© de l’existence matĂ©rielle. Des vases en cĂ©ramique, importĂ©s de Rome ou produits localement, constituaient des offrandes courantes, soulignant le rĂŽle de Gunugus comme carrefour du commerce mĂ©diterranĂ©en. La prĂ©sence de restes de crĂ©mation Ă  cĂŽtĂ© d’inhumations traditionnelles tĂ©moigne d’échanges culturels et d’adaptations au sein de cette communautĂ© diversifiĂ©e.

Dans la plupart des tombes, les restes des dĂ©funts Ă©taient simplement dĂ©posĂ©s sur le sol, prĂ©alablement recouvert d’un lit de sable. Dans d’autres, un ou plusieurs bancs, plats ou creusĂ©s en forme de rigole plus ou moins profonde, avaient Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©s. Une tombe dĂ©crite par les archĂ©ologues prĂ©sente deux niveaux surĂ©levĂ©s bordĂ©s d’un rebord, qui, au lieu de prendre la forme d’une cuvette, sont ouverts sur le cĂŽtĂ© du fond. TrĂšs souvent, le puits donne accĂšs Ă  une seconde tombe, d’époque postĂ©rieure. Parfois — c’est le cas le plus frĂ©quent — celle-ci s’ouvre en face de la premiĂšre, tandis que d’autres fois, elle est amĂ©nagĂ©e sur l’un des longs cĂŽtĂ©s du puits. Chaque chambre contient un certain nombre d’individus : dans l’une de celles fouillĂ©es, on en a dĂ©nombrĂ© au moins vingt-trois. Il est probable qu’aprĂšs les inhumations, les puits aient Ă©tĂ© comblĂ©s de terre et de gravats.

Trois rites funĂ©raires ont Ă©tĂ© distinguĂ©s : le plus rare consistait Ă  simplement dĂ©poser le dĂ©funt sur le sol ; un autre impliquait de rassembler de maniĂšre dĂ©sordonnĂ©e les ossements, soit sur le sol, soit sur les bancs, dans les rigoles ou encore dans des rĂ©cipients en argile. Parfois, une amphore brisĂ©e faisait office de contenant. Les archĂ©ologues ont observĂ© que ces restes humains mĂ©langĂ©s avaient vraisemblablement Ă©tĂ© dĂ©charnĂ©s avant l’inhumation. Cela laisse penser que les tombes n’étaient pas des sĂ©pultures familiales, mais rassemblaient probablement des individus de Gunugus morts Ă  une Ă©poque proche.

AmĂ©nagements hydrauliques Dans la rĂ©gion de Larhat, des vestiges d’un ancien barrage, construit en moellons, chaux et sable, ont Ă©tĂ© dĂ©couverts prĂšs de Oued MellahGsell, S. (1902). EnquĂȘte administrative sur les travaux hydrauliques anciens en AlgĂ©rie (Vol. 7). Imprimerie nationale.. Ce barrage alimentait en eau la ville de Gunugus par un canal Ă©difiĂ© au-dessus de la route actuelle, maçonnĂ© en pierre et asphaltĂ© Ă  l’intĂ©rieur Ă  l’aide de brique pilĂ©e et de chaux. Toutefois, des affaissements successifs du sol et des mouvements sismiques ont en grande partie dĂ©truit cet ouvrage. À la limite entre Larhat et Gouraya, le canal traversait une colline par un tunnel, oĂč il reste relativement bien conservĂ©.

Sur l’oued Harbil, les vestiges d’un petit barrage ont Ă©tĂ© dĂ©couverts, probablement destinĂ© Ă  irriguer des jardins situĂ©s sur la rive gauche de l’oued. Dans la rĂ©gion de Gouraya, des traces d’un bassin de retenue, possiblement utilisĂ© pour l’irrigation, ont Ă©tĂ© repĂ©rĂ©es entre les oueds Messelmoun et Sebt.

Dans la rĂ©gion de Menaceur, l’irrigation des rives de l’oued Rouman Ă©tait assurĂ©e par un barrage de 7 Ă  8 mĂštres de long. Des ruines d’un ancien aqueduc ont Ă©galement Ă©tĂ© observĂ©es le long de l’oued AĂŻzer, avec des arches intactes Ă  ses deux extrĂ©mitĂ©s, ainsi que des vestiges de canalisations sur sa rive gauche. PrĂšs de Menaceur, l’oued ZĂ©lazel a Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©, et le canal est encore visible au-dessus de la route actuelle. De mĂȘme, l’oued ZaouĂŻa a Ă©tĂ© dĂ©viĂ©, avec des vestiges du canal visibles le long de la route allant de Zurich Ă  Menaceur. Ces canaux convergeaient prĂšs d'une ferme et se poursuivaient Ă  travers montagnes, vallĂ©es et aqueducs jusqu’à CĂ©sarĂ©e, assurant l’alimentation en eau de la ville. Par ailleurs, des vestiges d’un barrage sur l’oued ZaouĂŻa, situĂ©s Ă  500 ou 600 mĂštres en aval du point de dĂ©rivation, ont Ă©tĂ© mis au jour, bien que leur fonction prĂ©cise demeure incertaine.

Les sites cĂŽtiers, vus depuis Gunugus, servaient de relais rĂ©guliers tous les 30 Ă  40 kilomĂštres vers l’estLancel, Serge. "AlgĂ©rie." La civilisation phĂ©nicienne et punique. Brill, 1994. 786-795.. Parmi eux, Gunugus elle-mĂȘme, datĂ© du Ve siĂšcle av. J.-C., se distingue par l’évolution de ses liens Ă©conomiques, bien que son allĂ©geance politique Ă  Carthage reste incertaine. L’ancienne ville de Gunugus, aujourd’hui Breshk, est mentionnĂ©e dans des textes historiques qui prĂ©sentent des rĂ©cits divergents quant Ă  l’existence d’un port. Certaines sources indiquent l’absence d’un port formel, tandis que d’autres suggĂšrent l’existence d’un modeste havre ou d’un mouillage. Piri ReisMcIntosh, Gregory C. Piri Reis Map of 1513. University of Georgia Press, 2012. affirme l’absence de port, tout en notant l’abondance de poissons dans la rĂ©gion, ce qui laisse entrevoir une activitĂ© maritime. Paul LaurentLaurent, Paul. Les ports maritimes AlgĂ©riens. No. 57. 8°(210 x 145), 122 p., pl., carte, plan. [DL Impr.]-VIe-VIIIe, 1942. Ă©voque quant Ă  lui un petit port situĂ© sur le cĂŽtĂ© nord-est de l’üle, suggĂ©rant une infrastructure maritime limitĂ©e.

Les travaux de StĂ©phane Gsell et Édouard Cat font Ă©tat de vestiges d’une jetĂ©e et d’un escalier prĂšs du promontoire, corroborĂ©s par des relevĂ©s de terrainRafik, Khellaf. "Quelques donnĂ©es sur le port antique de Gunugu / Some data on the ancient harbor of Gunugu." El-Ryssala des Ă©tudes et recherches en sciences humaines, vol. 8, no 2 (2023), pp. 774-783. qui ont mis au jour des citernes amĂ©nagĂ©es dans les parois rocheuses dominant l’emplacement supposĂ© du port, indiquant une infrastructure d’approvisionnement en eau destinĂ©e Ă  une activitĂ© maritime.

Cependant, des phĂ©nomĂšnes d’érosion et de glissements de terrain masquent certaines structures, rendant difficile la confirmation de la prĂ©sence d’un port. MalgrĂ© cela, la position stratĂ©gique de Gunugus sur les routes commerciales reliant Cartennae Ă  CĂ©sarĂ©e suggĂšre une activitĂ© maritime probable.