droite|vignette|Activiste LGBT pendant une manifestation en 2020 en Équateur.

Lhistoire LGBT en Équateur est l'histoire sociale, politique et culturelle des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, intersexes et queers d'Équateur et de la manière dont les institutions et la société équatoriennes interagissent avec elles.

Cette histoire commence dès la période précolombienne. Des indices dans de nombreuses cultures comme la Valdivia, Tumaco-La Tolita et Bahia suggèrent que l'homosexualité était vue comme quelque chose de naturel. Les chroniqueurs hispaniques au moment de la colonisation parlent en particulier de la culture huancavilca comme étant le groupe natif dans lequel l'homosexualité était ouvertement pratiquée et acceptée. Avec la conquête espagnole, un système de répression contre n'importe quelle personne pratiquant l'homosexualité est mis en place dans les territoires qui forment actuellement l'Équateur.

Après l'indépendance, l'homosexualité reste absente du code pénal équatorien jusqu'en 1871, quand elle y est inscrite comme crime, assorti d'une peine allant de quatre à huit ans de prison. Pendant les décennies suivantes, le thème fut peu mentionné, principalement à cause de la criminalisation de l'homosexualité et du machisme de la société équatorienne de l'époque. Un changement notoire se produit à la fin des années 1970, avec l'exode rural et suite à des événements comme les émeutes de Stonewall. La visibilité des personnes LGBT s'accroît, avec des réunions informelles, ferments de la communauté gay équatorienne. Face à ces avancées, la répression policière grandit, notamment par les escadrons volants, créés en 1985. Ces forces spéciales de la police réalisaient des arrestations illégales et des tortures contre toute personne qu'ils considéraient comme indésirable, en particulier contre les personnes appartenant à la diversité sexuelle.

La répression policière diminua après la disparition des escadrons volants en 1988, mais resta quelque chose de commun. L'événement qui marqua le point de bascule pour la diversité sexuelle fut la violente descente de police au bar Abanicos, un bar LGBT de Cuenca, la nuit du . Les abus et actes de tortures et de viols commis sur les personnes arrêtées de la part de la police puis par d'autres prisonniers ont provoqué des critiques au niveau national et amené les divers groupes LGBT du pays à s'unir pour exiger la dépénalisation de l'homosexualité. Dans le cadre de cette campagne ont été réalisées les premières marches et manifestations publiques des personnes LGBT dans l'histoire de l'Équateur. Le , le Tribunal constitutionnel déclare inconstitutionnel le premier paragraphe de l' du code pénal, et dépénalise ainsi l'homosexualité. Un an après, l'orientation sexuelle fut incluse dans les catégories protégées contre la discrimination dans la Constitution de 1998.

Bien que pendant les premières années du , les cas de discrimination et abus continuèrent contre les personnes LGBT, les efforts de la communauté pour avoir une meilleure visibilité et obtenir de nouveaux droits ont aidé à accroître l'acceptation sociale du collectif. Pendant la création de la constitution équatorienne de 2008, des représentants des organisations LGBT furent impliqués dans le processus de rédaction et ils ont remporté d'importantes victoires comme la légalisation des unions de fait pour couples de personnes du même genre et l'inclusion de l'identité de genre dans les catégories protégées contre la discrimination.

Les années à partir de la décennie de 2010 ont amené de nouveaux jalons dans la lutte pour les droits des personnes appartenant à la diversité sexuelle, ainsi que l'apparition de figures publiques ouvertement LGBT, comme des ministres d'État, législateurs et maires. En 2015, l'Assemblée nationale a approuvé des changements dans la loi de l'État-civil, entre lesquels la possibilité pour les personnes transgenres de changer la catégorie de sexe dans la carte d'identité par celui de genre, comme le , jugé en 2018 et qui a établi le droit de deux femmes à être enregistrées comme les mères légales de leur fille, et postérieurement les et 10-18-CN, jugés le et avec lesquels la Cour légalisa le mariage entre personnes de même genre en Équateur.

Époque précolombienne gauche|vignette|Figurines hermaphrodites provenant de la culture Valdivia. Des indices archéologiques et ethnohistoriques suggèrent qu'avant la colonisation espagnole, les peuples indigènes vivant sur les territoires de l'actuel Équateur envisageaient l'homosexualité comme quelque chose de naturel. Des céramiques de la culture Valdivia montrent ce type de relations parmi ses représentations érotiques et liées à la fertilité. Les colons européens ont imposé une vision négative de l'homosexualité basée sur les croyances catholiques.

L'archéologue María Fernanda Ugalde a en particulier signalé la présence de figurines de couples de femmes dans les cultures Tumaco-La Tolita et Bahia dans des positions utilisées traditionnellement pour représenter des couples mariés. Selon Ugalde, les études archéologiques traditionnelles ont ignoré ces figurines ou les ont décrites comme « des sœurs siamoises », bien qu'elles utilisaient les mêmes positions que celles des couples hétérosexuels, ce qui amène à penser qu'elles montraient des couples de femmes lesbiennes. Un des couples des figurines de la culture Bahia montre même une des deux femmes portant un bébé.

Ugalde a aussi fait référence à des figurines de la culture Tumaco-La Tolita qui montrent des personnes avec des vêtements masculins, mais qui possèdent aussi des caractéristiques physiques féminines marquées. L'archéologue Andrea Brezzi a expliqué l'existence de ces figurines en affirmant qu'elles avaient probablement été réalisées dans le même moule dans lequel se faisaient les figurines féminines pour gagner du temps. Et ce, alors que l'existence de moules spécifiques pour créer des figurines masculines invalide pour Ugalde cette théorie. Selon Ugalde, une autre explication pourrait être que les figurines représentent des personnes appartenant à un hypothétique troisième genre. Le même Brezzi, en décrivant une figurine d'un homme jeune, a affirmé qu'il « possédait des caractères masculins et féminins en même temps ».

Du côté des peuples indigènes amazoniens, on peut mentionner les Shuars, pour qui l'acte d'être pénétré pendant le sexe anal n'était pas vu comme un synonyme de féminisation et dont la langue possède les mots « chiminiamnijikratin » (en français : personne qui féconde l'anus) et « chiminiamnijitiai » (en français : personne fécondée par l'anus). Parmi les traditions shuar, il existe en plus une légende sur un jaguar mâle qui est pénétré par un singe, qui lui propose de l'aider à nettoyer son anus avec un bâton après avoir déféqué, mais qui, en cachette remplace le bâton par son pénis, ce qui amène le jaguar à le mordre quand il se rend compte de la supercherie.

Culture huancavilca droite|vignette|Cieza de León décrit les enchaquirados dans sa Chronique du Pérou. Grâce aux informations rassemblées par les chroniqueurs hispaniques, on sait que l'homosexualité était pratiquée de forme beaucoup plus ouverte chez les huancavilcas que dans tous les autres peuples indigènes rencontrés lors de la colonisation espagnole. Une chose qui se répète dans toutes ces chroniques est le contraste entre l'acceptation dont jouissaient ces relations au sein de la population huancavilca et le rejet exprimé par les chroniqueur au moment d'y faire référence. Ainsi, dans leurs chroniques respectives, Garcilaso de la Vega nomme les pratiques homosexuelles des huancavilcas comme un « vice », et Girolamo Benzoni parle de ce peuple comme de « sales sodomites ».

Un rôle central dans ces chroniques était donné aux hommes identifiés comme « enchaquirados », ce nom leur vient de leur utilisation des chaquiras des décorations ornementales de vêtements, ils formaient des espèces de harem d'hommes homosexuels et participaient à des cérémonies religieuses. Ils adoptaient aussi les vêtements féminins dès l'enfance. Pedro Cieza de León décrit les enchaquirados comme des hommes (il y en avait un ou plus par temple) qui accomplissaient le rôle de prêtres ou gardiens des divinités adorées par les huancavilcas et qu'avaient des relations homosexuelles avec les chefs des tribus pendant ses fêtes religieuses. Selon l'anthropologue Hugo Benavides, l'usage d'objets considérés extrêmement rares et précieux par les huancavilcas, comme l'or et les chaquiras, décorations de coquillages spondylus, indiquait le rang élevé que les enchaquirados avaient dans la hiérarchie sociale des tribus.

D'après Cieza de León, les huancavilcas furent durement punis par les capitaines Francisco Pacheco et Juan d'Olmos pour leur pratique de l'homosexualité.

Période coloniale gauche|vignette|Portrait de Carlos de Montúfar. Peu de cas publics d'homosexualité de la période coloniale en Équateur nous sont parvenus. Un des plus notoires est celui de Manuel Barros de San Millán, président de l'audience royale de Quito de 1587 à 1593 et qui n'a jamais été marié. Le , Andrés Cupín, un ancien esclave de Barros, en train d'être jugé pour sodomie à Lima, a déclaré que Barros était le premier homme avec lequel il y avait des eues relations sexuelles, des faits qui se seraient déroulés lorsqu'il se trouvait à son service à l'audience de Charcas, située dans la ville de La Plata. Barros avait déjà été accusé de pratiquer le « vice italien » avant, aussi bien au Panama qu'à l'audience de Charcas, mais ces accusations avaient été jugées sans fondement.

À la suite des déclarations de Cupín, Barros fut arrêté et amené à Lima. Les rumeurs sur le procès se propagèrent bientôt à Quito, où Barros s'était fait de nombreux ennemis. Pendant le procès, diverses personnes de Quito se présentèrent en qualité de témoins et affirmèrent que Barros avait l'habitude de marcher main dans la main avec d'autres hommes et se montrait extrêmement affectueux avec eux. Le , Andrés Cupín a été exécuté par garrote vil pour le crime de sodomie. Barros a été rapatrié en Espagne, où en 1597 il a été condamné à payer une amende de 7000 ducats et s'est vu interdire de retourner en Amérique.

Un autre cas qui a survécu jusqu'à nos jours est celui de l'aristocrate et indépendantiste de Quito Carlos de Montúfar, dont il est dit qu'il avait une relation amoureuse avec le géographe et baron allemand Alexander von Humboldt. Montúfar et Humboldt se sont connus à Quito en 1802 pendant les voyages du géographe à travers l'Amérique. Après cette rencontre, Montúfar décida de l'accompagner pendant le reste de son voyage à travers le continent et ensuite il partit avec lui en Europe. Au total, Montúfar et Humboldt vécurent ensemble pendant trois ans, mais postérieurement Montúfar revint en Amérique pour participer aux guerres d'indépendance, alors que le physicien français Joseph Louis Gay-Lussac vint occuper dans la vie de Humboldt la place qu'avait eu Montúfar.

La relation entre Montúfar et Humboldt provoqua l'indignation du botanique de Nouvelle Grenade Francisco José de Caldas, qui espérait rejoindre l'expédition d'Humboldt, mais qui a été rejeté par le scientifique allemand pour pouvoir accueillir Montúfar. Caldas déclara que l'indépendantiste lui avait « volé le cœur » d'Humboldt et, dans une lettre datée du et dirigée au penseur et prêtre espagnol José Celestino Mutis, il affirma que lors de son passage à Quito l'allemand avait fréquenté « les maisons où règne l'amour impur » :

Le de la même année, Caldas écrit à nouveau à Mutis, et dans cette lettre il fait référence à Montúfar comme étant l'« Adonis » de Humboldt, dans les termes suivants :

Procès pour sodomie à l'époque coloniale