Herman Kessels, né le à Bruxelles et mort à Saint-Josse-ten-Noode le , est un militaire belge célèbre pour sa participation à la révolution belge de 1830. Il est également connu pour avoir acheté et exposé la « baleine royale d'Ostende » à travers l'Europe, dès 1827.

Biographie vignette|Caricature d'Herman Kessels illustrant cinq événements de sa vie. De gauche à droite : ses débuts comme douanier, son rêve à Chaam, l'épisode de la baleine d'Ostende, son exhibition à travers l'Europe, puis son rôle de commandant d'artillerie. Origines et vie privée Herman Kessels est né à Bruxelles le , alors située dans le département de la Dyle pendant la période française de l'histoire de la Belgique. Il est le fils de Cornelie Baesten (née le à Baerle-Duc et décédée le à Rotterdam) et d'Arnolus Kessels (né le à Wanssum et décédé le à Zwolle). Il est l'ainé d'une famille de six enfants et a trois sœurs et deux frères, respectivement : Anne-Marie (1797-1840), Caroline (1804-1860), Thomas-Arnold (1804-1860), Marie-Therese (1806-1874) et Louis (1807-1846).

Herman Kessels est baptisé catholique dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles et se marie le à Amsterdam avec Alida Cornelia Snethlage, née le dans la même ville. Ensemble, ils ont : Herman (1815-1840), Gaspar (1816-1883), Charles (1820-1889), Cornelius (1822-1828), Adèle (1824-1891), Arnold (1825-1828), Constance (1827-1870), Henri-François (1829-1909), Joséphine (1830-1896), Hortense (1834-1879) et Gilbert (1837-1858).

Première carrière militaire Il commence sa carrière militaire le alors qu'il n'est âgé que de 13 ans en tant que cadet-caporal, au sein du régiment d'infanterie du royaume de Hollande. Il démissionne en pour rejoindre la marine impériale française dès le en tant qu'apprenti marin à bord du vaisseau de ligne Le Brabant dans la flotte de l'amiral Charles Henri Ver-Huell, basée au Texel.

Lorsque les départements des Pays-Bas sont envahis après les défaites françaises lors de la guerre de la Sixième Coalition, Kessels reçoit son congé le et, le , le général Krayenhoff le nomme provisoirement sous-lieutenant d'artillerie dans l'armée des Pays-Bas, pour servir au 4e bataillon d'artillerie de ligne, lors du . Son brevet définitif lui est délivré le . Kessels est promu premier-lieutenant au bataillon d'artillerie de ligne le par le prince d'Orange.

Carrière civile et expédition en Colombie Après la création du Royaume uni des Pays-Bas par le congrès de Vienne en 1815, il quitte la nouvelle armée néerlandaise et entre au service du ministère de l'Eau et des Travaux publics. En 1819, il se porte volontaire en tant que capitaine d'artillerie dans l'armée auxiliaire de Simon Bolivar qui mène la guerre d'indépendance de la Colombie, dans ce qui est encore la colonie espagnole de la Nouvelle-Grenade. Le recrutement a lieu à Gand et, le Hermann se voit octroyer un brevet de capitaine d'artillerie dans l'armée auxiliaire colombienne et part pour l'Amérique du Sud. Après la victoire lors de la bataille de Boyacá, le corps auxiliaire est dissous et Kessels revient en Europe où il est nommé receveur d'arrondissement de la province d'Anvers le . Il est alors domicilié à Baarle-Nassau et est receveur des contributions à Weelde. C'est dans ce cadre qu'il se fait violemment agresser alors qu'il rentre du travail le samedi , quand deux hommes tentent de lui voler l'argent qu'il transport en lui assénant deux coups de fusils qui le font tomber de son cheval, puis un coup de couteau. Kessels s'en tire finalement et, le il est nommé vérificateur des droits d'entrée et des accises à Ostende.

La « baleine royale d'Ostende » Le , le Dolfyn, une chaloupe de pêche, recueille l'épave d'une baleine bleue en mer du Nord, au large de la côte belge et la ramène sur la plage d'Ostende. Herman Kessels la rachète pour le prix de et fait venir le zoologiste français Georges Cuvier pour l'identifier. La nouvelle de l'évènement attire l'attention et, en une semaine, viennent voir la baleine, ce qui représente une foule considérable pour l'époque.

Quelques jours plus tard, Louis Paret, un taxidermiste de Bredene qui dirigeait un musée d'animaux empaillés, commence la dissection de l'animal. On en récolte de graisse que l'on transforme en huile de baleine. Le le squelette est entièrement nettoyé et transféré dans un pavillon que Kessels fait construire spécialement à cet effet sur le Keizerskaai (l'actuelle ). Le bâtiment mesurait de long, 11 mètres de large et 12 mètres de haut afin de pouvoir accueillir le squelette de l'animal qui mesurait de long. Kessels fait alors don du squelette au roi des Pays-Bas, Guillaume et des cérémonies et banquets ont lieu pendant trois jours pour fêter l'évènement. C'est au cours de ces festivités que la baleine est baptisée la Koninklijke Walvis van Oostende (la « baleine royale d'Ostende »).

Dix jours plus tard, le squelette entame une véritable tournée d'exposition au travers de l'Europe. La baleine est remorquée dans son pavillon, par deux barges jusqu'à Gand pour y être exposée, puis voyage successivement à Bruxelles, La Haye, Rotterdam, Anvers, Paris, Londres, Francfort, Berlin, Dresde, Vienne, Saint-Pétersbourg et Leipzig. Enfin, le squelette a été vendu en Russie à Balabin, un mécène qui en a fait don à l'académie des sciences de Saint-Pétersbourg où le squelette se trouve encore aujourd'hui, exposé au musée zoologique de la ville.

C'est lors de cette « tournée » que Kessels reçoit la croix de la Légion d'honneur de la part du roi de France, Charles X, le , en récompense du courage dont il avait fait preuve lors du sauvetage de l'équipage d'une goélette de Dunkerque, qui avait sombré près d'Ostende en .

Révolution belge

Lorsque la révolution belge éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Herman Kessels se trouve à Lyon et décide de rejoindre sa ville natale, où il arrive le , alors que l'insurrection s'est généralisée. Il rejoint la commission de sûreté publique mais est soupçonné d'espionnage alors qu'il rend visite à sa femme et ses enfants à Anvers, ville toujours sous contrôle néerlandais à ce moment.

Les Quatre Jours de Bruxelles

vignette|La barricade érigée par Kessels entre l'hôtel Belle-Vue et le café de l'Amitié, faisant face à l'entrée du parc de Bruxelles.

Il revient à Bruxelles, qui se prépare à l'attaque de l'armée néerlandaise campant depuis le à Vilvorde, sous le commandement du prince Frédéric. Kessels et quelques autres bourgeois se réunissent le soir du à l'estaminet de L'Aigle d'Or et émettent l'hypothèse de la direction probable de l'attaque vers le parc de Bruxelles, qui s'étendrait ensuite sur la ville par la place Royale. Cette prédiction, qui s’avérera exacte, leur fait suggérer l'édification d'une barricade entre le Café de l'Amitié et l'Hôtel Belle-Vue. Ils se mettent à l'ouvrage et, à trois heures du matin, la barricade est construite. Juste à temps pour que, quelques heures plus tard, elle puisse considérablement contribuer à empêcher l'armée du Prince de pénétrer dans Bruxelles lors de lancement de l'attaque.

Kessels, revêt de le sarrau bleu des volontaires et combat avec eux jusqu'au soir, armé d'une carabine. Le lendemain matin, il regagne la barricade qu'il avait fait élever pour reprendre les combats, puis se rend à l'hôtel du prince de Chimay, plus favorablement situé pour tirer sur le parc. Il se joint ensuite à une colonne composée d'une centaine d'hommes et menée par Juan van Halen, un général espagnol joint à la cause belge. Ils pénètrent dans la rue de Louvain et parviennent à l'occuper jusqu'à la barricade de la rue de l'Orangerie. Ils occupent alors les maisons qui entourent le palais des États généraux et tirent par les fenêtres donnant sur le parc jusqu'à . Kessels se rend ensuite à la barricade de la rue Montagne du Parc où il vient en aide aux volontaires luttant contre les incendies allumés par les boulets néerlandais. Le soir, Juan Van Halen, nommé commandant des troupes « belges » apprenant que Kessels est un ancien officier d'artillerie, le nomme commandant de l'artillerie dans l'état-major qu'il se constitue avec Anne François Mellinet. Celle-ci comptait six pièces attelées et deux autres venues avec les volontaires de Jemappes. En face, l'artillerie néerlandaise, comptait vingt-six bouches à feu. Kessels tente alors de raisonner les troupes belges, indisciplinées, qui tirent en feu continu à longue portée en direction du parc, avec peu d'effet, malgré la pénurie de poudre à canon. Pendant la nuit du samedi 25 au dimanche 26, il fait confectionner des gargousses chez l'armurier Goomans, rue des Dominicains et se fait alimenter en poudre par les renforts venus de province. vignette|L'attaque du parc de Bruxelles, lors des Journées de Septembre, sur une toile de Constantin Fidèle Coene. Le vers les Néerlandais lancent une attaque depuis le parc vers les barricades qui en fermaient les issues. Kessels est alors établi sur la terrasse de l'Hôtel de Belle-Vue avec les deux canons venus de Jemappes. C'est à ce moment qu'il est blessé à l'épaule par un biscaïen. L'attaque est finalement repoussée et, dans leur fuite, les hommes du Prince d'Orange abandonnent deux canons et leurs caissons, à vue des Belges dans le parc. Juan Van Halen ordonne à Kessels de se mettre à la tête de tous les hommes de bonne volonté qu'il pourrait réunir et d'opérer une attaque dans le centre du Parc. Kessels recrute avec lesquels il mène son expédition et revient avec les caissons mais seulement six de ses compagnons. Van Halen ordonne ensuite une attaque générale du Parc exécutée par Kessels et le capitaine Bouchez à la tête d'une petite troupe d'hommes qui perdent presque tous la vie, en essayant d'escalader les talus derrière lesquels les « Hollandais » sont retranchés et tirent.

Dans la nuit du 26 au , Van Halen charge Kessels de construire une barricade renforcée en forme de lunette en avant de la Montagne du Parc. Il déclare : L'édification débute vers au moyen de grandes caisses et de tonneaux remplis de pierres, de fagots et de sacs de terre. Cinq embrasures y sont ménagées afin de balayer l’entièreté de la rue Royale : deux du côté de la porte de Schaerbeek et trois vers les palais royal de Bruxelles. Le travail est terminé à mais la barricade ne servit jamais : en effet, le Prince d'Orange décide de faire évacuer son armée à la faveur de la nuit, permettant l'annonce de la surprenante victoire belge.

Campagne d'Anvers

Le conflit se militarise après la victoire surprise des belges lors des Journées de Septembre après les Quatre Jours de Bruxelles le et les combats de Louvain le lendemain. Si l'indépendance de la Belgique n'est déclarée que le , le gouvernement provisoire entend profiter de la liesse de la victoire pour poursuivre les opérations et chasser les « Hollandais » hors des huit provinces rebelles des Pays-Bas méridionaux. Il décide d'envoyer une colonne expéditionnaire de trois cents volontaires et deux canons à Louvain, menacée par les hommes du général Ghisbert Martin Cort Heyligers, qui venait d'attaquer Tirlemont le jour-même. La troupe est placée sous le commandement d'Herman Kessels qui part le 29 et arrive le même jour dans la ville où aucun combat n'a lieu à ce moment, mais où la population l'accueille avec enthousiasme. Quelques jours plus tard s'y forment les prémices des futures forces armées belges avec le corps d'armée, un régiment composés de corps francs sous le commandement de Pierre Joseph Parent, puis de Charles Niellon. Celui-ci est composé, entre autres, des volontaires de la légion belge-parisienne arrivés dans le cadre de la participation française à la révolution belge de 1830. Il l'organise en trois bataillons d'environ soutenus par l'artillerie sous les ordres de Kessels disposant de deux canons de 6 livres, d'un obusier de 15 centimètres et de trois caissons de munitions .