L'hôtel-Dieu de Rennes est un hôpital construit en 1858 dans le centre de Rennes, en Bretagne, succédant à l'hôpital Saint-Yves, vétuste et situé au bord de la Vilaine. Imaginé par Aristide Tourneux, il est construit avec une structure en peigne, avec des extensions successives au siècle suivant en réponse à l'accroissement des besoins.

Le site est le principal hôpital de la ville au , avant que la plupart de ses activités soient progressivement transférées au centre hospitalier universitaire de Rennes sur le site de Pontchaillou. Après plus de cent cinquante années d'activité, la maternité, dernier service encore présent sur le site en dehors de l'EHPAD, est fermée en 2009.

Une fois désaffecté, le site est requalifié, depuis 2017, au bénéfice de la vie du quartier, avec des commerces, de l'hôtellerie et des activités de loisirs à l'horizon 2028. Les bâtiments présentant un intérêt architectural sont préservés, les autres laissant place à des logements appréciés pour leur situation centrale.

Situation et accès L'hôtel-Dieu est situé dans le centre-ville de Rennes, dans la partie nord du quartier Centre, à environ de la station de métro Sainte-Anne. Il est bordé au sud par la rue de l'Hôtel-Dieu et le lycée Saint-Martin de Rennes, à l'ouest par la rue Saint-Malo et au nord par la rue Saint-Martin, donnant sur le parc des Tanneurs. Le mail Germaine Poinso-Chapuis, inauguré dans le cadre de la requalification moderne des lieux dans les années 2010, longe à l'est l'ancien ensemble hospitalier.

Description Plan d'Aristide Tourneux À sa construction, l'architecte Aristide Tourneux conçoit le lieu avec un plan en peigne, inspiré de l'hôpital Lariboisière à Paris. L'accès principal est au sud avec aménagement d'une cour d'honneur entre la rue de l'Hôtel-Dieu et la porte d'entrée du premier bâtiment. Un accès par la rue de la Cochardière est également prévu.

Ce bâtiment, composé d'un corps central à deux niveaux et de deux ailes en retour d'équerre à trois niveaux, mis en valeur par la cour d'honneur, accueille l'administration en son centre, l’aumônerie dans son aile ouest et l'économat à l'opposé. L'architecture est de style néo-classique austère et peu décorée afin de modérer les coûts de construction. Un fronton triangulaire au-dessus du pavillon central, réalisé par le sculpteur Jean-Baptiste Barré, représente l'allégorie de la charité chrétienne.

À l'arrière s'étend une cour encadrée par deux galeries longitudinales. Chaque galerie comporte un rez-de-chaussée éclairé par de grandes baies en plein cintre, et un étage aux baies rectangulaires jumelles, espacées de petites colonnes, qui atténuent l'austérité du reste des bâtiments.

Les galeries permettent l'accès à quatre pavillons perpendiculaires au bâtiment central, destinés à divers traitements. Dans le projet initial, les deux à l'ouest sont dédiés aux hommes et ceux de l’est aux femmes.

Une chapelle s'élève au nord, d'une taille conséquente, dans la continuité des galeries et dans l'axe de l'entrée principale. L'extérieur de la chapelle rappelle l'architecture du bâtiment sud, notamment le fronton triangulaire, décoré d'une statue de saint Yves. Le bâtiment suit un plan en T avec une nef bordée de deux transepts de longueur voisine. L'intérieur arbore un plafond à caissons, inspiré de la chapelle de l'asile de Charenton.

L'ensemble des bâtiments est entouré de jardins et de lieux de promenades, ce qui satisfait aux recommandations hygiéniques du quant à l'ensoleillement et l'aération de chaque bâtiment.

Constructions ultérieures Avec les progrès de la science et la diversification des soins, de nouveaux services sont mis en place au fil des années, nécessitant autant de bâtiments. Plusieurs bâtiments, intégrés au plan d'Aristide Tourneaux selon l'espace disponible, présentaient un intérêt architectural limité et ont été détruits lors de la rénovation des lieux engagée au . Certains de ces ajouts ont cependant été conservés.

En 1898, une maternité est édifiée à l'ouest du site par l'architecte Julien Ballé, qui a également travaillé sur le nouvel hospice de Pontchaillou dans les mêmes années, en respectant le système pavillonnaire. Le bâtiment, isolé du reste de l'hôpital, présente l'avantage de limiter les contagions, mais impose le transfert des patientes par l'extérieur en cas d'opération au sein du bâtiment principal. Le bâtiment accueille depuis 2022 un pôle de santé.

En 1941, un bunker est construit par les Allemands lors de l'Occupation, à l'est du site entre les deux ailes perpendiculaires du plan initial. En 1952, l'architecte Yves Lemoine ajoute, en plus de la construction de bâtiments (détruits depuis), des marquises en béton sur plusieurs bâtiments.

En 1998, le pavillon Damien Delamaire est construit au nord-ouest pour accueillir un EHPAD, encore en activité..

Histoire Premier hôpital Saint-Yves

vignette|L'hôpital Saint-Yves en 1857.

En 1358Selon l'historien Amédée Guillotin de Corson. est fondé l'hôpital Saint-Yves par le chanoine Eudon le Bouteiller au sein de son manoir et de ses dépendances situés près de la porte Aivière. Le Bouteiller choisit le patronage de saint Yves pour nommer l'établissement, le saint étant comme lui originaire de Tréguier. L'hôtel-Dieu Saint-Yves grandit au fil des siècles : en 1453, le duc de Bretagne accorde l'occupation d'une partie des rives de la Vilaine pour installer une buanderie, puis en 1494 une chapelle est reconstruite.

Au , les hôpitaux connaissent des difficultés financières dans tout le royaume. À Rennes, la plupart des hôpitaux ferment et l'hôpital de Sainte-Anne, situé à la place du même nom, passe sous la gestion de l'hôpital Saint-Yves en 1557. L'hôpital Saint-Yves est le seul hôpital de la ville mentionné dans les archives en 1536. À partir de 1644, la gestion de l'hôpital est confiée, dans le cadre d'un traité avec la ville, aux chanoinesses augustines de la Miséricorde de Jésus. Avec l'affluence des dons, les immeubles mitoyens sont achetés et l'hôpital s'agrandit régulièrement.

Après cinq siècles d'activité, les locaux toujours plus vétustes posent de plus en plus problème : en 1836, des piliers doivent être dressés dans les salles pour soutenir la charpente. En 1853, des incendies volontaires endommagent fortement l'hôpital. Les chirurgiens se plaignent particulièrement de l’insalubrité des lieux, de l'insuffisance de salles d'opération et du manque d'hygiène entraînant des infections nosocomiales.

Les autres établissements de la ville sont également vétustes et relativement en périphérie de la ville : en plus de l'hôpital Saint-Yves en bordure de la Vilaine, il existe trois hospices au début du : l’hospice des Catherinettes rue de Paris, l’hospice Saint-Melaine sur la place éponyme et l’hospice des Incurables, rue de la Santé.

Construction du nouvel hôtel-Dieu au Dès 1835, la nécessité de remplacer l'hôpital Saint-Yves émerge. Après vingt ans de discussions et de recherches de financement, plusieurs options sont étudiées pour reconstruire l'hôtel-Dieu. Le site actuel à proximité de la Vilaine, dont l'eau est désormais stagnante depuis la suppression d'un moulin voisin, n'est plus souhaitable et d'autres sites sont également rejetés : le terrain des Catherinettes au parc du Thabor trop exigu, l'avenue du Mail-DongesDevenue l'avenue Aristide Briand. à cause des aménagements ferroviaires prévus, ou encore un terrain dans la rue du Champ Dolent, trop en contre-bas de la Vilaine. Le choix final est fait en 1851 et se porte sur un terrain dans la rue de la Cochardière. Le site jouit d'une situation favorable pour établir un hôpital : situé en hauteur, éloigné des quartiers insalubres et d'une vaste superficie de . Le terrain est acquis au moyen de dons et en procédant à des expropriations.

vignette|gauche|Intérieur de la chapelle au début du .

Un concours national d'architecture est lancé. Le programme indique une surface constructible de , pour établir un établissement d'une capacité de , avec une orientation est-ouest et une circulation aisée entre les bâtiments administratifs, les logements, la chapelle et les services généraux. Le concours bénéficie d'une publicité dans plusieurs villes françaises et à l’École des beaux-arts de Paris. Vingt-quatre projets sont proposés et la commission d'examen, composée de neuf membres, en sélectionne neuf. Le projet retenu est celui de l'architecte Aristide Tourneux. Il s'inspire du plan de l'hôpital de Bordeaux et du nouvel hôpital Lariboisière à Paris, avec un projet de .

Les travaux débutent en 1854. Pour décorer la chapelle au nord, les chanoinesses augustines, ayant déjà la gestion de l'hôpital historique dans le centre, font réaliser à leurs frais une statue de saint Yves.

En , l'empereur Napoléon III est en déplacement officiel à Rennes et, pour marquer cette visite, le nouvel établissement est alors renommé hôpital Napoléon III. Il est inauguré le , en présence d'Élisa Napoléone Baciocchi et d'Honoré-Charles Baston de La Riboisière. Le soir de l'inauguration, une procession, organisée par les chanoinesses augustines et accompagnée par les autorités civiles et militaires, traverse la ville pour officialiser le transfert de l'hôpital Saint-Yves au nouvel hôpital. Lors du déménagement, plusieurs pierres tombales datant du sont transférées, ainsi que le cœur reliquaire de Charles d'Albert d'Ailly, ancien gouverneur de Bretagne au .

Une partie de l'ancien hôtel-Dieu Saint-Yves est détruit vers 1860 pour permettre l'alignement des quais dans le cadre de la canalisation de la Vilaine. Les bâtiments non démolis sont vendus à des particuliers. La chapelle est utilisée comme quincaillerie avant d'être rachetée par la ville de Rennes en 1981.

L'ère hôpital Napoléon III thumb|Vue de l'entrée principale au début du .

Déjà présentes à l'hôpital Saint-Yves, les chanoinesses augustines sont chargées du fonctionnement administratif du nouvel hôpital Napoléon III. En 1865, les hospices de Rennes rédigent un règlement qui organise le fonctionnement des lieux. En échange de la fourniture du matériel, les trente-deux sœurs hospitalières assurent la bonne tenue des lieux.

À cette époque, le corps médical est composé de deux médecins, deux chirurgiens et de cinq internes : deux en médecine, deux en chirurgie et un en pharmacie. Les religieuses travaillent avec l' et un commis d'économat, le tout supervisé par la Commission administrative de la ville. Les revenus proviennent essentiellement des rentes foncières, des pensions payées par les malades aisés ou de legs, les médications et les remèdes administrés intervenant peu dans le budget.

En 1867, la première maternité ouvre à l'hôtel-Dieu, succédant à la salle d'accouchement qui a brièvement existé à l'hôpital Saint-Yves après la Révolution, puis à une petite structure chez une sage-femme de l'école de médecine ensuite. Cette maternité ouvre d'abord au-dessus de l'amphithéâtre de dissection, ce qui présente des risques sanitaires. En 1898, un legs de François Coulabin permet la construction d'un pavillon pour accueillir la maternité. Le bâtiment, dû à l'architecte Julien Ballé, est composé de deux étages, le rez-de-chaussée est réservé aux accouchements tandis que l'étage héberge les femmes arrivant à terme. L'isolement du pavillon impose cependant un passage par l'extérieur de la mère si l'accouchement nécessite une médicalisation.

Doté de à son ouverture, l'hôpital en compte 365 en 1868, la ville de Rennes ayant alors . Cette hausse s'accompagne de plusieurs réorganisations des salles de malades, notamment en 1870, avec l'arrivée des soldats blessés lors de la guerre franco-allemande. Cette guerre ayant entraîné la chute du Second Empire, l'hôpital reprend le nom d'hôtel-Dieu.

Expansion de l'hôpital