L'évent du Boulet ou grotte-émergence du Boulet est une cavité souterraine naturelle et une émergence temporaire. Elle se situe sur le territoire de la commune de Lachapelle-Auzac, dans le Quercy (Lot, Occitanie, France).
Les crues violentes et bruyantes de l’Évent du Boulet conjuguées à celles du Blagour et leurs effets dévastateurs sont restées inexpliquées jusqu'au début du siècle. Les auteurs comme Depping en 1822 qualifiaient ces ruisseaux d'extraordinaires.
Situation
L'évent du Boulet se trouve à au nord de Souillac. Il est accessible par la route de Borrèze D15, puis à droite au lieu dit La Forge, par la route qui remonte la vallée du Boulet sur en amont, en amont du grand viaduc courbe de la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse. L'orifice du Boulet se trouve au pied d'une petite falaise, à en amont du petit pont qui enjambe le ruisseau. Un panneau au bord de la route décrit la cavité.
Toponymie L'évent du Boulet tire son nom de la soudaineté et le caractère destructeur de ses crues. Elles sont accompagnées de bruits qui font penser au tir d'un boulet de canon. Jean Gaignebet écrit dans son ouvrage de 1926 :
Géologie L'évent du Boulet s'ouvre dans les roches du Bathonien inférieur qui affleurent dans la partie amont du talweg et dans la vallée de la Borrèze entre Lamothe, Timbergue et Bourzolle. Une coupe en amont du premier regard montre du haut vers le bas : une alternance de banc marneux de d'épaisseur et des bancs sublithographiques blancs ; des calcaires oolithiques subcrayeux et cristallins et sublithographiques gris .
Hydrogéologie gauche|150px|vignette|Vue du lit du ruisseau du Boulet L'évent du Boulet forme le ruisseau du Boulet qui est un affluent en rive gauche de la Borrèze, affluent en rive droite de la Dordogne..
En aval de la cavité, dans le vallon, Martel décrit deux autres trous par où l'eau s'échappe toujours avant de sortir du Boulet. L'un d'eux est nommé le Bondarel. J. P. Fabre dénombre 6 griffons entre le 1er et le 3ème pont en partant de la cavité. Jean Gagnebet écrit dans son ouvrage :
L'évent du Boulet est voisin du gouffre du Blagour auquel il est lié lors de ses crues. Ces deux cavités sont seulement séparées par une étroite arête appelée le Pech Récu, chacun des ruisseaux ayant son vallon distinct. Le Boulet fonctionne comme un trop plein d'un système karstique dont les eaux sortent aux sources du Blagour. Le décalage de temps entre des pluies importantes et la mise en crue du Boulet est de 7 heures. Les eaux bouillonnantes sont chargées de sable et d'argile.
Jean Gaignebet démystifie le phénomène des crues et il est le premier à proposer dans son article de 1926 une modélisation expliquant le fonctionnement du couple de résurgence Boulet - Blagour. Il présente une coupe du Pech Récu et une description mentionnant plusieurs siphon et le bouchon de sable au fond du Blagour. Il évalue la différence de hauteur entre le siphon et le fond du Blagour à 25 mètres. Il explore partiellement une igue située sur le Pech Récu entre les deux résurgences.
Jean-Paul Fabre et Alain Perrineau élaborent un modèle plus précis pour le fonctionnement des sources du Boulet et du Bagour à partir d'observations, d'explorations en plongée souterraine et d'expérimentations de laboratoire.
En étudiant les crues de 1981 et de 1998, ils observent trois phases successives : tout d'abord, une montée des eaux aux sources du Blagour, jusqu'à un palier aux alentours de /s ; Ensuite, une mise en charge de l'évent du Boulet et une augmentation très rapide de son débit avec un seuil maximum qui semble se situer vers /s ; Finalement, une fois ce seuil atteint les sources du Blagour connaissent une pointe de crue soudaine et puissante de 20 à /s tandis que, presque simultanément, les sources du Boulet se tarissent.
Le traçage du , par injection de colorants à l'étiage, met en évidence une communication Boulet - Blagour et une vitesse apparente de circulation de /h.
La section décroissante des galeries en partant du fond entraîne des débits croissants jusqu'à l'entrée de la cavité. L'alternance des lits sableux et argileux montre des variations de débit selon le volume des crues. En période de forte crue, l'eau sort chargée de sable et d'argile, par petite crue l'eau sort limpide.
Les plongeurs ont exploré de galeries noyées se dirigeant du boulet vers le Blagour. Le plongeur Laurent Rouchette du spéléo-club de Brive a découvert que, côté Blagour, la galerie d'entrée possède des dépôts de sable au sol sous forme de monticules et des parois recouvertes d'argile. Les dépôts de matériaux détritiques qui obstruent les conduits peuvent atteindre d'épaisseur.
Les chercheurs ont utilisé des modèles hydrauliques. Ils ont construit un modèle réduit tenant compte du sable obstruant les conduits. Ce sable est mis en mouvement par effet renard connu des hydrauliciens et par fluidisation de ces sédiments meubles.
Biologie Un crustacé hypogé du genre Copepoda, le Ceuthonectes a été trouvé dans la cavité. Il vit dans les fissures et les flaques et se nourrit d'argile, et d'épigées : des cyclopides (sorte de papillons) et des vers Oligochaeta.
Description gauche|150px|vignette|Vue du site de l'évent du Boulet L'évent du boulet présente un orifice de hauteur et de largeur . Sur un longueur de , la galerie d'entrée, orientée nord-ouest, a une hauteur de moins d'un mètre. elle est parsemée de grosses pierres, puis se relève à . À , elle devient sablonneuse. . plus loin, le plafond a une hauteur de et débouche sur un puits de de profondeur. Une grande chambre conduit plus loin à un bassin plein d'eau baptisé le bassin Rupin. Pour la suite des galeries supérieure, J. P. Palma décrit un carrefour suivi de la galerie des colonnes pour se terminer sur une importante salle terminale.
Martel rapporte qu'en crue, le flot sort souvent avec tant de force qu'il cause parfois des dégâts considérables.
Les galeries supérieures présentent peu de concrétions. Les galeries inférieures en sont dépourvues. Leur sol est recouvert de sable, les parois sont entaillées de cupules, des cheminées étroites sont tapissées d’argile et se terminent en cul de sac, ce qui montre un travail important d'érosion.
Études et explorations Premières références et explorations droite|150px|vignette|Vue du gouffre du Blagour en relation avec l'évent du Boulet Dans son ouvrage Voyage en France - Centre Midi écrit de 1888 à 1923 , Victor-Eugène Ardouin-Dumazet met en doute les récits anciens rapportés par Abel Hugo qui décrivent une alternance entre les crues du Boulet et du Blagour : .
M. Mortureux de Sarlat , employé à la construction de la voie ferrée Brive-Souillac, tente la première expédition un peu avant le . Il utilisa un madrier pour passer au dessus du puits à de l'entrée. Ce madrier suscita des interrogations chez les explorateurs qui passèrent après lui.
gauche|150px|vignette|Ernest Rupin Martel rappelle que .
Les , et , Ernest Rupin et Raymond Pons, collaborateurs de Martel, aidés de Julien Valat, réalisent trois explorations de la cavité et sont bloqués par l'eau à de l'entrée. Un madrier est aperçu au point extrême : .
Martel qualifie le fonctionnement du couple de résurgences Boulet - Blagour d'incompréhensible : . Il mentionne que la visite de cette émergence est dangereuse par temps de crue. En effet, lors de sa première expédition, Rupin échappe à une crue qui aurait pu lui être fatale. Martel rapporte la violence des crues et l'échec pour boucher cette cavité vers 1860 : .
Explorations récentes En 1955, le spéléo-club de Périgueux (B. Pierret) dresse un plan de l'évent du Boulet. En 1976, le spéléo-club de Souillac effectue une exploration plus précise et découvre de galeries supplémentaires et dresse en 1978 une topographie plus détaillée de la cavité.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Causse de Martel Liste des cavités naturelles les plus longues du Lot
Liste des cours d'eau du Lot Sources et émergences du Blagour de Souillac
Liens externes
Évent du Boulet Évent du Boulet