Le massacre d’Ein al-Zeitoun survient le lorsque la brigade Yiftah du Palmach exécute plusieurs dizaines d’habitants du village arabe palestinien d’Ein al-Zeitoun dans le cadre de ce qu’Illan Pappé nomme par les Israéliens.

Contexte

En 1948, la Palestine est une colonie indirecte britannique, par l’intermédiaire d’un mandat de la Société des Nations. Devant la difficulté de maintenir l’ordre face à l’activisme des milices sionistes (Lehi et Irgoun), la puissance mandataire annonce en qu’elle transmet son mandat à l’organisation des Nations unies, dont l’assemblée générale se saisit de la question. Immédiatement après l’annonce du plan de partage de la Palestine de l’ONU, en , les affrontements entre Arabes (1,2 million de chrétiens et de musulmans) et Juifs (environ ) éclatent. Du côté du Yichouv, un plan de conquête et d’expulsion des villages arabes est conçu petit à petit : le plan Daleth. La version finale n’est rédigée qu’en , mais ses mesures sont mises en application dès .

Côté arabe, deux types de forces défendent les lieux de vie arabes avant le : l’armée de libération arabe, formée de volontaires mal armés, et les milices villageoises, armées de bric et de broc.

En 1948, la population du village est estimée à 951 habitants« Welcome To 'Ayn al-Zaytun - عين الزيتون (עין א-זיתון) », Palestine Remembered, consulté le 31 mai 2025.. Faisant partie du sous-district de Safed, Ein al-Zeitoun occupait une position stratégique, proche de la ville de Safed et la dominant. L’opération Matateh (balai en hébreu moderne) vise à nettoyer les villages arabes sur la route de Safed à Tibériade, dans le nord-est de la PalestineIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 146.. Les relations entre les Arabes du village et les colons juifs de la région sont difficiles dans les années 1930-1940, les premiers s’opposant aux politiques d’achat de terres des seconds. C'est aussi pour régler ces comptes que le Palmach attaque le villageIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, commenté par Dominique Vidal, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 152..

Au moment du massacre, la Haganah n’avait pas encore de camps pour enfermer les prisonniers, militaires ou civils.

Guerre de 1948 : expulsion, massacre et destruction vignette|gauche|Carte de la région de Safed, localisant le village d’Ein al-Zeitoun.

La première attaque des milices sionistes contre le village date du ; il s’agit d’un raid classique, à l’aube : un habitant est tué, quatre maisons détruites à l’explosif. Un incendie continue de brûler dans les environs toute la journée« 'Ayn al-Zaytun — عَيْن الزَيْتُون », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 31 mai 2025.. Selon Pappé, la guerre est l’occasion pour les colons juifs de régler de vieux comptes entre eux et les habitants d’Ein al-Zeitoun.

D’après Ilan Pappé, les milices sionistes suivaient une politique de massacres autour des centres urbains afin d’accélérer la fuite des Arabes des villes ; c’est le cas de Nasir al-Din près de Tibériade, Ein al-Zeitoun près de Safed et de al-Tira près de Haïfa. Dans tous ces villages, des groupes d’ sont exécutés afin de terroriser les habitants des villages et des villes prochesPappé, 2006, 110..

L’opération de conquête et d’expulsion du village est commandée par Moshe Kelman, qui commandait aussi lors des massacres à al-Khisas, Sa'Sa' et al-Husseiniya.

Les troupes du Palmach s’emparent d’Ein al-Zeitoun le (ou le selon d’autres sources). L’attaque commence à 3 heures du matin par un barrage d’artillerie effectué par 11 mortiers sur le village, puis par l’assaut de deux sections d’infanterie. La plupart des hommes jeunes ou mûrs venaient de fuir le village selon Khalidi ; selon l’encyclopédie de la Question palestinienne, ce sont les hommes armés qui ont décidé d’un retrait tactique, laissant le reste des habitants au village. Les habitants restés au village sont rassemblés au centre du village. hommes sont séparés du reste de la population, qui est expulsée, la troupe sioniste effectuant des tirs au-dessus des têtes pour accélérer le mouvement. Parmi les hommes, 37 sont sélectionnés au hasard et retenus prisonniers. Selon Ilan Pappé, ils ne sont pas sélectionnés au hasard mais par des officiers du renseignement de la Haganah, qui utilisaient une liste figurant dans les dossiers de villages établis préalablement et recouraient à des informateurs cagoulés.

Ces 37 sélectionnés font probablement partie des 70 personnes officiellement mortes dans le village, dont de nombreuses massacrées dans un ravin entre Ein al-Zeitoun et Safed sur ordre de Moshe Kelman, commandant du troisième bataillon du Palmach. Selon Benny Morris, il aurait eu du mal à trouver des hommes pour abattre les villageois, mais en aurait finalement trouvé deux ; il ordonne aussi de détacher les mains de leurs victimes, pour cacher le fait qu’ils avaient été exécutés de sang-froid. Le reste de la population est expulsé dans les jours suivants, après avoir été dépouillée de ses biens. Rashid Khalil est tué après qu’un groupe d’habitants ait tenté de revenir au villageWalid Khalidi, All That Remains:The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, 1992 , 437.Nafez Nazzal, The Palestinian Exodus from Galilee 1948, Beyrouth : The Institute for Palestine Studies, 1978 37Morris, 2004, 202.. Les maisons sont incendiées ou brûlées par les sapeurs du Palmach les 2 et , afin d’empêcher les retours et de terroriser les habitants de Safed qui pouvaient voir la destruction du village.

, chargé de faire des travaux hydrauliques à côté du village d’Ein al-Zeitoun fin mai, qu’on lui avait dit , a témoigné sur ce qu’il a vu. Il a visité les ruines du village où il a vu de nombreux corps sous les décombres des maisons détruites, de femmes, d’enfants et de bébés, près de la mosquée. Il est intervenu auprès de l’armée pour qu’elle brûle les corps. Ilan Pappé, à partir de ce témoignage et d’autres, estime qu'il ne fait aucun doute que le nombre de morts est beaucoup plus élevé que les 70 généralement retenus.

vignette|gauche|Poteau indicateur du chemin des guerriers, de Birya à Safed, sentier de randonnée israélien passant par Ein al-Zeitoun(2007).

Conséquences

En 1992, l’historien Walid Khalidi décrit le site du village ainsi : . En 2004, les restes de la mosquée ont été convertis en ferme laitière, le propriétaire juif ayant retiré la pierre indiquant la date de fondation et couvert les murs de graffitis en hébreuPappé, 2006, 217..

En 1998, le nombre des réfugiés descendant des habitants d’Ein el-Zeitoun expulsés en 1948 est estimé à 5841.

La forêt de Birya a été plantée sur l'emplacement de plusieurs villages palestiniens ayant subi le même sort, le faisant ainsi disparaître du paysagePappé, 2023, 147..

Postérité

Ilan Pappé relève que ce massacre est un des mieux connus de tous les massacres de Palestiniens en 1948 ; il a notamment été l’objet de trois œuvres d’artI. Pappé, , 140-151..

Les histoires orales ont fourni le matériau de base au livre de 1998 d’Elias Khoury, Bab al Shams (Porte du Soleil), porté à l’écran en 2004Pappé, 2006, 111, 113Bab el Shams..

L’autrice israélienne était présente au village au moment du massacre ; voici ce qu’elle en écrit : Ben Yehuda, Entre les nœuds, 245-6. Cité par Pappé, 2006, 112..

Œuvres consacrées à ce massace : Elias Khoury, Bab al-Chams, traduit en français sous le titre de La Porte du soleil, Arles : Sindbad-Actes Sud, 2002 ; Netiva Ben-Yehuda (ancienne du Palmach), 'Entre les nœuds ou Entre les liens, roman semi-fictionnel non-traduit en français) ; La Porte du soleil], adaptation du roman d'Eloas Khoury par Yousry Nasrallah en 2004 ;

Voir aussi

Articles connexes Nakba • Plan Daleth Tueries et massacres de la guerre israélo-arabe de 1948

Notes

Voir aussi

Ein al-Zeitoun