Moshe Kelman (, né le et mort le ), est un officier israélien (alouf mishné, soit colonel). Selon le témoignage de plusieurs de ses soldats, Kelman a donné l’ordre du massacre d'Ein al-Zeitoun. Il est aussi un acteur-clé de l’expulsion des Palestiniens de Lydda et de Ramle, au cours de laquelle des massacres ont eu lieuMorris (2004), 223.S.H. Abu-Sitta, The Palestinian Nabka 1948: The register of Depopulated Localities in Palestine, 2000, 17., et d'autres massacres faisant à chaque fois des dizaines de morts.
Jeunesse
Moshe Kelman nait à Mazkeret Batya en Palestine mandataire et grandit à Ness Ziona, Rehovot et Ramat Ha-Sharon. Il rejoint la Haganah à l’âge de 15 ans. En 1940, il s’installe à Eïn-Harod et rejoint le Palmach en 1941. Il devient officier au sein du Palmach.
Début 1947, Kelman est affecté par la Haganah à la direction de l’exécution et des inhumations d’un Juif accusé de collaborer avec les Britanniques. L’exécution a lieu au kibboutz DafnaNachman Ben-Yehuda. "Political Assassinations by Jews: A Rhetorical Device for Justice." SUNY Press, 1992, 215-216. SUNY Series in Israeli Studies.
Guerre de 1947-1949
Au déclenchement de la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire, Kelman est un haut responsable du Palmach. Il conduit le raid sur al-Khisas (au cours duquel au minimum dix Palestiniens sont tués, hommes, femmes et enfants) le . Quand une femme membre du Palmach refusa de jeter une grenade dans une pièce où on entendait un enfant pleurer, Kelman répliqua qu’elle ne devait pas servir dans les opérations de combat mais plutôt Kurzman. 65..
Le , Kelman commande un détachement de 60 soldats qui attaque le village arabe de Sa'sa' en Haute Galilée, massacrant entre 11 et 80 Palestiniens selon les sources et détruisant quelques dizaines de maisons New York Times, 16 février 1948.. Ces chiffres pourraient monter à seize maisons et le décompte total des tués serait de soixante morts selon Meron Benvenisti Meron Benvenisti, Sacred Landscape: The Buried History of the Holy Land Since 1948, University of California Press, 2000, , pages 107 et 153. ou de 60 à 80 morts selon Ilan Pappé. L’armée britannique fournit son concours en transportant les deux blessés juifs (par des pierres projetées par les explosions) à l’hôpital de SafedIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 109-110.. L’histoire officielle de la Haganah retient que ce fut l’un des raids les plus audacieux de la guerre« Sa'sa' — سَعْسَع », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 11 mai 2025.. L’opération coïncide avec plusieurs autres attaques sur des cibles arabes ; son but était de démontrer qu’aucun village n’était hors d’atteinte de la Haganah et de remonter le moral du public juif après l’échec du lors d’une tentative de la Haganah d’atteindre l’avant-poste de Kfar Etzion un mois auparavantKurzman. 53.. Selon l’histoire officielle de la Haganah, le village était une base de combattants arabes. Kelman avait pour ordres de détruire une vingtaine de maisons et de tuer le plus grand nombre possible de combattants. Dans le récit de l’attaque, une dizaine de maisons sont détruites et des dizaines de personnes tuéesWalid Khalidi, (1992), "All That Remains". . 496, citant "The History of the Haganah" et le "New York Times" du 16/2/1948. Le NYT donne le chiffre de 11 tués dont 5 enfants.. Selon Kelman, 35 maisons ont été détruites et 60 à 80 personnes tuéesPappe, Ilan (2006) "The Ethnic Cleansing of Palestine". One World Publications. . 78, qui utilise comme sources Ever Nun, Israel (ed), The Yiftach-Palmach Story. (Bat Yam: Palmach Publications, no date) (cette dernière source en hébreu moderne).. Il commande également l'unité du Palmach qui attaque sauvagement Al-HusseiniyaIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 152. et y massacre des dizaines d'hommesal-Husayniyya — الحُسَيْنِيِّة, Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 1er septembre 2025..
Il dirige l’attaque de peu après.
vignette|gauche|Moshe Kelman (à gauche) avec Yigal Allon, 1948.|alt=Plan à mi-corps de deux officiers, Kelman de trois quarts dos. Noir et blanc.
En , il devient commandant opérationnel du troisième bataillon du Palmach.
Le , il commande l’attaque de ce bataillon sur Ein al-Zeitoun, au cours de l’opération YiftahKurzman. 165.. Deux ou trois jours après, il ordonne d’abattre prisonniers arabes dans un ravin entre Safed et Ein al-Zeitoun, dont de nombreux adolescents faits prisonniers à Ein al-ZeitunMorris, Benny (1987) "The Birth of the Palestinian Refugee Problem". . 102.. Selon , elle-même membre du groupe qui attaqua Ein al-Zeitoun, les prisonniers étaient attachés et ont été abandonnés dans le ravin pendant deux jours. Kelman a alors décidé mais la plupart de ses hommes ont refusé. Finalement, il trouve deux volontaires qui abattent les prisonniers. Deux jours après, lorsque des rumeurs de massacre surgissent et que la crainte que des enquêteurs britanniques, de la Croix-Rouge ou de l’ONU découvre le massacre, certains soldats, dont Ben-Yehuda, sont envoyés détacher les corps et les enterrerMorris (2004), 289.Morris, p.321. D’après le roman de Ben-Yehuda (1985) "Miba'ad La'avutot" (Through the Binding Ropes). Jérusalem : Domino Press. 243-8.. D’après Ilan Pappé, une des raisons de ce massacre et de beaucoup d’autres est que la Haganah n’avait pas d’installations pour emprisonner un grand nombre de prisonniersPappe. 113.. À la fin du mois de mai, , chargé de faire des travaux hydrauliques à côté du village d’Ein al-Zeitoun, qu’on lui avait dit a visité les ruines du village où il a vu de nombreux corps sous les décombres des maisons détruites, de femmes et d’enfants notamment près de la mosquée. Il est intervenu auprès de l’armée pour qu’elle brûle les corps. Ilan Pappé, à partir de ce témoignage et d’autres, estime que le nombre de morts est beaucoup plus élevé que les 70 généralement retenusI. Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 149-151..
Le , Kelman commande la première attaque sur Safed mais ses troupes échouent à conquérir la villeKurzman. 166..
vignette|gauche|alt=Devant un hangar, à côté d’un poste défendu par des sacs de sable, six hommes dont certains se croisent les bras font face à l’objectif. Noir et blanc.|Les chefs de la brigade Yiftach à Safed en 1948. Elad Peled avec des lunettes, Moshe Kelman à sa droite.
Le , lors d’une attaque infructueuse sur Latroun, Kelman commande trois compagnies mais est forcé de battre en retraite sous le feu arabe. Il commande une partie des troupes qui encerclent les membres de l’Irgoun pendant l’affaire de l’Altalena à Tel Aviv, le Kurzman. 436 et 479-481..
Le , pendant l’opération Dani, Kelman commande le bataillon de la brigade Yiftach lors de l’expulsion des Palestiniens de Lydda et de Ramle. Après quelques coups de feu, ses troupes reçoivent l’ordre de tirer sur et sur . En deux heures et demi, environ 250 personnes sont tuées et de nombreuses blesséesMorris. 205-206.Kurzman. 515. Saleh Abdal Jawad ne mentionne que le massacre commis à la mosquée de Dahmash, ordonné par Kelman. Les victimes en sont les personnes qui enterrent les morts à la mosquée de Dahmash de Lod. Selon Jawad, les bilans varient entre plusieurs dizaines jusqu‘à 250 morts. Ce massacre est attesté par plusieurs sources, dont des lettres personnelles de KelmanSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 87., qui est ensuite transféré à la brigade du Néguev et participe à l’opération Yoav.
Vie après la guerre de 1947-49
Kelman quitte l’armée en 1951. Il part ensuite étudier l’économie et le génie industriel aux États-Unis, à l’université Columbia. Ayant obtenu un bachelor of Arts, il retourne en Israël, où il travaille comme consultant en investissements et à la conception et la construction d’usines et de zones industrielles. Il meurt d’un cancer en 1980.
Notes
Catégorie:Naissance en septembre 1923 Catégorie:Décès en décembre 1980 Catégorie:Militaire israélien du XXe siècle Catégorie:Criminel de guerre israélien Catégorie:Décès à 57 ans