Le Concerto pour piano en ré mineur, , est le troisième des quatre concertos pour piano composés par Sergueï Rachmaninov. Il fut créé par l'auteur le à New York sous la direction de Walter Damrosch.
Considéré comme l'une des partitions les plus difficiles du répertoire du fait de l'extrême virtuosité technique exigée du pianiste, son exécution en public représente pour l'interprète, étant donné sa facture pianistique monumentale et foisonnante, une vraie prouesse artistique. Il est avec son deuxième concerto son œuvre la plus populaire. Le concerto suit la structure classique en trois mouvements :
Allegro ma non troppo en ré mineur. Le premier mouvement tourne autour d'une mélodie diatonique déjà développée vers une figuration pianistique complexe. Le second thème s'ouvre avec des échanges calmes entre l'orchestre et le piano avant tout dans une clé majeure. La première partie du premier mouvement du premier thème s'articule à haute voix dans une section qui ouvre une toccata comme des croches et atteint un accord. L'ensemble du développement montre des similitudes à un canon. Intermezzo : Adagio en ré mineur. Le deuxième mouvement s'ouvre avec l’orchestre et celui-ci commence par des variations autour d'un unique luxe. Puis le thème arrive en fa dièse mineur. Une mélodie romantique s'accentue par une note tonique majeure, et après le premier thème de développement et de récapitulation, la mélodie principale du premier mouvement réapparaît. Le deuxième mouvement se termine en ré bémol majeur, où le piano occupe une partie de la cadence. Finale : Alla breve en ré mineur. Le troisième mouvement paraît rapide et vigoureux dans les variations qui le suivent. Cependant, celui-ci se régule et monte en ré majeur dans le second thème, où il s'achève avec les mêmes notes, selon la signature de Rachmaninov.
Son exécution complète dure 37 à 43 minutes en moyenneFrançois-René Tranchefort, Guide de la musique symphonique, 1986, p. 615 .
Histoire Composé dans le cadre paisible de la propriété de campagne de sa famille, Ivanovka, le concerto est achevé le . Rachmaninov a écrit cette pièce pour montrer ses propres talents de compositeur mais également de pianiste. Le concerto est contemporain de sa Première sonate pour piano et de son très célèbre poème symphonique L'Île des morts. Le concerto est respecté, craint et réputé pour sa difficulté diabolique. Rachmaninov ne pouvait même pas jouer un rappel après l'exécution de son ; en témoigne ce commentaire d'un journal américain : . Josef Hofmann, le pianiste à qui l'œuvre est dédicacée et que Rachmaninov considérait comme étant meilleur que lui, n’a jamais tenté de la jouer, disant d’elle que « ce n’était pas pour lui ».
À cause de contraintes de temps, Rachmaninov n'a pu travailler la pièce en Russie. C'est pourquoi il a pris avec lui un piano silencieux sur le bateau qui l'emmena aux États-Unis, sur lequel il put s'exercer.
Le concerto est pour la première fois donné le par la maintenant défunte Société symphonique de New York avec Walter Damrosch à sa tête et Rachmaninov apparaissant comme artiste invité au piano du New Theater (plus tard renommé en Century Theater). L'œuvre est redonnée quelques semaines plus tard sous la baguette de Gustav Mahler. Le manuscrit est quant à lui pour la première fois publié en 1910 par la maison d'édition russe Gutheil. La création en Angleterre est donnée par George Thalben-Ball au Royal College of Music à Londres.
Il est popularisé en 1996 par le film Shine, lequel trace un portrait du fameux pianiste australien David Helfgott, jouant l'« œuvre la plus difficile au monde » lors d'une compétition au Royal College of Music d'Angleterre.
Le Concerto et Horowitz
À la fin des années 1910, Horowitz connaît toute l'œuvre de Rachmaninov ; il choisit le Concerto pour son épreuve de sortie de conservatoire. Son interprétation est si spectaculaire que tous, audience et juges compris, se lèvent pour l'applaudir, une première dans l'histoire du conservatoire de Moscou. Lorsqu'il débarque aux États-Unis pour sa première tournée de concerts, Volodia n'a qu'une idée en tête : rencontrer son idole. La première entrevue a lieu dans les sous-sol de l'atelier Steinway & Sons de New York, le . Horowitz exécute ce Concerto qu'il doit jouer à Carnegie Hall quelques jours plus tard : Rachmaninov est médusé par son interprétation, et lui déclare que cette œuvre lui appartient :
Orchestration Nomenclature du Concerto pour piano 3CordesPremiers violons, seconds violons, altos,
violoncelles, contrebassesBois2 flûtes, 2 hautbois,
2 clarinettes en si♭, 2 bassonsCuivres 4 cors en fa, 2 trompettes en si♭, 3 trombones, 1 tubaPercussionsTimbales, grosse caisse, cymbales et caisse claire
Analyse Allegro ma non troppo
Le premier mouvement est axé sur une douce mélodie diatonique et allante qui se développe ensuite en figures pianistiques très complexes. Rachmaninov en parle en ces termes :
Le second thème s’ouvre par de légers échanges entre l'orchestre et le piano avant de plonger dans un thème lent en majeur. La première partie du premier thème est traitée une deuxième fois avant que le mouvement ne passe au développement.
Celui-ci s'ouvre par une sorte de toccata en croches au piano puis atteint un passage ponctué d'accords chargés. L'écriture de cette section prend parfois des airs canoniques, en particulier lors d'un passage en croches au piano dans lequel les deux mains se chevauchent.
Le premier thème réapparaît juste avant la coda.
L'apogée est atteint avec la cadence du piano. Rachmaninov en écrivit deux versionsCox J, notice de l'enregistrement de l'œuvre par Earl Wild et Jasha Horenstein, éditions Chandos Classics, la première est aujourd'hui notée comme ossia et est plus longue et plus chargée. Le compositeur jouait par ailleurs la seconde dans ses enregistrements de l'œuvre, ainsi qu'Horowitz.
Extrait de la cadence
Intermezzo : Adagio Le deuxième mouvement consiste en plusieurs mélodies qui se suivent sans schéma rigoureux. Il conduit au troisième mouvement qui s'enchaîne sans pause.
Finale : Alla breve Le troisième mouvement suit le deuxième sans pause (attaca). Rapide et vigoureux, il contient plusieurs thèmes issus du premier mouvement, donnant ainsi une unité cyclique au concerto. Le dernier mouvement se conclut par une mélodie triomphante.
Enregistrements
SolisteChef d'orchestreOrchestreLabelAnnée d'enregistrementFormatVladimir HorowitzAlbert CoatesLondon Symphony OrchestraHMV1930CD, LPSergueï RachmaninovEugene OrmandyPhiladelphia OrchestraRCA Red Seal1939CD, LPVladimir HorowitzJohn BarbirolliNew York Philharmonic1941CD, LPEmil GuilelsKirill KondrachineOrchestre symphonique de la fédération de RussieMelodiya1949CD, LPVladimir HorowitzSergei KussevitzkyLos Angeles Philharmonic1950CDVladimir HorowitzFritz ReinerRCA1951CD, LPEmil GilelsAndré CluytensOrchestre de la Société des Concerts du ConservatoireEMI Classics1955CD, LPVan CliburnKirill KondrachineSymphony of the AirRCA Red Seal1958CD, LPByron JanisAntal DoratiLondon Symphony OrchestraMercury Records1961CD, LPEarl WildJascha HorensteinRoyal Philharmonic OrchestraChandos Records1965CD, LPAlexis WeissenbergGeorges PrêtreChicago Symphony OrchestraRCA Red Seal1968CD, LPJorge BoletCharles WebbIndiana University Symphony OrchestraPalexa1969CDVladimir AshkenazyAndré PrevinLondon Symphony OrchestraDecca1973CD, LPAlicia de LarrochaAndré PrevinLondon Symphony OrchestraDecca1974CD, LPTamás VásáryYuri AhronovitchLondon Symphony OrchestraDeutsche Grammophon1976CD, LPLazar BermanClaudio AbbadoLondon Symphony Orchestra1977CD, LPVladimir HorowitzEugene OrmandyNew York PhilharmonicRCA Red Seal1978CD, LPVladimir HorowitzZubin MehtaNew York PhilharmonicDeutsche Grammophon1978DVD, CDAlexis WeissenbergLeonard BernsteinOrchestre National de FranceEMI1979CDMartha ArgerichRiccardo ChaillyGerman Symphony Orchestra, BerlinPhilips1982CDJorge BoletIvan FischerLondon Symphony OrchestraDecca1982CDYuri SimonovBerliner PhilharmonikerEMI1983CD, LPHoracio GutiérrezLorin MaazelPittsburgh Symphony OrchestraTelarc1991CDYefim BronfmanEsa-Pekka SalonenThe PhilharmoniaSony1992CDEvgeny KissinSeiji OzawaBoston Symphony OrchestraRCA Red Seal1993CDZoltan KocsisEdo de WaartSan Francisco Symphony OrchestraPhilips Classics1995CDGrigory SokolovYan Pascal TortelierBBC Symphony OrchestraDeutsche Grammophon1995CDMikhail PletnevMstislav RostropovichRussian National OrchestraDeutsche Grammophon2003CDNikolai LuganskySakari OramoCity of Birmingham Symphony OrchestraWarner Music Group2003CDStephen HoughAndrew LittonDallas Symphony OrchestraHyperion2004CDDenis MatsuevValery GergievMariinsky 2009CDLeif Ove AndsnesAntonio PappanoLondon Symphony OrchestraEMI2010CDValentina LisitsaLondon Symphony OrchestraDecca 2011CDYuja WangGustavo DudamelOrchestre symphonique Simón BolívarDeutsche Grammophon2014CDAlexis WeissenbergEmil ChakarovOrchestre philharmonique de SofiaBNR Classics?MP3Daniil TrifonovYannick Nézet-SéguinOrchestre de PhiladelphieDeutsche Grammophon2018CDYunchan LimMarin AlsopCliburn competition2022?
Bibliographie .
Notes et références
Liens externes
Analyse
Catégorie:Concerto pour piano de Sergueï Rachmaninov Catégorie:Œuvre en ré mineur Catégorie:Œuvre musicale composée en 1909