vignette| Manifestants pro-palestiniens contre la guerre de Gaza, portant keffieh et arborant une affiche sur laquelle on peut lire « Isreal sont les nouveaux nazis » émaillée de mains ensanglantées, à côté d'un drapeau palestinien (Columbus en Ohio, octobre 2023). Les comparaisons entre Israël et l’Allemagne nazie sont fréquentes dans le discours antisioniste. Compte tenu de l’héritage de la Shoah, leur caractère potentiellement antisémite fait l’objet d’un débat constant.

Des comparaisons entre le sionisme et le nazisme existent depuis avant la déclaration d'indépendance d’Israël de 1948. Elles ont été formulées par des universitaires, politiciensRory Miller, Divided Against Zion: Anti-Zionist Opposition to the Creation of a Jewish State in Palestine, 1945-1948, Routledge 2013 p.147. See also pp.16-18,23ff. et personnalités publiques, juives ou non. Pour certains chercheurs, ces analogies seraient des outils rhétoriques, parfois nécessaires, sans intention antisémite. Pour d’autres, elles manquent de fondement historique et moral, et peuvent nourrir la haine des Juifs ou le déni ou minimisation de la Shoah.

Tout au long du , des responsables politiques, surtout à gauche, comparent Israël ou le sionisme au nazisme.

Au , les hommes politiques qui ont fait de telles comparaisons incluent le président turc Recep Tayyip Erdoğan, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, le président vénézuélien Hugo Chávez., le président colombien Gustavo Petro, et d'autres.

Au

Dans les années 1940 Les comparaisons entre le sionisme et le nazisme datent d'avant la fondation de l'État d'Israël en . Déjà en 1945, l'officier de l'armée britannique et homme politique Edward Spears compare le sionisme politique à l'idée nazie de Lebensraum (ou d'espace vital).

Le linguiste juif allemand et antifasciste Victor Klemperer, survivant de la Shoah, choisit après 1945 de ne pas s'installer en Israël et de rester en Allemagne. Klemperer écrit dans son ouvrage LTI - Lingua Tertii Imperii (La langue du Troisième Reich ) que le sionisme et le nazisme sont essentiellement des idéologies nationalistes néoromantiques.

En 1948, un certain nombre d'autres personnalités publiques juives dont Hannah Arendt et Albert Einstein, signent une lettre ouverte comparant Tnuat Haherut, un des premiers partis politiques nationalistes juifs fondé par Menahem Begin, au nazisme. Les opinions d'Hannah Arendt sur le sionisme et Israël varient considérablement au fil du temps. Einstein, en revanche, soutient toujours l'idée d'une patrie juive en Israël (alors Palestine sous mandat britannique), mais pas celle d'un État juif.

Dans les années 1960 Pendant la guerre des Six Jours de 1967 et dans le contexte de la guerre froide, l'administration de l'Union soviétique compare officiellement les tactiques israéliennes à celles de l'Allemagne nazie.

Dans les années 1980 Le philosophe israélien Yeshayahou Leibowitz en introduisant le terme « judéo-nazis », soutient que la poursuite de l’occupation militaire des territoires palestiniens conduirait à la dégradation morale des Forces de défense israéliennes (FDI), des individus commettant des atrocités au nom des intérêts de sécurité de l’État. En 1988, le philosophe et historien Yehuda Elkana, également survivant de la Shoah, avertit que la tendance en Israël à considérer toutes les menaces potentielles comme existentielles et tous les opposants comme des nazis conduirait à un comportement de type nazi de la part des Juifs.

Au cours de la Première intifada entre 1987 et 1993, l’historien israélo-américain Omer Bartov exprime son indignation face à l’appel du ministre Yitzhak Rabin à « briser les os » des Palestiniens. Il lui adresse une lettre dans laquelle il soutient que, d’après ses recherches, l’armée israélienne risque d’être brutalisée de manière similaire à l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Selon le politologue Ian Lustick, professeur à l'université de Pennsylvanie, de telles comparaisons constituent une « conséquence naturelle, bien qu’involontaire, de l’immersion des Juifs israéliens dans l’imaginaire de l’Holocauste ». Il ajoute que l’expression « inversion de l’Holocauste », utilisée pour qualifier les comparaisons avec le nazisme, est généralement employée par ceux qui considèrent la Shoah comme un modèle structurant de l’expérience juive contemporaine.

En 1983, Richard Arens, professeur de droit international et droits civiques à l'université américaine de Bridgeport, ainsi que frère du ministre israélien de la Défense Moshe Arens, compare - comme Edward Spears - la colonisation israélienne au lebensraum nazi.

Au Déclarations des Israéliens vignette| « Les soldats israéliens ne font qu'obéir aux ordres » sous la forme d'une croix gammée, avec à gauche un soldat israélien « né pour tuer » et à droite un soldat nazi de la SS, par Carlos Latuff (2003).Lors du désengagement israélien de la bande de Gaza en 2005 et de ses protestations, certains colons israéliens arborent des étoiles jaunes, en référence à celles imposées aux Juifs pendant la Shoah, afin de se comparer symboliquement aux victimes de l’Holocauste.

Dans un article de 2012 intitulé « La tache d'un léger nuage : les soldats israéliens, l'armée et la société dans l'Intifada », les universitaires israéliens (et anciens soldats de Tsahal) Nuphar Ishay-Krien et Yoel Elizur citent un soldat anonyme qui a servi pendant la Première intifada : « Je me sentais comme un nazi... on aurait dit que nous étions les nazis et qu'ils étaient les juifs ».En 2016, Yaïr Golan, général israélien et chef d'état-major adjoint de Tsahal, suscite une vive controverse lors d'un discours à Yom HaShoah (commémorant les victimes de la Shoah). Golan y fait allusion à des dynamiques sociales observées en Europe à l’époque de la Shoah. À la suite des critiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le général précise qu’il n’avait pas l’intention de comparer Israël à l’Allemagne nazie : « C'est une comparaison absurde et sans fondement et je n'avais aucune intention d'établir un quelconque parallèle ou de critiquer les dirigeants nationaux. L'armée israélienne est une armée morale qui respecte les règles d'engagement et protège la dignité humaine ». Ensuite, il compare de nouveau la droite israélienne aux nazis, s'attirant les critiques de ces derniers. En 2023, pendant la guerre de Gaza, faisant suite à l'attaque du 7 octobre sur le territoire israélien par le Hamas, le chef du conseil de la ville de Metoula, David Azoulai, déclare dans une interview que : « La bande de Gaza doit être entièrement vidée. Rasée. Comme à Auschwitz. Qu'elle devienne un musée où le monde entier puisse voir ce qu'Israël est capable de faire. Que personne ne réside dans la bande de Gaza à la vue du monde entier, car le 7 octobre a été, en quelque sorte, un second Holocauste. » Ces propos sont condamnés par un porte-parole du musée national Auschwitz-Birkenau, qui déclare qu'ils « pourraient être interprétés comme un appel au meurtre d'une ampleur comparable à celle d'Auschwitz ».

Le politicien Moshe Feiglin compare les Palestiniens aux nazis, en déclarant : « Comme Hitler - que son nom soit effacé - l'a dit un jour : « Je ne peux pas vivre dans ce monde s'il reste un seul Juif », nous ne pourrions pas vivre sur cette terre si un seul de ces islamo-nazis restait à Gaza, et pas avant de retourner à Gaza et de la transformer en Gaza hébraïque ».Moshe Feiglin a aussi déclaré lors d'une interview sur la chaîne de télévision Israélienne Channel 14 : « [...] chaque enfant, chaque bébé à Gaza est un ennemi [...] Nous devons occuper Gaza et la coloniser, il ne doit pas rester un seul enfant gazaoui là-bas. Il n'y a pas d'autre moyen d'avoir la victoire ».Ces déclarations s'inscrivent dans un contexte de radicalisation du discours politique Israélien que plusieurs observateurs analysaient déjà les années précédentes. Dès 2016, à la suite de l'alliance entre Benjamin Netanyahou et l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, l'ancien Premier ministre Ehud Barak avertissait que le gouvernement était touché par les « germes du fascisme ». La même année de 2016, après avoir démissionné du gouvernement Netanyahou, l'ancien ministre de la Défense Moshe Ya'alon qualifie l'idéologie gouvernemental Israélienne de « messianique, nationaliste et fasciste » orientée par des décisions rabbiniques selon lesquelles il n'y aurait « pas d'innocents à Gaza ».

Par la suite en février 2023, l'historien Israélien Daniel Blatman, spécialiste de la Shoah et de l'Allemagne nazie, déclare dans un entretien accordé au quotidien Israélien Haaretz que : « [...] le gouvernement d'Israël a des ministres néo-nazis [...] cela rappelle vraiment l'Allemagne de 1933. [Certains ministres sont] idéologiquement de purs racistes ».En 2026, publiant un message sur le réseau social X, l'ex-ministre Israélien de la Défense, Moshe Ya'alon, critiquera encore le gouvernement Israélien en ce sens où il dresse un parallèle entre le suprémacisme Juif et le Nazisme :« L'idéologie de la suprématie juive, qui est devenue dominante au sein du gouvernement israélien, ressemble à la théorie raciale nazie ».

Déclarations des Palestiniens vignette|Caricature à l'occasion de la Journée du souvenir des victimes de la Shoah (Latuff, 2009) En , lors d'une visite à Berlin, en Allemagne, le président de l'État de Palestine, Mahmoud Abbas, accuse Israël d'avoir commis « 50 Holocaustes ». Il répond ainsi à la question d'un journaliste sur le prochain 50e anniversaire commémoratif du massacre de Munich de 1972, commis par le groupe terroriste palestinien actif au niveau international Septembre Noir, qui était à l'époque affilié au parti Fatah d'Abbas. Lorsqu'on lui demande s'il a l'intention de s'excuser pour cette attaque disproportionnée, Abbas répond en énumérant les allégations d'atrocités commises par Israël. Olaf Scholz, le chancelier allemand, grimace à l'utilisation du mot « Holocauste » mais ne dit rien. Il condamne ces propos plus tard, en affirmant : « Surtout pour nous, Allemands, toute relativisation de l’Holocauste est insupportable et inacceptable ». La publication allemande Bild qualifie l'incident d'antisémite.

En réponse, Abbas affirme que sa réponse n'avait pas pour but de nier la singularité de l'Holocauste, qu'il dit condamner dans les termes les plus forts, mais qu'il avait l'intention de discuter des « crimes et massacres commis contre le peuple palestinien depuis la Nakba aux mains des forces israéliennes », selon lui.

Déclarations de politiciens internationaux En , le président turc Recep Tayyip Erdoğan, s'adressant aux députés de la Grande Assemblée nationale à Ankara, déclare que « l'esprit d' Hitler » survit en Israël, commentant spécifiquement qu'il croit qu'« aucune différence [n'existe] entre l'obsession d'Hitler pour une race pure et la compréhension que ces terres anciennes sont réservées aux Juifs ». Il qualifie également Israël d'« État le plus sioniste, fasciste et raciste du monde ». Ces déclarations sont condamnées par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui décrit le régime d'Erdoğan comme une « dictature sombre » et déclare qu'Erdoğan « massacre des Syriens et des Kurdes et a emprisonné des dizaines de milliers de ses propres citoyens ».

Le , le président brésilien Lula da Silva suscite une controverse en raison de sa déclaration comparant les actions d'Israël dans la guerre de Gaza à la Shoah.

Au Royaume-Uni vignette|Manifestation contre la guerre israélienne dans la bande de Gaza de 2009, établissant une parité entre le traitement des Palestiniens par Israël et le traitement des Juifs par les nazis (Édimbourg, Écosse, 2009)