vignette|Présentation du livre Poemes Home-Terra de Josep Lozano, à Alginet le 6 juin 1971. Tout à droite se trouve Manuel Sanchis Guarner, et à sa gauche Josep Lozano. vignette|Josep Lozano et Vicent Andrés Estellés lors de l'aplec de Xàtiva en 1981. Josep Lozano i Lerma, né à Alginet (province de Valence) le , est un écrivain espagnol d'expression catalane, considéré comme un des plus grands romanciers contemporains en valencien.

Biographie Josep Lozano naît à Alginet (comarque de la Ribera Baixa, province de Valence) le . Il a une sœur aînée et un frère cadet. Son père est issu d'une lignée de paysans aisés mais est républicain, en dissonnance avec son milieu d'origine, tandis que sa mère est issue d'un milieu d'artisans de tradition républicaine. Durant la guerre civile, le père de Josep Lozano s'engage dans la Colonne de fer, milice anarchiste valencienne loyale à la République.

La mère de Josep Lozano meurt d'une méningite alors qu'il est âgé de 6 ans. Quelques années plus tard, son père se marie avec une sœur de son ancienne épouse, avec qui il aura un autre fils.

Lozano commence à écrire des poèmes à l'âge de 14 ans. Il commence à écrire des vers en catalan incité par le maître de poste d'Alginet.

Il suit ses études secondaires au lycée d'Algemesí.

Il commence des études d'ingénierie agricole, puis céramique, qu'il abandonne lorsqu'il décide de se rendre à Paris, peu enthousiasmé devant le manque de perspectives en Espagne, et finit par s'engager sur un cursus littéraire, après avoir fait son service militaire à Bétera et s'être marié. Au cours de ses études au début des années 1970, il travaille l'été au service du peintre Manuel Boix en tant que secrétaire personnel et chauffeur. En 1971-1972, il est remarqué par les forces de l'ordre pour sa participation à des actions antifranquistes à Carlet, où il prépare le certificat préuniversitaire indispensable pour entamer des études supérieures.

Josep Lozano est titulaire d'une licence en lettres modernes de l'université Paris VIII-Vincennes (alors sous l'influence de grandes figures intellectuelles de gauche comme Gilles Deleuze et Nicos Poulantzas) obtenue en 1976. Lors de son séjour à Paris, il a l'occasion d'écrire des articles pour Las Provincias, alors en plein « printemps ». Son diplôme n'étant pas reconnu en Espagne, il passe ensuite une licence en philologie catalane à l'université de Valence.

Ses poèmes ont été publiés dans des anthologies nord-américaines et dans le recueil Carn fresca (1974).

Avec Crim de Germania (1980), Lozano obtient une place de premier rang dans le panorama de la littérature catalane. Dès lors, il est souvent considéré comme le plus grand romancier valencien de cette époque.

Il est également l'auteur entre autres de (1971), , (1991) et (2003).

En raison de sa relation personnelle avec le photographe Ismael Latorre Mendoza, il est chargé du discours lors de la nomination de celui-ci comme « fils privilégié » () de Valence.

Il travaille comme chroniqueur dans de nombreuses publications, comme les revues littéraires Aiguadolç et Caplletra. Il est cofondateur et membre du conseil de coordination de la revue locale Aljannat depuis 2006. Il a travaillé comme linguiste sur des sujets techniques pour la Généralité valencienne. Il est auteur de diverses traduction en catalan, notamment du français, des textes de Stendhal, Théophile Gautier, André Gide, Julien Green, Mérimée et Flaubert.

En 2011, il coordonne la XIVème Assemblée d'histoire de La Ribera à Alginet avec Salvador Comes Hernández. Il est l'initiateur de la Festa Estellés, célébrée en l'honneur du poète Vicent Andrés Estellés et inspirée du souper de Burns écossais, dont il lance la proclamation chaque année.

Crim de Germania (1980)

Le sujet de Crim de Germania est la guerre des Germanies, dans le premier tiers du , qui marque un jalon dans l'histoire du Pays valencien, avec d'importantes répercussions économiques et socioculturelles.

L'idée du roman jaillit d'une série de textes que Manuel Boix demande à Lozano de rédiger pour accompagner des illustrations qu'il compose inspirées par l'épisode des Germanies tel qu'il est rapporté dans l'ouvrage (paru en 1971). La rédaction du roman par Lozano s'est étalée sur cinq ou six ans.

À sa sortie, Crim de Germania a peu de précédents dans le récit historique : El encubierto de Valencia, de , et un conte de Blasco Ibáñez, Lo darrer esforç (1883). Le roman de Lozano explique non seulement aux Valenciens ce qui est arrivé à leurs ancêtres, mais il l'explique aussi à travers le passé le présent le plus récent (guerre civile et après-guerre) et demande également des comptes à ceux qui auraient pu faire la révolution et changer les choses. Comme le commente Josep Iborra :

Malgré la différence intentionnelle de genre de chacune des parties indépendantes de l'œuvre, avec un seul thème commun sur une idée commune, elles contribuent toutes à l'objectif fondamental de l'auteur, qui est d'interpréter les événements de différents points de vue, de montrer les conflits internes des différents personnages et des différentes factions de cette guerre et ainsi tenter de donner une description la plus complète possible des évènements passés.

Comme c'est typique dans ce genre de roman, l'Histoire devient ici en grande partie une ressource pour l'analyse de l'actualité et aborde les problèmes fondamentaux de son époque. Par exemple, comme le rappellent Esteve Urgellès dans le débat et Vicente Peris dans le même débat et dans le monologue intérieur :

Crim de Germania se déroule à travers différentes parties du royaume de Valence en claire consonnance avec la thématique de l'œuvre, mais avec une attention particulière pour la ville de Valence. Celle-ci devient généralement le décor principal de l'œuvre et est associé à une époque particulière comme le , plus précisément les années 1519 à 1527.

Le roman apparaît dans un contexte ou le sujet des Germanies est interrogé par une multitude d'acteurs, du champ littéraire au champ politique. Germania Socialista est un groupe politique valencien fondé vers la même époque (en 1970). La revue Gorg (1969-1972) a publié un numéro monographique sur les Germanies. La ciutat de València, de Sanchis Guarner (dont la première édition remonte à 1972), inspirerait davantage de romanciers autour de l'histoire de la ville, comme Ferran Cremades i Arlandis. Moriscos i agermanats (1974), d'Eduard Císcar et , est suivi par les différents ouvrages d' sur la révolte, comme Cròniques de les Germanies (1985), entre autres, en partie postérieurs au roman de Josep Lozano. D'autre part, le sujet ou d'autres connexes ont également reçu l'attention de plusieurs créateurs littéraires, comme Manuel Molins (Quatre històries d'amor de la reina Germana), ou Josep Gandia Casimiro (El Cortesà), publiés à des dates proches de Crim de Germania. Il s’agissait d’expliquer et de penser la ville de Valence, dans une société en pleine transformation sociopolitique, à partir de son histoire mais aussi de son présent immédiat.

Ribera (1991) Dans Ribera (1991), Lozano insère le récit fictionnel dans le cadre spatial de la , un espace géographique qu'il capture en détail, qui conditionne ses habitants.

Dès le titre du roman, qui correspond à l'étiquette de « littéraux » que Gérard Genette attribue à ceux « qui désignent sans détour et sans figure le thème ou l’objet central de l’œuvre », on perçoit l'un des objectifs centraux de Ribera : les personnages, leur culture, leur histoire et leur discours sont au service de cette comarque. L'autre montre une façon de voir la vie, un sens de l’humour, le sarcasme et le langage familier propre à l'endroit, un monde qui commence à être irrécupérable, un monde qui ne vivra que dans la mémoire de ceux qui l'ont connu, comme Miquel Bisquert, le personnage mort, et qui ne revivra qu'à travers les récits des amis et de la famille. Un monde rural qui prend fin au village, mais qui meurt aussi en ville. Ainsi, les deux niveaux fondamentaux de la modernisation d’un pays fournissent les documents créatifs, artistiques et littéraires du processus. Tant Valence, dans son rôle de grande ville mais avec un poids et une composante rurale importante, qu'Aljanet, le village (fictif) de La Ribera qui pourrait être n'importe lequel de la comarque, faisaient partie d'une société qui entretenait des liens de conversation, des relations personnelles étroites, des coutumes et des rites collectifs, d'une grande familiarité de tous, des relations de voisinage, qui disparaît peu à peu. Aujourd'hui, les idéaux humanistes sont en crise et vivent dans un monde conditionné par des objets comme les voitures, la télévision, le changement qui s'est produit dans l'utilisation du temps de loisir, dans l'accès à l'information, etc. En ville comme à la campagne, on vit au milieu d'inconnus. Tout ce monde en voie de disparition se reflète dans un réseau de personnages reliés entre eux par un lien commun, Miquel Bisquert.

La ville, au premier abord, pour le nouveau venu issu d’une société beaucoup plus fermée et oppressive, comme peut l'être le village, apparaît comme le nord libérateur, comme l’opportunité de trouver tout ce que le monde rural ne pouvait lui offrir. Or Miquel Bisquert, bien que se sentant libéré dans la ville, est critique envers la réalité qui l’entoure. Pour lui, Valence s’exprime avec une politique qui n’unifie ni ne représente tous les Valenciens ; une ville qui rejette sa propre culture, authentique et particulière, au profit d'une image plus cosmopolite et espagnole, en accord avec les exigences du monde actuel.

Malli, l'une des protagonistes de Ribera, participe di monde marginal et misérable des drogues urbaines, et se sent à l'aise dans cet environnement :

El mut de la campana (2003) Dans El mut dela campana (2003), « la Valence baroque du sert de cadre à une histoire d'amour et de passion impossible entre un frère religieux et une actrice comique ». Le protagoniste Bernat Crestalbo se retrouve encadré par une époque, le baroque, qui le détermine complètement. Josep Lozano s'efforce de recréer fidèlement la Valence du et centre l'action spécifiquement sur les années 1610 et 1660, une époque d'exubérance et d'excès, où l'Église émerge énergiquement comme l'un des principaux pouvoirs, en particulier après sa rénovation avec la célébration du Concile de Trente (1545-1563). Une rénovation qui débouche à l’avènement d’une Contre-Réforme tenace, rivalisant avec les nouvelles formes de religiosité et de science émergentes. Une religiosité baroque qui « était exaltée, irréfléchie et absorbante, et le peuple participait très activement aux dissensions de querelles entre le clergé ». Josep Lozano présente une société corsetée par une morale absorbante et une société conduite au délire sous le regard vigilant de l'Inquisition, qui assiste à de nombreuses processions, comme celle de Saint Simon ou celle du Corpus Christi, qui prennent de l'importance au milieu du chaos de la peste.

La conduite exacerbée est générale dans la société. Toutes les ordres sociaux agissent d’une manière ou d’une autre conditionnés par l’exaltation et le ravissement propres du monde baroque. Le caractère absolu et hermétique qu'exerce le pouvoir religieux provoque des actions hors de propos. Lozano peint une société moraliste et intransigeante qui punit brutalement les boucs émissaires qu'elle désigne. La place de la Cathédrale est l'espace choisi par le peuple pour mettre en scène la cruauté :