est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1943., adapté d'une nouvelle homonyme de Kyōka Izumi (1873-1939), parue en 1910 dans la revue Shin shōsetsu. Le film relève du genre geidō-mono, consacré à la transmission des arts traditionnels.

Synopsis Dans le Japon de l'ère Meiji, Kitahachi est le fils et le disciple de Genzaburō Onchi, acteur de nō réputé, dont il est appelé à perpétuer la lignée. En tournée dans la région d'Ise, il apprend d'un inconnu qu'un certain Sōzan, masseur aveugle qui chante le nō en amateur, passerait pour supérieur aux maîtres de Tokyo. Piqué au vif, il se rend chez Sōzan, de nuit, en secret, sous la neige. Il lui fait chanter Matsukaze, puis bat le rythme selon le style de sa famille jusqu'à lui faire perdre le souffle. Kitahachi refuse ensuite de chanter à son tour malgré les supplications du vieil homme et de sa fille. Sōzan se donne la mort.

Le lendemain, des journalistes viennent féliciter Kitahachi de son exploit. Devant eux, son père le désavoue : il lui interdit de jouer désormais et l'exclut de la famille Onchi. Il fait publier l'information dans les journaux.

Deux ans plus tard, Kitahachi vit en chanteur des rues. Il se lie à Jirozō, ancien cuisinier réduit au même métier, qui lui apprend le sort de la fille de Sōzan. Vendue par sa belle-mère à une maison de geishas de Toba, où elle était maltraitée, OsodeLe préfixe o- (お) n'est pas un élément du nom mais une marque d'honorification familière relevant du keigo, lexicalisée dans les prénoms féminins aux époques d'Edo et de Meiji : les noms propres sont ici Sode, Sen et Kane. L'usage éditorial dominant l'agglutine au nom plutôt que de le détacher par un trait d'union. a été sauvée par Jirozō, puis placée à Yamada, dans l'Ise, dans un établissement du même genre ; elle y tient un rang misérable, faute de savoir jouer du shamisen. Kitahachi la retrouve et promet de lui enseigner l'instrument. Il lui apprend finalement une danse du répertoire de nō, seul art qu'il puisse encore transmettre, en sept jours et en cachette dans un sous-bois. Il enfreint ainsi l'interdiction de son père, auquel il demande pardon par avance. Il repart sans lui dire qui il est, en lui laissant un souvenir et ces mots : « Peut-être ton père me pardonnera-t-il aussi ».

Six mois plus tard, à Kuwana, Osode est appelée dans une auberge où logent le père et l'oncle de Kitahachi. Sommée de jouer, elle ne peut que danser. Genzaburō Onchi reconnaît aussitôt le style de son fils, l'oncle bat le rythme au kotsuzumi, et Osode nomme le chanteur des rues qui l'a formée. La transmission vaut aveu et repentir : le père pardonne et prend la jeune femme pour fille. Kitahachi, retrouvé par Jirozō, vient s'accuser et se voit rendre son nom. Les quatre personnages interprètent ensemble un chant, dans une pièce à tatamis, ouverte sur un jardin sous la lune.

Fiche technique Titre français : La Chanson de la lanterne Titres alternatifs : La Lanterne-chanson / Les Lanternes Titre original : Titre anglais : The Song Lantern Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Mantarō Kubota d'après une nouvelle de Kyōka Izumi (1910) Musique : Shirō Fukai, interprétée par l'orchestre de la Tōhō Photographie : Asakazu Nakai Lumière : Kyūichirō Kishida Direction artistique : Tōtetsu Hirakawa Montage : Yoshiki Nagasawa Son : Yūji Dōgen Conseiller historique : Shōhachi Kimura Conseiller pour le nōgaku : Kamematsu Matsumoto Sociétés de production : Tōhō et Shinsei ShinpaShinsei Shinpa (新生新派) est une troupe de théâtre fondée par Shōtarō Hanayagi à la fin des années 1930, avec Matsutarō Kawaguchi pour administrateur. Ses principaux sociétaires, Hanayagi, Eijirō Yanagi, Ichijirō Ōya et Kan Ishii, tiennent les rôles masculins du film. Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — 1,37:1 — 35 mm — son mono Genre : drame Durée : 93 minutes Date de sortie : Japon :

Distribution : Kitahachi Onchi Isuzu Yamada : Osode, la fille de Sōzan Eijirō Yanagi : Jirozō : Genzaburō Onchi, le père de Kitahachi Masao Murata : Sōzan, masseur aveugle et chanteur de nō : Sessō Henmi, joueur de kotsuzumi Eiichi Seto : Genichi Ichirō Minami : le marchand Keitarō Yoshioka : le patron du Fujiya Tetsunosuke Tatsumi : le batelier Keijirō Matsumiya : un masseur à Kuwana : Okane, de la maison de geisha Harukiya Haruko Yanagito : Osen, de l'auberge Minatoya Hisako Akashi : la femme du marchand d'udon

Genèse et tournage

Mantarō Kubota avait écrit le scénario pour le cinéma, mais la production ayant pris du retard, le texte fut d'abord créé sur scène au Meijiza en juillet 1940, avec dans le rôle de Kitahachi Onchi. Selon Catherine Russell, Mikio Naruse, à qui le producteur remit ce texte, y apporta des modifications que ses collaborateurs de la troupe shinsei-shinpa n'apprécièrent pas ; l'esthétique réaliste de Naruse paraît néanmoins l'avoir emporté. Sa préparation consista principalement à parcourir les villes où se situe le récit de Kyōka Izumi : Yamada, Furuichi, Toba et Kuwana. N'y trouvant guère de traces subsistantes de l'époque Meiji, il retint finalement Numazu, plus loin sur la côte orientale, et l'île d'Enoshima, pour les scènes du littoral de la région de Toba. Naruse assista également à une représentation de nô et consulta un spécialiste du genre, tandis que la troupe formait les acteurs au style de jeu propre à Kyōka Izumi, son souci étant de préserver le ton et l'atmosphère de l'original dans le cadre d'une esthétique très différente, celle du cinéma. Selon Russell, Mikio Naruse déclara au sujet du film que le ministère de l'Intérieur s'était montré « très intrusif »Propos traduits de l'anglais d'après Catherine Russell, elle-même traduisant les notes de production de Naruse., alors qu'il jugeait (1938) conforme à ses goûts et qu'il avait pris, selon ses propres termes, grand plaisir à tourner Le Chemin du drame (芝居道, Shibaidō?) (1944).

Analyse Pour Catherine Russell, dans , La Chanson de la lanterne compte parmi les films que Mikio Naruse tourne entre 1938 et 1944. Elle note que le film, bien que consacré au théâtre nō, ne montre de représentation sur une scène que dans sa séquence d'ouverture, les autres prestations ayant lieu dans des pièces à tatamis ou en extérieur. Naruse dit avoir voulu restituer le « goût » de Kyōka Izumi, auteur de la nouvelle adaptée ; le film atténue la veine surnaturelle de l'écrivain au profit d'un drame romanesque et réaliste, et fait converger trois formes dramatiques (nō, shinpa et cinéma). Russell y voit une illustration de la manière dont l'injonction officielle du « retour au Japon » a paradoxalement aidé des cinéastes comme Naruse à penser l'adaptation des arts traditionnels à l'écran, le shinpa jouant à cet égard un rôle de médiation souvent sous-estimé. Elle souligne la disparition des héroïnes actives de Kyōka Izumi au profit du récit d'une lignée patriarcale dans les arts du spectacle. Osode y est un personnage soumis et peu développé, alors même que le monde des arts, prolongement du mizu shōbai, le , constituait l'un des rares domaines de pouvoir social féminin à l'époque d'Edo et sous l'ère Meiji. Le héros, individualiste et rebelle à l'autorité, contredit la doctrine du kokutai, mais la leçon de piété filiale l'y ramène finalement, avec un idéalisme plus romanesque que spirituel.

Autour du film

Dans le film, Isuzu Yamada (1917-2012) exécute une danse du répertoire de nō et chante. Fille d'un acteur de shinpa et d'une geisha en vue du quartier de Kitashinchi, à Osaka, elle commence vers six ans l'étude du tokiwazu, du nagauta, du kiyomoto et de la danse classique japonaise. À dix ans, elle reçoit le nom d'artiste d'Umemichi, de l'école Kiyomoto, et devient natori, c'est-à-dire habilitée à se produire et à enseigner sous ce nom. Elle entre au studio Nikkatsu d'Uzumasa en 1930, à treize ans. La nouvelle de Kyōka Izumi avait été portée à la scène dès 1940 par Mantarō Kubota, auteur du scénario du film. Elle sera de nouveau adaptée au cinéma en 1960 par Teinosuke Kinugasa, avec Raizō Ichikawa et Fujiko Yamamoto : .

Notes et références

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