thumb|240px|Vue d'ensemble. vignette|Le château au-dessus de la ville. thumb|240px|Châtelet d'entrée. thumb|240px|Extrémité de la galerie des Adhémar. thumb|240px|Galerie des Adhémar sur la cour du puits. vignette|150px|Les gargouilles de la galerie des Adhémar. thumb|240px|Cour du puits. thumb|240px|Détail de la façade Renaissance des logis. thumb|240px|Tour de l'aile sud et cour du puits vues de la terrasse. thumb|240px|Aile des prélats. thumb|240px|Aile des prélats (partie non restaurée).

Le château de Grignan est un château du construit sur un piton rocheux dominant Grignan en Drôme provençale, transformé en forteresse au par la famille d'Adhémar.

Historique Premier château Le site de Grignan est d'abord un domaine agricole gallo-romain qui est devenu une dépendance de l'évêque de Die.

Au , une fortification est construite par la petite aristocratie locale.

Avant 1035, le propriétaire du premier château devient Rostaing de Grignan.

Dès 1106, la présence du château permet le regroupement des habitations à son pied. C'est probablement au qu'est construite la première enceinte du bourg castral primitif.

Dans la seconde moitié du , les Adhémar de Monteil captent progressivement la seigneurie.

Une branche cadette des Adhémar, les Adhémar de Grignan, possèdent la seigneurie en 1239.

Pour assurer la sécurité de leurs terres, les seigneurs de Grignan obtiennent du comte de Provence, en 1257, le titre de terre adjacente de Provence pour leur territoire, donnant privilèges ainsi qu'autonomie fiscale et judiciaire.

Au , le village s'agrandit, nécessitant une modification de l'enceinte vers le nord. La chapelle Saint-Romain est construite pour le château ainsi qu'un corps de salle allongé au nord dans le prolongement de la tour carrée résidentielle.

À la fin du , la seigneurie devient une baronnie.

Au , la défense des portes du château se renforce. En 1410 les habitants de Grignan sont exemptés de service de garde de nuit au château..

Le château Renaissance Entre 1478 et 1495, Gaucher Adhémar (1450-1516)Généalogie des Adhémar de Monteil., qui fut au service de , double la largeur de la salle, crée des espaces résidentiels et remanie les façades de l'ancienne forteresse du Moyen Âge.

C'est probablement le mariage de Gaucher Adhémar avec Diane de Montfort, héritière des titres de comte de Campobasso et de duc de Termoli, qui a permis d'introduire de nouvelles formes architecturales. Ces formes sont déjà connues des Provençaux à Avignon et Marseille grâce aux œuvres de Francesco Laurana et de son école. Par ailleurs des membres de la famille de Grignan étaient au contact des comtes de Provence, tel Guyot Adhémar, bisaïeul de Gaucher, qui a été chambellan de en 1419. La sœur de Gaucher, Jeanne Adhémar, a épousé en 1439 Pierre de Glandevès, grand échanson du roi René.

En 1495, Gaucher Adhémar obtient de l'évêque de Die d'ouvrir une fenêtre dans la chapelle Saint-Romain pour construire la grande galerie d'apparat des Adhémar. L'état du château fait en 1516 après la mort de Gaucher Adhémar de Grignan cite deux fois la galerie qui est donc terminée à cette date.

Louis Adhémar (1474-1558), fils de Gaucher, a été ambassadeur du roi à Rome en 1538, puis lieutenant-général pour le roi en Provence en 1541. Il avait épousé en 1513 Anne de Saint Chamond, fille de Jean d'Urgel de Saint Priest, baron de Saint-Chamond (), et de Jeanne de Tournon, sœur du cardinal François de Tournon qui lui permit probablement d'approcher le roi .

Le roi , revenant de Marseille, où il avait rencontré le pape et marié le futur avec Catherine de Médicis, accompagné de ses fils, de la reine et du duc de Vendôme, est venu visiter le château en .

Entre 1540 et 1545, Louis Adhémar entreprend la construction du corps de logis sud, probablement par Antoine Soysson qui a succédé, après 1539, au maître maçon Jean de l'Occhia, ou Jean Delauche, pour terminer l'édification de la collégiale Saint-Sauveur entre 1539 et 1543 en contrebas du flanc sud-ouest du château. L'ensemble formé par la grande galerie, les espaces résidentiels est et le nouveau logis sud entoure la cour du puits.

C'est au milieu du qu'est construite la terrasse du château au-dessus de la collégiale — il a fallu une bulle du pape pour autoriser une terrasse au-dessus de la collégiale, au lieu d'une toiture élevée vers Dieu.

Louis Adhémar est appelé par le roi pour être son ambassadeur à la diète de Worms de 1545 où devaient être prises des mesures contre les protestants. Louis Adhémar parla au roi des Vaudois en disant qu'ils étaient pouvant s'armer et attaquer les villes de Provence. Les prélats présents à Paris comme le cardinal de Tournon pressèrent le roi de prendre des mesures contre eux. Bien qu'absent de Provence, il a donc joué un rôle grave dans le massacre des Vaudois par les troupes du baron d'Oppède à Cabrières-d'Aigues et Mérindol en 1545 en poussant le roi à envoyer des lettres au président d'Oppède pour purger l'hérésie en Provence. Après la mort de , son fils, , étant opposé aux ministres de son père, permit un procès sur ce massacre. Louis Adhémar est condamné après une enquête, en 1547, et est jeté en prison. La construction du château s'arrête alors.

Grâce à l'appui du duc de Guise, Louis Adhémar obtient en 1551 d' un arrêt du Conseil privé accordant son absolution.

Un second chantier est entrepris entre 1551 et 1556 pour la façade sud dite façade . Elle est construite entre deux tours médiévales réhabillées dans le style Renaissance. Elle a de hauteur et de long. Elle est composée de quatorze travées, de colonnes, de pilastres, de fenêtres à doubles croisillons.

Louis Adhémar est nommé par le roi lieutenant au gouvernement du Lyonnais.

En 1558, le roi érige la terre en comté au profit de Louis Adhémar.

En , Louis Adhémar meurt sans enfants de son mariage avec Anne de Saint-Chamond. Bien que Louis Adhémar ait légué son château au duc de Guise en 1552, un jugement annule cette donation en 1563. Son domaine revient à sa sœur Blanche, mariée à Gaspard de Castellane, baron d'Entrecasteaux. Leur fils, , relève alors le nom des Adhémar de Monteil.

Suit ensuite Louis de Castellane, fils de , comte de Grignan en 1563, et d'Anne de Tournon, avait épousé le Isabelle de Pontevès. Il a reçu le collier des ordres du roi en 1584. Il a été lieutenant général au gouvernement de Provence. Il est mort le .

Puis Louis François Adhémar de Monteil meurt en 1620. Il a épousé le Jeanne d'Ancézune. Il est le père de François Adhémar de Monteil, archevêque d'Arles, et de Jacques, évêque d'Uzès.

Son fils, Louis-Gaucher de Castellane-Adhémar de MonteilGénéalogie des de Castellane-Adhémar de Monteil., comte de Grignan, est maître de camp du régiment d'Adhémar. Il a épousé le Marguerite d'Ornano. Il est le père de François de Castellane-Adhémar de Monteil (-), de Jean-Baptiste Adhémar de Monteil, archevêque d'Arles où il succède à son oncle, de Louis Joseph, évêque de Carcassonne, et de Joseph, dit le chevalier de Grignan. Il est mort le .

En 1654, Louis-Gaucher de Castellane-Adhémar s'est engagé à entretenir et refaire les voûtes et les toits de l'église Saint-Sauveur selon les besoins car la terrasse avait des infiltrations d'eau pouvant les mettre en péril. En 1675 et 1676 s'inquiète de la situation critique de la terrasse. Une réparation intervient en 1680. C'est à cette époque que le parapet de la terrasse est remplacé par une balustrade.

Façade des prélats

Le , François Adhémar de Monteil de Grignan, seigneur du lieu épouse Françoise-Marguerite de Sévigné (née à Paris le ). Ce mariage était le troisième du comte de Grignan. Françoise de Sévigné était qualifiée de « plus jolie fille de France ». Elle avait fait ses débuts à la cour à dix-sept ans. La Fontaine célèbre sa beauté :

La chute de Nicolas Fouquet dont elle est l'amie va progressivement éloigner Madame de Sévigné de la cour. Cet éloignement de la cour va rendre difficile le mariage de Françoise de Sévigné malgré une dot importante de .

Comme l'écrit Madame de Sévigné à son cousin Bussy-Rabutin : « la plus jolie fille de France épouse, non pas le plus joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume ».

Lorsque le comte de Grignan est nommé lieutenant-général en Provence en , il quitte Paris pour la Provence en 1670. La fonction de lieutenant-général nécessitait de réunir annuellement l'Assemblée des communautés, de prononcer le discours d'ouverture et de présider la première séance à Lambesc. C'était tout ce qu'on lui demandait. L'essentiel du pouvoir est passé progressivement à partir de 1672 à l'Intendant Jean-Baptiste Rouillé, comte de Meslay, auquel Colbert envoie ses instructions pour le gouvernement de la province et non à Grignan.

Le , Françoise de Sévigné quitte à son tour Paris pour rejoindre son mari après la naissance de leur première fille, Marie-Blanche.

étant, depuis Paris, séparée de sa fille, elle entama sa fameuse correspondance, et se rendit à Grignan trois fois pour de longs séjours. Son premier voyage dure quatorze mois entre le et le . Le deuxième dure treize mois d' à . Le dernier va, de à sa mort le , où elle est au chevet de sa fille, gravement malade.

Madame de Sévigné s'inquiète des dépenses des Grignan dans ses lettres à sa fille en 1680 :

François Adhémar de Grignan obtient l'aide de ses frères, Jean-Baptiste, l'archevêque d'Arles et Louis Joseph, l'évêque de Carcassonne, pour construire l'aile des prélats, à l'est du château, entre 1684 et 1690, permettant de régulariser les constructions édifiées du .

Au , le comte a fait ajouter, à la façade de l'aile sud, des percements de grandes niches à décor classique, dans les quelques trumeaux nus de la façade et détruire l'aile ouest, permettant d'ouvrir la cour du puits.

Le , Madame de Sévigné meurt au château. Elle est inhumée le lendemain dans la collégiale Saint-Sauveur.

Le fils du comte, Louis-Provence, né à Lambesc en 1671, meurt à Thionville de la variole le . Pour rétablir la fortune des Grignan, il avait fait une mésalliance en se mariant avec Anne-Marguerite de Saint-Amans, fille d'un fermier général, qui a apporté de dot. Cette mort prématurée va obliger la famille à rembourser cette dot.

Ruiné, le comte de Grignan meurt le .

Sa fille, Pauline, née à Paris en 1674, hérite de ses biens et de ses dettes ; elle épouse en 1695 le marquis Louis de Simiane.

Pauline de Simiane devra régler la succession de son père et, devant l’étendue des dettes, se résoudre à vendre tous les biens ; les Félix du Muy acquièrent le château et ses dépendances le pour .

Après des éditions , Pauline de Simiane décide de contrôler la publication des lettres de sa grand-mère, Madame de Sévigné, avec la collaboration d’un éditeur aixois, le chevalier Denis-Marius Perrin.

Destruction et reconstruction Le neveu du nouveau propriétaire, Jean Baptiste de Félix du Muy, marquis de Saint-Mesmes, hérite du château ; il est nommé en 1792 général de division des armées, puis chargé de mission en Suisse par le gouvernement de la République.

Malgré cela, il a été déclaré émigré, et le district de Montélimar, par arrêté du ordonna la démolition du château comme l'un de ces « monuments qui insultent l'égalité en rappelant ces temps de servitude, de féodalité et de superstition, dont le fardeau a trop longtemps pesé sur un peuple rendu à la liberté ». La commission de Montélimar, placée sous la surveillance de Guitard, appelle Raymond Sauveton, maçon, et son équipe, qui démolit en quinze jours la toiture et les deux-tiers de la grande façade. Les matériaux furent vendus à l'encan pour , dont furent déduits pour frais de démolitionGrignan 2000 ans d'histoire: pages historiques du bulletin municipal de Grignan éditées entre 1997 et 2000, et fruits de travaux en archives et lectures du comité de rédaction.. Le mobilier du château fut vendu du au .