vignette|VIPG Centaure de la Gendarmerie nationale repoussant des véhicules lors d'une présentation vignette|Démonstration de libération d'otages par la BRI-PP de la Police nationale

En France, les deux principales forces de police du Ministère de l'Intérieur sont équipées de véhicules blindés. Cependant, l'histoire de leur emploi est différente pour les deux services. En effet, la GendarmerieLe mot « gendarmerie », lorsqu'il désigne l'organisme d’État à caractère unique, comme dans les expressions « la Gendarmerie » ou « la Gendarmerie nationale », prend une majuscule comme cela est préconisé dans les conventions typographiques de Wikipédia, notamment au § « Organismes uniques » et au § « Unités militaires » ; dans les autres cas, il garde la minuscule, comme pour les expressions « gendarmerie mobile » ou les « forces de gendarmerie »., du fait de son statut militaire et de ses missions, a d'abord déployé - dès les années 1930 - des véhicules de combat identiques à ceux de l'armée de terre avant de mettre en service, à partir des années 1970, des blindés développés prioritairement pour le maintien de l'ordre.

La dernière génération de ces engins, appelée Véhicule d'intervention polyvalent de la gendarmerie ou Centaure, mis en service à partir de 2020, ajoute au maintien de l'ordre un éventail de missions nouvelles (recherches d'individus armés, incidents industriels et/ou risques NRBC, etc.)Centaure : un nouveau blindé pour la protection de la population, GendInfo octobre 1023, Ministère de l'Intérieur https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2023/centaure-un-nouveau-blinde-pour-la-protection-de-la-population, avec lien vers dossier de presse consulté le 8 juin 1025.

La Gendarmerie a également équipé ses unités d'Intervention (GIGN et ses antennes d'outre-mer), de véhicules blindés souvent dérivés de véhicules civils.

La Police nationale déploie également des véhicules blindés dérivés pour certains d'entre eux de véhicules commerciaux et principalement destinés à ses forces d'intervention : RAID et ses antennes, Brigade de recherche et d'intervention de la Préfecture de Police de Paris (BRI-PP).

En complément de son parc de véhicules en dotation permanente comme le Panhard PVP, la Police déploie régulièrement des véhicules blindés mis à sa disposition par des industriels dans le cadre de partenariats de longue durée.

Note sur l'emploi des véhicules blindés vignette|Démonstration de libération d'otages dans un bus par le RAID - 2024. L'utilisation de véhicules blindés répond à des besoins réels de protection contre les menaces pouvant aller jusqu'à l'emploi d'armes de guerre. Dans le domaine du maintien de l'ordre, leur déploiement communique également un message de fermeté et de résolution des autorités face à élévation de la gravité d'une situationGénéral Philippe Watremez, Les blindés de la Gendarmerie nationale et le maintien de l’ordre - Revue de la Gendarmerie nationale n° 367, p 116 consulté le 8 juin 2025. Dans un contexte différend puisque non confrontationnel, ce n'est pas leur blindage ou leur apparence qui compte mais tout simplement leur capacité tout-terrains, qui leur permet notamment de remorquer des véhicules lors d'événements climatiques (chûtes de neige importantes par exemple).

Cet article regroupe deux catégories de véhicules : les blindés kaki de la Gendarmerie : véhicules développés initialement pour le combat terrestre, et qui ont pratiquement tous été retirés du service les autres véhicules blindés mise en œuvre par la Police et la Gendarmerie : véhicules développés ou adaptés spécifiquement pour les missions de sécurité intérieure et notamment de Sécurité publique.

La Gendarmerie nationale left|thumb|Le char Renault FT équipait le Groupe spécial de Satory. thumb|Le char Hotchkiss H-39 équipait le 45e BCCG

Dès les années 1930, la Gendarmerie s'équipe de véhicules blindésL'achat de ces matériels a été autorisé par la loi de finance du 31 mars 1921. Georges Carrot, Le Maintien de l'ordre en France au , Éditions Veyrier, 1990, .. Elle déploie dès 1931 deux chars et onze automitrailleuses en Corse lors d'une opération d'envergure contre le grand banditismeSimon Fieschi, Les Gendarmes en Corse, 1927-1934 De la création d'une compagnie autonome aux derniers « bandits d'honneur », in Jean-Noël Luc (dir.) Soldats de la Loi, Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne (PUPS), 2010, .. Elle a par ailleurs suivi avec attention l'emploi de blindés au maintien de l'ordre en Allemagne, d'abord par l'Armée française lors de l'occupation de la Ruhr et de la Rhénanie (et notamment lors des grèves de 1923), puis par la police allemande (notamment lors des émeutes de Berlin en 1929)Clément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, p 47.

En 1933 est créée une première unité blindée : le Groupe spécial de garde républicaine mobileGarde républicaine mobile (GRM) est l'ancienne dénomination de la gendarmerie mobile. Dissoute lors de l'armistice de 1940, elle est remplacée par la Garde pendant l'occupation. Recréée en 1944 sous la dénomination de Garde républicaine et réintégrée au sein de la Gendarmerie nationale en 1945, elle prend son nom actuel de gendarmerie mobile en 1954 à Versailles-SatoryCollectif, Histoire de la Gendarmerie mobile d'Ile-de-France, Volume I, Éditions SPE-Barthelemy, Paris, 2007. Le groupe assure, en sus des missions classiques de la garde républicaine mobile (maintien de l'ordre, police de la route, escortes diverses), des missions spécifiques et notamment la formation à l'emploi des blindés pour les personnels de l'Armée de terre et de la Gendarmerie. L'unité ne sera toutefois jamais engagée dans une opération de maintien de l'ordre avec ses blindés. Ainsi, par exemple, lors des événements du 4 février 1934, le groupe est mis en alerte mais ne déploie pas ses blindés dans la capitaleClément Têtevuide, Des Chars et des Gendarmes, Introduction et p 57.

En 1940, le Groupe spécial sert d'unité-cadre pour la formation du de chars de combat - unité composée de gendarmes issus majoritairement de la garde républicaine mobile et complétée par des effectifs de l'armée de terre - qui participe à la campagne de France. Intégré à la cuirassée le bataillon participe à de très durs combats à Sy, puis lors de la Stonne et à Tannay, perdant 30 tués, 4 disparus et 59 blessés en 37 jours de combat. Il est finalement dissous en .

Après la guerre, différents types de blindés sont utilisés : chars, automitrailleuses et half-tracks. Ils sont principalement destinés aux missions de combat (Défense opérationnelle du territoire ou DOT) ou aux situations extrêmes de rétablissement de l'ordre comme en Algérie Au delà des missions de maintien ou de rétablissement de l'ordre, les blindés de la Gendarmerie assurent des missions de défense contre les attaques des insurgés et des missions d'ouverture de route pour les convois, qui donnent lieu à de véritables combats - Voir par exemple Moreau, 1982. En France métropolitaine, la mise en œuvre des blindés est confiée à des « escadrons mixtes portés-blindés »À cette époque, les escadrons bénéficient d'une double dotation en véhicules : fourgons-cars pour le maintien de l'ordre et véhicules de combat pour les missions de Défense Opérationnelle du territoire (DOT). Chaque escadron compte alors trois pelotons de marche (depuis les années 2000 quatre - dont un peloton d'intervention). Alors que dans un escadron porté standard, les trois pelotons sont dotés de camionnettes tactiques, dans un escadron mixte, un des pelotons dispose de VBRG ou d'automitrailleuses. implantés en province ainsi qu'à une formation centrale basée à Versailles-Satory. Héritière du groupe spécial formé en 1933, cette dernière unité a porté plusieurs dénominations avant de devenir en 1991, le groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM). Le GBGM est chargé notamment de la protection des institutions en cas de crise majeure (comme le putsch des généraux en 1961), du maintien et du rétablissement de l'ordre en contexte « dégradé ou très dégradé » ainsi que de missions de défense opérationnelle du territoire.

Avec la fin des conflits coloniaux puis de la guerre froide, la mission de combat s'efface (sans disparaître totalement) au profit de celle du maintien et du rétablissement de l'ordre. De plus, l'expérience des événements de mai 68, au cours desquels l'utilisation de bulldozers pour détruire les barricades a été concluanteThierry Forest : La gendarmerie mobile à l'épreuve de mai 1968, Service historique de la Défense 2007., conduit la Gendarmerie à lancer un appel d'offres pour un engin équipé d'une lame et/ou d'un treuil et dont la mission principale n'est plus le combat mais le maintien de l'ordre.

Les engins blindés "kaki" sont destinées à deux grands types de missions de combatː la défense opérationnelle du territoire et la protection du régime.

Dans les années 1970, les engins blindés chenillés (chars légers AMX-13 et AMX-13 VCI) commencent à être remplacés par des engins blindés à roues; à savoir les Panhard AML-60 et AML-90. Rustiques et dotés d'une bonne puissance de feu, les AML ont été engagées au combat notamment au Tchad. Au début des années 1980, le Renault VBC-90 entre en service, il est similaire au Panhard ERC-90 Sagaie par son aspect et son armement, mais doté d'une conduite de tir plus avancée.

Elle acquiert à partir de 1974 le VBRG, qui est peint en bleu, en cohérence avec cette mission principale. Transport de troupes, le VBRG dispose d'un armement bien plus léger que les AML et les VBC-90. Par la suite, elle retire progressivement du service ses blindés de combat (chars AMX-13, véhicules de transport de troupes (VTT) AMX-13 VCI, automitrailleuses AML et engins VBC-90)Les VBC-90 sont les derniers à être retirés, en mai 2004 - Source : Colonel Marc Clerc - Histoire et Évolution des Moyens Blindés depuis la Deuxième Guerre mondiale - Revue de la Gendarmerie nationale - trimestre 2018..

Véhicules rapides et à l'aspect moins agressif que des engins chenillés, les AML, les VBC-90 et les VBRG sont particulièrement adaptées pour intervenir rapidement sur un point chaud, par exemple une infiltration de spetsnaz (contexte de guerre froide) ou une tentative de coup d'état.

thumb|VBC-90.

En France métropolitaine, les escadrons mixtes perdent leurs blindés au début des années 2000 et leurs VBRG sont rapatriés à Satory ou à Saint-Astier (siège du Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie). La Gendarmerie déploie également des blindés en Corse et dans les départements, territoires et communautés d'outre-merGénéral Pierre Durieux Histoire de la Gendarmerie Mobile 1921 - 2021 Service de diffusion de la Gendarmerie (SDG) Limoges - . Outre-mer, la mise en œuvre des blindés est assurée principalement par les Antennes du GIGN.

Au début des années 2020, la Gendarmerie ne dispose donc plus que du VBRG et de quelques Véhicules de l'avant blindés (VAB), obtenus auprès de l'armée de terre en vue de leur emploi en Afghanistan. Ces derniers sont surtout déployés en Nouvelle-CalédonieAudition du général Lizurey, Directeur général de la Gendarmerie nationale, devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale 10 octobre 2017- http://www.assemblee-nationale.fr/15/cr-cdef/17-18/c1718007.asp..

Le remplacement du VBRG, avait été évoqué à de nombreuses reprises à partir du milieu des années 2000. Plusieurs projets ont été lancés puis annulés avant l'adoption en 2021 du véhicule d'intervention polyvalent de la gendarmerie (VIPG) ou « Centaure ».