Nouhad Haddad (), dite Faïrouz, Fairouz, Feyrouz ou Fayrouz (), est une chanteuse libanaise, née le à Beyrouth. Elle est considérée comme l'une des divas de la musique arabe moderne. Son style se caractérise essentiellement par le mixage entre musique proche-orientale et musique occidentale. Elle s'inspire également de la musique byzantine et maronite, du chant arabe traditionnel, de la musique symphonique, de l'opéra, de la musique latine, et du jazz à partir des années 1980.
Son nom de scène, également transcrit Fairouz ou Fayrouz, signifie « turquoise » en arabe..
Avec les frères Rahbani., Assy et Mansour (Assy deviendra son mari), elle crée un nouveau style de musique libanaise initialement très influencé par la musique latine.
Son premier concert public a lieu en 1967. Elle devient très vite célèbre dans tout le monde arabe mais se fait rare pendant la guerre civile libanaise afin d’éviter d’être utilisée par un camp ou par un autre. Cette retenue lui vaut l’affection et l’intérêt du public de toutes confessions.
Sa longue carrière, ses succès internationaux et son style unique font d'elle ..
Biographie Famille et jeunesse
vignette|gauche|Fairouz en 1946.
Nouhad Haddad grandit au sein d'une famille chrétienne maronite originaire d'un village des montagnes libanaises. Sa famille s’installe par la suite à Beyrouth, dans le quartier de Zqaq El Blat, où elle passe son enfance.. Son père, Wadi' Haddad (charpentier assyrien.., né à Mardin, à la frontière turco-syrienne), qui a fui au Liban en raison de la menace de mort due au génocide assyrien commis par l'Empire ottoman (1914-1918) et sa mère, Liza al Boustani, maronite, la baptisent Nouhad.
Au festival de Baalbeck
Fairouz n’acquiert sa célébrité que lorsque les frères Rahbani commencent à composer pour elle au début des années 1950. Ces années-là sont très fertiles et Fairouz s’essaye à de nombreux genres musicaux, et, avec un penchant pour la modernité et la musique occidentale, les frères Rahbani vont exceller aussi bien dans des compositions symphoniques que dans des tangos et autres danses latines. Ceci n'est pas du goût de tous les auditeurs et critiques de l’époque habitués aux longues mélopées égyptiennes composées avec des orchestrations traditionnelles.
Mais le style des Rahbani s’impose petit à petit, et c’est en 1957 que le comité du festival international de Baalbeck, qui fête son premier anniversaire, demande aux Rahbani de préparer une «soirée libanaise» Popular Culture and Nationalism in Lebanon : The Fairouz and Rahbani Nation, Christopher Reed Stone, Ed. Routledge, 2008 qui fera découvrir au public du festival (composés surtout d’étrangers et de Libanais intellectuellement occidentalisés, le festival se contentant jusque-là de présenter des spectacles de musique et de danses classiques et des tragédies grecques), les musiques et danses traditionnelles du Liban.
Le programme est à la hauteur des espérances et le public revient aussi nombreux, en 1959, autant pour applaudir le ballet Rambert que pour applaudir Fairouz encore une fois invitée en vedette des soirées libanaises (sachant que le festival s’est interrompu en 1958 à cause de troubles communautaires)Le Chemin de Baalbeck: souvenirs & rencontres , Aimée Kettaneh, Ed.Terre du Liban, 2006. Cependant il ne faudrait pas croire que les Rahbani présentent ce qui est communément appelé le «Folklore» : leurs compositions sont bel et bien personnelles, et quand il y a des chants folkloriques de compositeurs inconnus, les Rahbani prennent bien soin de leur donner un nouveau souffle de vie en les présentant dans des orchestrations symphoniques somptueuses, ou sur des rythmes latins.
vignette|Fairouz (1957). Le spectacle de 1957 était une suite de tableaux sans véritable lien. En 1959, elle présente une opérette d’un seul acte (Al' Mouhakama — le Procès). En 1961, Fairouz revient à Baalbeck avec une superproduction, les Rahbani ayant créé une comédie musicale en 4 actes intitulée Al Ballbakieh (la Baalbakiote). Pénétrant l’univers de la mythologie, les Rahbani écrivent l’histoire d’une jeune fille dotée d’une voix envoûtante, universelle et éternelle. Fairouz chante ainsi aussi bien les mélodies andalouses que celles puisées dans la pure musique classique occidentale (la célèbre Ode à Baalbeck). Présenté à Londres et en Amérique du Sud, le spectacle, dans son côté le plus osé et le plus occidental, ne reçoit pas un accueil très chaleureux, surtout de la part de la presse britannique.
En 1962, Fairouz est de retour dans une comédie musicale, cette fois en 2 actes : Jisr el Kamar qui est le nom d’un village situé au nord du Liban et qui, traduit textuellement, signifie le pont de la Lune. Dans cette comédie musicale, où Fairouz joue le rôle d’une fille envoûtée par les djinns et qui cherche à réconcilier les habitants de deux villages voisins en guerre, en écho à la première guerre civile de l'histoire du Liban moderne, celle de 1958, la musique des deux frères Rahbani devient de plus en plus expressive et dramatique dans les passages chantés par le chœur, et plus lyrique dans les passages chantés par Fairouz.
Cette évolution va être encore plus marquée en 1963, quand les Rahbani composent Allayl wa’l Kandil (La Nuit au fanal), où Fairouz (Mantoura), jeune vendeuse de lanternes, tombe amoureuse d’un «horla» (Hawlou), qui trahit sa confiance, et qui est représentée au théâtre du Casino du Liban ainsi qu’à la foire internationale de Damas.
En 1964, au festival des Cèdres, la pièce qui sera l’année suivante le premier film dirigé par Youssef Chahine, Bayya’a el khawatim (Le Vendeur de bagues) raconte l'histoire d’une jeune orpheline fataliste (Fairouz) prise dans les mensonges d’un oncle mythomane. Au Liban, on parle désormais du «théâtre des Frères Rahbani»: le théâtre musical libanais né de rien, se développe à une vitesse vertigineuse.
En 1966, Fairouz et les frères Rahbani, au festival de Baalbeck toujours, se produisent avec cette fois une fiction historique: Ayyam Fakhreddine — Du temps de Fakhr-al-Din. Tout est dans le titre : Otr-Ellayl (Fairouz) se veut la conscience fictive d’un peuple qui attend que son souverain le protège et fasse de lui un peuple indépendant (Fakhr-al-Din est un émir qui régna sur la montagne libanaise au )Baalbeck, les riches heures du festival, Ed. Dar Annahar, Beyrouth, 1994De la musique arabo-libanaise et du théâtre musical Rahbani, Nizar Mroueh, Ed. Al Farabi, Beyrouth, 1998..
À Beyrouth Les débuts de l'aventure urbaine Fairouz ne se produit pas à Beyrouth avant 1967, excepté un passage furtif au théâtre du Capitole en 1962: elle présenta un programme de variétés et une mini-opérette de 20 minutes glorifiant l’armée libanaise qui venait de faire face à une tentative de coup d’État.
En 1967, un théâtre ouvre ses portes en plein cœur du Hamra, quartier le plus intellectuel et cosmopolite de Beyrouth : le théâtre Piccadilly. Fairouz et les Rahbani y furent invités et présentèrent leur dernière production : Hala wel Malik (Le Roi et Hala), une comédie musicale de « masques et bergamasques », où les passages récitatifs sont presque inexistantsSynopsis: Hala, jeune fille sans défense, est reniée par son père, un ivrogne qui avec la cour du Roi veulent faire croire à ce dernier que Hala est fille de roi et qu’elle lui est envoyée par les astres comme épouse. Le succès est fulgurant et la pièce est reprise en été de la même année au festival des Cèdres et en automne à la foire internationale de Damas.
En 1967 sort également la deuxième production cinématographique des Frères Rahbani, Safar barlek (L’Exil), dont la trame se passe pendant l’occupation ottomane du Liban et la résistance qui s’exacerba en 1914 lorsque le sultanat prit des mesures drastiques contre la population libanaise. Ce film fut suivi d’un autre, Bint El Hariss (la Fille du Garde), tous deux dirigés par Henri Barakat. Il sort en 1968 dans un registre léger et traite les questions délicates du chômage et de l’adultère dans un petit village où rien ne peut rester secret..
1967, un tournant politique et artistique vignette|Fairouz en 1967. 1967, l'année de la défaite des armées arabes face à Israël, sonna le glas de l'insouciance et de la frivolité du mouvement théâtral libanais - y compris pour les frères Rahbani. La « dolce vita » libanaise n'était plus de mise, momentanément du moins.
En 1968, Fairouz monte sur les planches en Syrie avec les frères Rahbani dans Ash-shakhsSynopsis: Ashakhs est l’histoire d’une vendeuse ambulante de tomates qui se trouve avec sa charrette au beau milieu d’une réception donnée en l’honneur d’un hôte de marque. Soupçonnée d’espionnage, elle se retrouve au tribunal au banc des accusés. (Son Excellence) qui est le premier volet d’une trilogie satirique (avec Yaiche Yaiche et Sahh Ennom en 1970) de la bureaucratie et la politique des régimes arabes de l’époque. En 1969, la pièce fut jouée pendant près de trois mois au théâtre Piccadilly. L’été de la même année les frères Rahbani composèrent une comédie musicale épique pour le festival de Baalbeck, Jibal As-sawan (Les Montagnes de silex)Synopsis: Le thème est la résistance des libanais à l’oppression et le moment fort est le tableau final dans lequel le personnage central meurt en martyr..
L'année 1970 fut une année particulièrement riche : les Rahbani composèrent deux comédies musicales, Yaiche Yaiche (Longue vie à sa majesté) et Sahh En-nom (Bon réveil à vous !). La première, présentée au théâtre Piccadilly de Beyrouth en hiver, est une satire grinçante de l’instabilité politique du Liban et de tout le Proche Orient. En Syrie, les Rahbani montèrent Sahh En-nom, une comédie musicale tout aussi grinçante et absurde, dans laquelle le gouverneur ne fait que dormir et les citoyens que pâtir.
En 1971, les frères Rahbani composèrent Nass Min Warak (Gens de papier), une comédie musicale « mise en abîme » puisqu’elle avait elle-même pour sujet l'histoire d'une troupe de chanteurs et de danseurs ayant à leur tête Maria (Fairouz). La première fut donnée à la foire internationale de Damas en et au Piccadilly de Beyrouth en .
Pendant l’été 1972, les frères Rahbani présentèrent Natourit al Mafatih (La Gardienne des Clés) avec Fairouz au festival de Baalbeck. Il s'agit d'une comédie noire où un peuple opprimé choisit la résistance passive : tout le monde fuit le royaume de Sira sauf Zad-El-Khayr (Fairouz) qui reste seule face au tyran. Après les représentations à Baalbeck, ce fut le tour de Damas. À la fin de la saison, Fairouz, épuisée, est hospitalisée dans une clinique de Beyrouth. Quelques jours plus tard, son mari et compositeur fétiche Assy Rahbani est lui aussi hospitalisé victime d'un accident cardio-vasculaire cérébral.
La maladie et la séparation vignette|Fairouz et son mari Assy Rahbani (1955). Plusieurs interventions chirurgicales furent nécessaires à Assy Rahbani. Son état n'étant pas jugé satisfaisant, il fut transporté à Paris à bord du jet privé du président syrien de l’époque Hafez el Assad pour recevoir les soins nécessaires. Son état physique s'améliora, mais son cerveau ayant été endommagé, Rahbani était devenu pseudo-amnésique.. Néanmoins il composa de nouveau et sa première mélodie fut Layali El Chimal El Hazini (Les Tristes Nuits) pour Fairouz qui la chanta en ouverture de la comédie musicale Al-Mahatta (La Gare) au théâtre Piccadilly en Synopsis: une jeune étrangère qui fait croire à tout un village qu’un train venant de nulle part passera pour les prendre « vers le nord » où ils trouveront le bonheur, une comédie aux mélodies grinçantes et mélancoliques qui vit naître la première composition de Ziad Rahbani pour sa mère : Sa’alouni En-Nas (Les gens m'ont demandé). Le spectacle fut dédié à Assy Rahbani, toujours hospitalisé à Paris le jour de la première. Son frère cadet, Elias Rahbani, prit la baguette du chef d’orchestre.