Le (ou . ; prononcé ) est une province historique et culturelle de la France de l'Ancien Régime ayant pour capitale Bourges, correspondant approximativement à la partie sud de la région Centre-Val de Loire (le reste de la région correspondant à l'Orléanais et la Touraine). Situé au centre géographique de la France, le Berry en constitue l'un des plus vieux terroirs agricoles et doit plus son unité à l'histoire qu'à la géographie. Il la tire aujourd'hui de quelques éléments culturels qui sont propres à cette région, et s'expriment notamment dans des spécialités gastronomiques.

La structure administrative du Berry disparaît définitivement avec la Révolution française.

Les habitants du Berry sont désormais généralement appelés Berrichons. Ce gentilé a été admis au milieu du . Il avait été condamné par le Dictionnaire de Trévoux (1771) et par celui d'Hippolyte François Jaubert (1864) qui indiquaient Berruyer, Berruyère comme le seul gentilé correctDictionnaire de Trévoux, 1771, article « Berrichon » : « Le peuple dit : c'est un Berrichon, une Berrichonne, pour dire, un homme ou une femme du Berry ; mais il n'y a que le peuple qui parle ainsi. Il faut dire un Berruyer, une Berruyère. Si les honnêtes gens disent quelquefois Berrichon, ils n'en usent que comme d'un terme populaire ou d'un diminutif, en badinant. ».Hippolyte François Jaubert, Glossaire du centre de la France, 1864., mais aujourd'hui, Berruyer s'applique aux habitants de Bourges.

Géographie S'inscrivant dans la boucle de la Loire, la province du Berry forme un large plateau ondulé de faible altitude, traversé par de nombreux cours d'eau dont le Cher, l'Indre et la Creuse. Elle est composée de paysages très variés : terres agricoles au nord (Champagne berrichonne), collines et rivières au centre formant le cœur d'une riche région d'élevage, marais et lacs dans la Brenne, à l'ouest.

Géologie Le Berry forme une zone de contact entre le Bassin parisien dont la province fait partie, et le Massif centralCarte géologique de la région Centre-Val de Loire (d’après Vaslet), extraite de . Son soubassement est recouvert au Mésozoïque par des mers du Jurassique (calcaires de la Champagne) puis du Crétacé (calcaires de Boischaut Nord et du Sancerrois). Au Tertiaire, l'orogenèse alpine s'est traduite par un basculement des couches du sud-est vers le nord-ouest, et la formation de lignes de côtes dont trois sont bien marquées : la côte d'Ars (au nord de La Châtre) dont les pentes sont soulignées par les vignes, la côte de Corlay (entre La Châtre et Châteauroux), la cuesta du Berry septentrional marquée par le Sancerrois qui domine la Champagne de et par la Motte d'Humbligny qui est une butte-témoin s'avançant en avant du front de cette côte (cuesta crétacée fossilisée dès l'Éocène en Brenne). . Des dépôts de sables et d'argiles descendus du Massif central sont à l'origine de deux régions d'étangs, la Brenne (dépôts accumulés dans une cuvette tectonique) et la Sologne (dépôts accumulés dans une plaine, donnant la Sologne des étangs, et la Sologne Sèche dominée dunes issues des dynamiques fluvio-éoliennes datant du Quaternaire).

Départements Deux départements., le Cher et l'Indre, en sont les héritiers, cependant les limites de ceux-ci ne coïncident pas exactement avec les limites de l'ancienne province aux contours d'autant plus incertains que les différentes juridictions d'ancien régime ne coïncidaient pas toujours entre elles non plus.

Après bien des débats, les limites des nouveaux départements furent définies : le Cher correspond au Haut-Berry, mais incorpore nombre de territoires qui appartenaient au Bourbonnais depuis les seigneurs de la première maison de Bourbon, comme les cantons de Saint-Amand-Montrond, de Charenton-du-Cher, de Châteauneuf-sur-Cher, de La Guerche-sur-l'Aubois (enclave de Germigny-l'Exempt), de Nérondes, de Sancoins, et de Saulzais-le-Potier (soit le tiers sud-est du département) ; l'Indre correspond au Bas-Berry, mais inclut à l'ouest la Brenne qui faisait partie de la Touraine, et aussi, au sud-ouest, des communes de la Marche et quelques autres du Poitou.

À l'inverse, quelques parcelles de l'ancienne province sont incluses dans le Loiret et en Loir-et-Cher, comme Selles-sur-Cher et Mennetou-sur-Cher.

vignette|alt=Le Sancerrois, en 2009.|Le Sancerrois, en 2009. vignette|alt=La Brenne, en 2007.|La Brenne, en 2007. vignette|alt=La Champagne berrichonne, en 2008.|La Champagne berrichonne, en 2008. vignette|alt=Le Boischaut Sud, en 2008.|Le Boischaut Sud, en 2008.

La pointe méridionale de l'ancienne province était constituée de la majeure partie du canton de Boussac, actuellement dans le département de la Creuse.

Si la détermination de la ligne de partage du Berry ainsi redéfini entre l'Indre et le Cher ne posa guère de problèmes, la désignation du chef-lieu de l'Indre fut l'objet d'âpres controverses, Issoudun revendiquant hautement la préfecture que finalement Châteauroux obtint en .

vignette|none|350px|alt=La carte de l'ancienne province du Berry et des communes et départements actuels.|La carte de l'ancienne province du Berry () et des communes et départements actuels.

Régions naturelles Le Berry se compose de plusieurs régions naturelles, du nord au sud : Val de Loire (petite partie), entre Gien et Sancerre ; Sologne (petite partie), entre Vierzon et Aubigny-sur-Nère ; Pays-Fort ; Sancerrois ; Champagne berrichonne ; Boischaut Nord ; Boischaut Sud ; Blancois ; Brenne.

Histoire vignette|left|alt=Le territoire des Bituriges Cubi.|Le territoire des Bituriges Cubes. vignette|left|alt=La carte du Berry.|La carte du Berry.

Protohistoire et antiquité . La carte de répartition des sites archéologiques de la région et la photographie aérienne permettent de saisir la constitution de véritables villes, les oppida, suscités par des artisans, commerçants, paysans et aristocrates. Comme la plupart des oppida construits en Europe et en Gaule du Sud en particulier, ce sont des sites perchés, ceux du Berry étant installés sur une hauteur en bordure de la plaine cultivée, entourés d'un rempart celtique qui a une fonction plus ostentatoire que militaire. Ces agglomérations installées de manière régulièreCette organisation régulière se traduit par un territoire en mosaïques emboîtées, un peu comme les circonscriptions administratives modernes avec leurs préfectures, sous-préfectures, chef-lieux de cantons. dans le territoire des Bituriges, matérialisent des lieux de pouvoir et d'échange au centre de riches terroirs agricoles.

Avant la conquête romaine, les Bituriges Cubes dont le Berry tire son nom sont établis au sud de la Loire sur un territoire qui correspond à peu près à la moitié sud du département de l'Indre, au Cher et une partie du Limousin. La frontière qui les sépare des Carnutes correspond à la ville de Vierzon, et l'Allier à l'Est marque la frontière avec le territoire des Eduens. Au sud, l'oppidum de Cordes-Chateloi sur la commune de Hérisson et de Bègues marque la frontière avec le peuple Arverne. Plus à l'ouest, la frontière sud passe à Aigurande ville qui est à la frontière avec les Lémovices. La capitale des Bituriges Cubes était Avariko ou Avaricum (Bourges). Après la conquête romaine, des oppida sont parfois abandonnés comme à Sidiailles ou Rivarennes, au profit d'agglomérations mieux situées sur le réseau routier romain (Argentomagus, Mediolanum, ou les villes gauloises de Drevant et Levroux qui quittent leur hauteur pour s'installer dans la plaine). Le territoire se retrouve alors situé au sein de l'Aquitaine première.

L'ancien territoire des Bituriges Cubes connaît un sort variable à la fin de l'Empire romain. En 476, il est annexé par le royaume wisigoths alors en plein expansion. En 501 après la bataille de Vouillé, il passe aux mains des Francs. En 561 il est intégré au royaume de Bourgogne avec les autres régions périphériques du centre de la Gaule.

Moyen-Âge Intégré au duché d'Aquitaine en 631, le territoire est démantelé par Pépin Ier qui en confie un fief à l'administration de Remistan La chronique de Frédégaire., fils d'Eudes d'Aquitaine et oncle du duc d'Aquitaine Waïfre. Puis au traité de Verdun, il fait partie du royaume de Charles le Chauve qui devait devenir le royaume de France. Pour limiter la puissance du duché d'Aquitaine, la frange nord du Berry en fut détachée sous le roi Raoul, une partie fut confiée à la Maison de Blois. L'histoire du Berry fut très rapidement intimement liée à l'histoire de la monarchie capétienne et de la France, soit par son rattachement au domaine personnel du roi soit par son don en apanage aux enfants de celui-ci. Jusqu'au XIIIe siècle le territoire sera partagé entre le duché d'Aquitaine et le domaine royal. En effet, dès 1100, la vicomté de Bourges est achetée et réunie au domaine royal, le rattachement complet au domaine royal s'achevant sous Philippe Auguste au début du . Vers 1240, le dernier morceau de territoire biturige, la seigneurie d'Issoudun..

Le Berry est érigé en duché en 1360, que le roi de France Jean II le Bon confie en apanage à son fils Jean de Berry (1340-1416).

Le duché de Berry revient dans le domaine royal à la mort du Duc Jean, en 1416, avant de passer entre les mains de deux fils du roi Charles VI : d'abord à Jean puis à Charles, le futur Charles VII.

Le Berry a également accueilli le célèbre argentier Jacques Coeur qui fut nommé en 1439 par le roi Charles VII, Grand Argentier du royaume de France.

Époque moderne Le duché de Berry est de nouveau concédé à Jeanne de France, fille de Louis XI en 1498. Le titre de duc de Berry est ensuite épisodiquement donné à plusieurs princes de la famille royale, dont les plus célèbres sont Charles de France, cadet des petits-fils de Louis XIV, le futur Louis XVI et le second fils du roi Charles X.

Le , Philippe de Clérembault, comte de Palluau est nommé gouverneur du Berry.

Avec la Révolution Française, le clergé du Berry envoie à Versailles, Vincent Poupard alors curé de Sancerre et historien. Pierre-Joseph Grangier, François Baucheton et Étienne François Sallé de Chou sont élus députés du tiers état. Ce dernier est à l'origine du découpage du Berry en deux départements. Ce texte fondamental aboutit en à l'organisation des deux départements du Cher et de l'Indre. Pour ce qui est de la noblesse, un seul d'entre eux est acquis aux idées révolutionnaires, il s'agit de Jean-Marie Heurtault de Lamerville.

Culture

Patrimoine et traditions orales

Arts et musiques folkloriques

vignette|Portrait d'une jeune fille avec une coiffe carrée de La Châtre, peinte par Madeleine Soulat vers 1938 (huile sur toile, ). La musique berrichonne traditionnelle est généralement calme et douce, ses chants traitent des sujets de la vie quotidienne rurale, le travail, l'amour, les guerres et les fêtes, comme Je mène les loups. Les ensembles de musique sont constitués de la Vielle à roue et de la cornemuse, ou musette. Victimes de superstitions, les Maîtres Sonneurs de George Sand . Les danses collectives du Berry sont par ordre d'apparition les branles, puis les bourrées, déclinées sous les formes carrées, droites, croisées ou en rond.

Costumes traditionnels vignette|alt=La cathédrale Saint-Étienne de Bourges, en 2006.|La cathédrale Saint-Étienne de Bourges, en 2006. vignette|Porte du portail de l'église des Aix-d'Angillon avec un fer à cheval. Il s'agit peut-être ici d'une pratique liée aux combats ancestraux présents dans cette région contre les esprits malins.