L’opération Sonnenwende (en français : Solstice) fut une opération offensive allemande lancée en et faisant partie de l’. Son objectif stratégique était une zone triangulaire délimitée par la rivière Ill et le Rhin, entre les localités d’Erstein et de Sélestat. L’extension de cette zone au nord d’Erstein, avec une tête de pont à Rhinau, devait servir de tremplin pour une avancée vers Molsheim, situé à environ 15 kilomètres plus au nord, en vue d’un éventuel encerclement de Strasbourg. L’attaque devait être lancée depuis l’extrémité nord de la poche de Colmar par une division d’infanterie allemande appuyée par une brigade blindée. Dans les premiers jours, les troupes allemandes progressèrent rapidement, allant jusqu’à encercler et détruire un bataillon français. Mais les troupes françaises présentes dans la région réussirent à empêcher les Allemands de franchir l’Ill, ce qui fit rapidement échouer l’offensive. L’avancée vers Molsheim ne fut plus évoquée.
Introduction Peu après le début de Bataille des Ardennes, la 3e armée américaine se concentra entièrement sur les Ardennes. La 7e armée américaine reprit alors une partie de la ligne de front de la 3e armée. En conséquence, la 1re armée française dut à son tour étendre sa ligne de front en Alsace. Pendant ce temps, les Allemands planifiaient une nouvelle offensive, l’ (), en Alsace-Lorraine.
Le plan allemand thumb|right|150px|Reichsführer-SS Heinrich Himmler (ici en 1942) Le plan de l’, élaboré fin , prévoyait comme principal axe d’attaque les Vosges du Nord et devait être exécuté par la 1re armée allemande. Cette attaque devait commencer le . En parallèle, la 19e armée allemande devait mener deux attaques de part et d’autre de Strasbourg. L’une consistait en une traversée du Rhin à Gambsheim, qui débuta finalement le . L’autre devait partir de la poche de Colmar et se diriger vers le nord, à partir du .
Cette dernière attaque était, dans le plan initial, une opération secondaire avec des « attaques à l’échelle du bataillon ». Dans les premiers jours de , l’état-major du 64e corps d'armée allemand reçut l’ordre de préparer une attaque depuis la ligne Diebolsheim-Hilsenheim vers le nord. L’objectif provisoire était la rivière Ill, avec pour mission de prendre le secteur allant d’Erstein à Sélestat. Deux jours avant la date de lancement fixée au , la 198e division d’infanterie allemande devait mener une petite attaque sur Neunkirch, dans le but de faire des prisonniers et de recueillir des renseignements. Le plan du corps d’armée, approuvé par le haut commandement, prévoyait une attaque le long de la rive ouest du Canal du Rhône au Rhin.
Unités engagées Wehrmacht Le commandement suprême de cette opération relevait du Heeresgruppe Oberrhein, dirigé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler. L’exécution fut confiée à la 19e armée, sous le commandement du General der Infanterie (général de corps d'armée) Siegfried Rasp. Rasp désigna le 64e corps d’armée, dirigé par le General der Infanterie Hellmuth Thumm, pour mener l’attaque. L’attaque principale devait être menée par la 198e division d’infanterie, sous le commandement du Generalmajor (général de brigade) Otto Schiel. Cette division comprenait trois régiments : le 305e régiment de grenadiers, le 308e régiment de grenadiers et le 326e régiment de grenadiers, avec une force de combat de 2692 hommes. Une force blindée relativement puissante fut également rassemblée, composée :
de la 106e Panzer-Brigade Feldherrnhalle, sous le commandement de l’Oberst (colonel) Franz Bäke (remplacé à partir du par le Major (commandant) Bernhard von Schkopp). Cette brigade disposait (opérationnellement) de 1 Panzer IV, 3 Panthers, 1 Jagdpanzer IV et 3 Flakpanzers. du Kampfgruppe Noak, sous le commandement du Major Karl-Heinz Noak. Ce groupe de combat comprenait environ la moitié de la schwere Panzerjäger-Abteilung 654, formé des Kampfgruppen Schnepf et Heyn, avec un total de 20 Jagdpanther. Deux compagnies de chasseurs de chars y furent ajoutées : la 1./Heeres-Panzerjäger-Abteilung 93 et la 1./Heeres-Panzerjäger-Abteilung 525, avec un total de 22 Nashorn. Pendant l’opération, les unités blindées de la 106e Panzer-Brigade furent également placées sous le commandement de Noak. de la Heeres-Sturmgeschütz-Brigade 280, sous le commandement du Major Kurt Kühme. Cette brigade disposait de 12 StuG III et StuH 42.
En renfort, Thumm disposait de la 269e division d’infanterie (du Generalleutnant (général de division) Hans Wagner). Des éléments de cette division furent engagés pendant quelques jours, mais l’ensemble de la division fut transféré vers le front de l’Est à la mi-janvier, la rendant rapidement indisponible. Le bataillon de fusiliers 708 de la 708. Volks-Grenadier-Division était également disponible.
Alliés thumb|right|150px|Général Jean de Lattre de Tassigny (ici en 1946) La défense du secteur du Rhin et de la poche de Colmar relevait de la responsabilité de la 1re armée française, sous le commandement du général d’armée Jean de Lattre de Tassigny. Le secteur nord de la poche de Colmar était défendu par le 2e corps d’armée français, et le secteur concerné était occupé par la 1re division française libre (1re DFL) sous le commandement du général de brigade Pierre Garbay. Cette division n’avait repris le secteur que le , après avoir été engagée sur la côte atlantique. Dans l’axe direct de l’attaque se trouvait la 4e brigade (commandée par le colonel Raynal). Celle-ci se composait: du bataillon de marche n° 21 (abrégé BM 21, commandé par le capitaine Fournier) du bataillon de marche n° 24 (abrégé BM 24, commandé par le commandant Pierre Coffinier) du bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique (abrégé BIMP, commandé par le commandant Edmond Magendie) D’autres éléments de la division furent engagés dans les jours suivants en soutien, ainsi que des éléments de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine (commandée par le colonel André Malraux).
État des troupes des deux côtés Tant les troupes françaises qu’allemandes engagées dans les combats se trouvaient dans un état loin d’être optimal. La 1re division française libre avait perdu une grande partie de son efficacité à la fin de l’automne 1944, après que environ 6000 soldats sénégalais expérimentés (issus des troupes coloniales) furent remplacés par des membres inexpérimentés des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Ce processus de remplacement de soldats qu’on appelait alors des « noirs » par des hommes blancs est connu en France sous le nom de « blanchiment des troupes coloniales ». La capacité de combat de la division en fut fortement affectée et, début janvier, elle n’avait pas retrouvé son niveau antérieur.
Chez les Allemands, la situation n’était guère meilleure. La 198e division d’infanterie avait subi de lourdes pertes lors de sa retraite de Provence. Celles-ci furent comblées à l’automne 1944 par deux bataillons de grenadiers, un bataillon d’infanterie de forteresse, un bataillon de mitrailleuses de forteresse, une unité de réserve navale, des restes de deux autres bataillons, des éléments d’un régiment de sécurité, des éléments d’une batterie d’artillerie navale, etc. Autrement dit, un assemblage hétéroclite de troupes d’origines diverses. La 106e Panzer-Brigade disposait au départ de l’opération de 2 Panzer IV et 12 Panthers, dont seulement 1 Panzer IV et 3 Panthers étaient opérationnels, alors qu’une brigade blindée complète devait normalement compter 36 Panthers et 11 Jagdpanzer IV. Cependant, en termes de personnel (y compris les grenadiers blindés), la brigade était à 80 % de ses effectifs. La Heeres-Sturmgeschütz-Brigade 280 ne disposait également que d’un quart de ses Sturmgeschütze organiques.
Insignes des unités les plus importantes :
Le déroulement de la bataille, jour après jour Jour 1 : 7 janvier 1945 L’attaque débuta comme prévu. Le 305e régiment de grenadiers allemand, opérant sur l’aile gauche, pénétra dès 5h00 dans la forêt de Sermersheim, mais en raison de la destruction d’un pont près de Riedhof et de la résistance des avant-postes français du 11e régiment de cuirassiers, le 305e régiment ne put atteindre les lisières nord et ouest des forêts de Sermersheim et de Riedwald qu’en fin de journée. Le groupe opérant à droite (308e et 326e régiments de grenadiers) s’empara de Neunkirch vers 8h50, réalisant ainsi une percée. Le Kampfgruppe Noak put alors se déployer, traversa la Zembs, et vers 10h30, les premiers véhicules blindés apparurent devant Osthouse. Vers midi, des chars allemands apparurent au sud d’Erstein, tirèrent, puis disparurent. À 13h00, le pont du canal du Rhône au Rhin au sud de KrafftVillage, aujourd'hui un quartier de la ville Erstein fut conquis. Plus tard dans l’après-midi, une attaque fut lancée en direction de Krafft, mais un Jagdpanther fut détruit et un autre endommagé par des tirs antichars. Une compagnie du BM 21 parvint à faire sauter le pont sur le canal de décharge de l’Ill. Les attaques ultérieures furent annulées, et les Allemands passèrent à la défensive dans ce secteur.
Derrière les chars, l’infanterie progressa et prit Witternheim vers 10h30, puis lança une attaque vers 11h00 sur Herbsheim depuis le sud-est. Cette attaque fut repoussée par les unités françaises, tout comme une nouvelle tentative à 16h30. Une autre attaque allemande fut repoussée durant la nuit avec l’aide de trois chars légers du 1er Régiment de Fusiliers Marins (1er RFM).
Pendant la journée, dans la zone située entre le canal Rhône-Rhin et le Rhin, seuls des combats eurent lieu avec les troupes allemandes occupant Rhinau et Friesenheim, après que les Français se furent repliés sur Boofzheim. Pour le BM 24, la situation resta calme jusqu’à ce que, en début d’après-midi, deux véhicules blindés allemands (probablement les deux Jagdpanther mentionnés précédemment) soient signalés au nord-ouest de Gerstheim. Le BM 24 reçut l’ordre de rester en position, en prévision d’une contre-attaque via les routes Osthouse-Gerstheim et Sand-Obenheim. Bien que ces actions n’étaient que des reconnaissances, les Allemands réagirent immédiatement et ralentirent leur progression vers le nord, pour se concentrer davantage sur Sand et Benfeld. En fin de journée, la 1re DFL renforça le secteur avec les moyens disponibles, en particulier avec les restes du Combat Command 5 de la 5e division blindée française , et le BM 11 (2e brigade) fut rapidement relevé par des troupes américaines. Dans la soirée, Himmler donna l’ordre de renforcer les attaques en direction de Benfeld, puis de progresser vers le nord-ouest, en direction de Molsheim.
Jour 2 : 8 janvier 1945 thumb|right|150px|Karl-Heinz Noak, ici en tant que Oberleutnant en 1942 thumb|right|150px|Franz Bäke, ici en tant que Major en Février 1944 Malgré leurs efforts, les Allemands ne réalisèrent que des progrès limités, tandis que les troupes françaises lancèrent leurs premières contre-attaques sérieuses. Après avoir passé la nuit à Krafft, le Kampfgruppe Noak progressa lentement sur la route Sand-Obenheim. Le soir, le 326e régiment de grenadiers, malgré le soutien des chars, ne put aller au-delà de la forêt de Pfifferwald, se heurtant sur cet axe aux tentatives françaises de rétablir la liaison avec le BM 24. À 9h00, un détachement français tomba sur des chars allemands et dut se replier. À 14h15, une action menée par des éléments du BM 11 connut le même sort. Plus au nord, les Allemands tentèrent en vain d’attaquer le pont d’Osthouse à 7h30, 11h00 et 12h30. Une attaque française vers 10h15 sur la route Osthouse-Gerstheim échoua également. Dans l’après-midi, le même détachement, renforcé par le BM 11, avança jusqu’à la lisière est de la forêt d’Osthouse, avant de recevoir l’ordre de se replier. Les offensives françaises échouèrent également dans la soirée.