thumb|Les fondatrices de la Asociación de Travestis de Argentina, Claudia Pía Baudracco et , en 1993. Dans le monde latino-américain, l’identité de travesti (en espagnol: , en portugais brésilien: ) est un marqueur social et politique de dissidence avec le genre masculin. En général, les travestis se genrent au féminin et vivent de manière féminine en permanence, mais ne se reconnaissent pas ou pas complètement en tant que femmes. Il n’y a pas de définition unique. Le mouvement pour les droits des travestis émerge dans les années 1990 parmi les travailleuses du sexe d’Amérique latine. Il prend particulièrement son essor en Argentine et au Brésil.

Histoire thumb|Enterrement de Nancy de Martelli en 1987 à Buenos Aires. À partir des années 1990, les personnes stigmatisées comme travestis en Amérique latine forment des collectifs militants pour réclamer la liberté et l’égalité. Elles s’approprient le terme de travestis, qui était une insulte :

thumb|left|Coupure de journal de 1977 sur , utilisant le terme travesti au masculin. Les travestis, elles, emploient plutôt ce mot au féminin.

Le choix de ce terme comme un marqueur spécifiquement latino-américain est aussi un moyen de dépasser les catégories de transsexuelle et de transgenre, qui sont perçues par certaines travestis comme des identités nord-américaines et européennes. Le mouvement travesti met particulièrement l’accent sur la nécessité de . En 1993, l’Asociación de Travestis Argentinas est créée, et constitue la première organisation exclusivement travesti d’Argentine. En 2007, le premier journal travesti, El Teje, est imprimé.

Politique

Lohana Berkins en 2006 publie son article , dans lequel elle explique que l’identité de travesti est un marqueur politique qui prend sens dans le contexte spécifique de l’histoire latino-américaine. Berkins ne postule pas l’existence d’une identité travesti unique englobante. Elle fait plutôt remarquer que certaines conditions matérielles et symboliques sur l’ensemble du continent ont mené à des positionnements travesti similaires. Elle écrit:

En tant qu’identité , le travestisme latino-américain ne peut pas être défini de manière fixe. Il est à la fois apparenté à la transféminité et aux identités non-binaires, et peut être compris comme une manière de fuir les normes de genre ou de trahir le patriarcat. Le mot travesti est lié à d’autres termes stigmatisant une prétendue déviance sexuelle, par exemple , , , , ou .

Droit Les familles et les institutions éducatives en Amérique latine ont tendance à exclure les personnes en dissidence avec le genre masculin. Privées de ressources sociales, ces personnes marginalisées se tournent davantage vers le travail du sexe que d’autres catégories de la population. Le travail du sexe étant relégué à l’illégalité, les travestis qui y ont recours sont précarisées et exposées à des violences.

thumb|Avis de recherche pour le meurtrier de Diana Sacayán après le de cette dernière. En 2015, la justice argentine reconnaît le meurtre de Diana Sacayán comme un travesticide. La même année, la loi Diana Sacayán - Lohana Berkins est votée au Parlement argentin, instituant notamment une obligation d’employer au moins 1% de personnes trans et travesti.

Culture, arts et littérature Au Brésil, les travestis parlent couramment une variété de , mais considèrent que cela ne fait pas partie de leur idéal de beauté. Les travestis les plus admirées au sein de la communauté, qui tiennent souvent des blogs en ligne, sont appelées ou . Beaucoup de travestis considèrent que la prise d’hormones et les injections de silicone sont désirables, mais que la vaginoplastie est inutile. Les travestis au sens latino-américain ne sont pas des adeptes du travestissement fétichiste, car elles aspirent à vivre en permanence comme des femmes. La culture travesti est construite au sein de communautés solidaires urbaines, où des relations de mère-fille sont parfois nouées.

Les relations amoureuses et sexuelles avec des hommes reprennent parfois des attentes de masculinité traditionnelle (avec par exemple la catégorie des , les maris) mais en même temps s’en distancient (par exemple avec les amants appelés ). Certaines travestis ont aussi des relations de couple entre elles.

thumb|left|Giuseppe Campuzano (à gauche) avec Germain Machuca, lors d’une représentation du Museo Travesti del Perú.

En 2003, Giuseppe Campuzano crée le , une exposition et performance itinérante.

Le roman de Camila Sosa Villada, publié en 2019, raconte la vie d’un groupe de travestis travailleuses du sexe en Argentine. Il est inspiré de la propre vie de l’autrice. D’autres œuvres latino-américaines présentent des personnages de travestis, par exemple de Mario Bellatin, Sirena Selena vestida de pena de Mayra Santos-Febres, El rey de la Habana de Pedro Juan Gutiérrez ou de Pedro Lemebel. En 2009, John Better Armella publie Locas de felicidad: Crónicas travestis y otros relatos.

thumb|L’exposition Fuerza Travesti Organizada aux Archives nationales du Chili sur le , une organisation de travailleuses du sexe.

Bibliographie

Références

Voir aussi

Indianara Barbara Côte d’Ivoire, qui revendique le terme francophone de travesti

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