Le mariage du diadoque Georges de Grèce et de la princesse Élisabeth de Roumanie se déroule le ( julien), à Bucarest, en Roumanie. Célébrée au palais royal et à la cathédrale métropolitaine deux mois après la restauration du roi sur le trône de Grèce, l'union est rejetée tant par les vénizélistes que par les gouvernements de l'ancienne Triple-Entente. Dissout par la Cour d'appel de Bucarest le , le mariage permet néanmoins à la reine Marie de Roumanie de construire son image de « belle-mère des Balkans ».
Fruit d'une volonté de rapprochement des gouvernements grec et roumain dans le contexte des guerres balkaniques, le mariage du diadoque Georges de Grèce et de la princesse Élisabeth de Roumanie semble avoir été imaginé dès 1911 par les chancelleries. Le manque d'intérêt de la jeune fille pour son prétendant, qui s'exprime par un premier refus de lui donner sa main en 1914, retarde pour longtemps le projet matrimonial, d'autant que le déclenchement de la Première Guerre mondiale limite les contacts entre Athènes et Bucarest.
Après la victoire alliée, la situation des deux familles royales est bouleversée : alors que la position des Hohenzollern-Sigmaringen s'est durablement consolidée, les Glücksbourg sont désormais traités avec suspicion. Chassé de son pays en 1917, Georges vit ainsi en exil en Suisse et son avenir semble incertain. De son côté, Élisabeth est toujours célibataire et sa tendance à flirter avec des roturiers inquiète sa mère. Des contacts sont donc renoués entre les deux familles royales en 1919 et Georges redemande la main de sa cousine. Pressée par son entourage et peut-être soulagée que son prétendant ait été écarté de la succession au trône de Grèce, la princesse roumaine finit par accepter le principe du mariage durant l'été 1920 et les fiançailles des deux jeunes gens sont finalement annoncées en Roumanie le suivant.
À peine rendues publiques, les fiançailles (bientôt couplées avec celles du prince royal Carol de Roumanie et de la princesse Hélène de Grèce, respectivement frère aîné d'Élisabeth et sœur cadette de Georges) soulèvent l'opposition du Premier ministre grec Elefthérios Venizélos et des gouvernements alliés. Elles posent également des difficultés religieuses, l'Église orthodoxe voyant d'un mauvais œil les mariages rapprochant deux fratries. La restauration inattendue du père de Georges sur le trône de Grèce en facilite néanmoins l'organisation du mariage. Célébrée dans une relative simplicité au palais royal et à la Cathédrale métropolitaine de Bucarest, l'union réunit peu de personnalités du Gotha et les parents du marié ne se trouvent même pas en mesure de faire le déplacement en Roumanie.
Installés en Grèce en , Georges et Élisabeth voient les premières années de leur mariage assombries par le désastre militaire de la guerre gréco-turque. Durement frappée par la maladie au printemps 1922, la princesse roumaine ne parvient pas à s'adapter à sa vie à Athènes et traverse une longue période de dépression. Propulsé sur le trône le , le jeune couple en est finalement chassé le . Réfugiés en Roumanie, les deux époux s'éloignent progressivement et nouent des relations extra-conjugales. En 1932, Georges finit par s'installer loin de sa femme, au Royaume-Uni. Les perspectives de restauration de la monarchie grandissant en Grèce, Élisabeth lance finalement une procédure de divorce contre son mari et la dissolution de leur mariage est prononcée le .
Des fiançailles contrariées Une princesse difficile à marier À partir de 1911, les gouvernements hellène et roumain se rapprochent pour des raisons géopolitiques et le prince Georges de Grèce (1890-1947), alors héritier en second de son pays, rencontre pour la première fois la princesse Élisabeth de Roumanie (1894-1956) lors d'un voyage à Bucarest. Quelques mois après la deuxième guerre balkanique (juin-), durant laquelle Grèce et Roumanie sont alliées, Georges demande la main de la jeune fille, ce qui ravit le prince royal Ferdinand de Roumanie et son épouse. Mais, conseillée par sa grand-tante, la reine Élisabeth, la jeune fille décline la proposition, jugeant son prétendant trop petit et trop anglais dans ses manières. Dédaigneuse, la princesse déclare même, à cette occasion, que (1914)..
En 1913, une autre opportunité de mariage semble se présenter pour Élisabeth de Roumanie. Le Kaiser envisage en effet de nouer une alliance matrimoniale entre les deux branches de la maison de Hohenzollern. Il organise alors une rencontre entre Élisabeth et son troisième fils, le prince Adalbert. Les deux jeunes gens font connaissance à Munich, en Bavière, mais l'entrevue est un fiasco, car le prince prussien trouve rapidement sa cousine ennuyeuse. De fait, Élisabeth n'a pour seuls intérêts que les vêtements ou les bijoux et sa conversation n'est pas très passionnante.
Pendant la Première Guerre mondiale, la princesse Élisabeth tombe plusieurs fois malade. D'un tempérament paresseux, elle s'implique peu dans son travail d'infirmière et grossit beaucoup, au grand dam de sa mère, la désormais reine Marie. Les seules apparitions de la jeune fille se résument à quelques réceptions officielles à la Cour ou à de rares sorties au théâtre. Sa seule vraie passion reste les vêtements et elle connaît quelques brèves périodes d'enthousiasme pour les travaux d'aiguille et la broderie. La princesse s'intéresse par ailleurs vivement aux hommes, qu'elle poursuit avec assiduité, ce qui soulève l'indignation de sa mère. La souveraine roumaine doit ainsi intervenir pour couper court à la relation entre sa fille et le chef d'orchestre George Georgescu, vers 1918..
En 1919, Élisabeth et ses sœurs Marie (dite « Mignon ») et Ileana accompagnent la reine Marie, à Paris, à la Conférence de la paix, qui clôt la Grande Guerre. La souveraine espère en effet profiter de ce séjour pour trouver des époux convenables à ses filles, et surtout à Élisabeth, déjà âgée de vingt-cinq ans. Cependant, dans la capitale française, la jeune fille ne fait pas la meilleure impression, si l'on en croit le témoignage de l'épouse du président américain Wilson, qui la juge . Au bout de quelques semaines, la reine de Roumanie a même si honte de son aînée qu'elle choisit de ne pas l'emmener à Londres lorsqu'elle quitte l'Hexagone pour rendre visite à la famille royale d'Angleterre. Dans ces conditions, Élisabeth part pour Florence, où le Premier ministre Barbu Stirbei cherche sans succès à la marier à un prince de la maison de Savoie.
Un prince exilé et sans perspective
Après le rejet d'Élisabeth de Roumanie, la vie sentimentale de Georges de Grèce n'est guère documentée par les historiens. Ricardo Mateos Sáinz de Medrano insiste en effet sur la timidité du prince et sur son caractère taciturne, qui tranchent avec l'attitude enjouée de son frère Alexandre, beaucoup plus entreprenant avec la gent féminine. Marlene A. Eilers Koenig évoque néanmoins un de Georges avec sa cousine, la comtesse russe Anastasia de Torby, aux alentours de 1913..
Pendant la Première Guerre mondiale, le père de Georges cherche à maintenir son pays dans la neutralité. considère en effet que le royaume hellène n'est pas prêt à participer à un nouveau conflit. Mais, formé en Allemagne et lié au Kaiser dont il est le beau-frère, est rapidement accusé de soutenir la Triple-Alliance. Bientôt, le souverain rompt avec son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité d'appuyer les pays de la Triple-Entente. Protégé par les Alliés, l'homme politique forme, en , un gouvernement parallèle à celui du monarque à Thessalonique : c'est le « Schisme national ». Finalement, le , l'Entente ordonne au roi de quitter le pouvoir. Sous la menace d'un débarquement, le souverain accepte de partir en exil, sans toutefois abdiquer. L'Entente ne souhaitant pas instaurer la république en Grèce, l'un des membres de la famille royale doit lui succéder. Or, le diadoque Georges est jugé tout aussi germanophile que son père, parce qu'il a lui aussi été formé en Allemagne. C'est donc finalement le prince Alexandre que Venizélos et l'Entente choisissent comme nouveau roi des Hellènes.
Chassés de leur pays, Georges et sa famille s'installent donc en Suisse alémanique, d'abord à Saint-Moritz, puis à Zurich. Dans leur exil, ils sont bientôt rejoints par la quasi-totalité des membres de la dynastie hellène, qui quittent la Grèce avec le retour d'Elefthérios Venizélos à la tête du gouvernement et l'entrée en guerre d'Athènes au côté de l'Entente. Or, la situation financière de la famille royale n’est pas des plus brillantes et l'ex-roi Constantin, déjà très affaibli, ne tarde pas à tomber malade. En 1918, il contracte ainsi la grippe espagnole et manque de trouver la mort.
Grâce à la fin de la Première Guerre mondiale et la signature des traités de Neuilly et de Sèvres, le royaume hellène réalise d'importantes acquisitions territoriales en Thrace et en Anatolie. Pourtant, la Grèce est loin d'avoir retrouvé sa stabilité avec le départ des anciens souverains et la guerre contre la Turquie reprend dès 1919. En outre, les tensions entre Venizélos et les Glücksbourg se poursuivent. La décision d' d'épouser Aspasía Mános, une jeune aristocrate d'ascendance phanariote, plutôt qu'une princesse européenne déclenche en effet la colère du chef du gouvernement. L'homme politique crétois voit dans cette mésalliance une occasion perdue de se rapprocher de la Grande-Bretagne.
Des doubles fiançailles inattendues
Durant l'été 1920, la reine Marie de Roumanie et ses filles effectuent un séjour en Suisse, où elles retrouvent la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Gotha, grand-mère d'Élisabeth. Ce voyage est également l'occasion d'une réunion avec la famille royale de Grèce, toujours désireuse de sceller une alliance avec les Hohenzollern-Sigmaringen. Élisabeth revoit alors le prince Georges, qui lui demande une nouvelle fois sa main. À cette époque, l'avenir du jeune homme est pour le moins incertain : écarté du trône au profit de son frère cadet, Georges est interdit de séjour dans son pays, désargenté et sans aucune situation. Pourtant, Élisabeth finit par accepter la demande en mariage durant l'automne. D'après Lilly Marcou et John Van der Kiste, la princesse, qui subit par ailleurs de fortes pressions de sa mère, a fini par prendre conscience de ses propres imperfections. Pour Marlene A. Eilers Koenig et Tepi Pistofidou, en revanche, c'est justement l'absence de perspective du diadoque qui convainc Élisabeth. Cette dernière n'a, en effet, aucunement envie de devenir reine des Hellènes..
Si la combinaison matrimoniale satisfait tout autant les parents d'Élisabeth que ceux de Georges, il ne fait aucun doute que la jeune fille n'éprouve aucun sentiment pour son fiancé. Consciente du caractère difficile d'Élisabeth, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg-Gotha déclare ainsi qu'. Quoi qu'il en soit, la reine de Roumanie demande à son futur gendre de venir à Bucarest, afin d'y annoncer publiquement la nouvelle. Pour faire bonne mesure, la souveraine invite également deux des sœurs du jeune homme, les princesses Hélène et Irène, à faire le voyage. La fratrie se rend donc en Roumanie en septembre et les fiançailles sont confirmées le , avant d'être officialisées deux jours plus tard auprès du gouvernement et de la presse. Dans les semaines qui suivent, le diadoque et ses sœurs apprennent le décès accidentel d', survenu le ( julien), et les remous politiques qu'il provoque, en Grèce.