L'architecture de l’Algérie reflète une histoire riche et diversifiée, marquée par de nombreuses influences internes et externes, notamment celles de l’Empire romain, de la conquête musulmane du Maghreb, de la colonisation française et des mouvements pour l’indépendance algérienne.

Antiquité Architecture royale numide La Carthage antique prit le contrôle des côtes de l’Algérie au L’influence de cette civilisation sur l’architecture algérienne se manifeste par l’adoption de styles hybrides intégrant des éléments punique, hellénistique et romain antique dans les traditions architecturales préexistantes.

Sous les anciens royaumes berbères de la Numidie et de la Maurétanie, l’Algérie connut un développement urbain accru. « L’architecture royale numide » est le terme donné aux monuments construits par les rois numides, comprenant des tombes, des tumuli et des sanctuaires. L’urbanisation est particulièrement associée aux règnes des rois Massinissa (202 av. J.-C. – 148 av. J.-C.) et Juba II (30 av. J.-C. – 25 apr. J.-C.). Des traces d’aménagement urbain datant du royaume de Maurétanie ont été découvertes dans les actuels Maroc et Tunisie. Juba II et son épouse, Cléopâtre Séléné, étaient des clients de Rome et des promoteurs de la culture hellénistique tardive. Ils firent de Iol (l’actuelle Cherchell) leur capitale royale, la renommant Césarée et en faisant une ville dotée d’un plan hippodamien régulier et d’une architecture typique de la période augustéenne. Certains édifices de Césarée ont été datés, ou attribués avec réserve, à l’époque de Juba, notamment le théâtre romain, l’amphithéâtre romain et le port.

Un certain nombre de monuments funéraires de grande ampleur, érigés à cette époque, constituent les exemples les mieux documentés de l’architecture des royaumes berbères. Ces monuments combinent différents styles architecturaux introduits par les Carthaginois, faisant souvent référence à des motifs hellénistiques et puniques. Le plus ancien d’entre eux est le Medracen (ou Madghacen) dans l’actuelle Algérie, que l’on pense remonter à l’époque de Massinissa. Possiblement influencé par l’architecture grecque plus orientale, ou construit avec l’aide d’artisans grecs, le tombeau se compose d’un grand tumulus en maçonnerie soignée avec soixante colonnes doriques et une corniche de style égyptien. Un autre exemple célèbre est le Mausolée royal de Maurétanie dans l’ouest de l’Algérie, qui pourrait dater de l’époque de Juba II. Cette structure se compose d’un tumulus en pierre, de colonnes décoratives et de chemins en spirale menant à une chambre intérieure unique. Un certain nombre de « tours funéraires » de la période numide sont également visibles sur des sites allant de l’Algérie à la Libye. Malgré leur large répartition géographique, elles présentent souvent un style similaire : une structure à trois niveaux surmontée d’une pyramide convexe. Elles ont pu être inspirées au départ par des monuments grecs, mais elles constituent un type original associé à la culture numide. On en trouve des exemples à Siga, à Soumaâ du Khroub, ainsi qu’à Dougga (dans l’actuelle Tunisie) et Sabratha (en Libye).

Époque romaine Les Romains annexèrent la partie orientale de la Numidie en 46 av. J.-C. Après la mort d’Arabion, six ans plus tard, la Numidie occidentale fut également annexée. Les deux provinces furent ensuite réunies avec la Tripolitaine pour former la province romaine d’Afrique proconsulaire. Ils construisirent plus de 500 villes et cités sur le territoire correspondant à l’actuelle Algérie. Lorsqu’ils développaient des plans pour leurs nouvelles cités, les ingénieurs romains utilisaient le plus souvent un plan orthogonal et rectiligne, caractérisé par un decumanus (rue orientée est-ouest) et un cardo (rue orientée nord-sud). Les deux rues étaient bordées de portes à chacune de leurs extrémités, et un forum se trouvait à leur intersection.

La ville de Timgad, fondée par Trajan vers 100 apr. J.-C., constitue un exemple bien conservé de l’urbanisme romain en Algérie. La cité était tracée selon un carré parfait, mesurant pieds romains de côté. La ville était en outre subdivisée en îlots carrés, chacun d’une superficie de 100 pieds romains carrés.

Période islamique primitive vignette|La Mosquée de Sidi Okba (photo de 1880).

L’islam atteignit l’Algérie au VIIᵉ siècle lors de la conquête arabe de l’Afrique du Nord. La conquête islamique introduisit en Algérie de nombreux éléments caractéristiques des cités musulmanes, notamment le souq comme centre commercial, le hammam comme centre social, ainsi que la mosquée et la Médersa associée comme centre religieux. La ville d’Alger, dont l’ancien quartier est connu sous le nom de Casbah, se développa durant cette période.

Avec l’introduction de l’islam en Algérie, la ville algérienne connut une reconstruction. Conformément au Coran, les cités étaient séparées en un espace public (halal) et un espace privé réservé aux femmes et aux familles (harīm). Les quartiers résidentiels des villes devinrent également de plus en plus divisés en secteurs religieux. Contrairement au ghetto européen à caractère d’exclusion, ces quartiers constituaient des centres culturels protégés pour la vie juive et islamique au sein de la cité algérienne.

La mosquée Abou al-Mouhajir Dinar, également connue sous le nom de mosquée Sidi Ghanem de Mila, est l’un des plus anciens édifices religieux de l’Algérie et du Maghreb. Elle se situe dans la ville de Mila, dans le Nord-Est algérien, et constitue un témoignage précieux des premiers temps de l’implantation de l’islam en Afrique du Nord. La fondation de la mosquée remonte, selon la tradition, à la période comprise entre 675 et 682 (soit 55-62 de l’Hégire). Elle aurait été édifiée par Abou al-Mouhajir Dinar, gouverneur de l’Ifriqiya nommé par le califat omeyyade, successeur d’Oqba Ibn Nafi. Ce dernier poursuivait la conquête et la consolidation des territoires nouvellement islamisés. La mosquée fut érigée sur un emplacement stratégique de la ville de Mila, qui occupait déjà un rôle important comme site urbain et militaire d’origine romaine et byzantine. Elle symbolisait l’autorité musulmane et servait à la fois de lieu de prière et de point d’appui pour la diffusion de l’islam dans la région. Le bâtiment initial était modeste, bâti selon des techniques locales combinées aux modèles des premières mosquées de l’Ifriqiya. Bien que l’édifice ait subi de nombreuses transformations au fil des siècles (notamment à l’époque almohade, hafside et ottomane), certains éléments anciens subsistent encore, les fondations et certains murs d’origine, construits avec des pierres de remploi (matériaux issus des monuments byzantins ou romains) ; la salle de prière, dont le plan rectangulaire rappelle celui des premières mosquées d’Afrique du Nord ; et le mihrab simple, orienté vers la qibla, et des colonnes antiques intégrées dans la structure. Le minaret et d’autres parties visibles aujourd’hui sont d’époques plus récentes, ce qui témoigne des restaurations successives.

La mosquée de Sidi Okba, située dans le village de Sidi Okba (près de Biskra), est réputée être le plus ancien monument islamique d’Algérie, car elle abrite le tombeau de Uqba ibn Nafi, daté de 686. La mosquée elle-même, une structure simple à plan hypostyle semblable aux premières mosquées de Médine, fut probablement modifiée et rénovée à des périodes ultérieures, notamment par les Zirides au .

Dynasties islamiques berbères vignette|Cour intérieure du Palais El Mechouar ().

Après la conquête musulmane initiale, la région fut contrôlée par plusieurs dynasties successives, notamment les Rustamides, les Aghlabides, le califat fatimide et les Zirides. En 790, Idris Ier, fondateur de la dynastie idrisside, fonda la mosquée d’Agadir sur le site de l’ancienne colonie romaine de Pomeria (qui deviendra plus tard Tlemcen), dont les vestiges ont été mis au jour par des archéologues modernes. Les Rustamides établirent une nouvelle capitale à Tahert (près de l’actuelle Tiaret), occupée de façon saisonnière par ses habitants semi-nomades. Elle fut détruite par les Fatimides en 909 mais ses vestiges ont été excavés au . La ville était entourée d’une muraille fortifiée ponctuée de tours carrées. Elle abritait une mosquée hypostyle, une citadelle fortifiée sur un terrain plus élevé et un palais avec une grande cour, dans un plan rappelant celui des maisons traditionnelles.

En 934, au service du calife fatimide Al-Qaim bi-Amr Allah, le chef ziride Ziri ibn Manad fit construire un palais à 'Ashir (près de l’actuelle Kef Lakhdar en Algérie). Il s’agit de l’un des plus anciens palais du Maghreb à avoir été découvert et fouillé par les archéologues. Édifié en pierre, il possédait un plan symétrique soigneusement conçu avec une grande cour centrale et deux cours plus petites dans les ailes latérales. Certains chercheurs estiment que ce plan imitait celui des palais fatimides aujourd’hui disparus de Mahdia. Les Hammadides, une branche des Zirides, établirent leur base en Algérie et fondèrent en 1007 une nouvelle capitale fortifiée : la Qala'at Bani Hammad, au nord-est de l’actuelle M'Sila. Bien que la ville ait été abandonnée et détruite au , elle a été fouillée par les archéologues modernes et constitue l'une des capitales islamiques médiévales les mieux préservées au monde, avec plusieurs palais et une mosquée monumentale.

Du tardif au début du , des portions variables du territoire algérien furent sous le contrôle des Almoravides et des Almohades, empires berbères qui régnaient en Afrique du Nord et sur l’Al-Andalus (la péninsule Ibérique musulmane). La grande mosquée de Tlemcen (1082), la grande mosquée d'Alger (1096–1097) et la grande mosquée de Nedroma (1145) comptent parmi les fondations majeures de l’époque almoravide. La période almoravide, suivie de la période almohade, est considérée comme l’une des étapes les plus formatrices de l’architecture « mauresque » (islamique occidentale), établissant de nombreuses formes et motifs qui définissent les styles architecturaux de la région au cours des siècles suivants.

Après les Almohades, la dynastie zianide régna depuis sa capitale principale à Tlemcen. Yaghmoracen Ibn Ziane (r. 1236–1283), fondateur de la dynastie, ajouta des minarets à l’ancienne mosquée d’Agadir et à la grande mosquée de Tlemcen. Son successeur, Abou Saïd Uthman (r. 1283–1304), fonda en 1296 la mosquée de Sidi Bel Hasan, également à Tlemcen. Les Zianides édifièrent d’autres fondations religieuses dans et autour de la ville, mais beaucoup n’ont pas survécu jusqu’à nos jours ou n’ont conservé que peu de leur aspect d’origine. Les médersas, comme la médersa Tachfinia (fondée par Abû Tâshfîn, r. 1318–1337), furent de nouvelles institutions introduites au Maghreb au et se multiplièrent sous les Zianides et leurs contemporains. La dynastie des Mérinides, basée à Fès, occupa Tlemcen par intermittence et laissa également son empreinte dans la région. Lors de son siège de la ville au début du , le souverain marinide Abu Ya'qub fit construire un site fortifié à proximité nommé al-Mansurah, qui comprend la monumentale mosquée de Mansourah (commencée en 1303, aujourd’hui partiellement conservée). Plus à l’est, Abu al-Hasan fonda la mosquée de Sidi Bu Madyan en 1338–1339.

Période ottomane vignette|Le Dar Khedaoudj el Amia à Alger.