Les Quatre Jours de Bruxelles aussi appelés les Quatre Journées ou les Quatre Jours, sont un épisode de la révolution belge et plus particulièrement des Journées de Septembre. Ils désignent les combats menés dès le à Bruxelles, lorsque les forces armées du royaume uni des Pays-Bas tentent de reprendre le contrôle de la ville après que celle-ci s'est rebellée contre l'autorité de La Haye et du roi Guillaume lors des émeutes d'aout 1830 à Bruxelles qui ont déclenché l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux.
À la surprise générale, les forces royales sont repoussées dès le premier jour à deux de leurs quatre points d’entrée, porte de Flandre et porte de Laeken, et ne parviennent ensuite à se rendre maîtresses que d’une petite partie de la ville haute, arrêtées par les combattants volontaires dans le parc de Bruxelles et minées par des vagues de désertion considérables. La résistance aussi farouche qu'inattendue du peuple bruxellois, bien aidé par les nombreux volontaires issus de l'ensemble des provinces méridionales et même de l'étranger, conduit le prince Frédéric à battre en retraite dans la nuit du 26 au et à évacuer la ville avec ses troupes. On dénombre près de morts et blessés tous camps confondus, ainsi que de nombreuses destructions et atrocités commises sur les habitants, ce qui achève de retourner l'opinion publique belge contre l'autorité de la maison d'Orange-Nassau.
Les Quatre Jours se déroulent en parallèle à l'assaut de Louvain par le général Ghisbert Martin Cort Heyligers et sont les premières attaques à l'initiative de l'armée, donnant naissance à la guerre belgo-néerlandaise. Outre l'aspect militaire des combats, les Quatre Jours sont le berceau du premier gouvernement provisoire de Belgique, l'embryon de l'organisation politique du futur état belge, qui proclame son indépendance du royaume uni des Pays-Bas le .
Contexte
Bruxelles en 1830 vignette|gauche|Carte de Bruxelles vers 1830. Ancienne capitale des Pays-Bas espagnols sous Charles Quint, l'histoire de Bruxelles a toujours placé la ville au centre du futur territoire belge, que ce soit en tant que capitale du duché de Brabant ou au sein des Pays-Bas autrichiens. La cité se signale déjà dès 1787 lors de la révolution brabançonne et devient tout naturellement le véritable berceau de la révolution belge en 1830. En effet, à cette époque, elle abrite habitants et est, à ce titre, la deuxième ville la plus peuplée du royaume uni des Pays-Bas derrière Amsterdam. Le palais royal de Bruxelles est également le second lieu de résidence du roi, après la capitale, La Haye. Elle est aussi le chef-lieu de la province de Brabant-Méridional, dont le gouverneur est Hyacinthe van der Fosse et le commandant militaire est le lieutenant-général Guillaume Frédéric de Bylandt. Le bourgmestre de Bruxelles est, quant lui, Louis de Wellens.
La ville abrite une importante garnison des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, sous le commandement du général-major G. J de Wauthier. On y trouve tout particulièrement le corps d'élite des Garderegiment Grenadiers en Jagers, dédié spécifiquement à la garde rapprochée de la monarchie néerlandaise et du palais royal.
Les émeutes d'août vignette|gauche|Scène de pillage et d'incendie des émeutes d'août 1830 à Bruxelles.
Les griefs à l'égard du régime « hollandais » et du roi Guillaume , souverain du Royaume uni des Pays-Bas, prennent chaque année des proportions de plus en plus considérables dans les provinces du sud. Le mécontentement croissant conduit, entre autres, à la naissance de l'unionisme, union politique improbable entre catholiques et libéraux. En survient la deuxième Révolution française qui chasse le dernier roi de France, Charles X et voit Louis-Philippe Ier lui succéder dans une monarchie totalement réformée. Dans ce contexte, les cérémonies du cinquante-huitième anniversaire du roi Guillaume à Bruxelles, le , sont pour la plupart annulées, sauf la représentation de la pièce d'opéra La Muette de Portici, de Daniel-François-Esprit Auber au théâtre royal de la Monnaie. Celle-ci raconte la révolte populaire de la république de Naples contre la grande puissance espagnole qui occupe la région au et qui y a placé un vice-roi. Il n'en faut pas plus pour qu'au moment où le ténor Jean-François Lafeuillade entonne l'« Amour sacré de la Patrie », l'assistance se lève et crie avant de se diriger vers la sortie où une foule est réunie sur la place de la Monnaie. S'ensuit une longue nuit de pillages, d'incendies et d'affrontements avec les autorités qui font plusieurs morts. Les scènes se répètent les jours suivant et s'étendent dans la banlieue de Bruxelles, forçant les bourgeois à se réunir en créant la garde bourgeoise de Bruxelles afin de protéger leurs biens et de tenter de rétablir l'ordre public que les autorités néerlandaises, complètement dépassées, ne parviennent plus à maintenir.
La propagation de la révolution vignette|Le prince héritier Guillaume, pris à partie par la foule lors de son entrée dans Bruxelles le .
Les émeutes d'août 1830 à Bruxelles se propagent rapidement à l'ensemble des Pays-Bas méridionaux et même au-delà, transformant le mouvement en une véritable insurrection populaire. Des pillages ont lieu dans la région de Liège et les premiers morts hors de Bruxelles se comptent le à Anvers et à Bruges. Louvain est la première ville à chasser sa garnison militaire dès le , dans des combats qui font plusieurs morts.
Pour répondre à ce chaos, les bourgeois des différentes cités se rassemblent en gardes armées afin de maintenir l'ordre tandis que les meneurs révolutionnaires s'organisent en commissions de sûreté publiques pour administrer les villes et remplacer les conseils de Régence ou les autorités « hollandaises » jugées trop orangistes. De nombreuses villes belges envoient des adresses, voire même des délégués au roi Guillaume à La Haye, dans l'espoir lui faire entendre les « griefs de la nation », comme Bruxelles, Mons, Namur ou Liège, et l'on commence à réclamer de « séparation administrative » de la Belgique et des Pays-Bas.
En réaction aux troubles, le roi envoie ses deux fils, Frédéric et Guillaume, ainsi qu'un premier détachement des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas à Vilvorde, au nord de Bruxelles, afin de reprendre le contrôle de la situation. Ils arrivent le et, dès le lendemain, le prince héritier Guillaume décide d'entrer dans la capitale pour rencontrer les révolutionnaires belges. Il est pris à partie par la foule et contraint de se réfugier dans le palais royal de Bruxelles, où il finit par décider d'évacuer avec la garnison militaire de la ville le , laissant la cité à la garde bourgeoise de Bruxelles commandée par Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst.
Alors que davantage de villes commencent à se rebeller, comme Ath ou Mons, le roi accepte de convoquer les États généraux du royaume des Pays-Bas le afin de statuer sur la situation. Mais son discours inaugural, autoritaire et réfractaire, passe très mal auprès des « Belges », ce qui envenime la situation. L'une des conséquences est la création de la Réunion centrale, club patriotique formé par les révolutionnaires les plus radicaux qui finissent par prendre le pouvoir à Bruxelles, dissolvant la Commission de sûreté publique dès le . Voyant l'imminence d'une intervention militaire, ils appellent les communes des provinces du sud à envoyer des volontaires vers la capitale afin de la défendre. Ils organisent des corps-francs qui attaquent bientôt les troupes de l'armée régulière à Diegem, Evere ou Zellik, tandis que des évènements similaires ont lieu dans la région liégeoise où le fort de la Chartreuse est pris dès le et que les postes de l'armée sont attaqués à Oreye le .
Forces en présence Armée royale Unités
vignette|Positions de l'armée néerlandaise peu avant l'attaque, non loin du cimetière de Saint-Josse-ten-Noode. Le , le chef d'état-major des forces armées du royaume uni des Pays-Bas, le général Jean-Victor Constant de Rebecque, met sur pied un « corps d'armée mobile » composé de troupes locales ou venues des provinces de Nord afin de mener l'attaque conjointe de Bruxelles et de Louvain. Celui-ci dispose de hommes répartis en deux brigades d'infanterie, une brigade de cavalerie, un détachement spécial mixte, le tout appuyé par de l'artillerie. L'attaque est supervisée par second fils du roi Guillaume, le prince Frédéric d'Orange-Nassau.
Selon Auguste de Wargny, les troupes qui attaquent Bruxelles dès le sont réparties en hommes et chevaux de la cavalerie, issues des unités suivantes : cuirassiers ; dragons du régiment de dragons légers ; hussards du régiment ; lanciers du Regiment Lansiers.
Mais aussi de hommes d'infanterie provenant des unités suivantes : soldats des , , , et afdeeling, provenant respectivement de Liège, Gouda, Dordrecht, Hoorn et Anvers, dont cette dernière forme la réserve ; hommes provenant du Garderegiment Grenadiers en Jagers ; du Straaf bataljon, le « bataillon de punition » ; du bataillon d'instruction.
Le tout soutenu par l'artillerie mobile, le , qui détache : pièces réparties en six batteries, composée chacune de huit pièces de 6 et de 12 livres ainsi que de quatre obusiers de 15 centimètres ; caissons, forges de campagne, affût de réserve et charriots de batterie ; soldats du (artilleurs, de pionniers, sapeurs, mineurs, soldats du génie militaire et du train).
Plan d'attaque La décision de l'attaque de Bruxelles et de Louvain est prise le à La Haye par le roi Guillaume lors d'un conseil des ministres dans la foulée de l'ouverture des États généraux du royaume des Pays-Bas, convoqués dès le pour statuer sur la situation en Belgique et une éventuelle séparation administrative. Ses ordres arrivent au prince Frédéric, qui loge à Anvers, le et sont ensuite transmis à l'état-major stationné à Vilvorde avec pour doctrine générale : . Le plan consiste en une attaque simultanée de quatre des portes de Bruxelles, à savoir : Ville basse, par l'ouest de la Senne : Porte de Laeken : diversion faite par le général-major , avec ; Porte de Flandre : diversion faite le colonel Walraven Elias Johan van Balveren, avec hommes ;
Ville haute, par l'est de la Senne : Porte de Louvain : soutien sur le flanc gauche de l'attaque principale par le général-major Jan Post et ; Porte de Schaerbeek : attaque principale par le général-major Abraham Schuurman, menée par , avec pour premier objectif la prise des différents palais entourant le parc de Bruxelles : palais des États généraux, le palais royal, palais du prince Guillaume ;
Le plan prévoit également l'attaque simultanée de Louvain par les troupes de Ghisbert Martin Cort Heyligers. En effet, la ville est un autre bastion « belge », tombé aux mains des insurgés dès le , lorsque ceux-ci forçent la garnison à évacuer la place forte. L'objectif est également de reprendre le contrôle de la cité, mais, comme à Bruxelles, l'armée essuiera un échec.
Insurgés belges
Composition vignette|Le canon du Mont Sarah, représenté lors de la ducasse d'Ath.