L' affaire QatarGate est un scandale politico-financier dévoilé en 2025 en Israël, dans lequel des proches conseillers du Premier ministre Benyamin Netanyahou sont soupçonnés d’avoir été rémunérés par le Qatar — un pays accusé de soutenir le Hamas — afin de promouvoir les intérêts de cet Émirat au sein du gouvernement israélien. Le service de sécurité intérieure, le Shin Bet, a ouvert une enquête, qualifiée de « complexe et multifacette », sur ces allégations de « connexion qatarie », conduisant à l’arrestation d’au moins deux collaborateurs de Netanyahou pour des chefs d’« intelligence avec une puissance étrangère », corruption, fraude, abus de confiance et blanchiment d’argent.

Le scandale a provoqué une crise politique en pleine guerre contre le Hamas : Netanyahou a tenté de limoger le chef du Shin Bet, Ronen Bar, qui supervisait l’enquête — une démarche suspendue par la Cour suprême d’Israël pour conflit d’intérêts.

L’affaire Qatargate a suscité de vives réactions au sein de la classe politique israélienne ainsi qu’à l’international (Qatar, Égypte, États-Unis), et l’enquête conjointe du Shin Bet et de la Police d’Israël se poursuivait toujours à la mi-2025.

Contexte Le Qatar entretient des relations complexes avec Israël. L’émirat héberge des dirigeants du Hamas et finance certains services civils dans la bande de Gaza, suscitant des interrogations quant à la nature de ses liens avec le mouvement islamiste.

À la suite de l’attaque du et de l’ouverture du conflit armé entre Israël et le Hamas, le Qatar joue un rôle de médiateur dans les négociations liées à la libération d’otages. Cette activité diplomatique place Doha en concurrence directe avec le rôle traditionnellement occupé par l’Égypte dans la région. Des représentants égyptiens critiquent alors la stratégie du Qatar, l’accusant de chercher à supplanter l’influence diplomatique du Caire.

Sur le plan politique intérieur, le Premier ministre Benyamin Netanyahou fait l’objet de poursuites judiciaires depuis 2020 dans plusieurs affaires pour corruption, fraude et abus de confiance. À ces procédures s’ajoutent des critiques concernant les défaillances sécuritaires ayant précédé l’attaque du Hamas.

En , le MEMRI publie des documents affirmant que le Qatar aurait proposé un financement de 50 millions de dollars américains au Likoud, parti dirigé par Netanyahou. Cette initiative aurait été présentée dans le cadre d’un projet dénommé « Project Raven ». Le parti Likoud dément formellement ces allégations.

Révélations et enquêtes Début , la chaîne israélienne Canal 12 révèle que plusieurs conseillers de Benyamin Netanyahou — notamment , , et Ofer Golan — auraient perçu des fonds d'origine qatarie pour mener des opérations d’influence au sein des institutions israéliennes, dans le but d'améliorer l'image du Qatar auprès des médias et des cercles sécuritaires. Parallèlement, Feldstein est déjà soupçonné d’avoir contribué à une fuite de documents militaires classifiés dans le cadre d’une autre affaire médiatisée.

Ces révélations déclenchent une série de réactions politiques. Le chef de l’opposition Yaïr Lapid dénonce une atteinte grave à la sécurité nationale. L’ancien général Yaïr Golan évoque quant à lui une « trahison » à l’encontre de l’État.

Mi-, le Shin Bet indique qu’il analyse les implications sécuritaires de l’affaire. Le , la procureure générale Gali Baharav-Miara ordonne l’ouverture d’une enquête criminelle conjointe, confiée à l’unité anticorruption et au Shin Bet.

Le , l’ancien directeur du Shin Bet, , déclare publiquement qu’il divulguerait toute tentative d’entrave à l’enquête. Ces propos entraînent une plainte pour chantage déposée par les avocats de Netanyahou. Trois jours plus tard, le , le Premier ministre annonce vouloir démettre de ses fonctions le chef actuel du Shin Bet, Ronen Bar.

Le , Jonatan Urich et Eli Feldstein sont placés en garde à vue. Le , ils sont formellement inculpés pour contact avec un agent étranger, corruption, fraude, abus de confiance et blanchiment d’argent. Feldstein est accusé d’avoir été rémunéré via une agence de communication financée par Doha, tandis qu’Urich aurait agi comme intermédiaire dans le transfert de fonds.

Le journaliste Zvika Klein, rédacteur en chef du Jerusalem Post, est également arrêté pour avoir agi comme relais entre les conseillers et le lobbyiste pro-Qatar Jay Footlik. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou est entendu dans l’affaire en tant que témoin.

Un quatrième conseiller, , quitte Israël pour la Serbie où il rejoint l’équipe du président Aleksandar Vučić et ne se présente pas aux autorités.

Le 1ᵉʳ avril, le juge Menahem Mizrahi du tribunal de Rishon LeZion estime qu’il existe des « soupçons raisonnables et fondés » autour d’un accord entre Urich et la société de lobbying américaine *The Third Circle*, visant à promouvoir le rôle du Qatar comme médiateur dans les échanges d’otages, au détriment de l’Égypte.

Le , l’homme d’affaires David Saïg est également interrogé. Le , Urich et Feldstein sont d’abord placés en résidence surveillée, mais cette décision est infirmée deux jours plus tard par la cour d’appel de Tel-Aviv, qui ordonne leur maintien en détention jusqu’au .

Le , la police annonce avoir retracé l’origine des transferts financiers, précisant que les éléments à charge contre Urich se sont renforcés. Le , la Cour suprême d’Israël confirme la légalité de son maintien en détention préventive jusqu’au au moins.

Le , le quotidien israélien Haaretz publie une enquête indiquant que la campagne de communication favorable au Qatar s’est poursuivie même après l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, dans le cadre d'une stratégie visant à présenter Doha comme médiateur incontournable dans la région.

Le , la Cour suprême d’Israël statue contre la décision du Premier ministre Benyamin Netanyahou de limoger le chef du Shin Bet, Ronen Bar, estimant cette mesure contraire aux principes de séparation des pouvoirs. Cette décision clôt définitivement la tentative de révocation.

À la fin du mois de mai, les enquêteurs de , en coopération avec le Shin Bet, révèlent avoir identifié un circuit de blanchiment impliquant plusieurs sociétés-écrans enregistrées à Chypre, à Londres et à Dubaï. Les transferts de fonds auraient transité par ces entités avant d'atteindre les comptes liés à .

Début juin 2025, le gouvernement qatari publie un communiqué niant toute implication directe dans le financement d’activités de lobbying en Israël, dénonçant une « campagne de désinformation » menée pour discréditer son rôle dans les négociations de cessez-le-feu à Gaza.

À la mi-juin, l’unité de cybercriminalité de la police israélienne confirme que plusieurs comptes de réseaux sociaux utilisés dans la campagne d’influence pro-Qatar étaient gérés depuis l’étranger, notamment à partir d’adresses IP situées au Royaume-Uni et en Turquie.

Fin juin 2025, la justice israélienne annonce la préparation d’un acte d’accusation élargi, incluant des chefs d’accusation supplémentaires contre et , notamment pour subornation de témoins et manipulation de l’opinion publique au profit d’intérêts étrangers.

L’enquête judiciaire se poursuit toujours à la mi-2025.

Réactions politiques Le , le Premier ministre Benyamin Netanyahou qualifie l’enquête Qatargate de « chasse aux sorcières politique » et affirme, dans une vidéo, que ses deux conseillers arrêtés seraient « détenus en otages » par les autorités pour l'empêcher de démettre de ses fonctions le chef du Shin Bet, Ronen Bar. Cette déclaration provoque la réprobation des familles des otages israéliens détenus à Gaza, qui dénoncent une comparaison jugée déplacée.

Le , Netanyahou engage une procédure en diffamation contre Yaïr Golan, ancien général et député, l’accusant d’avoir affirmé que ses proches collaborateurs s’étaient rendus coupables de « trahison » à l’encontre de l’État. Il réclame 320 000 shekels de dommages-intérêts.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid exige une transparence totale sur les relations éventuelles entre le Qatar et des membres du gouvernement, estimant que l’affaire, si elle est avérée, constitue une menace grave pour la sécurité nationale.

Des manifestations sont organisées fin à Tel-Aviv, rassemblant des militants du mouvement anti-Netanyahou et des proches de personnes enlevées, qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tentative de saper l’indépendance des institutions sécuritaires et judiciaires.

Le président de l’État d’Israël, Isaac Herzog, exprime quant à lui, dans un discours officiel fin mars, sa préoccupation face aux tensions croissantes entre les organes de l’État, évoquant des « initiatives controversées » susceptibles de porter atteinte à l’équilibre démocratique du pays, sans toutefois mentionner directement l’affaire Qatargate.

Réactions internationales Le gouvernement du Qatar a catégoriquement rejeté les accusations liées à l’affaire, qualifiant les enquêtes de « propagande journalistique à visée politique ». Le même jour, le Premier ministre qatari, Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, déclare que les allégations ne reposent sur « aucun fondement vérifiable » et relèvent d’une opération de communication hostile.

En Égypte, des parlementaires et éditorialistes critiquent l’attitude de Doha, l’accusant de chercher à marginaliser le rôle du Caire dans la médiation des négociations entre Israël et le Hamas.

Aux États-Unis, l’ancien ambassadeur israélien à Washington, Michael Herzog, exprime une « sérieuse inquiétude » quant à l’impact de l’affaire sur la coopération stratégique avec les partenaires occidentaux. Le think tank américain Foundation for Defense of Democracies met en garde contre un affaiblissement de la confiance internationale envers les institutions israéliennes. Le sénateur Lindsey Graham critique la nomination contestée d’Eli Sharvit à la direction du Shin Bet en , et salue le rôle joué par la Cour suprême d’Israël dans la préservation de l’indépendance du système sécuritaire.

En France, l’affaire est largement relayée par les médias francophones, notamment France 24, Le Monde et Courrier international, sans réaction officielle immédiate. Le ministère français des Affaires étrangères rappelle néanmoins son attachement à la stabilité institutionnelle d’Israël et à la lutte contre le financement du terrorisme.

Conséquences judiciaires et institutionnelles Le , Benyamin Netanyahou annonce brutalement son intention de révoquer le chef du Shin Bet, Ronen Bar, invoquant une « perte de confiance qui s’est aggravée avec le temps ». Cette décision sans précédent – aucun directeur du Shin Bet n’avait été révoqué en cours de mandat – intervient alors que Bar supervise l’enquête Qatargate visant des proches du Premier ministre. Le , le cabinet gouvernemental approuve à l’unanimité le renvoi, malgré les mises en garde de la procureure générale Gali Baharav-Miara, qui dénonce un conflit d’intérêts manifeste.

Des milliers d’Israéliens descendent dans la rue pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une tentative d’ingérence politique dans l’appareil sécuritaire. Pour l’opposition, le renvoi de Bar vise à bloquer l’enquête Qatargate et constitue un grave précédent antidémocratique.

Saisie en urgence, la Cour suprême d’Israël suspend la décision le , en attendant un examen sur le fond prévu pour avril. Elle interdit à Netanyahou de nommer un remplaçant entre-temps. Le , Netanyahou propose malgré tout de nommer l’ex-amiral Eli Sharvit à la tête du service, mais fait rapidement marche arrière après un tollé juridique et politique. Ronen Bar reste donc en poste pendant toute la période contentieuse.