vignette|Plan de l'hôpital Edouard Herriot, édité dans la Construction lyonnaise n 16 du 16-08-1913 L’hôpital Édouard-Herriot (HEH), appelé anciennement Grange-Blanche, est un des pôles du centre hospitalier universitaire de Lyon. Intégré aux Hospices civils de Lyon, c'est le plus grand hôpital de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Situé à Lyon, au 5 place d'Arsonval, il a été construit de 1913 à 1933, par l'architecte Tony Garnier selon une organisation d'hôpital pavillonnaire. Une grande partie de l'hôpital fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques.
Histoire
Origine et fondation
L'hôpital est construit à l'initiative d'Édouard Herriot par l'architecte Tony Garnier. Le maire de Lyon souhaite édifier un grand hôpital moderne, à l'est du Rhône, pour desservir la population grandissante de ces quartiers. Il veut doter Lyon d'un hôpital à la pointe de la modernité, à l'égal de ce qui se fait dans d'autres pays européens.
Le projet En 1909, la ville acquiert le domaine de Grange-Blanche, de , pour un million de francs. Tony Garnier est chargé de concevoir les plans de l'hôpital. Ce dernier extrait de son projet de « cité industrielle » un hôpital pavillonnaire, qui suit les idées de la commission chargée de définir ce qu'il sera. Cette commission, dont fait partie Jules Courmont, visite des structures récentes en Allemagne, au Danemark et à Paris.
Le projet est achevé en et propose des pavillons isolés, baignés de végétation, en opposition frontale avec les hôpitaux d'un seul bloc ; le contre-exemple explicitement visé étant . Il imagine ainsi une .
Sur le plan initial, Tony Garnier n'a pas prévu de chapelles. Edouard Herriot, libre penseur, n'a pas d'attrait pour un tel édifice mais il se range à l'avis des administrateurs pour permettre aux sœurs hospitalières d'avoir un lieu de culte.
Alors qu'à l'origine, l'objectif est de construire un hôpital et de le céder ensuite aux Hospices civils de Lyon, Edouard Herriot envisage durant un temps de le conserver dans le giron de la municipalité, et de ne le faire gérer que par les professeurs de l'université. Mais ceux-ci craignent de ne pas avoir les épaules pour gérer une telle structure, et les conflits qui ne manqueront pas de se lever avec les Hospices civils de Lyon. Edouard Herriot est ainsi obligé de renoncer à son projet.
Construction
La construction est entamée en 1913, et fortement ralentie par la guerre malgré la participation de prisonniers de guerre allemands. Mais même après la fin de la guerre, les retards s'accumulent et le coût de la construction augmente. Le projet initial faisait état de de francs, le coût final est de . Par ailleurs, après son ouverture, le grand public constate que le coût par lit est de , contre 35 à l'Hôtel-Dieu. La municipalité éprouve après guerre de grandes difficultés pour financer l'ensemble des travaux et doit faire appel au département pour clore le budget.
L'hôpital initial Inauguré le , il est composé de 32 pavillons (dont 22 de soins), reliés par un système de galeries souterraines. Il possède en tout 1544 lits et 23 services de médecine, chirurgie et spécialités, la plupart issues de l'Hôtel-Dieu ou de la Charité, et deux de l'Antiquaille. Dès 1935, l'inauguration du centre anticancéreux porte la capacité de l'hôpital à 1723 lits. La chapelle est consacrée et bénie le , l'une des cloches ayant pour marraine Blanche Herriot, épouse du maire.
Organisation générale À son ouverture, l'hôpital est divisé en trois zones. Une au nord contenant les services généraux, la grande masse centrale contenant les pavillons de soin et au sud, sur une élévation, un centre initialement destiné aux contagieux. Les sous-sols sont, au départ, assez peu utilisés, mais le personnel leur découvre rapidement de nombreux emplois : consultations, laboratoires, salle de cours.
Les services généraux Alignés au nord du complexe, les services généraux longent la rue Trarieux et le chemin de MontchatFutur rue professeur-Gabriel-Florence..
Du côté de la rue Trarieux, se tiennent la chaufferie – qui à l'origine fournissait également du chauffage à la faculté de médecine et à l'école d'infirmière –, un atelier, un magasin – qui contient tout l'équipement de l'hôpital –, la lingerie – qui traite jusqu'à de linge sale par semaine – et la matelasserie.
Plus près du centre se trouvent les habitations des sœurs hospitalières, qui sont progressivement transformées en restaurant avec, à ses côtés, la cuisine générale, la pharmacie, les laboratoires d'analyse et le « Pavillon des concours », où se sont déroulés pendant vingt ans tous les concours hospitaliers. À la suite se situent le service de stérilisation, le local des chariots électriques, la salle d'autopsie et la chapelle. Au plus près du chemin de Montchat, il y a un garage pour les internes, une station de pompage couplée à deux grandes réserves souterraines.
Les services hospitaliers L'architecte oriente les pavillons en « U » avec les ouvertures vers le sud, pour laisser entrer la lumière. Les pavillons ont deux niveaux et sont divisés en grands pavillons de médecine d'une capacité de 220 lits et pavillons de chirurgie, plus petits, avec 140 lits. Les pavillons de chirurgie ont un rez-de-chaussée « septique » bien isolé de l'étage « aseptique » où se tiennent les opérations. À leurs débuts, les pavillons comportent très peu de chambres, le plus souvent à deux lits, et surtout de grandes salles communes. Avec, à partir des années 1950, l'humanisation de l'hôpital, la recherche de confort pour les malades, la volonté de construire des chambres plus nombreuses se heurtent à la structure même des bâtiments, créés avec des murs très épais très difficiles à remanier.
Les sous-sols Une des grandes originalités de l'hôpital est le grand réseau de couloirs souterrains reliant tous les pavillons et permettant d'acheminer les repas, les médicaments, les linges, les matelas, etc. D'une longueur totale de , le personnel les emprunte à l'aide de chariots électriques. De même, un tunnel passait sous la route de GrenobleFuture avenue Rockefeller. pour relier l'hôpital aux locaux universitaires, au service de la photographie et à l'Institut médico-légal.
Services et personnel Les premiers chefs de service sont Eugène Villard pour la gynécologie, Gabriel Nove-Josserand pour la chirurgie infantile, Frédéric Collet pour l'ORL, Georges Mouriquand pour la médecine infantile, Joseph Nicolas pour la dermatologie, Georges Gayet pour l'urologie et Léon Bérard pour le centre anticancéreux.
Histoire générale vignette|Changement de nom en 1935, l'hôpital Grange-Blanche devient l'hôpital Édouard Herriot. L'histoire de l'hôpital Édouard Herriot est celui d'un hôpital qui représente, dès sa naissance et durant de longues décennies, la pointe de la modernité à Lyon. Les plus grands noms de la médecine locale y viennent, grâce aux nombreuses cliniques instituées en son sein (neuf au départ et progressivement une par pavillon). Il a donc pu accueillir un très grand nombre de premières médicales, et être le lieu privilégié d'expérimentation de techniques nouvelles dans la région.
Les débuts Les deux premières décennies d'activité voient l'hôpital rester plus ou moins tel qu'il avait été imaginé, et le personnel issus des autres hôpitaux lyonnais demeurer en place. À cette époque, chaque service est géré au quotidien par les sœurs hospitalières, avec une major, ou sœur-mère à la tête de chaque service et une sœur « cheftaine » pour chaque office de soin. Une exception est notée pour le pavillon « P » consacré à la neurologie, resté entièrement civil.
Transformations structurelles Durant les premiers temps de l'hôpital, peu de travaux lourds sont réalisés. En revanche, la désignation de quatre pavillons change à deux reprises. En 1941, le chirurgien Paul Santy, qui officiait dans le pavillon « O », déménage dans le « D » et décide d'emmener la lettre avec lui. En 1945, le neurochirurgien Pierre Wertheimer fait de même en passant du pavillon « G » vers le « F ». Bien qu'acceptés par l'administration, ces changements causèrent de nombreux désagréments, dont celui de perdre les patients, les visiteurs, et même le personnel médical. L'ordre logique n'est rétabli qu'en 1980.
Sous l'Occupation Dès l'envahissement de la zone libre par les Allemands en , l'hôpital est réquisitionné, tout comme l'hôpital de la Croix-Rousse. Pour laisser de la place aux militaires, la clinique des malades infectieux est transférée au pavillon H et le service de chirurgie au pavillon F.
L'après-guerre : 1944 - 1959 Rapidement, l'afflux de malades et la démultiplication des chefs de service rendent caduque l'organisation initiale telle qu'elle avait été voulue par Tony Garnier. Ainsi, les pavillons qui ne devaient chacun ne contenir qu'un seul service furent rapidement divisés en deux, avec un service par niveau. En effet, l'hôpital avait été prévu par l'architecte pour 1544 malades, et sa capacité est régulièrement augmentée pour atteindre 2723 lits et 82 berceaux en 1953.
Années 1960 En 1963, l'application de la réforme Debré se déroule aisément au sein de l'hôpital, car il a déjà des liens très étroits avec la faculté de médecine. Pour mettre en place la règle du « plein temps », les laboratoires de sciences fondamentales sont transformés en laboratoires hospitaliers intégrés, tels ceux de virologie de Roger Sohier, de médecine nucléaire de Michel Berger et de physiologie d'Henri Hermann puis Jean-François Cier. Cette réforme entraîne une modernisation des équipements médicaux.
Années 1970 Une rénovation lourde fait disparaître les salles communes.
Années 1980
Équipements médicaux
En 1984, le gouvernement autorise l'installation d'un lithotripteur d'une valeur de de francs fabriqué par la société allemande Dorner dans le service urologie du professeur Jean-Michel Dubernard. Le coût est supporté par le conseil régional de Rhône-Alpes à hauteur de de francs, par le ministère des Affaires sociales pour de francsLe Quotidien du médecin, , 06 juin 1984 et par l'emprunt pour le reste de la somme. Cet appareil est acheté à une société allemande alors que la même équipe du professeur Dubernard travaille à la mise au point de leur propre appareilLe Monde, 03-04 juin 1984 ; Le Quotidien du médecin, , 04 juin 1984. Celui-ci est mis en service dès l'année suivante, mis au point par le professeur Dubernard et M. Cathignol de la CETAC dans le cadre d'un programme de l'INSERM. Son principe repose sur un repérage échographique des calculsLe Progrès, 26 juin 1985 ; Panorama du médecin, 8 juillet 1985 ; Le Figaro, 29-30 juin 1985.
Durant les années 1980, l'hôpital dispose d'un scanner imposé par le gouvernement et les services de radiologie estiment qu'il est tout à fait insuffisant. Il s'agit du seul à Lyon permettant une radiographie de l'ensemble du corps humain, le second, situé à l'hôpital neurologique, ne prend des clichés que du crâne. Celui d'Edouard-Herriot est de marque EMI. Tombant en panne de longues semaines en 1984, il est remplacé en 1985Le Progrès, 24 octobre 1984 ; Le Quotidien du médecin, , 25-26 octobre 1984 ; Le Progrès, 02 mai 1985.
En 1980, un laser est installé dans le pavillon « U » du service ORL de professeur Morgon. D’autres sont progressivement acquis durant la décennie, dont un laser à colorant en 1984, installé dans le pavillon D, dans un nouveau service de chirurgie dirigé par le professeur Lambert et acquis grâce à la constitution d'une coopération régionale autour du laser. Il est à l'époque le premier laser de ce type en FranceLyon-Matin, 16 mars 1984.