vignette|Palais du cinéma à la Mostra de Venise.

La Mostra de Venise, ou le Festival international du film de Venise (en ), est un festival de cinéma international qui se déroule annuellement en septembre, dans l'historique Palais du cinéma, sur le Marconi, au Lido de Venise.

Créée en 1932, c'est le plus ancien festival de cinéma au monde. La manifestation s'inscrit dans le cadre de l'organisation plus vaste de la Biennale de Venise, festival culturel d'art contemporain dont elle constitue la section cinéma. La première édition de la Mostra s'est déroulée lors de la Biennale. Il existe deux compétitions officielles : la compétition principale () et la section Horizons (), créée en 1988. Deux autres compétitions parallèles sont aussi organisées : la () depuis 1984 et la Journée des auteurs ( ; équivalent de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes), également appelé , depuis 2004.

La principale récompense attribuée est le Lion d'or, qui tient son nom de l'attribut du saint patron de la ville : le lion de saint Marc, l’Évangéliste. Elle est considérée comme l'une des plus importantes du point de vue de la critique cinématographique, à l'égal de celles accordées dans les deux autres festivals du film européens, la Palme d'or du Festival de Cannes (mai) et l'Ours d'or de la Berlinale (février). Ce sont tous trois des prix convoités pour leur impact international et leur prestige, souvent de tendance opposée aux Oscars du cinéma américains qui se déroulent en février.

Histoire

Les années 1930 La première Mostra Née dans les années 1930, la première Mostra de Venise, dénommée (en français : « Première Exposition internationale d'art cinématographique ») se déroule du au . Le festival naît d'une idée du président de la Biennale de Venise, le comte fasciste Giuseppe Volpi di Misurata, du sculpteur Antonio Maraini, secrétaire général, et de Luciano De Feo, le secrétaire général de lIstituto internazionale per la cinematografia educativa (en français : « Institut international pour le cinéma éducatif »), émanation de la Société des Nations dont le siège se trouve à Rome, d'accord avec l'idée d'organiser le festival dans la cité lagunaire, et qui fut le premier directeur-sélectionneur.

La Mostra, première grande manifestation internationale de cinéma sur le modèle du festival, reçoit un appui important de la part des autorités. La première édition se déroule sur la terrasse de l'hôtel Excelsior du Lido de Venise. Il ne s'agit pas encore d'une compétition. Les titres sont simplement présentés au public. Malgré cela, les films projetés sont devenus de véritables « classiques » de l'histoire du cinéma dont certains sont encore dans toutes les mémoires : Amour défendu du grand réalisateur américain Frank Capra, Grand Hotel d'Edmund Goulding, Le Champion de King Vidor, le premier et inimitable Frankenstein de James Whale, de George Fitzmaurice, Les Hommes, quels mufles ! de Mario Camerini et À nous la liberté de René Clair et autres œuvres de grands metteurs en scène comme Raoul Walsh, Ernst Lubitsch, Nikolaï Ekk, Howard Hawks, Maurice Tourneur, Anatole Litvak.

Les vedettes de ce premier festival sont les acteurs, apparaissant sur grand écran au travers des films projetés, qui garantissent à la Mostra un succès encore plus grand que celui attendu et attirent dans les salles plus de . Ce sont les plus grandes stars de l'époque : Greta Garbo, Clark Gable, Fredric March, Wallace Beery, Norma Shearer, James Cagney, Ronald Colman, Loretta Young, John Barrymore, Joan Crawford, sans oublier la gloire italienne Vittorio De Sica et le grand Boris Karloff, entré dans l'histoire pour son rôle de monstre dans le premier Frankenstein.

Le premier film de l'histoire de la Mostra est projeté le soir du : il s'agit de Docteur Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian ; après le film, un grand bal est donné dans les salons de l'Excelsior. Le premier film italien, Les Hommes, quels mufles ! de Camerini, est présenté dans la soirée du .

En l'absence d'un jury et de l'attribution de prix officiels qui ne seront introduits que plus tard, un référendum extérieur au comité d’organisation, présidé par Attilio Fontana de l'ICE (Institut international du cinématographe éducatif), organisé parmi le public accouru à la manifestation, décrète meilleur réalisateur le soviétique Nikolaï Ekk pour le film Le Chemin de la vie, pendant que le film de René Clair À nous la liberté est élu comme le plus amusant ; Helen Hayes est primée meilleure actrice, Fredric March meilleur acteur, le film étant le film américain La Faute de Madelon Claudet d'Edgar Selwyn.

Les éditions suivantes La deuxième édition se déroule deux ans plus tard, du au . Initialement, en effet, le festival était indissolublement lié à la Biennale de Venise et en respectait la périodicité. L'expérience de la première édition entraîne immédiatement une importante innovation : ce sera la première édition compétitive. Les pays en lice avec au moins un représentant sont au nombre de 19. Plus de 300 journalistes sont accrédités pour assister aux projections. La Coupe Mussolini pour le meilleur film étranger et pour le meilleur film italien est instituée mais il n'existe pas encore de véritable jury. C'est la présidence de la Biennale qui, sur l'avis d'experts mais aussi du public et en accord avec l'Institut international pour le cinéma éducatif de Luciano de Feo, également directeur de la Mostra, décerne les prix aux lauréats.

Outre la Coupe Mussolini, sont attribuées les « Grandes Médailles d'or de l'Association nationale fasciste du spectacle » et les prix pour les meilleures interprétations. La meilleure actrice est la jeune Katharine Hepburn, récompensée pour sa splendide interprétation dans Les Quatre Filles du docteur March de George Cukor. Le prix du meilleur film étranger est attribué à L'Homme d'Aran, de Robert Flaherty, un documentaire d'auteur, genre très apprécié à l'époque. Frank Capra est également à nouveau présent avec un de ses films les plus célèbres, New York-Miami, avec Clark Gable et Claudette Colbert. Dès la seconde édition, la Mostra connaît son premier scandale : durant une séquence dExtase, du réalisateur tchécoslovaque Gustav Machaty, Hedwig Kiesler, connue par la suite sous le nom de Hedy Lamarr, apparaît sur le grand écran dans un nu intégral.

Dès la troisième édition de 1935, la Mostra devient annuelle, conséquence du grand succès public et critique recueilli lors des deux premières éditions, sous la direction d'Ottavio Croze. Avec l'accroissement de la notoriété et du prestige du festival, croît également le nombre d'œuvres et de pays participant au concours. À partir de cette édition et jusqu'à l'après-guerre, les films soviétiques ne participeront plus à la compétition. Le prestigieux premier prix récompensant les acteurs prend le nom de Coupe Volpi, du nom du comte Giuseppe Volpi di Misurata, père du festival.

Encore une fois, le festival présente des films de grande qualité : Le Mouchard de John Ford, La Femme et le Pantin de Josef von Sternberg, avec Marlene Dietrich, et le vainqueur du prix pour le meilleur film étranger, Anna Karénine, de Clarence Brown, avec Greta Garbo, présente pour la seconde fois sur le Lido de Venise.

1936 est l'année d'une autre « première fois », celle du Jury international. Le prestige de la manifestation se consolide avec la présence encore une fois de films de réalisateurs importants comme Frank Capra, John Ford, Max Ophüls, René Clair, Josef von Sternberg, Marcel L'Herbier. Le plus grand succès public toutefois revient à la star italienne Amedeo Nazzari.

D'édition en édition, les innovations de la Mostra se poursuivent : en 1937 est inauguré le nouveau Palais du cinéma, œuvre de l'architecte Luigi Quagliata, construit en un temps record dans le style moderniste qui se répandait à l'époque. En dehors des deux années 1940 et 1948, le palais ne fut jamais abandonné dans toute l'histoire de la manifestation.

Ce nouveau lieu permet l'expansion du festival : le nombre de pays participants et de films acceptés augmente encore. Cette fois, les lumières de la rampe sont toutes pointées sur Marlene Dietrich, qui sème le trouble sur le Lido. Bette Davis s'impose également fortement auprès du public et remporte le prix de la meilleure actrice. La révélation de cette édition est le jeune acteur français Jean Gabin, héros de La Grande Illusion de Jean Renoir, lauréat du grand prix du jury international.

En 1938, la Mostra subit les pesantes pressions politiques du gouvernement fasciste. Les vainqueurs sont imposés au jury international et les films primés sont le long métrage allemand Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl et Luciano Serra, pilote de Goffredo Alessandrini, deux films ouvertement de propagande, même si le premier est encore aujourd'hui reconnu comme l'un des chefs-d'œuvre du cinéma des années 1930.

Cette édition est aussi la dernière dans laquelle le cinéma américain, jusqu'alors toujours présent de manière importante, tant quantitativement que qualitativement, est présent sur le Lido. Il repart avec un premier prix attribué à l'un des meilleurs longs métrages d'animation de Walt Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains.

1938 est aussi l'année de la première grande rétrospective, dans la tradition de constante innovation du festival, rétrospective en l'occurrence consacrée au cinéma français des origines à 1933, celui qui parmi toutes les nations avait offert le plus grand nombre d'authentiques chefs-d'œuvre : À nous la liberté (1932) de René Clair, Un carnet de bal (1937) de Julien Duvivier, La Grande Illusion (1937) et La Bête humaine (1939) de Jean Renoir, Le Quai des brumes (1938) et Le jour se lève (1939) de Marcel Carné.

Les années 1940 Les années 1940 représentent l'un des moments les plus difficiles de la Mostra.

La fin de la Seconde Guerre mondiale divise la décennie en deux. Si depuis déjà 1938 les pressions politiques faussent les résultats et ruinent le festival, avec l'avènement du conflit la situation dégénère à tel point que les éditions de 1940, 1941 et 1942, par la suite considérées comme « non avenues », se déroulent bien loin du Lido de Venise avec peu de pays participants et l'absolu monopole des œuvres et des réalisateurs appartenant à l'axe Rome-Berlin, dans un climat plus propagandistique qu'artistique, représentés également fortement par les stars italiennes comme Alida Valli, Assia Noris et Fosco Giachetti.

Notons pour mémoire qu'en 1940, le film Le Juif Süss de Veit Harlan est présenté à la Mostra de Venise où il reçoit le Lion d'or, salué dans ses critiques par le jeune Michelangelo Antonioni qui voit dans le film la rencontre réussie entre l'art et la propagande.

Après cette triste parenthèse, la Mostra reprend à plein régime en 1946 avec le retour de la paix, mais les projections se déroulent cette fois au cinéma San Marco, à cause de la réquisition du Palais du cinéma par les alliés. Le nouveau directeur, Elio Zorzi, veut par son action retrouver la liberté et le caractère international qui avaient fait le succès de la Mostra détruite par les années de guerre. L'édition de 1946 se tient pour la première fois en septembre à la suite des accords avec le tout nouveau Festival de CannesÀ la fin des années 1930, choqué par l’ingérence des gouvernements fascistes allemand et italien dans la sélection des films de la Mostra de Venise — inaugurée en août 1939 par Goebbels —, Jean Zay, ministre français de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, décide, sur la proposition de Philippe Erlanger, de créer, à Cannes, un festival cinématographique de niveau international..