Éric D. Widmer, né le à Genève, est un sociologue suisse, professeur ordinaire à la Faculté des sciences de la société de l’Université de Genève.

Ses travaux portent sur la diversité des structures familiales, les configurations personnelles et les parcours de vie, dans une perspective comparée et interdisciplinaire.

Il a codirigé le Pôle de recherche national (PRN) LIVES financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS/SNSF), dont les travaux visent à comprendre la vulnérabilité à travers le parcours de vie.

Outre ses activités académiques, Éric Widmer intervient régulièrement dans les médias suisses pour commenter les transformations de la famille, de la conjugalité et des parcours de vie.

Biographie

Éric D. Widmer obtient en 1990 une double licence, l’une en histoire économique et sociale, l’autre en sociologie. Son mémoire est publié en 1993 aux éditions Droz sous le titre De cœur et de raison : Le choix du conjoint à Genève au XIXᵉ siècle. Il se spécialise ensuite en sociologie de la famille et soutient en 1995 une thèse de doctorat rédigée sous la direction de Jean Kellerhals, publiée en 1999 aux Presses universitaires de France sous le titre Les relations fraternelles des adolescentsWidmer, E. D. (1999). Les relations fraternelles des adolescents. Presses universitaires de France.. La soutenance de cette thèse, consacrée aux liens fraternels et à la socialisation affective à l’adolescence, a fait l’objet d’un article de presse dans le Journal de Genève et Gazette de Lausanne.

Boursier du Fonds national suisse (FNS), il mène des recherches postdoctorales de 1996 à 1999 à l’Université de Pennsylvanie puis à l’Université de Californie à IrvineWidmer, E. D., Romney, A. K., & Boyd, J. (1999). « Cognitive aspects of step-terms in American kinship ». American Anthropologist, 101(2), 374-378.. Il devient ensuite maître-assistant au département de sociologie de l’Université de Genève (2000–2002), puis professeur assistant et professeur associé (2003) à l’Institut interdisciplinaire d’étude des trajectoires biographiques (ITB) de l’Université de Lausanne. Depuis 2007, il est professeur ordinaire au département de sociologie de l’Université de Genève.

Entre 2008 et 2010, il codirige le Centre lémanique d’études des parcours de vie (PAVIE), un espace de collaboration interdisciplinaire entre les universités de Lausanne et de Genève. Ces synergies débouchent sur la création du Pôle de recherche national (PRN) LIVES – Overcoming Vulnerability: Life Course Perspectives, actif de 2011 à 2024, avant de devenir le Centre LIVES. Il y contribue au développement d’une approche interdisciplinaire de l’étude des parcours de vie en Suisse.

Au niveau international, il a présidé le réseau de recherche « Families and Intimate Life » de l’European Sociological Association (ESA) de 2009 à 2011.

Les recherches d’Éric D. Widmer s’inscrivent dans la sociologie de la famille et des parcours de vie. Elles s’appuient sur une perspective interdisciplinaire mobilisant la sociologie, la psychologie sociale et l’analyse des réseaux personnels. Son approche configurationnelle vise à comprendre la manière dont les individus structurent et maintiennent leurs relations familiales et personnelles au fil du temps.

Travaux

Les recherches d’Éric D. Widmer s’inscrivent dans la sociologie de la famille et des parcours de vie. Elles s’appuient sur une perspective interdisciplinaire mobilisant la sociologie, la psychologie sociale et l’analyse des réseaux personnels. Son approche configurationnelle vise à comprendre la manière dont les individus structurent et maintiennent leurs relations familiales et personnelles au fil du temps.

Ses recherches se déclinent autour de trois axes principaux : la diversité familiale, les configurations relationnelles et les parcours de vie.

Diversité familiale

Dans ses travaux, Éric D. Widmer s’est démarqué des approches de la famille fondées exclusivement sur la co-résidence et sur le ménage comme unique espace d’observation des pratiques familiales.

En 1998, il lance avec Jean Kellerhals et René Levy une large enquête longitudinale intitulée « Cohésion, régulation et conflits dans les familles contemporaines », comprenant quatre vagues de collecte (1998, 2004, 2011 et 2017). Les données issues de ce programme ont permis d’identifier différents styles d’interactions conjugales, caractérisés par des degrés variables de proximité entre les conjoints (la fusion) et d’ouverture vers l’extérieur.

Ces analyses ont également montré que cette pluralité n’était pas due au hasard des rencontres, mais s’enracinait dans des logiques sociales et structurelles, avec des effets observables sur la vie intime et le désir sexuel des couples.

Par la suite, il s’est intéressé à la manière dont les individus définissent eux-mêmes leur famille. Ses travaux montrent que, dans la société contemporaine, les liens de sang ou d’alliance ne suffisent plus à définir les appartenances familiales, et que des personnes extérieures — amis, voisins ou proches — peuvent être intégrées à la configuration familiale.

Son intérêt pour la pluralité des formes familiales l’a conduit à étudier les familles recomposées et monoparentales après un divorce, ainsi que celles des personnes âgées, des adultes présentant des troubles psychiques et des familles homoparentales en Suisse.

Configurations familiales et personnelles

En 2010, Éric D. Widmer publie Family Configurations: A Structural Approach to Family Diversity (Routledge), ouvrage dans lequel il propose une perspective configurationnelle sur les familles et les relations personnelles. Inspirée notamment par la sociologie relationnelle de Norbert Elias, cette approche repose sur quatre principes : la prise en compte des relations effectives entre individus plutôt que des seuls critères institutionnels (mariage, cohabitation) ; l’élargissement du regard au réseau de relations interpersonnelles au-delà des dyades familiales ; l’étude des interdépendances entre membres ; et la dimension temporelle et contextuelle des liens sociaux.

Cette perspective s’appuie sur le développement du Family Network Method (FNM), un instrument sociométrique permettant de modéliser la structure des relations interpersonnelles et d’analyser les dynamiques de soutien, de conflit et d’ambivalence au sein des familles. Cet outil a ensuite été appliqué dans plusieurs enquêtes comparatives menées en Europe et en Amérique du Nord afin d’étudier les différences culturelles dans les structures de soutien familial et amical.

Widmer et son équipe ont ensuite étendu cette approche à l’étude des réseaux personnels des jeunes adultes en Suisse à travers l’enquête ch-x 2020–2023, menée en collaboration avec le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Cette enquête vise à analyser comment les ressources relationnelles — notamment familiales — influencent les aspirations, les parcours éducatifs et professionnels des jeunes adultes en Suisse.

Parcours et trajectoires de vie

Éric D. Widmer a également contribué à l’étude sociologique des trajectoires de vie dans le contexte européen, en particulier pour les générations nées à partir de la seconde moitié du . En collaboration avec René Levy, il s’inscrit dans le prolongement des travaux de ce dernier sur l’institutionnalisation du parcours de vie et le « statut-maître » sexué. Ces recherches montrent que les parcours personnels et professionnels peuvent être regroupés en un nombre limité de types, dont la probabilité varie selon les caractéristiques sociales, le genre et la génération des individus. Ainsi, les femmes, notamment celles ayant des enfants, disposant d’un faible niveau de formation ou nées dans les années 1940, ont moins de chances d’occuper un emploi à plein temps de manière continue, contrairement à la majorité des hommes.

Ses travaux s’intéressent également aux effets des normes sociales et des injonctions liées à la conjugalité, à la parentalité et à la division sexuelle du travail sur la vulnérabilité au cours de la vie. Ils mettent en évidence la manière dont ces normes influencent l’accès différencié aux ressources économiques et relationnelles selon le genre. Dans cette perspective, des recherches récentes soulignent la vulnérabilité accrue des femmes après un divorce, dans un contexte où le droit privilégie l’indépendance économique des ex-conjoints plutôt qu’une compensation des désavantages liés à la répartition inégale du travail durant le mariage.

Avec ses collègues, Widmer a également exploré les liens entre mobilité géographique, vie familiale et capital social en Suisse. Enfin, en collaboration avec des chercheurs en bioinformatique, il a participé au développement méthodologique de l’analyse de séquences appliquée aux sciences sociales, permettant d’évaluer empiriquement la validité de l’étude simultanée de plusieurs domaines de vie (famille, emploi) et de leurs interdépendances.

Réception académique

Les travaux d’Éric D. Widmer ont suscité plusieurs analyses et recensions dans des revues scientifiques et dans la presse spécialisée, en Suisse et à l’étranger.

Son ouvrage Family Configurations: A Structural Approach to Family Diversity (Routledge, 2010) a été salué pour sa contribution à la sociologie relationnelle et à l’étude empirique des réseaux familiaux. La sociologue canadienne Susanne McDaniel y voit « une approche novatrice de la diversité familiale » et souligne la portée comparative de la méthode configurationnelle développée par Widmer. Une seconde recension, publiée dans le Journal of Comparative Family Studies, insiste sur la dimension internationale et la valeur méthodologique de l’approche configurationnelle proposée par l’auteur.

L’ouvrage collectif Gendered Life Courses Between Individualization and Standardization. A European Approach Applied to Switzerland (LIT Verlag, 2013), codirigé avec René Levy, a également fait l’objet d’une recension critique par Pascal Décarpes, qui en souligne la rigueur empirique et la pertinence comparative dans l’analyse des parcours de vie en Europe.

Le premier ouvrage de Widmer, De cœur et de raison : Le choix du conjoint à Genève au XIXᵉ siècle (Droz, 1993), a été recensé dans la revue Traverse par l’historien Jean-François Bergier, qui met en valeur l’articulation entre analyse statistique et compréhension historique des pratiques matrimoniales à Genève.

Engagements institutionnels et activités publiques

En parallèle de ses activités de recherche et d’enseignement, Éric D. Widmer a occupé plusieurs fonctions au sein d’organismes scientifiques suisses et internationaux. Il a été membre du comité de la Société suisse de sociologie (SSS), qu’il a présidée de 2010 à 2014. Pendant cette période, il a également siégé au Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), au sein du Conseil national de la recherche, Division IV, consacrée aux pôles de recherche nationaux.

En tant que spécialiste des structures familiales et des transformations des modes de vie, il intervient régulièrement dans les médias suisses. Ses analyses ont notamment été sollicitées par la RTS et par la presse écrite, pour éclairer les débats sur la conjugalité, la parentalité et les inégalités de genre.

Par ses travaux empiriques et théoriques, Éric D. Widmer a contribué à l’essor d’une sociologie relationnelle de la famille et des parcours de vie en Suisse et en Europe.

Notes et références

Liens externes Ressource relative à la recherche: ORCID Publications dans la Revue Sociograph (Revue de sociologie de l'Université de Genève): Ganjour, Olga, Myriam Girardin, Marie-Eve Zufferey, Camille Nemitz Piguet, Manuel Tettamanti, Sandra Huri et Eric Widmer, ''Devenir autonome pour être adulte. Ressources et enjeux'', ''Sociograph'', no 72, Université de Genève, 2025. https://www.unige.ch/sciences-societe/socio/sociograph72