Ailurus styani, le Renard de feu (en ), mais plus justement et spécifiquement désigné sous le nom de Panda de Styan, ou plus précisément sous ceux de Panda roux de Styan ou Petit Panda de Styan, est une espèce de mammifère de l’ordre des carnivores de la famille des Ailuridés. Autrefois considérée comme une sous-espèce du panda fuligineux (Ailurus fulgens), des études génétiques amorcées au début des années 2010 et confirmées par une analyse génomique en 2020 ont conclu que cette population constitue une espèce à part entière, isolée des populations himalayennes depuis environ à la suite de variations climatiques.

Plus massif et doté d'un crâne plus large et robuste que son homologue de l'Himalaya, le Panda de Styan arbore un pelage d'hiver particulièrement dense aux teintes rouge foncé éclatant, complété par des membres sombres et des anneaux de queue très contrastés. Muni d'un « faux pouce » facilitant la saisie du bambou, il se nourrit presque exclusivement de cette ressource végétale au sein des forêts tempérées d'altitude du Sud-Ouest de la Chine, du Nord du Myanmar et du Sud du Tibet. Confronté à une forte fragmentation de son habitat et au braconnage lié à sa fourrure, l'animal fait l'objet de plans de conservation internationaux et est classé comme Espèce en danger (EN) par l’UICN. Dénominations Nom scientifique valide : Ailurus styani (Thomas, 1902) selon ; Nom vernaculaire normalisé chinois : . Noms anglais : Styan red panda, Firefox ; Noms vulgaires : Panda de Styan, Panda roux de Styan, Petit panda de Styan Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. , 9780444518774. . Rechercher dans le document numérisé. ; Noms vernaculaires chinois : , ; Noms vernaculaires : Renard de feu⁠⁠, Petit panda, Panda roux, PandaLe panda roux, Firefox ! sur le site du zoo de la Palmyre..

Étymologie Son épithète spécifique, styani, lui a été donnée en l'honneur de Frederick William Styan, marchand de thé et naturaliste anglais (1838-1934) qui a collecté le spécimen type.

Taxonomie et systématique vignette|gauche|Illustration du dans le , 1915. L’espèce a été initialement décrite en 1902 comme une sous-espèce, sous le protonyme Ailurus fulgens styani, par le zoologiste britannique Oldfield Thomas sur la base d’un crâne et d’une peau collectés au Sichuan par . Le spécimen type, un vieux mâle abattu le 14 juin 1897 à Yang-liu-pa dans le Nord-Ouest de la province, est offert par Styan au British Museum. En le comparant à la série d'individus himalayens du Népal et du Sikkim, Thomas justifie cette distinction par des caractères crâniens remarquables, notamment un crâne nettement plus volumineux, une région frontale fortement renflée par des sinus très développés, des arcades zygomatiques élargies et une dentition générale plus puissante. Bien qu'il remarque également que le dos antérieur est moins sombre, l'arrière des oreilles moins noir et les taches blanches de la face légèrement réduites, il considère ces nuances de pelage comme secondaires en raison de la forte variabilité constatée chez les pandas himalayens.

L’animal ne fut considéré que comme le synonyme d’une sous-espèce du panda fuligineux (Ailurus refulgens), par .

Dans un premier temps, le mammalogiste Colin Groves a proposé en 2010, dans une monographie sur les pandas roux, de reconnaître les deux sous-espèce comme des espèces distinctesColin Groves : The Taxonomy and Phylogeny of Ailurus. In : Angela R. Glatston : Red Panda: Biology and Conservation of the First Panda, William Andrew, 2010. DOI:10.1016/B978-1-4377-7813-7.00007-0. Mais ce n'est qu'à la suite de l'étude génomique de Hu en 2020 que ce taxon devient une espèce à part entière sous le nom binominal d’Ailurus styani, marquant ainsi un tournant en révélant deux lignées distinctes. L’étude, basée sur , montre une divergence de ~ entre Ailurus styani et Ailurus fulgens. Des différences claires d’haplotypes mitochondriaux, des marqueurs microsatellites distincts et une absence de flux génétique récent soutiennent la séparation. Les deux espèces auraient été isolées il y a environ à la suite de la glaciation de la pénultième période glaciaire, et se différencient tant sur le plan génétique, morphologique que chromatique. La frontière entre leurs aires de répartition pourrait être le fleuve BrahmapoutreBheem Dutt Joshi et al. (2021) : Siang river in Arunachal Pradesh splits red panda into two phylogenetic species. In : Mammalian Biology, vol. 101, p. 121–124. ou la rivière SalouenF. Wei, Z. Zhang (2009), p. 498.Gege Li : Red panda genes suggest there are actually two different species. In : New Scientist, 26 février 2020.Daniel Lingenhöhl : Nicht ein Katzenbär, sondern zwei.. In : Spektrum.de, 28 février 2020.. La séparation fut effective en 2018, 2019 et 2024 par , ainsi qu’en 2022 par . L’espèce est pour l’instant monotypique selon , néanmoins, des études récentes ont identifié trois population génétiquement distinctes : deux se trouvent dans la province du Sichuan.

Description Le Panda de Styan reste dans l’ensemble, relativement comparable au Panda fuligineux dans ce qui est des caractéristiques générales, notamment par la présence du « faux pouce » lui permettant de saisir le bambou. La longueur tête-corps est estimée de 50 à 64 cm, tandis que la queue atteint une trentaine à une cinquantaine de centimètres, les mâles étant généralement plus lourds que les femelles. L’espèce se distingue toutefois par une corpulence nettement plus massive que son homologue himalayen, les femelles pesant de 4 à 15 kg et les mâles de 4,2 à 13,4 kg...

Sur le plan ostéologique et morphologique, le Panda de Styan possède un crâne plus long, plus large et plus robuste, un front plus bombé, des arcades zygomatiques plus larges ainsi qu'une dentition plus puissante. Adapté à des conditions climatiques plus froides, il arbore un pelage d'hiver plus dense, avec des poils de garde particulièrement longs, et d'une teinte générale d'un rouge foncé plus éclatant et lustré. Ses membres et son ventre affichent une coloration noir-brun sombre, s'étendant parfois jusqu'aux épaules. Le masque facial blanc est plus restreint, l'espace frontal présente des tons brun-rouge plus soutenus, et les anneaux de sa queue se révèlent plus larges et contrastés, alternant entre le rouge-brunâtre, le brun-noirâtre voire le jaune-blanchâtre.

Répartition et habitat vignette|Un panda de Styan sur un arbre au dessus d’un marais dans la base de recherches pour la reproduction des pandas géants de Chengdu, en Chine.|gauche Le Panda de Styan se rencontre principalement dans le Sud-Ouest de la Chine, dans les provinces du Sichuan et du Yunnan, ainsi que dans le Nord du Myanmar et le Sud du Tibet. Sa limite orientale est constituée par la chaîne des Monts Qinling dans la province du Shaanxi.. Sa limite biogéographique avec le Panda fuligineux à l'ouest est marquée par le fleuve Yarlung Tsangpo.

L’espèce vit dans les forêts tempérées mixtes et de conifères situées entre 2 200 et 4 800 m d'altitude. L’orientation nord-sud des chaînes montagneuses de cette région de transition en fait un habitat particulièrement pluvieux et humide, l’espèce privilégiant des zones avec des précipitations annuelles élevées supérieures à 1 mètre 20 de hauteur, une humidité relative modérée à élevée située entre 70–80 %, ainsi que des températures relativement fraîches, entre 12 et 15 °C. Ces forêts sont dominées par des peuplements de hêtres, de chênes et de conifèresF. Wei, Z. Zhang (2009), p. 499.. Le sous-bois dense abrite de riches bambouseraies, de nombreux troncs abattus, des souches et des arbustes, fournissant aux animaux des voies d'accès directes à la canopée et aux feuilles de bambou.

Dans cette zone de distribution chinoise, il partage son habitat avec plusieurs autres mammifères, tels que le Dhole, l’Ours-lune, la Martre à gorge jaune et le Léopard. Parmi les oiseaux, on note une forte abondance de Phasianidés, de grives et de gobemouches. Dans la partie nord de son aire de répartition, le Panda de Styan coexiste en sympatrie avec le Panda géant. Pour éviter la compétition directe pour la nourriture, une séparation de niche s'opère : le petit panda privilégie les pentes abruptes riches en bambous arbustifs et en débris ligneux, tandis que le panda géant préfère des pentes plus douces dotées de bambous plus hauts mais moins denses.

Dans la réserve naturelle nationale de Wolong et la réserve voisine de Fengtongzhai, le domaine vital des individus suivis s'étend de 0,94 à , et leurs déplacements quotidiens varient de 235 à . Plus précisément, le suivi par radiopistage d'une femelle dans la réserve de Wolong a mis en évidence un domaine vital de , contre pour un mâle de la même zone.

Écologie et comportement

Alimentation Le panda de Styan herbivore spécialisé dont le bambou constitue la principale source alimentaire au point où il en est complètement dépendant. Les espèces les plus importantes sur le plan nutritionnel proviennent des genres de bambous Chimonocalamus, Phyllostachys et Thamnocalamus. Les espèces à forte valeur nutritive, comme le Chimonobambusa tumidissinoda et le Arundinaria fargesiiFuwen Wei, Zhenghuan Zhang (2009) – Family Ailuridae (Red Panda). In: Don E. Wilson, Russell A. Mittermeier (dir.), Handbook of the Mammals of the World – Volume 1: Carnivores. Lynx Editions, Barcelone, , p. 501., ainsi que les jeunes pousses, sont particulièrement recherchées. Le régime inclut également des lichens, des racines, de petits vertébrés, des œufs d’oiseaux et des insectes. Dans la réserve naturelle nationale de Wolong, des feuilles de l'espèce de bambou Bashania fangiana ont été identifiées dans près de 94 % des fèces analysées, et leurs pousses ont été retrouvées dans 59 % des fèces collectées au mois de juin.

Reproduction vignette|gauche|Reproduction de deux pandas de Styan au zoo d’Asahiyama, au Japon. La reproduction du panda de Styan est marquée par une saisonnalité stricte, la période d'œstrus se déroulant de la mi-janvier à la mi-mars. La gestation, qui dure entre 111 et 145 jours, aboutit généralement à des mises bas entre juin et juillet. Les analyses hormonales révèlent que cette espèce est un ovulateur induit, ce qui signifie que le pic d'estradiol observé durant l'œstrus ne suffit pas à déclencher l'ovulation ; celle-ci nécessite un stimulus copulatoire pour provoquer une augmentation soutenue de la progestérone, condition indispensable à la réussite de la gestation .

Le comportement reproducteur est étroitement lié aux fluctuations hormonales, les femelles manifestant une augmentation des marquages olfactifs et des vocalisations lorsque les niveaux d'estradiol sont élevés. Les conditions d'élevage influencent également le succès de la reproduction : si les systèmes monogames et polygames semblent adaptés, les conditions polyandres (plusieurs mâles pour une femelle) se révèlent inadaptées. En effet, une femelle placée dans un tel groupe a présenté des profils hormonaux anormaux, avec des taux d'estradiol quatre à cinq fois supérieurs à la normale, et a adopté un comportement d'évitement vis-à-vis des mâles, menant à un échec reproductif total. En dehors de ces cas pathologiques, une portée comprend généralement un à quatre petits, qui dépendent entièrement de leur mère et sont sevrés vers l'âge de 6 à 8 mois.

Le renard de feu et l’Homme Menaces et conservation Les effectifs du panda de Styan sont estimés à environ , principalement répartis entre le Sichuan où le nombre exact est estimé dans les – individus, et le Yunnan avec une population avoisinant les –. On observe un déclin global de près de 50 % en . Les causes principales sont la perte d’habitat, la fragmentation de l’habitat et le braconnage.