L’offensive Broussilov est le nom de la dernière opération militaire russe d'envergure conduite par le général Alexeï Broussilov en . Le , les forces russes commandées par le général Broussilov, commandant en chef du front Sud-Ouest, lancent une grande offensive contre les armées allemandes et austro-hongroises en Pologne. Cette offensive, initialement prévue le , est avancée pour soulager l'Italie de la pression austro-hongroise, le haut commandement italien ayant demandé l'intervention des Russes. L'attaque russe était prévue pour coïncider avec l'assaut franco-britannique dans la Somme, sur le front occidental. Les attaques russes et britanniques avaient pour objectif de soulager une partie de la pression exercée sur les Français à Verdun. L'offensive Broussilov, par l'ampleur des pertes constatées, constitue la bataille la plus meurtrière de la Première Guerre mondiale, tous fronts confondus.

Contexte Le commandement germano-austro-hongrois

Depuis la fin de l'année 1915, l'imbrication croissante des unités allemandes et austro-hongroises crée les conditions d'un commandement centralisé des empires centraux à l'échelle de la totalité du front.

Ainsi, la Double monarchie fournit la majorité des troupes déployées en Galicie, mais ces unités sont placées sous un commandement conjoint. La réalité du commandement est assurée par l'Allemand Alexander von Linsingen, assisté d'un état-major composé d'Allemands et d'Austro-Hongrois, ce qui occasionne des tensions, les Allemands reprochant aux officiers de la double monarchie leur amateurisme, tandis que les Austro-Hongrois se plaignent du mépris des Allemands à leur égard.

Au début de , le commandement austro-hongrois affirme, par la voix du chef d'état-major Franz Conrad von Hötzendorf, ne pas croire à la possibilité d'une attaque russe, à la suite des nombreuses pertes subies, la rendant inapte à toute action offensive jusqu'au moment de l'offensive austro-allemande.

La Russie et l'Entente au début de l'année 1916 Après les échecs essuyés par l'Entente en 1915, les Alliés décident, au mois de décembre, lors de la conférence de Chantilly, de lancer des offensives conjointes sur l'ensemble des fronts, afin de rendre plus difficile pour les puissances centrales le transfert d'unités d'un front à l'autre.

Durant le mois de , l'offensive russe du lac Narotch contre les Allemands, aux confins de la Lituanie et de la Biélorussie, est un échec. L'armée russe, encore mal remise de la Grande Retraite de 1915 en Pologne, est obligée d'attendre l'été avant d'attaquer. Elle bénéficie cependant d'un effort de réarmement intensif : la production russe d'obus est multipliée par 8 par rapport à 1914, à quoi s'ajoutent les livraisons des pays de l'Entente arrivant par le Transsibérien. Les artilleurs russes, formés et équipés par la France, ont considérablement amélioré leurs techniques de bombardement terrestre.

Les Italiens comme les Français, confrontés aux attaques majeures des empires centraux dans le Trentin et à Verdun, demandent à la Russie d'accélérer son offensive afin de soulager leurs fronts menacés. Jusqu'à la fin du printemps 1916, une guerre d'escarmouches se déroule le long du front de l'Est, les deux adversaires ayant fortifié leurs lignes respectives.

Préparation vignette|upright=1.0|Alexeï Broussilov en 1916.|gauche Planification Le plan russe du chef d'état-major général Mikhail Alekseïev prévoyait initialement une offensive principale du Front du Nord-Ouest contre les Allemands dans le secteur de Vilnius. L'offensive du Front du Sud-Ouest contre les Austro-Hongrois devait être une simple diversion.

En dépit des projets russes, l'offensive russe de l'été 1916 s'inscrit dans le cadre d'une planification interalliée complexe visant à mener des offensives simultanées sur l'ensemble des fronts, en France, en Italie et dans les Balkans.

De plus, Broussilov choisit de lancer quatre attaques simultanées, destinées à empêcher le redéploiement des unités allemandes et austro-hongroises, promises à être débordées par ces attaques.

Décision

Lors du conseil de guerre de Mogilev du , Nicolas II prend la décision de lancer de vastes offensives contre les fronts allemands et austro-hongrois. Une directive du formalise cette conclusion en ordonnant une offensive sur trois fronts, mais érigeant le front nord comme le principal outil de la percée russe, la reprise de Vilno devant constituer l'objectif principal.

L'offensive en Pologne et en Bukovine ne constitue alors qu'une attaque de diversion, mais les succès austro-hongrois face aux Italiens incitent les Italiens à presser leurs alliés à lancer des offensives pour soulager leur front en déconfiture.

Ainsi, le , le chef d'état-major de l'armée russe demande de lancer l'offensive le plus tôt possible ; Broussilov lui fait alors savoir la date de déclenchement de l'offensive

Concentration des troupes Cependant, dans un contexte marqué par le déploiement des troupes austro-hongroises contre l'Italie, au détriment du front de l'Est et par des relations exécrables entre les généraux allemands et austro-hongrois, Alekseïev se laisse convaincre de concentrer face aux unités austro-hongroises quatre armées, confiées à Alexeï Broussilov, le vainqueur de Lemberg, chargé de la direction des opérations.

Les forces russes mettent en ligne de plus que les troupes austro-hongroises qui leur font face ; cette concentration est cependant illusoire, les Russes ne parvenant à obtenir de supériorité écrasante nulle part ; en outre ils disposent d'un nombre de pièces d'artillerie inférieur à celui mis en ligne par les Austro-Allemands. En dépit de cette supériorité en hommes, les généraux russes parviennent à obtenir la décision dans les secteurs de percée, les planificateurs russes mettant en ligne un effectif en hommes double de celui des Austro-allemands et une masse d'artillerie supérieure à celle déployée face à eux.

Enfin, pour la première fois, les états-majors russes intègrent les services sanitaires dans la phase de concentration des troupes destinées à prendre part à l'offensive : 400 véhicules de transports, dont la moitié motorisée, sont déployés pour l'évacuation des blessés, afin de soigner les potentiels, attendus dans la phase de rupture du front.

Le déploiement russe ne passe pas inaperçu des services de renseignements de la double monarchie, informés des intentions russes dès les premiers redéploiements d'unités ennemies contre le front austro-hongrois. Ainsi, une solide ligne de défense a été établie dans la profondeur du dispositif des puissances centrales, organisée en trois échelons, structurée autour de solides points d'appui, reliés par des tranchées, défendues par de multiples plans de tir ; aux yeux de leurs concepteurs, ces lignes de défenses sont conçues pour être absolument imprenables par les armées russes.

Déroulement vignette|upright=1.0|Fuyards autrichiens à la frontière roumaine. Le Petit Journal, . Lancée le contre le front autrichien, long de et composé d'unités disparates germano-austro-hongroises, l'offensive, conçue au départ comme une action de dégagement, destinée à soulager le front italien, se transforme rapidement en gigantesque opération de rupture contre le front autrichien, menaçant la cohésion de l'ensemble du front germano-austro-hongrois.

Première phase de l'offensive : la rupture Broussilov mène ses préparatifs avec un professionnalisme inhabituel dans le haut commandement russe de cette période. Il dispose de près d'un million d'hommes et ; il prévoit un large usage de l'artillerie mais aussi des gaz de combat, déjà employés par les Allemands contre l'armée russe en 1915. Il recourt largement à la photographie aérienne et, en maintenant l'ensemble de ses unités en activité, il parvient à dissimuler aux Austro-Allemands la direction de l'attaque principale. Enfin, la percée envisagée par Broussilov s'appuie sur une nouvelle façon de combattre pour l'armée russe : les officiers ne lancent plus de vagues d'assaut, mais la percée est obtenue par des troupes de choc déployées après l'importante préparation d'artillerie afin de réduire les points de résistance ennemis.

Il prévoit d'avancer sur un large front de . Cependant, l'effort de son offensive se concentre sur un front de , de Tarnopol à Loutsk.

L'opération débute par un bombardement de près de d'artillerie russes, cependant limité par les stocks d'obus. Cette préparation d'artillerie, s'étalant sur deux jours, entre le 2 et le , désorganise la solide ligne de défense austro-allemande, neutralisant l'artillerie de forteresse positionnée à l'intérieur des points d'appui.

Le commandement austro-hongrois compte sur ses solides lignes de défense, une triple ligne d'ouvrages en terre renforcée par des bunkers en béton, appuyée sur la rivière Styr. Le chef d'état-major général Conrad ne croit pas les Russes en état de mener une offensive en profondeur. Le soir du , il fête au à Teschen l'anniversaire du Feld-maréchal Frédéric de Teschen, un cousin de François-Joseph, et refuse d'interrompre les festivités. L'archiduc Joseph-Ferdinand, chef de la armée, n'est pas plus rapide à réagir : des récits d'époque le décrivent comme un personnage futile, passant son temps à chasser, consacrant du temps à se promener en barque et à participer à des bals.

Les premiers résultats de la percée russe confirment les espoirs placés dans l'attaque. Ainsi, dès le premier jour, treize percées sont opérées dans le dispositif austro-hongrois, créant de larges brèches dans la profondeur du dispositif austro-hongrois, faisant .

Le front de Galicie s'effondre alors face à la violence du choc infligé par les Russes. Les et armées russes ont pour ordre d'attaquer la armée austro-hongroise par le sud des marais du Pripet. Plus au sud, les 7 et s russes sont dirigées contre la austro-hongroise, rapidement mise en déroute. En 3 jours, les Russes traversent les trois lignes de défense et font . Le , la armée est écrasée et ne dispose plus de moyens d'action : les destructions causées par l'artillerie russe interdisent tout tir de contre-batterie, les lignes téléphoniques sont inutilisables. Des milliers d'hommes, surtout tchèques et ruthènes, s'enfuient dans les bois ou sont faits prisonniers .

Les menaces sur les communications des armées des puissances centrales obligent les austro-allemands à déployer sur place quatre divisions prises sur le front italien et sur le front occidental ; ces redéploiements, décidés dans l'urgence, ne parviennent pas à stopper l'avance russe.

Deuxième phase : l'exploitation vignette|upright=1.0|Canons capturés par les troupes russes pendant l'offensive. La rupture du front austro-hongrois obtenue à partir du , Broussilov, surpris par l'ampleur de la rupture obtenue, engage ses réserves, afin de lancer ses unités dans la brèche qu'une contre-offensive allemande, lancée dans la région de Kovel avec des unités rappelées du front de l'Ouest, échoue à enrayer.

Renforcé par l'apport d'unités allemandes et ottomanes, le front de Galicie est cependant débordé au cours d'une attaque lancée à partir du , menaçant l'ensemble du front austro-hongrois, Conrad tentant à plusieurs reprises de ralentir l'avance russe avec les seules unités austro-hongroises, rapatriées d'Italie, sans succès. En effet, au terme d'une intense préparation d'artillerie, une nouvelle percée est obtenue, obligeant les puissances centrales à transférer en Galicie la totalité des réserves des puissances centrales, y compris des corps d'armée ottomans.