Niš (en serbe cyrillique : , prononcé ou plus rarement en français : . ou Nich, Nisch) est une ville de Serbie située dans le district de Nišava. Au recensement de 2011, la ville de Niš intra muros comptait habitants et son territoire métropolitain, appelé ville de Niš ( et ), avec les cinq municipalités qui le composent, .

Niš, l'antique Naissos (, « cité des naïades ») est l'une des plus anciennes villes des Balkans : les Thraces y habitaient à l'âge du fer ; les Triballes s'y installèrent suivis, après l'invasion celtique de 279 av. J.-C., par le peuple celte des Scordiques. En 75 av. J.-C., la ville fut conquise par les Romains sous le nom de Naissus. Trois empereurs y virent le jour : Constantin Ier (272-337), premier empereur chrétien, Constance III (mort en 421) et Justin (450-527). Les Huns d'Attila la prirent en 441, massacrant ou emmenant en esclavage sa population, mais elle fut reconstruite par l'autorité byzantine, d'où l'aigle bicéphale des armoiries de la cité.

En 1096, bien que chrétienne, elle est pillée par la première croisade de Godefroy de Bouillon.

La même année, elle est prise par les Hongrois, jusqu'en 1173, année où elle fut reprise par l'Empire Byzantin.

Au Moyen Âge serbe, Niš est alternativement serbe et bulgare avant d'être prise en 1396 par l'Empire ottoman qui la garda presque cinq siècles jusqu'en 1878 lorsqu'elle fut intégrée au royaume de Serbie. Pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, Niš fut occupée par la Bulgarie qui la revendiquait depuis la rébellion anti-ottomane de 1841.

Aujourd'hui, par sa population, Niš est la troisième plus grande ville de Serbie après Belgrade et Novi Sad. Elle est desservie par l'autoroute serbe A1 (route européenne E75) et l'autoroute serbe A4 (route européenne E80), qui la relie notamment à Belgrade, et dispose d'un aéroport international, l'aéroport Constantin-le-Grand de Niš. Capitale administrative du district de Nišava, une subdivision du territoire serbe, elle constitue un des centres industriels les plus importants du pays, notamment dans les secteurs de l'électronique (Elektronska Industrija Niš), de la mécanique, du textile et du tabac ; avec AIK banka Niš, la ville abrite l'une des banques les plus importantes de Serbie. Centre religieux et culturel, la ville est le siège de l'éparchie de Niš, une subdivision de l'Église orthodoxe de Serbie ; elle possède une université qui accueille environ étudiants.

Géographie Niš est située dans la vallée de la Nišava, au confluent de cette rivière avec la Južna Morava, la « Morava méridionale ». Le centre de la ville s'élève à une altitude de . Le point culminant de la zone métropolitaine de Niš (ville de Niš) est le mont Sokolov kamen, le « rocher du faucon », qui fait partie du massif de la Suva planina (la « montagne sèche ») et s'élève à . Le point le plus bas de la zone, soit , se situe à Trupale, près de l'embouchure de la Nišava ..

Le territoire de la ville de Niš s'étend sur ; il comprend la ville de Niš intra muros, la station thermale de Niška Banja, ainsi que 68 localités périurbaines.

Climat thumb|right|Le centre de Niš en hiver.

La station météorologique de Niš, située à d'altitude, enregistre des données depuis 1889 (coordonnées ) .. La région de Niš jouit d'un climat continental tempéré, avec une température moyenne annuelle de ; juillet est le mois le plus chaud de l'année, avec une moyenne de . Le mois le plus froid est janvier avec une moyenne de .. La moyenne des précipitations annuelles est de . On compte environ 123 jours de pluie et 43 jours de neige. La valeur moyenne barométrique est de . En moyenne, la force du vent se situe juste en dessous de 3 sur l'échelle de Beaufort.

La température maximale enregistrée à la station a été de le et la température la plus basse a été de le . Le record de précipitations enregistré en une journée a été de le . La couverture neigeuse la plus importante a été de du 23 au .

Pour la période de 1961 à 1990, les moyennes de température et de précipitations s'établissaient de la manière suivante :

+   Relevés à la station météorologique de Niš ()MoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnée Températures maximales moyennes (°C) 3,8 7,1 12,3 18,0 22,9 25,9 28,0 28,5 24,8 18,9 11,7 5,417,3 Températures moyennes (°C) -0,2 2,5 6,7 11,9 16,6 19,5 21,3 21,1 17,2 11,9 6,4 1,711,4 Températures minimales moyennes (°C) -3,5 -1,3 1,8 6,1 10,4 13,4 14,5 14,4 11,1 6,5 2,4 -1,46,2 Moyennes mensuelles de précipitations (mm) 41,3 40,3 45,3 51,3 66,7 69,7 43,6 43,3 43,6 34,1 56,8 53,6 589,6

Toponymie La ville a porté les noms de Naissus en latin et de en grec ancien.

Histoire Située au carrefour des Balkans et des routes d'Europe vers l'Asie mineure, Niš est une des villes les plus anciennes des Balkans. Dans l'Antiquité elle était considérée comme un passage entre l'Orient et l'Occident.

Préhistoire et Antiquité thumb|upright=0.5|Maillet en pierre, vallée de la Nišava.

Les archéologues ont mis au jour des vestiges attestant d'une présence humaine dans la région de Niš depuis la Préhistoire. Ces objets sont aujourd'hui exposés au musée national de Niš .. La région est construite par les Dardanes puis, au , par les Celtes qui fondent la ville de Navissos, la « ville des nymphes », ainsi nommée d'après le nom celte de la rivière Nišava. Les Romains s'emparent de la ville en 75 av. J.-C. et lui donnent le nom de . Située au carrefour de routes qui relient les provinces de Mésie, de Thrace et de Dardanie, la cité est fortifiée et devient une importante ville de garnison.

En 268, tandis que l'Empire romain est en crise, les Goths, alliés aux Hérules, envahissent les Balkans et, notamment, la province de Mésie. L'empereur Gallien les vainc une première fois en avril 268. En septembre de la même année, son successeur Claude II met un terme à une seconde vague d'invasions en remportant la victoire lors de la bataille de Naissus, qui se déroule à proximité de Niš. Cette victoire vaut à l'empereur Claude II son nom de « Claude II le Gothique » ; le futur empereur Aurélien participe lui aussi à la bataille et est un des principaux artisans de la victoire romaine.

thumb|left|Le site archéologique de Mediana, Niš. Le , ou 272, le futur empereur Constantin Ier naît à Naissus. Il est le fils du césar Constance Chlore et de sa première épouse Hélène, et il va être connu dans l'histoire sous le nom de « Constantin le Grand ». Il dote sa ville natale d'édifices imposants et en fait un important centre économique, administratif et militaire. L'empereur s'y fait construire un palais dans lequel il séjourne à de nombreuses reprises. Après sa mort, ses fils Constance II et Constant Ier séjournent à Naissus en 340. L'empereur Julien renforce le système de fortifications de Naissus. Constance III, le mari de Galla Placidia, proclamé empereur en 421, est également né à Naissus. Dans les faubourgs Est de la ville actuelle, on peut visiter le site archéologique de Mediana, qui conserve des vestiges de la résidence impériale, notamment des pavements en mosaïque. D'autres villages appartenant à l'aristocratie ont été retrouvés près du site. Niš conserve également les vestiges d'une basilique paléochrétienne du .

En 441, Attila traversa le Danube et rejoint les troupes de son frère Bleda pour assiéger et prendre la ville ; Naissus est pillée et saccagée ; les habitants de la cité sont massacrés. En 448, l'historien Priscus rapporte : .. Par la suite, l'empereur byzantin Justinien fait reconstruire la ville, mais elle ne retrouve pas sa prospérité du .

Période byzantine et Moyen Âge thumb|upright=0.7|Tombe byzantine à Niš.

Le est marqué par d'importantes migrations des Slaves et des Avars. Après plusieurs tentatives infructueuses, les Slaves réussissent à s'emparer de Naissus en 615 et ils donnent à la ville le nom de Niš ; la plupart des habitants romains perdent la vie ou trouvent leur salut dans la fuite. Vers 987, les Bulgares s'emparent de la ville qui reste sous leur domination jusqu'en 1018, date à laquelle elle est réintégrée dans l'Empire byzantin. En 1072, Niš est attaquée par les Hongrois qui s'en emparent en 1096. L'empereur Manuel Comnène la leur reprend en 1173 et renforce le système de défense de la cité. Après la mort de Manuel , Niš et sa région passent sous le contrôle du prince serbe Stefan Nemanja qui, à cette époque, tentait d'affranchir la Serbie de la tutelle byzantine. En juillet 1189, le prince reçoit à Niš l'empereur romain germanique Frédéric Barberousse en partance pour la troisième croisade ; il tente alors, mais en vain, de convaincre l'empereur de marcher sur Constantinople Dušan T. Bataković, Histoire du peuple serbe, L'Âge d'Homme, 2005, .. De fait, les Byzantins reprennent le contrôle de la ville en 1190. Les Serbes la récupérent en 1205, puis les Bulgares s'en emparent en 1208. La ville redevient serbe au milieu du .

Période ottomane thumb|left|upright=0.8|La forteresse de Niš en 1878. Au , les Turcs ottomans étendent leur domination dans les Balkans. En 1385, après un siège de vingt-cinq jours, le sultan Mourad Ier s'empare de Niš pour la première fois .. En 1389, après la bataille de Kosovo Polje, la plus grande partie de la Serbie passe aux mains des Ottomans ; la partie restée libre porte le nom de despotat de Serbie. En 1443, des armées chrétiennes menées par le chef militaire Jean Hunyadi, allié au despote serbe Đurađ Branković, vainquent les Ottomans et les repoussent jusqu'à Sofia, ce qui permet à Niš de rester une ville libre jusqu'en 1448. En revanche, cette date marqua le début d'une présence turque longue de plus de quatre cents ans. Sous les Ottomans, Niš devient un important centre militaire et administratif. Dans les années 1729-1733, les Turcs y construisent une forteresse qui existe encore aujourd'hui : bâtie sur le site des anciennes fortifications romaines, byzantines et médiévales, elle est un exemple d'architecture militaire ottomane dans les Balkans.

thumb|upright=0.7|Ćele kula (la « tour des crânes »). En 1737, au cours de la quatrième guerre austro-russo-turque, les troupes autrichiennes entrent en Valachie et dans la partie ottomane de la Serbie. François-Étienne de Lorraine, avec le général von Seckendorf, entra en Macédoine et s'empare de Niš durant l'été. Mais les Turcs d'Humbaraci Ahmed Pasha (Claude Alexandre de Bonneval, un français converti à l'islam) reprennent la ville et imposent un traité de paix aux Habsbourg.

Le premier soulèvement serbe contre les Turcs commença en 1804, sous le commandement Karađorđe (« Georges le Noir »). En 1809, Niš est encore tenue par les Ottomans. Profitant du fait que les Turcs sont en guerre contre la Russie, les insurgés marchent sur le sud de la Serbie. Le , soldats serbes, commandés par Miloje Petrović, approchent des villages de Kamenica, Gornji et Donji Matejevac, à proximité de la ville. Les Serbes creusent six tranchées, dont la plus importante se trouve sur le mont Čegar, commandée par le voïvode Stevan Sinđelić à la tête de hommes. Le , les Turcs, au nombre de hommes, se lancent à l'assaut de la tranchée. La bataille du mont Čegar dure toute la journée. Quand Sinđelić se rend compte qu'il va être vaincu, il fait exploser ses réserves de poudre, ce qui provoque sa propre mort, ainsi que celle de nombreux soldats serbes et ottomans. Le grand vizir Khursit Pacha, qui commande l'armée ottomane, ordonne alors, en signe d'avertissement et comme symbole de la défaite serbe, de construire la tour de Ćele kula (la « tour des crânes »), à laquelle il fait incorporer 952 crânes appartenant aux insurgés serbes. En 1833, le poète Lamartine, de passage dans la région, appose une plaque sur la tour. On peut y lire les mots suivants : . Un monument célébrant le souvenir de ce combat est érigé au mont Čegar en 1927 ..