Le château de Chantemerle, dit aussi anciennement château de Chantemesle, ou encore Essonnes, et même parfois Essaune, est un château disparu, qui se situait sur la commune de Corbeil-Essonnes. Il a appartenu à Louis Hesselin, qui y a reçu la reine Christine de Suède. On en connaît une vue gravée signée "Israël" pour Israël Henriet ou Israël Silvestre.
Histoire
Le château était voisin de la commanderie de "Saint-Jean en Isle". Son entrée était située sur la grande route de Paris à Fontainebleau.
Louis Hesselin, l' "inventif" "Intendant des Plaisirs du Roy" (vers 1636-1638/ et jusqu'à 1662) thumb|gauche|Domenico Pieratti, busto di Louis Hesselin, 1637 ca. 02 Seigneur de Condé, maître d'hôtel du Roi et de sa Chambre aux deniers, souvent considéré comme le surintendant des plaisirs du roi, chorégraphe de nombreux ballets où il fit danser le jeune Louis XIV, Louis Hesselin fut l'organisateur de brillantes réceptions, tant dans sa campagne de Chantemesle à Essonnes, où Louis Le Vau édifiera la première "salle à l'Italienne" construite en France, que dans l'hôtel qu'il fit construire par Louis Le Vau, sur l'emplacement de l'actuel du quai de Béthune à Paris (hôtel d'Hesselin), entre 1640 et 1644.
La maison était très ornée. Guillet de Saint-George parle d'un plafond peint par Charles Le Brun et de plusieurs ouvrages de sculpture dus à Gilles Guérin sur les dessins de Sarrazin. Hesselin avait fait graver sur la porte de son vestibule cette inscription d'une orgueilleuse modestie : Parva quidem sed [apta].
Le château de Chantemesle (puis ChantemerleAujourd’hui, ce lieu s’appelle le parc Chantemerle à Corbeil-Essonnes (91100). Le château ainsi que les jardins n’existent plus. à l'époque d'Oberkampf), fut décoré par Jacques Sarrazin, qui y réalise des statues dont une Cérès mais aussi quelques tableaux, Gilles Guérin et Jean Blanchard, frère de Jacques Blanchard. Charles Le Brun y avait peint le plafond de la "salle à l'Italienne".
Hesselin avait acquis la propriété d'un M. de Chantemesle. Il la possédait avant 1638, d'après la date d'une convention qu'il passa à cette époque avec l'ordre de Malte, qui, comme possesseur de la commanderie de Saint-Jean-en-l'Ile, de Corbeil, avait Chantemesle dans sa censivehttps://archive.org/stream/mmoires22sociuoft/mmoires22sociuoft_djvu.txt. Israël Sylvestre nous a laissé une vue de cette maison, mais elle ne doit pas en donner une idée très exacte. Le dessin est un peu confus et laisse mal deviner la disposition de l'édifice et de ses entourages. Il ne semble pas qu'Hesselin ait été le constructeur de Chantemesle, mais il y avait fait de grands travaux.
thumb|Photographie des restes de l'ancienne entrée en demi-lune du château de Chantemerle.
Un jardin d'eaux avec des "machines", unanimement célébré
La gravure du domaine au début du XVIIe siècle donne la légende suivante : "Veuë et Perspective de la Maison de Chantemesle, lieu tres curieux pour les Jardinages et Cascades d'Eaux, et du Village d'Essonne, a sept lieües de Paris sur le chemin de Fontainebleau.".Dans ses Antiquités de la ville de Paris ...., Sauval écrit : "Je laisse là Essonne ou Chantemesle, si célèbre par tant de machines dont l'inventif Hesselin s'était servi, et tout de même Courances, qu'arrosent et embellissent quantité de canaux et de jets d'eau".
thumb|Chateau de Courances avec ses canaux
Cette phrase éclaire sur l'esprit des jardins de Chantemesle, qui sont alors comparés à ceux du château de Courances, c'est-à-dire des jardins à canaux. Quant aux jets d'eau, ils pouvaient être assez proches de ceux que l'on trouvait dans les jardins du château de Liancourt.
John Evelyn donne un peu plus de détails dans son journal de visite : « Nous passâmes, dit-il, à Essonne, maison appartenante M. Hesselin, un grand curieux; nous y vîmes de bons tableaux, mais rien de si remarquable que ses jardins, ses fontaines, ses bassins, surtout celui de forme triangulaire, où l'eau arrive par une quantité de mascarons disposés tout autour. Il y a aussi une belle cascade avec de jolis bains... Sous une table de marbre, il y a une fontaine dont le jet figure des serpents qui s'entrelacent autour d'un globe».Chantemesle était entouré de plusieurs rivières, et Hesselin avait établi des machines élévatoires, fournissant en abondance des eaux jaillissantes, qui jouaient un grand rôle dans ses fêtes. D'ailleurs, dans un ouvrage intitulé Les antiquitez de la ville, comte et chatelenie de Corbeil de 1647https://www.europeana.eu/fr/item/9200332/ABO__2BZ17546630X, il est indiqué ce qui suit sur Chantemesle : "Chante-mesle, belle maison, située entre Essonne et S. Jean en L'Isle : elle appartient au sieur Hesselin Conseiller du Roy en ses Conseils, Maîstre d'Hostel ordinaire de Sa Maison, & de sa Chambre aux deniers, lequel se servant de la commodité de l'eau de la rivière d'Estampes qui passe au travers de ses jardins, en eslève des Fontaines & Cascades, faites par artifice non commune, lesquelles attirent les personnes les plus curieuses aux doux murmure de ses eaux & beauté des jardinages de cette Maison".. L’inventaire après décès d’Hesselin (Arch. nat., MC, XX, 310), comme beaucoup d’autres, ne mentionne aucune sculpture à Chantemesle faisant partie du bâtiment ou du jardin..
Fêtes et réceptions : une maison "divertissante" sur la route entre Paris et Fontainebleau thumb|Louis Hesselin, par Robert Nanteuil, 1658, NGA 9285
Louis Hesselin y recevra notamment Christine de Suède, la Grande Mademoiselle, le Roi et la Cour, comme Carlo Vigarani, qui purent en admirer les jardins et les jeux d'eau. Hesselin était très proche de Simon Vouet.
La première fois que nous voyons Hesselin cité dans la Gazette, c'est en 1646 ; mais il n'en est certainement pas à son coup d'essai. Le 18 août, la reine d'Angleterre, accompagnée du prince de Galles, son fils, du prince Robert, son neveu, et d'une suite de près de , va coucher chez Hesselin à Chantemesle. Un somptueux repas, pendant lequel des musiciens se firent entendre, fut suivi d'un bal, puis d'un ballet improvisé, qui obtint un grand succès. Enfin fut offert "Un feu d'artifice sur la rivière, que l'eau, la nuit & l'espesseur des arbres qui l'environnoyent, firent trouver bien agréable" (G, p. 766). La reine s'arrêta encore à Essonnes le 23 août, à son retour de Fontainebleau.
Deux mois après, le 4 octobre 1646 , l'ambassadeur extraordinaire de Suède, revenant de Fontainebleau, alla coucher chez Hesselin, qui le traita splendidement. Le diplomate s'était, paraît-il, bien trouvé de la réception, car, le 14 du même mois, il va de nouveau dîner chez Hesselin « dans sa belle maison de l'Isle". Ce jour-là, Hesselin lui donna "le divertissement de plusieurs sortes de musique, d'un fort beau ballet, & du bal, qui fut terminé par un feu d'artifice sur la rivière" (G. p. 956).
L'année suivante, le 23 septembre 1647, c'est le landgrave de Hesse qui va à Fontainebleau dans les carrosses de la cour et qui est traité à Essonnes (chez Hesselin certainement) par les officiers du roiGazette du 12 octobre 1647. .
Au moment de la Fronde, en janvier 1649, le jeune roi quittait Paris, Hesselin en fit autant. Il paraît avoir séjourné à Essonnes, où Dubuisson prétend, d'après un faux bruit (2 février 1649) "qu'il doit héberger le duc Charles de Lorraine, en route pour se rendre à la cour. Le 18 mai 1650, il paraît avoir reçu réellement à Chantemesle la princesse douairière de Condé.
thumb|Corbeil par Chastillon. Chantemerle était situé entre les lettres N et O.
Pendant deux ans, nous sommes sans nouvelles. Pourtant quand, en mai 1653, la Cour, revenant de Fontainebleau à Paris, s'arrête pour dîner à Essonnes, il est plus que probable qu'elle y est traitée par Hesselin. En tout cas, l'année suivante, où la Gazette donne la même indication pour le 5 mai, la Muse historique de Loret nous apprend que c'est bien Hesselin qui reçoit le roi. Le chroniqueur consacre d'abord toutes les fleurs de son style au maître de la maison : Cette ingénieuse personne / Le fameux Monsieur Hesselin. puis à Chantemesle, qui est un :... logis des plus plaisans / Pour le dedans et pour l'entrée / Qui soit en toute la contrée ; / Car, comme il est industrieux. / Riche, inventif et curieux, / Il ne plaint aucune dépense / Pour orner cette résidence, / Où l'on voit maintes raretez, / Tant les hyvers que les étez. Le 28 novembre 1653, Loret consacre une quinzaine de vers à la réception somptueuse qui fut faite à Chantemesle au duc d'Épernon ; c'est une occasion nouvelle de flatter le maître de la maison :Il traite admirablement bien, / Il exerce dame opulence, / Et je le sais d'expérience. C'est-à-dire qu'Hesselin aimait les louanges et qu'il savait, par des procédés généreux, entretenir la verve louangeuse du chroniqueur.
A partir de mai 1655, on trouve Hesselin désigné comme "Intendant des plaisirs du roi".
Le , Laure Martinozzi, la nouvelle princesse, part pour l'Italie. A la première étape du voyage, Hesselin reçoit magnifiquement les jeunes époux « en sa belle maison de Chantemesle. »
Chantemesle joue un grand rôle cette année. Le 7 août 1655, le duc de Mantoue est traité à souper avec beaucoup de magnificence par la princesse Palatine, sa tante, « dans la belle maison du sieur Hesselin. »
En septembre, la cour s'y arrête deux fois ; la seconde, c'est un gala complet : deux tables aux frais du roi pour les plus grands personnages et une troisième à laquelle Hesselin régale tous les « seigneurs, avec une chère qui répondait entièrement à la magnificence du maître de cette divertissante maison ».
Le 25 octobre 1655, la cour dîne à Essonnes. « Son Éminence dîna aussi dans un cabinet joignant la chambre de Leurs Majestés, lesquelles, après s'être promenées en cet agréable lieu, en partirent sur les trois heures".»
En novembre 1655, c'est une grande Saint-Hubert. Cinquante dames et cent cavaliers prennent part à la chasse, qui est suivie d'un repas somptueux et d'un grand bal. Huit jours après, on fête encore la Saint-Martin presque aussi magnifiquement. Loret consacre 80 vers à ces deux fêtes et donne carrière à sa verve louangeuse. Hesselin, à ses yeux :
Paraît dans son palais d'Essonne Comme un petit roy sur son trône.
Le 26 décembre 1655, le duc de Modène, revenant à la cour, se repose à Essonnes, et une autre fois encore, semble-t-il, lors de son départ.
thumb|Gravure des jardins de Liancourt, avec des jets d'eau
Puis les réceptions reprennent à Essonnes : le 12 mars 1656, on y voit le prince de Gonti; le 24 Juillet, c'est Mademoiselle. Celle-ci raconte à ce propos dans ses Mémoires une anecdote plaisante qui montre qu'à Chantemesle on poussait parfois un peu loin les divertissements hydrauliques. Mademoiselle venait de traverser une grotte, conduite par M. de Guise; beaucoup de courtisans suivaient à distance. Tout à coup on entend des cris, une bousculade se produit, on tombe les uns sur les autres : c'est que « l'ingénieux Hesselin » venait de faire ouvrir des Jets d'eau qui sortaient de terre dans le pavé de la grotte. Une fort grande dame, la princesse de Lixin, fut couverte de boue, eut ses habits déchirés, et on fut presque obligé de l'emporter à Corbeil, où elle alla se coucher dans un couvent. Mademoiselle rit encore en le racontant.
Le 6 septembre 1656, Hesselin reçoit la reine de Suède (voir ci-dessous).
Le 26 avril 1657, il reçoit à leur passage à Essonnes le prince et la princesse de Conti, qui prennent deux repas chez lui. Son ami Loret en profite pour conclure que le maître de la Chambre aux deniers est au mieux avec le grand maître de France, quoiqu'on ait insinué le contraire.
Le 19 août 1658, Hesselin reçoit à souper à Essonnes le couple royal, qui y dîne encore le 21 septembre 1658.
En 1661, les ballets reprennent, et c'est Hesselin qui conduit le 22 février le ballet de l'Impatience ; le 17 août, lors de la grande fête de Vaux, il prête au surintendant Fouquet le secours de sa vieille expérience.