(en anglais A Boy with a Flying Squirrel) ou Henry Pelham est une huile sur toile peinte en 1765 par l'artiste anglo-américain John Singleton Copley et conservée au musée des Beaux-Arts de Boston. Ce tableau représente Henry Pelham, adolescent et demi-frère de l'artiste, en compagnie de son écureuil volant apprivoisé, un animal qui devient un symbole récurrent dans les portraits coloniaux américains.
Réalisée à une époque où Copley exerce en tant que portraitiste à Boston et aspire à se faire un nom en Europe, l'œuvre est présentée à Londres en 1766, où elle reçoit les éloges de peintres tels que Joshua Reynolds, qui souligne la maîtrise technique de Copley et l'aspect détaillé de son travail. Considéré par les critiques comme un tournant dans la carrière de Copley et un marqueur dans l'histoire de l'art américain, ce tableau a également été exposé à la National Gallery of Art.
Contexte artistique
Avant l'indépendance des États-Unis, dès 1765, John Singleton Copley est devenu l'un des portraitistes les plus prisés des riches habitants de Nouvelle-Angleterre, de Boston et de New York qui aspirent à voir leur richesse et leur position sociale mises en valeur. Autodidacte ayant étudié seul l'art européen par le truchement d'estampes., l'artiste s'inscrit à ses débuts dans la tradition spécifiquement américaine des ., marquée par ce que l'historienne de l'art considère comme un souci d'exactitude allié à un désir de percer le mystère des peintures de cour britanniques.
Copley aspirait à devenir peintre d'histoire selon les canons européens. Afin d'évaluer l'accueil de son œuvre en Angleterre, il achève à l'âge de vingt-sept ans, à l', Le Garçon à l'écureuil, destiné à un public londonien.
Les portraits coloniaux américains présentent assez fréquemment des écureuils enchaînés, tenus par des femmes ou des enfants, symboles de domestication réussie qui témoignent de la bonne éducation de leurs propriétaires, le dressage visant à l'animal comme son maître. L'historien de l'art observe, plus généralement, que la représentation d'enfants avec des animaux est une convention commune dans la peinture européenne depuis le , s'inscrivant dans l'usage de représenter les sujets dans l'exercice d'une activité qui leur est habituelle, celle de loisir pour les enfants, non sans recherche d'un effet de drôlerie dans le sérieux avec lequel l'animal-trophée est brandi. Selon Neumeyer, la composition est presque toujours , afin de garantir aux parents .
Outre ce tableau, Copley peint en 1765 deux autres œuvres intégrant des écureuils : et . Selon le critique Henry Theodore Tuckerman, John Singleton Copley avait une connaissance approfondie de l'histoire naturelle de l'écureuil volant et a possédé plusieurs spécimens apprivoisés. Son utilisation emblématique de l'écureuil s'inscrit dans une mode américaine de la deuxième moitié du , dont témoignent également des œuvres de Joseph Badger, sans qu'on sache très bien si Badger ou Copley en est à l'origine..
Description gauche|vignette|alt=Jeune fille de profil regardant un écureuil|Jeune Fille badinant avec un écureuil, gravure de Jean-Baptiste de Poilly d'après un tableau présenté au Salon de 1737 par Jacques Courtin.
Le tableau représente Henry Pelham de profil, assis à une table. Il regarde vers la gauche comme perdu dans une rêverie, son oreille [dégagée] occupant une place prépondérante dans la composition. Pelham est représenté avec des vêtements de qualité qui soulignent son rang et son prestige. La chaîne en or renforce encore cette volonté d'affirmer la supériorité sociale du sujet, ainsi que celle de l'artiste lui-même. Le jeune garçon porte une redingote bleu foncé dont le col est doublé de satin rose, un gilet jaune et une chemise à col blanc rabattu. Sa main droite tient par une chaîne en or son écureuil volant. Le peintre a prêté une attention particulière aux jeux d'ombre et de lumière sur les vêtements, particulièrement les volants des poignets, les ondulations du col rose et les ombres sous les boutonnières du gilet. Il met en œuvre une palette assez variée en couleurs et textures : le drapé rouge en arrière-plan , la surface lustrée de la table en acajou, l'épiderme du garçon, le pelage soyeux de l'animal ainsi que les reflets délicats dans le verre d'eau. L'écureuil, dont le regard entre en contact avec le spectateur, bénéficie d'une attention particulière, notamment dans le traitement précis de ses yeux et de son patagium. Il est figuré en train de grignoter la chair d'une noisette récemment cassée, geste emblématique dans l'art colonial américain qui symbolise la patience et la persévérance.. Copley adapte son style pour plaire au public anglais en idéalisant le visage de son modèle, tout en conservant une précision réaliste pour les détails matériels. Dans cette œuvre, il soigne les proportions et modifie certaines parties comme la table et les bras, comme l'a révélé une restauration récente. L'historienne Jennifer Rogers a décrit son aperception progressive du tableau durant la première heure d'une période d'observation qui en comptait trois de la manière suivante : Selon le neurologue Geoffrey Schott, ces ressemblances ne sont pas nécessairement voulues mais leur reconnaissance est un trait caractéristique du processus de mémorisation inhérent à l'observation..
L'historien de l'art Alfred Neumeyer relève que le tableau de Copley sur une gravure de Jean-Baptiste de Poilly d'après un tableau présenté au Salon de 1737 par Courtin et intitulé Jeune fille badinant avec un écureuil.. Selon cet auteur, la position de la tête, le profil et la manière de tenir la chaîne sont presque identiques, l'originalité de Copley résidant dans Lettre d'Alfred Neumeyer dans ...
Composition
Ce tableau n'est pas une œuvre de commande, à l'opposé de la plupart des portraits réalisés par Copley à Boston. Avec ce portrait, Copley a voulu démontrer qu'il maîtrisait parfaitement les codes iconographiques de la peinture anglaise, affirmant ainsi la légitimité de son aspiration à être reconnu comme un pair par les peintres de la Society of Artists of Great Britain. Sa composition ne répond pas aux exigences d'un client et il n'est pas destiné à être conservé au sein d'une famille, mais à voyager et à toucher un public qui ne connaît pas le sujet du portrait. Selon Jennifer Roberts, le choix d'une représentation de profil, rare dans la période américaine de Copley et peut-être inspiré par Chardin, permet de réifier le sujet du tableau en évitant qu'il ne regarde le spectateur, tout en conférant à l'œuvre une valeur d'échange, comme par allusion aux profils présents sur les pièces et médailles. Ce mode de représentation assure, selon Jennifer Roberts, une tout en permettant une .
vignette|gauche|alt=Femme assise devant une table très cirée.|Le portrait de Mme Devereux (1771), un tableau à , conçu en vue d'un envoi transatlantique. Si le choix de représenter le sujet de profil est évocateur de la dénotation aristocratique liée à limago clipeata, d'autres éléments de composition en contredisent la planéité et tirent l'œuvre vers le tableau de conversation. Tel est le cas de la table en acajou, dont le plateau reflète et amplifie plusieurs éléments-clés du tableau, en orientant frontalement ce dernier vers le spectateur, avec lequel il engage un lien porteur en même temps d'illusion et de mise en confiance. Ce dispositif préfigure la série des tableaux dits à , auquel appartient notamment le portrait de Madame Devereux (1771), où la table joue un rôle central et médiatif entre le sujet et le spectateur et dont l'exécution caractérise le style précis de Copley par opposition à la facture plus rapide de Reynolds. Selon Roberts, la combinaison entre un profil et un tableau de conversation est une sorte de . Le romancier et critique John Updike trouve plutôt une au contraste entre la sécheresse minutieuse du traitement des matières et de l'animal et la qualité du rendu du visage..
vignette|alt=Représentation d'un écureuil volant dans un livre de botanique.|Un écureuil volant américain (glaucomys) figuré par le naturaliste et graveur Mark Catesby au .. Le premier plan du tableau est occupé par l'écureuil, lié au modèle par une chaîne, mais qui, à l'inverse de celui-ci, regarde le spectateur. Jennifer Roberts interprète la précision naturaliste de son traitement pictural à la lumière des analyses de Susan Scott Parrish sur le rôle de cadeaux des spécimens américains : offerts à des récipiendaires anglais, ils étaient censés susciter en retour estime et gratitude. et à tout le moins, dans le cas de Copley, permettre d'entamer une correspondance avec des peintres britanniques. Elle considère le choix de cette espèce comme particulièrement pertinent, le déploiement de son corps en vol offrant à la tension de la toile peinte sur son châssis. Selon Eric Rosenberg, l'écureuil représente en même temps le monde sauvage des colonies dont il est originaire, le pinceau du peintre, auquel son pelage fournit les poils, et la relation de ce dernier au sujet du tableau, auquel ils sont tous deux enchaînés..
vignette|gauche|alt=Homme assis devant un lutrin, levant les yeux au ciel.| Neumeyer rapproche le Portait de Mr. Orpin (attribué à Thomas Gainsborough, c. 1765) du tableau de Copley, pour l'orientation du regard vers une source de lumière inspirante, caractéristique de la période des Lumières. Selon Alfred Neumeyer, il est possible que le tableau soit basé sur un dessin ou une esquisse plus ancienne, Pelham ayant seize ans en 1765 et semblant en avoir une dizaine, mais il est peu probable que la composition d'ensemble soit plus ancienne. Il observe que le tableau est centré sur le mouvement et estime qu'il constitue : le coin de la table, au premier plan, conduit dans le tableau, avec pour contrepoint une autre diagonale, formée par le bord de la table, la chaîne et le bras, tandis que le corps penché en avant du garçon et son regard tourné vers le haut forme une troisième diagonale, l'équilibre de ces lignes étant maintenu par la contre-forme descendante et incurvée du rideau contrebalançant la direction globalement ascendante. Neumeyer note également la qui, selon lui, . Dans un autre registre, Neumeyer souligne que Copley, attaché au rendu des natures mortes, fait de l'écureuil et du verre d'eau des objets d'intense intérêt visuel. Il estime aussi que les couleurs choisies par Copley sont évocatrices de la peinture baroque et évoquent la peinture de cour. Pour cet auteur, la clé du tableau réside dans la manière distraite dont Pelham tient la chaîne, le geste de la main résonnant avec le regard du sujet perdu au loin dans ses rêves et qui a oublié son jouet. Neumeyer voit dans cette expression du visage de Pelham la représentation d'une et l'affirmation d'une nouvelle conception de la dignité de l'homme, dont la tête devient désormais porteuse d'expression picturale, le portrait résumant ainsi une période mourante en même temps qu'il symbolise une époque naissante. Il rapproche à cet égard la conception du tableau de la publication de lÉmile de Rousseau (1762) qui marque l'aube d'un . Au total Neumeyer considère cette œuvre comme .
En revanche, l'historien Trevor Fairbrother diverge de l'analyse de Neumeyer sur l'illumination, mettant en rapport pour sa part le regard perdu de Pelham avec celui des saints et des madones dans l'art dévotionnel, tout en concédant que la scène représentée par Copley est plus .
Traversée de l'Atlantique