Le Siège de Dijon par les Suisses en 1513 ou Dijon assiégé par les Suisses en 1513 est une tapisserie anonyme, souvent datée de 1520 environ, conservée au musée des Beaux-Arts de Dijon, qui représente le siège de Dijon de 1513.
Cet épisode de la guerre de la Ligue de Cambrai, où une armée du Saint-Empire, composée de à originaires de la Franche-Comté et surtout de la Confédération suisse, assiège la ville du 9 au avant de se retirer en échange d'une rançon et d'otages, est rappelé par la tapisserie intitulée Le Siège de Dijon par les Suisses en 1513, de de haut et d'environ de large.
Celle-ci met en scène trois moments : à gauche, l'attaque de la ville et la destruction des remparts par l'artillerie de l'armée suisse ; au centre, une procession dédiée à la Vierge Notre-Dame de Bon-Espoir et son apparition céleste ; et à droite, la négociation qui conduit au départ des assiégeants. Les belligérants sont, pour les principaux, reconnaissables à leur habillement et aux symboles qui les désignent, notamment le gouverneur de Bourgogne , personnage central de la négociation. Les principales églises de la ville sont également identifiables.
La scène centrale, la procession portant la Vierge Notre-Dame de Bon-Espoir, qui rassemble les habitants de la ville qui défilent derrière les autorités ecclésiastiques, est la partie principale de la tapisserie. Si la tradition ecclésiastique dijonnaise décrit bien une procession miraculeuse qui permet la levée du siège, les sources exactement contemporaines du siège n'en font pas état. Ce n'est que dans les années suivantes qu'un tel événement est mentionné, alors que se mettent en place deux processions annuelles, l'une organisée par la municipalité, l'autre par une confrérie créée à cet effet, en remerciement de la levée du siège.
Le commanditaire de la tapisserie semble être l'échevin Philibert Godran, qui fait partie des otages remis en gage par la ville aux Suisses. Il aurait fait cette commande à son retour de captivité, probablement en Flandre, possiblement à Tournai ou à Bruges. Elle est ensuite conservée dans l'église Notre-Dame avant de rejoindre les collections du musée des Beaux-Arts en 1832. Classée monument historique en 1939, sa dernière restauration date de 2008-2009.
Le siège de 1513 L'événement et son récit Le siège de Dijon en s'inscrit dans le contexte des guerres d'Italie, plus précisément de la guerre de la Ligue de Cambrai. Une armée d'environ à , à la solde de l'empereur du Saint-Empire et composée principalement de Suisses et de Francs-Comtois, envahit le duché de Bourgogne, dans le royaume de France. Ils sont dirigés par le duc de Wurtemberg et le maréchal du comté de Bourgogne Guillaume de Vergy pour les Impériaux, et par Henri Winckler, capitaine de Zurich, Jacques de Wattewil ou Watteville, capitaine de Berne, et Jean Marti, capitaine de Lucerne, pour les Suisses. Ils ravagent la Bourgogne et arrivent devant Dijon le .
Le siège de la ville a lieu du 9 au . Les Suisses commencent à assiéger et à bombarder la ville le et les combats s'arrêtent le 13, en application d'un accord passé entre les assiégeants et le gouverneur de la Bourgogne .
Ce traité comprend une renonciation du roi français à ses prétentions en Italie et surtout le versement d'une indemnité de guerre de , somme colossale, aux Suisses et de aux Impériaux, à verser fin septembre et à la Saint-Martin, le . Les Suisses obtiennent un versement immédiat de et, en garantie, cinq otages : le neveu de , René d'Anjou-Mézières, Jean de Rochefort et trois Dijonnais de premier rang, Bénigne Serre, Jean Noël et Philibert Godran. refuse ces conditions et les Suisses n'obtiendront en réalité que , en échange de la libération des otages.
La tapisserie intitulée Le Siège de Dijon par les Suisses en 1513 ou Dijon assiégé par les Suisses en 1513, est un récit de ce siège. Conservée au musée des Beaux-Arts de Dijon, elle est tissée en laine et en soie et mesure de hauteur. Sa largeur varie de en haut à en bas.. Elle est datée imprécisément de la première moitié du ., mais probablement tissée peu après 1513, vers 1520. Elle montre principalement un épisode spécial de cet événement, la procession de la statue de Notre-Dame de Bon-Espoir et le miracle de l'apparition de la Vierge dans les nuages. C'est la scène centrale de la tapisserie, précédée à gauche par la représentation de l'attaque ennemie et suivie à droite par le départ des assiégeants. La composition est donc tripartite, suivant une narration en trois étapes, séparées par des colonnes.
Le siège Sur la tapisserie, le siège est raconté à partir de la gauche et de l'ouest, ce qui ne correspond pas tout à fait à la réalité puisque les Suisses sont venus par le coteau de Champmaillot, à l'est, avant de s'installer sur les hauteurs de Champmol. Autour de la ville, le peintre a représenté rapidement la campagne, parsemée de fruits et de ceps de vignes. L'invasion est d'autant plus inquiétante qu'elle a lieu juste avant les vendanges. Les Dijonnais ont stocké des vivres pour tenir plusieurs mois. La tapisserie ne montre pas les faubourgs, que Louis de La Trémoille a fait incendier, mais dont certains bâtiments subsistent. Les tentes des camps des assiégeants sont installées sur les hauteurs, hors de portée des canons de la ville.
vignette|alt=Dessin en couleur représentant des canons qui tirent sur un mur de pierres qui s'écroule, avec des personnes et une ville derrière|Les étapes de la destruction de l'enceinte.
L'armement représenté sur la tapisserie (des arbalètes, des piques, des canons) correspond à la réalité. Les Allemands sont armés du Katzbalger ou lansquenette, une épée courte, lame accrochée perpendiculairement à la ceinture qu'on reconnaît à sa garde en forme de S. Assiégeants et défenseurs tiennent des hallebardes. Les canons des Suisses dessinés sont plus près de l'enceinte et permettent un feu croisé sur la courtine, en tir parabolique plutôt qu'en tir tendu. On ne distingue pas de différence de calibre, alors qu'ils tiraient des boulets de 16 à . Les défenseurs de la ville portent des salades et des chapels de fer.
Dans la partie gauche de la tapisserie, quatre tronçons de mur présentent un récit chronologique de l'attaque : le premier est intact et son canon est inactif, sur le deuxième le canon tire et le mur a reçu un boulet, le troisième montre plusieurs impacts de boulet et a été doublé à l'intérieur d'un remblai de terre. Sur le quatrième tronçon, la courtine est écroulée. Paradoxalement, sur le panneau central et le panneau de droite, l'enceinte est intacte, ce qui n'est pas chronologiquement logique, puisqu'elle est détruite auparavant. Le panneau central illustrant la protection apportée par la Vierge Marie, il n'est pas possible de montrer la muraille détruite. La tapisserie ne montre pas les destructions dues à la guerre. Pourtant, la chartreuse de Champmol, hors les murs, est occupée et endommagée par les Suisses et des dégâts causés aux murs des églises intra-muros sont attestés.
Les deux camps vignette|redresse|gauche|alt=Dessin représentant des hommes debout qui discutent, avec derrière eux des tentes|Les chefs des assiégeants. Les symboles permettant de désigner chaque camp sont visibles. Du côté des assiégeants, on voit l'ours de Berne, l'aigle impériale et les clés de Saint-Pierre qui rappellent leur alliance avec le pape. Leurs chefs, Jacques de Wattevil, Guillaume de Vergy et Ulrich de Wurtemberg, semblent être identifiables.
Une de leurs tentes porte l'inscription L'OS[T] DES SVISSE[S]. Jacques de Wattevil, avoyer de Berne, tient l'étendard à l'ours, symbole de cette ville. Il est vêtu d'un pourpoint, de hauts-de-chausses dont l'un, relevé, dévoile son genou, et de chausses rayées, le tout assez abîmé. Il porte un chapeau rond orné de plumes. La représentation des Suisses sur les champs de bataille est alors souvent dépenaillée. Le personnage tombé à terre au premier plan porte aussi un assemblage de vêtements civils (des chausses mi-parties) et militaires (un pourpoint rembourré). Le chef le plus à gauche pourrait être Guillaume de Vergy. Le vêtement court aux manches bouffantes avec des chausses rayées qui forment une culotte semble être un habit des Francs-Comtois, puisque certains portent une croix de saint André rouge, signe de reconnaissance de l'armée dirigée par Guillaume de Vergy. Entre Guillaume de Vergy et Jacques de Wattevil, le personnage richement vêtu d'un manteau rouge et coiffé d'un chapeau plat à plumes doit être . À côté de ce groupe, les deux capitaines en armure, à cheval, pourraient être Jean Marti et Henri Winckler.
vignette|redresse|alt=Dessin qui représente un groupe d'hommes debout qui discutent| négociant le départ des Suisses.
L'orant barbu en armure devant la statue de Notre-Dame de Bon-Espoir a été identifié par J. Gaudrillet puis Jules Thomas, suivis par Fabienne Joubert et Catherine Chédeau, comme étant . Selon les études plus récentes, il est plutôt un chef suisse parce que la barbe, sur cette tapisserie, est l'attribut des confédérés et parce que cette identification corrobore une source qui montre adorant la Vierge. Son cheval attend à la porte de l'église.
Du côté dijonnais, on distingue le drapeau de la milice de la ville, une croix blanche sur fond rouge. Sa présence sur la brèche, à côté d'un personnage qui tire à l'arbalète, montre la vigueur de la défense assurée par les habitants de la ville. La roue d'or symbolisant le gouverneur, , est visible à deux endroits de la tapisserie. Dans la partie gauche, on la voit sur un drapeau qui flotte au vent sur les remparts, près de celui de la milice de la ville, rappelant ainsi que le gouverneur est présent sur le lieu de l'attaque. La roue de La Trémoille se retrouve aussi dans la partie droite, sur la représentation de la négociation, sur la casaque d'un des gardes derrière lui.
En effet, la scène avec différents personnages à droite montre les négociateurs : , et d'autres chefs français, accompagnés de trois hommes armés de hallebardes face aux chefs de l'armée des assiégeants. À côté de lui et au premier plan un personnage, dont la robe longue indique qu'il est probablement un magistrat de la ville, pourrait être le maire, Bénigne de Cirey, ou le commanditaire probable de la tapisserie, l'échevin et futur otage Philibert Godran. Ce même personnage peut être également celui qui figure dans la procession de la scène centrale, en robe longue brune, juste derrière les ecclésiastiques. Cette scène est l'un des cinq portraits connus de . Selon l'historien Laurent Vissière, il est . Face à , est représenté dans la même tenue que dans la partie gauche afin qu'on le reconnaisse, possiblement accompagné de Jacques de Wattevil et de Guillaume de Vergy.
Comme pour les bâtiments, les vêtements montrent la volonté du peintre d'employer des stéréotypes et des personnages reconnaissables afin d'être explicite, conformément, probablement, aux souhaits du commanditaire.
Dijon et les Dijonnais L'enceinte L'enceinte urbaine représentée, censée correspondre à la moitié sud de la ville, comporte au moins treize tours et une porte flanquée de deux tours. Les murs sont de moyen appareil, avec des créneaux réguliers. Les courtines et les tours sont percées d'archères et de canonnières, mêlant ainsi des moyens de défense anciens et modernes. L'enceinte a été construite à partir du , avec des aménagements ultérieurs et des adaptations à l'artillerie dont témoignent les canonnières. La comparaison avec un plan de la fin du semble confirmer que les tours étaient bien circulaires avec un toit conique. Sur la tapisserie, le mur d'enceinte est précédé d'un fossé, peut-être en eau. Le château du roi, imposé par à la ville qui a dû le financer, est absent, ce qui s'explique par le fait qu'il était détesté des Dijonnais. La citadelle de Talant n'y figure pas non plus, peut-être pour ne pas surcharger l'ensemble.