Les raids cosaques se sont largement développés en réaction aux raids esclavagistes criméens et nogaïs en Europe de l'Est, lesquels ont débuté en 1441 et ont duré jusqu'en 1774. À partir de 1492, les Cosaques (les Cosaques zaporogues du sud de l'Ukraine et les Cosaques du Don du sud de la Russie) menèrent des offensives militaires régulières sur les terres du Khanat de Crimée, de la Horde de Nogaï et de l'Empire ottoman, où ils libérèrent les chrétiens réduits en esclavage avant de rentrer chez eux avec une quantité importante de butin et d'esclaves musulmans. Bien que difficile à calculer, on estime que le niveau de dévastation causé par les raids cosaques était à peu près comparable à celui des raids esclavagistes de leurs ennemis tatars. Selon l'Histoire de la Rus, les raids cosaques de l' étaient cent fois plus dévastateurs que les raids tatars.

Contexte Le premier raid des Cosaques zaporogues a été mené le , . Durant cette période, les Cosaques étaient moins organisés, leurs rais s'apparentant plus à de la guérilla, avec des attaques alternées entre les Cosaques et les Tatars. Être cosaque à cette époque était « plus une occupation qu'un statut social », comme le décrit Mykhaïlo Hrouchevsky. Cela a changé pour la première fois dans les années 1580, lorsque les Cosaques ont commencé à acquérir un statut social plus élevé dans leurs États respectifs et se sont transformés en formations militaires régulières. À partir des années 1580 et pendant la première moitié du , les raids cosaques devinrent un problème majeur pour le Khanat de Crimée et l'Empire ottoman.

Les pillards cosaques réussissent à mener de nombreux raids grâce à leur adoption efficace des armes à poudre, ce qui leur a permis de rivaliser avec les pillards tatars et les Ottomans. Les Cosaques ont également fait un usage efficace des canons. Bien que les guerres ottomanes en Europe aient conduit à l'annexion de la quasi-totalité de l'Europe du Sud-Est, les Cosaques ne se sont pas laissés décourager et ont souvent été poussés à attaquer profondément à l'intérieur de l'Anatolie, visant également la capitale ottomane, Istanbul. Les raids maritimes des Cosaques zaporogues ne cessèrent qu'en 1648, avec le déclenchement du soulèvement de Khmelnytsky et la formation de l'Hetmanat cosaque ; mais les Cosaques du Don continuèrent leurs raids maritimes jusqu'aux années 1660/1670. Au , les raids cosaques ont diminué en intensité, ne cessant complètement qu'en 1774 avec la fin des raids tatars en Europe de l'Est.

Conflits et raids Le conflit des Cosaques avec les Tatars et les Turcs s'est souvent déroulé en parallèle avec des actions militaires de l'État russe, bien que ces deux acteurs aient auparavant agit indépendamment l'un de l'autre au . Les Cosaques préféraient une doctrine offensive, tandis que dans la plupart des cas, l’État russe se bornait à une doctrine défensive passive.

Raids tatars Au début du , l'État russe renforce les rivières Oka et Ougra avec des fortifications et des troupes, mais ce sont les seules mesures défensives prises à l'époque. Le premier raid tatar sur la Russie a lieu entre 1500 et 1503. En 1503, les Tatars attaquent Tchernigov, ce dont les envoyés russes se plaignent au Khan. En 1527, les Tatars atteignent l'Oka et pillent Riazan. Entre 1580 et 1590, l'État russe construit des forteresses défensives le long d'une ligne sud de Belgorod, Voronej, et Lebedian. Cependant, entre 1607 et 1618, la Russie est affaiblie par des troubles internes. Les Tatars en profitent pour piller Bolkhov, Dankov, Lebedian... Presque toutes les villes touchéespar ces attaques étaient couvertes par la « ligne défensive », ce qui n'a pourtant pas empêché les Tatars de les attaquer.

En 1632, ravagent Ielets, Karatchev, Livny, ainsi que d'autres villes. En 1633, une autre armée tatare forte de dévaste Aleksine, Kalouga, Kachira et d'autres villes le long de l'Oka. Même Moscou, qui se trouvait pourtant de l'autre côté d'Oka, est touchée. En 1635, l'État russe répond à ces attaques en construisant la « ligne de défense de Belgorod », qui s'étend sur 800 km, de la Vorskla jusqu'à la Tchelnova. La construction n'en a commencé qu'en 1646 et a duré plus de 10 ans. Le tsar Alexis a étendu la ligne défensive jusqu'à la frontière de la Crimée avec la Russie. Malgré ces mesures, les pillards tatars poursuivent leurs raids, enlevant à dans la première moitié du . En outre, l’État russe était obligé de payer un tribut au khanat de Crimée chaque année, d'environ par an. Selon les estimations actuelles, ce montant aurait suffi à construire quatre nouvelles villes.

Raids cosaques vignette| Les Cosaques reviennent de campagne avec des bannières tatares (peinture de Józef Brandt, 1894). Les Cosaques lancèrent des raids sur terre et sur mer. La cavalerie cosaque s'attaquait souvent aux Tatars errants le long du nord de la mer Noire, tout en pillant les forteresses ottomanes sur le bas Dniepr, le Danube et en Crimée. En 1516, les Cosaques assiégèrent la forteresse ottomane d'Akkerman. En 1524, les Cosaques attaquèrent la Crimée pour la première fois. En 1545, les Cosaques attaquèrent Otchakov et pillèrent ses environs, capturant la délégation ottomane en chemin.

À partir du troisième quart du , l'influence cosaque s'accroît dans la mer Noire. Les cosaques de l'ataman Foka Pokatilo pillent Akkerman. En 1575, l'ataman Bogdan lance une en réponse aux attaques tatares sur les terres ukrainiennes. Bogdan lança plus tard des raids sur Kozlov, Trébizonde et Sinope. En 1587, les Cosaques dévastèrent à nouveau Kozlov et Akkerman. Les Ottomans ont répondu aux raids cosaques en établissant les forteresses d'Azov et d'Ochakov pour se défendre contre les raids cosaques. En réponse, les Ottomans font construire des forteresses à Kizil-Kermen, Tavan et Aslan, dans la région du Dniepr supérieur et du Don. Cependant, ces petites forteresses étaient inefficaces pour arrêter les pillards, les Cosaques apprenant à les contourner. Les régions d'Otchakov, de Tighina, d'Akkerman et d'Islam-Kermen sont attaquées par les cosaques zaporogues 4 à 5 fois par an. Selon Serhii Lepyavko, Les Zaporogues ont mené plus de 40 raids, saisissant en tout , et au cours des années 1570-1580.

Les États russes et les Cosaques L'État russe a commencé à aider les Cosaques sous Ivan IV, en leur fournissant du matériel militaire. Malgré cela, la politique russe visant à apaiser le Khanat de Crimée ne s’est pas arrêtée. Cette politique n'eut aucun effet et les raids tatars continuèrent, car les Khans de Crimée n'étaient pas disposés à négocier, contrairement à leurs homologues polonais et suédois, également en conflit quasiment permanent contre les Russes. L’État russe ordonne bien à un moment aux Cosaques de cesser leurs raids contre les Tatars, en menaçant de couper leur soutien financier et militaire, mais les Cosaques ignorent ces ordres. En réponse, l'État russe met à exécution ses menaces, allant même jusqu'à imposer un embargo économique à la région de la Sitch et du Don.

À certains moments, l'État russe s'est même lancé dans des confrontations armées avec les Cosaques, afin d'apaiser le Khanat de Crimée et l'Empire ottoman. Au début de l'année 1630, l'État russe ordonna aux Cosaques du Don de cesser leurs raids contre les Tatars et les Turcs. Les Cosaques du Don désobéirent à ces ordres et étaient prêts à se révolter. Les Cosaques zaporogues avaient quant à eux des liens minimes avec l'État russe à cette époque, agissant de manière plus imprudente.

Évaluation L'inefficacité de la doctrine russe contre les raids tatars a été attribuée à une mauvaise stratégie, qui cherchait à apaiser les pillards et se limitait uniquement à des actions défensives, combinées à des défenses incapables d'arrêter les pillards ni de leur infliger de lourdes pertes. Les pillards tatars ne pouvaient être maîtrisés que par des actions offensives, qui n'étaient menées fréquemment que par les Cosaques. Les Cosaques ne limitaient pas leurs actions à la défense passive. Ils devinrent à la fois habitants et défenseurs des zones frontalières. Ils organisèrent des lignes de défenses efficaces pour repousser les attaques tatares et répondirent aux pertes infligées par les Tatars par des attaques de représailles. À cet égard, la doctrine cosaque s’est avérée plus efficace pour faire face aux raids tatars.

Raids maritimes vignette| Des Cosaques de la mer Noire (peinture d'Ilya Repin de 1908). La piraterie dans la mer Noire était rare, jusqu'à ce que les Cosaques commencent à mener des raids maritimes. Jusqu’au milieu du , la supériorité ottomane en mer était incontestée. Cependant, la situation change avec les fréquents raids maritimes menés par les Cosaques après les années 1550. Les responsables ottomans considéraient le début des raids maritimes des Cosaques avec une grande inquiétude, comme une épidémie de banditisme dans la mer Noire. Cependant, les Cosaques étaient beaucoup plus organisés que de simples bandits. Ils étaient capables de s'adapter aux conditions difficiles des frontières et d'utiliser l'environnement à leur avantage, ce qui leur permettait de harceler un empire aussi grand que celui des Ottomans. De plus, la société cosaque attirait des groupes d'individus divers, allant des serfs en fuite aux mercenaires et aux dissidents des empires voisins, qui trouvaient leur pays des Champs Sauvages, sans gouvernement central, attrayant.

Pour les Cosaques, les raids maritimes avaient également une motivation économique. Les Cosaques ont développé une sorte de « culture de l'eau » en raison de leur situation géographique près des rivières. Ils développèrent notamment des bateaux appelés tchaïkas, qui ressemblaient étonnamment à des navires vikings améliorés. Les cosaques pouvaient mobiliser jusqu'à 300 tchaïkas pour une campagne, ce qui leur donnait une plus grande mobilité que les navires ottomans.

L'ingénieur militaire français Vasseur de Beauplan a donné son récit de la navigation des Cosaques :

Impact des raids maritimes La nécessité de contrer les raids maritimes des Cosaques, même imparfaitement, a obligé les Ottomans à retirer une partie importante de leurs forces navales de la mer Méditerranée, affaiblissant ainsi leur influence. Les raids maritimes des Cosaques ont également eu un impact économique, décourageant le commerce sur la côte ottomane en raison du risque d'attaques cosaques. Comme l'a noté l'explorateur Evliya Celebi, la population rurale de Sinope n'était pas disposée à s'engager dans l'agriculture, car elle pensait que ses récoltes seraient détruites lors des attaques des cosaques.

Sur le long terme, les raids cosaques ont démontré que l'Empire ottoman, qui avait conquis l'Europe du Sud-Est des siècles auparavant, n'était pas invincible et que son ère d'influence sur les affaires européennes touchait à sa fin. Les descriptions des chroniqueurs européens et ottomans des ravages causés par les raids maritimes des Cosaques ressemblaient à celles des attaques maritimes gothiques contre l'Empire byzantin au .

Impact

Khanat de Crimée et Horde nogaïe vignette| Ivan Sirko peint par Ilya Repin (encart du tableau Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie, de 1889). Lors de son exploration de la Crimée, Evliya Çelebi a noté les signes d'un dépeuplement important de nombreuses villes et villages de Crimée, qu'il a attribué aux raids cosaques. En plus de la dévastation des terres tatares, les raids cosaques ont également eu un effet dissuasif sur les pillards tatars, limitant leur capacité à dévaster les terres ukrainiennes. Outre tous les effets démographiques, militaires et économiques, les raids cosaques ont également eu un effet psychologique sur la population tatare, en particulier à l'époque du chef cosaque Ivan Sirko. Le chroniqueur polonais Wespazjan Kochowski a noté l’attitude suivante des Tatars entourant Sirko en Crimée :

Dans l'Empire ottoman vignette| La flotte turque repousse l'attaque des Cosaques.