Khoja Niyaz, également désigné sous le nom de Khoja Niyaz Haji, né en 1889 à Hami Zhiliting et mort le à Ürümqi, est une figure éminente du mouvement d’émancipation ouïghour au Xinjiang. Il s’illustra par son rôle dans plusieurs insurrections dirigées contre diverses autorités, notamment le khanat de Kumul, le gouverneur chinois Jin Shuren, et ultérieurement le potentat Ma Zhongying. Sa notoriété repose principalement sur son mandat en tant que premier et unique président de la République islamique du Turkestan Oriental, entité éphémère qui exista de jusqu’à sa chute en .
Jeunesse et soulèvements Khoja vit le jour en 1889, dans un modeste bourg montagnard sis dans la préfecture de Kumul, au sein de la province du Xinjiang. Dès l'âge de dix-huit ans, il s'engagea dans une première sédition, en 1907, en ralliant une révolte de paysans et de montagnards contre Shah Maqsud, potentat héréditaire de Kumul, jouissant d'une autonomie relative sous l'égide de la dynastie Qing. Cette entreprise, ayant connu l'échec, le contraignit à s'exiler vers la contrée de Turpan. Là, il intégra l'école religieuse dite « Astana », où il fit la rencontre des frères Maksut et Mahmut Muhiti, figures notoires des mouvements révolutionnaires ouïghours de la région. Après une année d'études, il quitta Turpan pour entreprendre le pèlerinage à La Mecque, périple qui lui valut d'accoler à son nom le titre de « Hadji ».
En 1912, Khoja regagna le territoire du Xinjiang, alors en proie à une nouvelle insurrection dirigée contre le khanat de Kumul, sous l’égide de Temur Halpa. Ce dernier animait un mouvement de contestation croissant à l’encontre de l’autorité khanale. Khoja s’agrégea promptement à la rébellion et fut élevé sans délai aux fonctions de conseiller auprès du chef de ladite révolte. Toutefois, à l’issue d’un banquet tenu le et offert par le gouverneur du Xinjiang, Yang Zengxin — lequel avait auparavant assumé le rôle d’arbitre dans le différend opposant les factions et avait conféré à Temur Halpa le commandement des troupes provinciales dans la contrée de Kumul — ce dernier fut assassiné de manière insidieuse. À la suite de cet épisode funeste, Hoja Niyaz se vit de nouveau contraint de prendre la fuite.
En 1916, il parvint en la cité frontalière de Jarkent, sise dans l’oblast de Semiretchie, territoire alors sous juridiction de l’Empire russe. Cette localité avait été établie et principalement peuplée par des Ouïghours originaires de la vallée d’Ili, lesquels avaient trouvé refuge en Russie à la suite de la reconquête de ladite vallée par les forces impériales mandchoues (dynastie Qing) en 1881. À Jarkent, il fut placé sous l’autorité du notable ouïghour Valiahun Yuldashev, marchand aisé et figure prééminente de la communauté locale. À la suite des événements révolutionnaires de 1917, qui virent l’effondrement du régime impérial russe, il prit part à l’organisation de formations ouïghoures locales d’autodéfense, de dimension modeste mais structurées, dans un contexte de délitement de l’autorité centrale. Lors de l’extension du conflit civil russe à la région de Semiryechye, il entra en relation avec Abdulla Rozibakiev, militant ouïghour engagé, lequel joua un rôle déterminant dans la fondation, en 1921, de l’Inqlawi Uyghur Ittipaqi (littéralement : « Union révolutionnaire ouïghoure »). Cette dernière se constituait en une organisation nationaliste à visée insurrectionnelle, se réclamant des idéaux internationalistes promus par le Komintern.
Chef révolutionnaire En l’an 1923, Khoja Niyaz regagna le territoire du Xinjiang, faisant halte en premier lieu à Ghulja, puis gagnant la ville d’Urumqi, où il prit part à la mise en œuvre de cénacles clandestins à visée insurrectionnelle, s’appliquant à fomenter, avec d’autres affidés, les prémices d’un nouveau soulèvement contre l’autorité en place. En 1927, il se rendit derechef à Kumul afin d’y assister aux obsèques de son père. À la suite du trépas de Shah Mahsut, détenteur de l’autorité émirale au sein du khanat de Kumul, survenu au mois de , Khoja Niyaz se vit conférer la charge éminente de conseiller auprès du successeur désigné à la tête de ladite entité politique. droite|vignette|301x301px| Khoja Niyaz, emplacement inconnu. Néanmoins, à la suite du trépas de Shah Mahsut, le gouverneur du Xinjiang, Jin Shuren (en fonction de 1928 à 1933), entendit tirer parti du relâchement de l’autorité locale pour consolider sa mainmise sur la région. Il proclama de manière unilatérale l’abolition du khanat de Kumul, écartant de facto le successeur désigné, Nazir, fils du défunt, et l’empêchant de prendre possession du trône. Parallèlement, Jin Shuren entreprit de favoriser l’implantation de colons Han en provenance du Gansu sur les terres de l’ancien khanat, dans une logique de sinisation administrative et foncière. Ces mesures suscitèrent une vive opposition et provoquèrent en 1931 l’éclatement d’une révolte armée, connue sous le nom d’insurrection de Kumul. Celle-ci fut conduite, entre autres, par le seigneur de guerre hui Ma Zhongying, opérant alors dans la province du Gansu. Après une entrevue en avec les figures notables de la résistance locale, Hoja Niyaz et Yulbars Khan, Ma Zhongying consentit à engager ses contingents militaires dans la lutte visant à destituer Jin Shuren. Dans cette conjoncture, Hoja Niyaz bénéficia également d’un concours matériel émanant de la République populaire de Mongolie. À l’automne 1931, celle-ci lui fit parvenir quelque six cents parures hivernales, des tentes en feutre et cent vingt fusils. Il est toutefois avéré que ces armes furent cédées en échange de chevaux, selon un barème usité : un fusil étant livré contre deux montures.
La rébellion éclata initialement dans la partie orientale du Xinjiang avant de s’étendre promptement à l’ensemble de la province. En , lorsque la ville d’Ürümqi fut investie par des forces conjointes ouïghoures et hui, l’autorité provinciale ne conservait plus qu’un contrôle ténu sur approximativement 10 % du territoire. Le , le général Sheng Shicai accéda au pouvoir au Xinjiang à la suite de la déposition du gouverneur Jin Shuren, renversé en mars par des éléments cosaques russes insurgés. Ces derniers, réfugiés dans le nord de la province depuis leur déroute dans la guerre civile russe en 1921, avaient été enrôlés par Jin Shuren dans l’armée provinciale à la fin de l’année 1931, dans une tentative désespérée de juguler l’insurrection. Pour consolider sa position, Sheng Shicai s’attacha l’appui de l’Union soviétique en entérinant les accords secrets antérieurement conclus par son prédécesseur. En , il formalisa une alliance avec le chef ouïghour Hoja Niyaz en vue de contenir les ambitions du seigneur de guerre Ma Zhongying. Cette entente fit suite à la rupture de la coalition antérieure entre Hoja Niyaz et Ma Zhongying, consécutive à la bataille de Jimsar. Lors de cette confrontation, les troupes de Hoja Niyaz subirent des pertes notables, mais parvinrent à contraindre la garnison locale à la reddition. Durant les combats, les contingents de Ma Zhongying se cantonnèrent principalement aux ailes et à l’arrière-garde, tandis que les forces ouïghoures furent chargées de l’assaut frontal contre la place forte. Hoja Niyaz avait consenti à garantir un sauf-conduit à la garnison assiégée en échange de la cession d’armes issues de l’arsenal de la forteresse. Toutefois, dans la nuit du , Ma Zhongying intervint inopinément, s’empara de l’arsenal – lequel comprenait environ 12 000 fusils, six mitrailleuses et quelque 500 000 cartouches – et rallia les défenseurs chinois à ses troupes tunganes. Il refusa de partager le matériel saisi avec Hoja Niyaz, ce qui provoqua l’ire de ce dernier. Dans les jours qui suivirent, Hoja Niyaz entama des pourparlers de paix avec Sheng Shicai par l’entremise du consul général soviétique à Ürümqi, Garegin Apresoff. L’accord d’alliance entre Sheng Shicai et Hoja Niyaz fut paraphé le . Dans le cadre de cet arrangement, les autorités soviétiques remirent à Hoja Niyaz un lot d’armement composé de près de 2 000 fusils assortis de leurs munitions, de plusieurs centaines de projectiles explosifs ainsi que de trois mitrailleuses. Le consul Apresoff, maître d’œuvre des tractations, contraignit Hoja Niyaz à tourner ses forces contre les troupes tunganes (hui), ce qui eut pour effet de transformer l’insurrection en une série d’affrontements interethniques d’une extrême virulence, prélude à l’écrasement définitif de la révolte par les forces provinciales.
Hoja Niyaz fit mouvoir ses contingents militaires à travers la région de Dawan Ch'eng jusqu'à Toksun, où il subit une défaite lors de l'engagement de Toksun face aux troupes tounganes commandées par le général Ma Shih-ming. À la suite de cette déconvenue, Hoja Niyaz opéra une retraite stratégique vers Kachgar, qu’il atteignit le , après s’être retiré d’Aksou. Cette retraite fut accomplie en empruntant une voie montagnarde longeant la frontière sino-soviétique, sur une distance d’environ 300 milles, à travers la chaîne du Tian Shan. Ce chemin détourné lui permit d’éluder les forces du général Ma Fuyuan, positionnées sur la grande route reliant Aksou à Kachgar. Peu après son arrivée à Kachgar, Hoja Niyaz assuma la présidence de la République islamique turque du Turkestan Oriental, entité sécessionniste autoproclamée. Cette prise de position contrevenait aux stipulations de l’accord de Jimsar, conclu le avec Sheng Shicai. Selon cet arrangement, rédigé en sept articles, Hoja Niyaz renonçait à toute prétention sur la Djoungarie (ou Xinjiang septentrional), en contrepartie de la reconnaissance par les autorités chinoises de sa légitimité sur les régions méridionales du Xinjiang, englobant la Kashgarie, la dépression de Tourfan et celle de Kumul. Ce territoire étendu devait bénéficier d’un statut d’autonomie, et il était expressément convenu que les troupes chinoises s’abstiendraient de franchir la barrière naturelle du Tengri Tagh, qui scinde le Xinjiang en deux parties distinctes. Toutefois, la poursuite de l’offensive des forces tounganes, l’intervention militaire manifeste de l’Union soviétique dans les affaires du Xinjiang, ainsi que l’appui logistique et politique apporté par Moscou à Sheng Shicai, entraînèrent l’effondrement de la République du Turkestan oriental dès le mois de .
Mort vignette|Hoja-Niyaz au deuxième Congrès des représentants du peuple, Ürümchi, avril 1935