Amanda Stassart, MouchkaSurnom donné par sa maman et qui a prévalu sur son nom de baptême (in Nouvelle Biographie Nationale, op. cit., p.267), née le à Lausanne en Suisse et morte, le , à Woluwé-Saint-Pierre est une résistante belge durant la Seconde Guerre mondiale et une membre du Réseau Comète. Arrêtée le , elle est internée à la Prison de Fresnes, puis déportée à Ravensbrück et ensuite à Mauthausen, dont elle revient en . Après guerre, elle est engagée à la Sabena en qualité d'hôtesse de l'air, dont elle devient la chef-hôtesse principale en 1962. Pensionnée en 1969, elle reprend du service au sein de la Trans European Airways (TEA) au côté de Georges Gutelman. Elle prend notamment part à l'organisation de l'Opération Moïse pour sauver les Falashas d'Éthiopie menacés par la famine et la sécheresse de 1984-1985. Définitivement retraitée, elle prend à cœur son rôle de passeuse de mémoire auprès des adolescents en accompagnant de nombreux voyages commémoratifs dans les camps. Éléments biographiques 180px|vignette|droite|Le de la rue Margueritte à Paris. Lorsque les parents d'Amanda Stassart, Louis Achille Stassart et Louise Bastin, se marient, Louis Achille se brouille avec sa famille qui considère le fait d'épouser une femme de onze ans son aînée comme une mésalliance. Le couple fait la connaissance à Bruxelles d'une riche Américaine, Amanda G. Thoma’s. Ils l'accompagnent à Philadelphie et deviennent ses intendants. Louise ne tarde pas à être enceinte et, souhaitant que son enfant naisse en Europe, accouche à Lausanne dans une pouponnière réputée. Elle nait le . Pour l'état civil, elle portera le prénom de leur bienfaitrice, Amanda. Elle est confiée à sa grand-mère, Léonie Breyne, qui vit avec une sœur célibataire, tante Julia. Les parents repartent quant à eux aux États-Unis ; ils ne reviendront que sporadiquement. Sa grand-mère est flamande. Très catholique, elle lui parle en la vouvoyant en néerlandais, Mouchka lui répond en français. La vie est stricte, dictée par le sens du devoir, la rectitude morale et le calendrier liturgique. Elle est scolarisée à Ixelles, chaussée de Vleurgat, chez les sœurs de Saint Vincent de Paul où tante Julia la conduit tous les matins et vient la rechercher le soir. Malgré l'austérité de son éducation, Mouchka y trouve un certain épanouissement .

Lorsque Mouchka a treize ans, en 1936, ses parents reviennent en Europe, son père a décroché grâce aux relations de son employeuse un contrat à la General Motors à Paris. Mouchka s'y installe donc avec ses parents qu'elle ne connaît pour ainsi dire pas. La famille loue dans un premier temps un appartement proche du Trocadéro puis s'établit dans le arrondissement, au de la rue Margueritte entre la Place des Ternes et le Parc Monceau. Elle est inscrite à l'école communale où son accent lui vaut le peu flatteur sobriquet de boche du Nord. Mouchka envisage de s'inscrire à la Sorbonne pour y étudier le droit international mais la guerre en décidera autrement.

Seconde Guerre mondiale Lorsque la guerre éclate, Louise Bastin se souvient des exactions allemandes de la Première Guerre mondiale, elle enjoint son mari de prendre le chemin de l'exode tandis qu'elle restera à Paris pour garder la maison. Louis Stassart, rassemble en convoi quelques camions de la General Motors et descend vers le sud avec sa fille. En chemin, ils viennent en aide à de nombreuses personnes fuyant comme eux l'avancée des troupes allemandes notamment des soldats belges tentant de regagner le Sud. Ils arrivent à Limoges où ils restent environ deux mois avant de se résoudre à remonter sur Paris où ils retrouvent la maman qui vit dans la peur si bien qu'elle en a perdu la pigmentation de ses cheveux. Louis se présente à la General Motors mais il est reçu par un officier allemand qui lui déclare que c'en est fini de construire des véhicules de luxe et que désormais, il faudra prendre part à l'effort de guerre allemand. Louis lui décoche un cinglant et de prendre congé. Il regrette aussitôt son manque de diplomatie mais, en concertation avec son épouse, il n’a d’autre choix que de se résoudre à la clandestinité. Il reviendra vers son foyer une fois par mois environ sans jamais prévenir sa femme et sa fille qui ignorent même où il vit et ce qu'il fait. La meilleure amie de Mouchka, Milka est contrainte de porter l'étoile jaune, elle disparaît lors de la Rafle du Vélodrome d'Hiver en . La jeunesse n'en peut plus de cette occupation, il faut faire quelque chose.

Entrée en résistance vignette|gauche|250px|Une ouvrière britannique examinant un des pistolets mitrailleurs STEN qu'elle vient d'assembler en 1942. Au Parc Monceau, Mouchka fréquente un groupe de jeunes de son âge, l'un d'entre eux, Robert, lui propose de transporter des mallettes de l'Étoile à Bastille où elle doit les remettre à un autre résistant. Elle accepte, ne pose aucune question. Pendant une petite année elle s'adonne à ce qu'elle pense être du marché noir, mais un jour, elle interroge son ami, lui disant que sa mère et elle connaissent également les affres du ravitaillement et qu'un peu de cette contrebande pourrait améliorer leur quotidien. Elle apprend alors qu'elle transporte des pistolets-mitrailleurs Sten démontés en trois parties. Elle renonce alors à transporter des armes destinées à tuer.

À l'automne 1943, elle surprend un jour sa maman en train de parler anglais au pied de l'escalier de service. Elle l'interroge aussitôt et sa mère de lui avouer qu'elle héberge des aviateurs alliés dans les mansardes jadis dévolues aux domestiques. Mouchka veut en être, sa mère refuse d'abord, c'est trop dangereux, mais Mouchka lui explique les risques qu'elle a encouru jusqu'ici. Louise Bastin était en contact avec Germaine Bajpaï, « Madame Françoise », et tenait une « Safe house » pour le réseau Comète qui exfiltrait les pilotes depuis la Belgique, via la France, jusqu'au consulat de Bilbao qui les acheminait ensuite à Gibraltar pour un retour vers l'Angleterre. Elle rencontre « Jérôme », le comte Jacques Le Grelle qui dirige le réseau pour la place de Paris, accueil glacial : . Finalement, le lendemain, il fait savoir qu'il accepte son aide, son nom de guerre sera « Diane ». Elle deviendra passeuse internationale sur la ligne Bruxelles-Tournai- Paris. Il s'agissait d'aller prendre en charge des groupes d'aviateurs dissimulés dans des villages et de marcher, souvent de nuit des dizaines de kilomètres puis en train et de les ramener à Paris au de la rue Margueritte où sa mère prenait le relais jusqu'à leur exfiltration vers les Pyrénées. Son coéquipier est Albert Mattens, il se fait passer pour son frère, Jean-Jacques. Diane convoiera 52 pilotes alliés pour les amener jusqu'à leur destination.

En , l'Abwehr, le renseignement militaire allemand, est parvenu à retourner un des agents du Réseau Comète, Maurice Grapin alias Henri Crampon. Ce dernier fait entrer dans le réseau Jacques Desoubrie sous le nom de « Pierre Boulain ». Desoubrie, rexiste de la première heure, est connu pour avoir infiltré de nombreux réseaux et conduit à l'arrestation ou au meurtre de centaines de résistants. Tous l'ignorent. Louise Bastin apprécie l'homme qui lui fait de nombreux cadeaux. Mouchka, elle, s'en méfie et décide de prendre un petit appartement en location et de ne dire à personne, pas même à sa mère, où il se trouverue Lauriston. 180px|vignette|droite|Le ComteSon arrière-grand-père, Gérard Le Grelle (1793-1871) avait reçu le titre de comte pontifical du pape Pie IX, le . Léopold l'a autorisé (1853) à porter le titre en Belgique, mais transmissible par ordre de primogéniture masculine. Léopold II l'a étendu (1871) à tous ses descendants du nom. Jacques Le Grelle, « Jérôme ». Le , Jacques Le Grelle est de retour à Paris après une réunion à Bruxelles. Fort peu opportunément, il a confié la direction du réseau à Henri Crampon durant son absence. Lorsqu'il arrive à l'appartement à proximité du Palais du Trocadéro, il est aussitôt arrêté. La souricière reste en place et le lendemain, c'est Jean-François Nothomb, le chef du Réseau Comète qui y est arrêté. Une nouvelle vague d'arrestations voit le jour à Bruxelles et à Paris. Desoubrie, Grapin et son épouse sont à l'origine de dizaines d'arrestations. Le , Mouchka reçoit la visite d'Aline Dumon, Michou, qui est en train de renouer les fils du réseau, elle lui remet une importante somme d'argent et lui confie une mission à Bruxelles où elle doit retrouver Yvon Michiels mais le lendemain, le , Mouchka est arrêtée à son appartement de la rue Lauriston et conduite rue Margueritte pour assister à l'arrestation de sa mère. Germaine Bajpaï et deux jeunes juifs sont également arrêtés à la suite des délations de Desoubrie et de Grapin. Elles sont transférées à la rue des Saussaies, au siège de la Gestapo pour interrogatoire et sont détenues à la Prison de Fresnes.

Louise Bastin, la maman de Mouchka cesse vite d'être inquiétée. Les logeuses n'intéressent pas les Allemands, elles ne connaissent pas grand chose du réseau dans lequel elles s'insèrent. Les passeuses en revanche connaissent une multitude d'informations précieuses, des membres, des lieux, des boîtes aux lettres autant d'éléments pour permettre le démantèlement du réseau. Amanda Stassart connait ainsi la torture, elle est soumise par trois fois au supplice de la baignoire, elle est rouée de coups de nerf de bœuf mais elle ne parle pas.

Jacques Le Grelle connaitra le supplice de la baignoire à 17 reprises, il déclare après guerre : .

Mouchka et sa mère restent incarcérées à la Prison de Fresnes durant deux mois. Elles sont ensuite transférées au camp de Romainville où elles se retrouvent. Elles y restent peu de temps et sont déportées en tant que Nacht und Nebel vers le camp pour femmes de Ravensbrück.

Déportation 250px|vignette|gauche|Un kommando de femmes travaillant à Ravensbrück en 1939.