Le Transi de René de Chalon, également appelé le Squelette, le Décharné ou le Monument au cœur de René de Chalon, est une statue funéraire attribuée au sculpteur lorrain Ligier Richier, réalisée en pierre calcaire de Sorcy vers 1545/1547. Prenant place initialement dans l'ancienne collégiale Saint-Maxe du château des ducs de Bar, elle est visible depuis 1790 dans l'église Saint-Étienne de Bar-le-Duc (Meuse).
Ce transi, qui a la particularité d'être dressé debout comme un vivant, est sculpté pour orner la sépulture barisienne de René de Chalon, prince d'Orange, mort le lors du siège de Saint-Dizier. Œuvre majeure de la Renaissance et de Ligier Richier, elle a provoqué de nombreuses réactions à travers les siècles et a servi d'inspiration à d'autres œuvres artistiques.
La statue est classée au titre d'objet aux monuments historiques le tandis que le retable et l'autel sont classés à leur tour le .
Histoire En 1544, René de Chalon, prince d'Orange, gendre du duc de Lorraine et de Bar Antoine le Bon et favori de l'empereur Charles Quint, met le siège devant Saint-Dizier.. Le , il est mortellement blessé à l'épaule par un coup de couleuvrine tiré par un prêtre de la ville nommé Joachim. En dépit des efforts des médecins, il décède le lendemain, le , à l'âge de .. Son corps est enterré dans le caveau familial des Nassau-Orange dans l'ancienne cathédrale Notre-Dame de Bréda, aux Pays-Bas.
Conformément à une coutume du permettant aux rois et princes de bénéficier de plusieurs sépultures, son cœur et ses entrailles sont enterrés dans la collégiale Saint-Maxe du château des ducs de Bar à Bar-le-DucFiche d'information sur le Transi disponible sur site..
gauche|vignette|Détail du Transi. Ligier Richier sculpte un monument funéraire, le Transi, qui est placé en 1545 près du tombeau de René de Chalon, dans la collégiale Saint-Maxe.. Selon la légende, aujourd'hui réfutée, le prince aurait exprimé sur son lit de mort la volonté d'être représenté tel qu'il serait trois ans après sa mort. François er de Lorraine, le frère d'Anne de Lorraine, épouse de René de Chalon, aurait alors passé commande à Ligier Richier.. La statue est posée à même le sol le long d'un pilier, du côté de l'évangile, face au maître-autel..
En 1790, sous la Révolution, est envisagée la destruction de la collégiale Saint-Maxe. Le transi et les restes princiers sont déménagés dans la collégiale Saint-Pierre (future église Saint-Étienne). Lors du déplacement, le squelette est endommagé à plusieurs endroits et se voit grossièrement réparé. La sculpture est placée sur le monument du comte de Bar Henri IV et sa femme Yolande de Flandre, avec leurs deux gisants et douze statuettes de marbre blanc représentant les Apôtres.
En 1793, la collégiale est saccagée par un corps de volontaires du « Bataillon du Temple » qui était en garnison à Bar-le-Duc : les deux gisants sont brisés et les douze statuettes volées. Le réceptacle d'or ou de vermeil contenant le cœur momifié du prince est dérobé par un soldat, qui casse également la main gauche de la statue..
En 1810, le monument est finalement restauré : la main est refaite et on y dépose d'abord un sablier, puis un cœur de plâtre. Il est déposé sur un nouveau soubassement, entre deux colonnes de marbre noir, et se voit entouré de grilles pour sa protection.
La sécurité de la sculpture devient une préoccupation. Un grillage, une grille et une vitre vont se succéder. Deux copies de l’œuvre sont réalisées : en 1894 pour le musée des sculptures du palais du Trocadéro et en 1922 pour la tombe du dramaturge et poète Henry Bataille à partir d'un moulage conservé au Musée Barrois. Le , la statue est classée au titre d'objet aux monuments historiques..
Lors de la Première Guerre mondiale, la sculpture reste sur place jusqu'en 1917, protégée par des sacs de sable, avant d'être démontée et expédiée au Panthéon à Paris.. Elle revient en 1920 après de nombreux échanges de courriers.. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est mise à l'abri dès les premiers jours du conflits. Le , le retable et l'autel sont classés à leur tour aux monuments historiques.... Cependant, les déplacements et manipulations ainsi que l'humidité ambiante dans l'église ayant fragilisé la statue, une première restauration est entreprise en 1968.
En 1998, une étude documentaire et historique est commandée par la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Lorraine et, en 2001, un bilan sanitaire détaillé est dressé. La restauration de la sculpture, du retable et de l'autel a lieu de 2002 à 2003. Après avoir démonté le retable et l'autel, des premiers travaux sont réalisés sur l'édifice accueillant la sculpture : drainage le long des murs extérieurs, pose d'un film étanche à la base des murs encadrant la sculpture, mise en place d'un hérisson sous l'autel et restauration de la couverture de la chapelle mitoyenne. La peinture du manteau mortuaire est restaurée et le processus permet de mettre au jour un ancien décor de type faux-marbre dans les coins. Le Transi est déposé et porté dans une salle spéciale aménagée au musée Barrois afin que les visiteurs puissent en suivre la restauration. Une auscultation par radar géologique permet de localiser les goujons qui tiennent les trois morceaux de la statue entre eux. Les goujons en fer rouillés provoquant des fissures sont remplacés par d'autres en acier inoxydable. La surface est délicatement nettoyée au coton-tige, l'intérieur du torse est désinfecté et purifié, les traces de l'ancienne restauration sont effacées, les fissures sont bouchées et une grille haute est installée par l'architecte des monuments de France.
Composition vignette|Transi de René de Chalon au-dessus de l'autel contenant les ossements des princes du Barrois. Transi L’œuvre est désignée comme un transi, c'est-à-dire une sculpture représentant un mort de façon réaliste, contrairement au gisant représentant un personnage couché et endormi. Cette représentation est issue d'une série de transis apparue dans la seconde moitié du .. Mais elle a la particularité de figurer le corps décomposé dressé debout, comme un vivant, et non couché. Cela fait d'elle une œuvre singulière dans l'art funéraire de la Renaissance et qui appellerait une dénomination spécifique puisque sans équivalent.
Le squelette contemple son cœur qu'il brandit du bras gauche à pleine main vers le ciel. Son bras droit porte un écu sans armoiries et sa main se crispe sur ses côtes où la peau part en lambeaux. Il a un grand trou dans le bas ventre et un bout de peau est rabattu vers le bas, comme pour cacher les parties intimes. Les cuisses n'ayant plus de chair, la peau fait des plis sur les os. Les jambes laissent apercevoir veines, nerfs et tendons tandis qu'une rotule est mise à nu. La tête n'est plus couverte par la peau, mais compte quelques cheveux à l'arrière du crâne et encore quelques dents. Dans le cou, une échancrure de peau laisse apercevoir la trachée et les tendons..
Haute d'environ , la statue est formée de deux pièces principales qui se rejoignent au niveau du bassin. Elle est faite de pierre calcaire de Sorcy tandis qu'une préparation à base de cire appliquée sur la pierre chauffée lui donnait à l'origine l'apparence du marbre.
La posture du squelette comporte plusieurs symboliques. Le bras tendu vers le ciel rappelle le bras armé brandissant une épée, mais dans le cas présent il donne son cœur à Dieu. Cela exprimerait un message de foi et d'espérance en la résurrection. La main droite posée sur la poitrine signifie la fermeté de l'âme. L'écu sur le bras droit rappelle que le mort était un chevalier, et fait de la sculpture une œuvre à la gloire de la Maison de Lorraine. Certains estiment que cette posture symboliserait la supériorité de l’esprit sur le corps (offrir sa vie à Dieu), d’autres voient ceci comme une marque de pénitence, d'autres encore une victoire de la vie sur la mort, l'espérance de la résurrection des corps. Des ouvrages ésotériques vont jusqu'à comparer cette posture à celle d'un compagnon maçonnique « à l'ordre », mais ces suppositions sont infondées et demeurent de pures spéculations.
L’esthétique de l’œuvre est unique et la fine exécution de l’« écorché » laisse penser que Ligier Richier avait acquis de profondes connaissances anatomiques. Une observation détaillée révèle cependant de nombreuses « erreurs » et approximations qui font du monument un magnifique exemple d'évocation plus que de réalité... Aucun document ne permet d'affirmer que Ligier Richier ait pu mener des études anatomiques ou pratiquer des dissections.
Décor environnant vignette|Ossements des princes du Barrois. Le décor autour du squelette est constitué d'éléments provenant probablement du maître-autel de l'ancienne collégiale Saint-Maxe. Le squelette est posé devant une peinture d'un grand manteau funèbre d'hermine réalisée par Varambel en 1810. Autour, sont disposés douze panneaux octogonaux de marbre noir sertis dans la pierre blanche et entre lesquels sont fixées douze petites consoles. Sur les côtés, deux colonnes de marbre noir encadrant le tout. Au-dessus, il y a un écusson sans armoiries entouré du collier de l'ordre de la Toison d'or, et surmonté du timbre d'un casque à onze grilles d'où s'échappent des lambrequins de feuillages.
Sous le monument se trouve un autel où reposent les ossements des princes du Barrois. La dalle de marbre noir de l'autel est l'un des derniers vestiges du tombeau du comte de Bar Henri IV et sa femme Yolande de Flandre. Sur le devant de l'autel, les armoiries de Lorraine et de Bar ont été exécutées sur l'initiative du curé Rollet en 1810. Deux graffitis anciens sont également présent sur la dalle noire.
Les ossements ont été rassemblés en 1793 par Jean-François Bardot, le curé de l'église, après que les révolutionnaires eurent profané les cercueils des caveaux de la collégiale Saint-Maxe. Il se trouve probablement les ossements dePanneau d'information Ossements des princes du Barrois sur site. : Henri IV de Bar (1315/1320 - 1344) Yolande de Flandre, son épouse (1326 - 1395) Robert de Bar (1344 - 1411) Marie de France, son épouse (1344 - 1404) Édouard III de Bar, leur fils (1377 - 1415) et peut-être ceux de : Frédéric de Lorraine (910/915 - 978) Édouard de Bar (vers 1295 - 1336) Marie de Bourgogne, son épouse (1298 - ?)
Le Transi dans la culture La réalisation des transis apparaît au début du en France. Le plus ancien connu est le transi de Guillaume d'Harcigny, médecin de Charles VI, mort en 1393, déposé aujourd'hui au Musée d'art et d'archéologie de Laon. Un second transi a été réalisé peu après, à Avignon, pour le tombeau du cardinal de La Grange. Œuvres similaires et inspirées vignette|La Mort (). vignette|Le Mort-Homme : monument élevé à la mémoire des soldats de la 69e division (Froment-Meurice, 1922). Une sculpture du intitulée La Mort est à lui rapprocher. Provenant probablement du charnier de l'ancienne abbaye de Clairvaux à Ville-sous-la-Ferté (Aube), elle est aujourd'hui conservée au musée des beaux-arts de Dijon.. Un moulage de l’œuvre est conservé au musée Barrois de Bar-le-Duc. Il a été exposé en 2010 au centre Pompidou-Metz dans le cadre de l’exposition inaugurale « Chefs-d’œuvre ? ». Une première copie est réalisée en 1894 pour le musée des sculptures du palais du Trocadéro. Elle est exposée aujourd'hui à la Cité de l'architecture et du patrimoine au palais de Chaillot. Une deuxième reproduction est créée en 1922 par le sculpteur animalier François Pompon pour la tombe du dramaturge et poète Henry Bataille à Moux dans l'Aude..