vignette|240px|Kitsunetsuki dans Gyokuzan Gafu par Gyokuzan Hōkyō La autrefois appelée , est un phénomène de possession spirituelle issu du folklore japonais, désignant un état de confusion mentale où une personne est censée être possédée par . Souvent comparée à la lycanthropie clinique selon les standards de la médecine occidentale.

Selon les croyances, le renard est censé entrer dans la victime, souvent une jeune femme mentalement vulnérable, par des moyens surnaturels, par que les ongles ou la poitrineNozaki, Kitsune, p. 59., elle peut provoquer divers symptômes : changements de comportement, acquisition de capacités surnaturelles (comme la lecture chez les illettrésNozaki, Kitsune, .), altération des expressions faciales pour ressembler à celles d'un renard, envies d’aliments spécifiques, apathie, agitation, et aversion pour le contact visuelT. Yonebayashi, “Kitsunetsuki (Possession by Foxes)”, Transcultural Psychiatry, vol. 1, , 1964, .. D’autres croyances matérialisent cette forme de possesion par l’apparition de créatures spirituelles spécifiques, que certaines personnes peuvent utiliser en tant que familier.

Le kitsunetsuki fut reconnu comme un trouble spécifique surnaturel dès l'époque Heian et demeura un diagnostic courant pour les troubles mentaux jusqu'au début du Nozaki, Kitsune, p. 211.Hearn, Glimpses of Unfamiliar Japan, p. 165.. À la fin du , le docteur observa que les maladies physiques causant de la fièvre étaient aussi parfois interprétées comme un kitsunetsukiNozaki, Kitsune, .. Aujourd'hui, cette « maladie » est classé en médecine comme un syndrome lié à la culture, spécifique au Japon, où les personnes atteintes croient être possédées par un renardWilliam A. Haviland, Cultural Anthropology, 10th ed., New York, Wadsworth Publishing Co., 2002, pp. 144-145..

Histoire En tant que phénomène surnaturel C’est dans le Nihon ryōiki que les premières traces écrites concernant des possessions par des renards sont attestés :

Dans la province de Mino, la femme-renard d’Ono, qui avait épousée un habitant du village, mais mise en fuite par le chiot de la famille, eu un fils doté de facultés physiques supérieures, notamment celle de courir aussi vite qu’un oiseau qui vole. Dans un village de cette même province, une femme renommée pour sa force, héritière de la lignée du renard, sème le trouble dans le marché du coin en extorquant et usurpant la marchandise des commerçants. Un jour, une autre femme venue d’Owari, également réputée pour sa vaillance, lui résiste et lui infligea une sévère correction, à coup de fouet. Un autre récit se déroulant pendant la période Nara raconte l’histoire d’un moine qui tenta d’exorciser une personne possédée par un renard. Cependant, le renard, mu par le ressentiment d’avoir été tué par le patient lors de sa vie antérieure, fut intraitables, refusant tout exorcisme et finit par le tuer par sa possession. Un an plus tard, alors qu’un homme se promenait avec son chien, il passa devant un disciple du patient devenu malade récemment, à cause de la nouvelle possession par le renard. D’un coup, le chien se précipita sur l’animal et le tua. Ce chien était en fait, l’âme du patient précédemment tué par le renard venu se venger. Dans le Konjaku monogatari, on trouve le passage suivant :

Fujiwara no Sanesuke évoque également le phénomène dans son journal, le , à la huitième lune de la quatrième année de l’ère Chōgen (1031). On en trouve aussi mention dans le compilé durant l’ère Kenchō, et dans le Nakahara Yasutomi ki (中原康冨記) de l’ère Ōei.

À l’époque d’Edo, les témoignages relatifs à la possession par les renards étaient particulièrement nombreux.

Le Wakan sansai zue rapporte la croyance suivante, partagée notamment parmi les guerriers :

Une anecdote concernant Katō Yoshiaki a également été transmise :

Dans le , on trouve la remarque suivante :

Dans le il est également rapporté :

Ces croyances étaient répandues parmi les guerriers, mais aussi dans le milieu médical. Par exemple, le médecin confucéen Hara Nanyō (原南陽) croyait aux treize espèces d’esprits-renards évoqués par les , et considérait que leur diagnostic et leur traitement relevaient des rituels de prière accomplis par les religieux du shugendō.

Les personnes concernées étaient souvent enfermées dans des pièces grillagées appelées . Parmi les aristocrates, certaines étaient envoyées au temple à Kyoto. Dans certains cas, elles étaient enchaînées ou subissaient des sévices. Toutefois, il n’existe aucun registre avant l’étude de 1818 intitulée : .

Concernant la bibliographie, en 1786, , chef du village de Nakano, dans le district de Shingun, province d'Izumo, publia l’, un ouvrage précurseur proche d’une étude savante. En 1918, le médecin du village de à Hōki, publia à Kyoto, un ouvrage intitulé . On trouve également des mentions de possessions par des renards dans le de Chihara Sadanao, publié en 1833 dans le de la même année, et dans le d’, paru en 1850.

Démystification du phénomène Sous l’ère bunka, le médecin du domaine de Tottori, fut le premier à remettre en question le caractère fantaisiste et irrationnel de la kitsunetsuki : dans son ouvrage , il y écrit la chose suivante :

Il y donne des exemples visant à démontrer que le renard n’est pas une créature surnaturelle, évoquant des cas où la possession par le renard se transformait en , et conclut que : .

En 1807, dans le cinquième volume de son répertorié les affections autrefois globalement désignées sous le terme de « kitsunetsuki » en six catégories distinctes, rejetant ainsi la notion de possession :

: maladies infantiles à symptômes convulsifs (comme les crises de convulsions) ; : formes graves d’épilepsie ; : troubles névrotiques complexes ; : formes de schizophrénie, divisées en et ; : déficience intellectuelle ; : troubles de l’alimentation.

Cependant, ces débats restèrent largement confinés aux cercles savants, et la croyance populaire persista. Dans le monde médical, les personnes accusées de possession furent qualifiées de .

Après la restauration de Meiji, l’introduction de la médecine occidentale fit de la kitsunetsuki un objet de critique dans la littérature de vulgarisation, comme dans de Katō Yūichi ou de Masuyama Morimasa石塚尊俊『日本の憑きもの』株式会社未来社、1959年7月31日、p.13.. En 1885, le médecin interniste Erwin von Bälz examine et soigne une femme prétendument possédée et publie un article, concluant qu’il s’agit d’un trouble hystérique dû à une atteinte cérébrale. Il remet également un rapport officiel au gouvernement, qui tente d’éradiquer la superstition via le journal officiel.

Le penseur sceptique Inoue Enryō inclut la kitsunetsuki dans sa classification des yōkai dans son ouvrage , qu’il présente comme une tentative de démystification scientifique.

En 1892, , sur ordre du gouvernement, mène une enquête sur les cas de possession au département de Shimane et en fait un rapport. L’année suivante, en fait une observation psychiatrique, et en rédige la première description clinique, déclarant :

En 1902, le directeur de l’hôpital psychiatrique d’Ōji, , traite 113 cas et publie , dans laquelle il établit des tableaux statistiques liant possession et troubles mentaux. Au cours de l’ère Taishō, les recherches furent poursuivies par et puis reprises après la guerre par et 石塚尊俊『日本の憑きもの』株式会社未来社、1959年7月31日、p.14..

Malgré l’ouverture de quelques établissements psychiatriques privés à Tokyo et Kyoto, le traitement des malades resta limité par l’idée que la possession était une honte familiale qu’il fallait cacher. La négligence de la psychiatrie due à l’augmentation du budget militaire après la Première Guerre mondiale ralentit fortement le projet d’hôpitaux psychiatriques défendu par Kure Shūzō. En conséquence, la pratique du — l’isolement du malade dans une pièce de la maison (座敷牢, zashiki-rō) — perdura jusqu’au boom des établissements privés après la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est qu’alors, avec les hospitalisations en série, que la société en vint à considérer la possession comme un véritable trouble mental.

Après la guerre, le zoologue publia un ouvrage intitulé , analysant le phénomène de la kitsunetsuki du point de vue de l’éthologie.

Parmi les hypothèses modernes concernant les causes de la kitsunetsuki, figure l’. En septembre 2011, une étudiante japonaise de 21 ans en séjour aux États-Unis commence à souffrir de maux de tête, puis présente des épisodes d’agitation violente, des convulsions, des sueurs, et une perte de conscience accompagnée d’exclamations répétées (« Je vais mourir ! »). Les symptômes — mouvements désordonnés, gestes incontrôlés, visage figé — rappelaient fortement des cas jadis interprétés comme possession ou nécessitant un exorcisme. Après diagnostic, il s’avéra qu’elle souffrait d’encéphalite anti-NMDAr, dont elle guérit grâce à un traitement suivi au Japon et aux États-Unis.

Croyances Populaires Les récits de kitsunetsuki sont des phénomènes largement attestés dans le folklore japonais, se manifestant à travers tout le pays. Historiquement, le kitsunetsuki était souvent décrit comme une forme de maladie mentale de type hystérique ou convulsif, fréquemment observée chez des individus considérés comme intellectuellement faibles ou des femmes particulièrement sensibles à la suggestion. Une tradition de la ville d’Ebina, dans la préfecture de Kanagawa, rapporte même que les anciens y affirmaient que les femmes de foyers touchés par la possession — ou les mères elles-mêmes supposément possédées — étaient souvent « de nature bonne mais dépourvues d’éducation, incapables d’autonomie et s’en remettant toujours aux autres ».

Bien que cette croyance ait largement perdu de son importance, des récits de possession par un renard subsistent encore, comme les allégations selon lesquelles des membres du culte Aum Shinrikyō auraient été possédésJean Miyake-Downey, “Ten Thousand Things”, Kyoto Journal, (extrait), ..

Manifestations et Symptômes Dès l’époque de Heian , des sources décrivent des cas où des personnes se prenaient pour des renards, se comportant ou parlant comme tels. Un trait récurrent dans ces récits est l'attirance marquée pour le (riz cuit avec des haricots azuki) et l’.

Les symptômes pouvaient également inclure de l'apathie, de l'agitation, et une aversion pour le contact visuelT. Yonebayashi, « Kitsunetsuki (Possession by Foxes) », Transcultural Psychiatry, vol. 1, no 2, 1964, p. 95-97.. Un exemple célèbre est le cas du renard , associé à la région de . On racontait que ce renard avait perdu un œil et été blessé à la jambe gauche lors de la bataille de Nagashino. Les personnes qu’il possédait se plaignaient alors de sécrétions à l’œil gauche et de douleurs à la jambe gauche, empruntant la voix du renard pour raconter l’histoire de la bataille.

Dans les Îles Gotō (préfecture de Nagasaki), les seraient capables de conférer des pouvoirs surnaturels à ceux qu’ils possèdent.

Rituels d'Exorcisme Les rituels de variaient considérablement d’une région à l’autre, conduits par des ascètes (gyōja) ou des prêtres shinto (shinshoku). Parmi les méthodes employées, on trouvait : La , qui consiste à brûler des aiguilles de pin. Se faire lécher par un chien, animal que le renard est censé craindre. Boire une décoction d’os de loup, considéré comme plus puissant que le renard. Des épreuves physiques comme les , les ), ou les retraites sous une cascade et dans l’eau froide (takigyō et suigyō). Des pratiques de magie et de malédiction, telles que planter des aiguilles dans une poupée humaine ou des rites de . Faire brûler du soufre en présence de gingembre (à Tabito) ou faire vibrer une corde d’arc dans l’obscurité à Ryōgōchi). Des "purifications rudes" (araharai) impliquant des insultes ou des flagellations.

À l’issue de ces rituels, il était courant d’offrir et de jeter dans une rivière du riz rouge, des lamelles de tofu frites, de sacrées , et des lampes votives.