Bai Baoshan (chinois : 白宝山 ; pinyin : Bái Bǎoshān), né le et exécuté en , est un criminel chinois tristement célèbre pour une série de meurtres et de vols qui ont secoué la Chine continentale entre 1996 et 1997. Son cas a captivé l'attention du public en raison de la brutalité de ses crimes, de son habileté à échapper aux forces de l'ordre, et de l'ampleur de ses actions qui ont fait de lui l'un des criminels les plus recherchés de l'histoire moderne du pays. Initialement délinquant de petite envergure, son parcours criminel a pris une tournure bien plus violente après une période d'incarcération.

Ses crimes se caractérisent par leur planification méticuleuse et leur exécution impitoyable. Il ciblait principalement des postes de garde et des dépôts d'armes à feu, qu'il utilisait ensuite pour commettre des vols à main armée, souvent avec des fusils militaires. Son mode opératoire impliquait une discrétion extrême et une volonté de tuer toute personne qui pourrait l'identifier ou entraver ses plans, faisant de lui une menace redoutable pour la sécurité publique. Ses activités criminelles s'étendaient sur plusieurs provinces (Pékin, le Hebei, et le Xinjiang) laissant derrière lui une série de victimes innocentes et des autorités locales dépassées par son audace et son efficacité.

Sa traque a mobilisé des milliers d'officiers de police et de membres des forces armées, constituant l'une des plus grandes opérations de recherche criminelle jamais menées en Chine à cette époque. Son arrestation en 1997, à la suite d'une enquête exhaustive et une collaboration interprovinciale intense, a finalement mis fin à son épopée de crimes. Son procès et son exécution ont été largement médiatisés en Chine, servant d'avertissement et de symbole de la détermination des autorités à réprimer la criminalité violente. Son histoire continue d'être étudiée dans les cercles criminologiques chinois et est souvent citée comme un exemple marquant de la psychologie criminelle et de l'impact dévastateur qu'un individu peut avoir sur la sécurité publique.

Biographie Jeunesse et première incarcération Bai Baoshan est né le à Pékin dans le district de Shijingshan, au sein d'une famille ouvrière. Ses parents sont tous deux employés de la Société sidérurgique Shougang. En 1960, son père décède et sa mère le renvoie dans la famille à Xushui, dans le Hebei, avant de se remarier. En 1971, à l'âge de quatorze ans, il est ramené à Pékin pour y reprendre sa scolarité à l'école primaire, mais en raison de son milieu familial, il se sent inférieur et abandonne l'école deux ans plus tard pour devenir ouvrier temporaire dans une usine de légumes marinés. En 1976, à l'âge de dix-neuf ans, il est embauché comme manutentionnaire dans la première usine de carbone électrique du district de Shijingshan. C'est là qu'il découvre les armes à feu lors d'un exercice de tir à balles réelles et développe une passion pour le tir. Il emprunte souvent une carabine à air comprimé pour chasser les oiseaux après le travail, et sa maîtrise du tir s'améliore de plus en plus.

À l'âge de vingt-quatre ans, il épouse une ouvrière qu'il a rencontrée à l'usine avec qui il a, un an plus tard, des jumeaux, un garçon et une fille. Les frais pour élever les deux enfants sont élevés, ses revenus sont faibles et la pression économique sur le ménage est énorme. Pour pallier cette situation, il commet avec des complices, entre et , une série de cambriolages et dérobe des vêtements étendus à sécher, des vélos de marque Feng Huang, des vestes, des moustiquaires, des parapluies automatiques, des chaussures et des montres pour femmes. Arrêté le , il est condamné le à 4 ans de prison pour vol et cambriolage. Cependant, en prison, il est reconnu coupable d'autres crimes, notamment : le vol de trois sacs de maïs avec agression de la victime qui se défendait, de 170 pneus de brouette et deux roues complètes dans un atelier, d'un téléviseur, de 160 vannes de tuyauterie et d'un rondin de bois. Le tribunal populaire du district de Xuanwu le condamne pour cela à 5 ans de prison pour vol avec violence et 7 ans pour vol simple, peine arrondie à 11 ans, à laquelle s'ajoutent les 4 ans de la condamnation précédente pour vol, portant sa peine totale à 15 ans. Une lourde sanction qui le choque profondément et il commence à développer de la haine envers la société.

vignette|Shihezi au Xinjiang où est incarcéré Bai de 1991 à 1996. En 1991, il est transféré à la prison de Xin'an à Shihezi, dans le Xinjiang, pour y purger sa peine. En raison de son bon comportement en prison, il obtient le statut de « délinquant occasionnel » (零星犯, língxīng fàn). Grâce à cela, il peut garder le bétail dans les pâturages de la prison et en profite pour en apprendre davantage sur les armes auprès de ses codétenus et des gardes. Parfois, lorsque des moutons de bergers voisins s'égarent sur le territoire de la prison, il les capture et demande aux bergers de les racheter contre des munitions. Sous la contrainte, les bergers n'ont d'autre choix que d'accepter.

En , il attire un de ses codétenus, Li Baoyu, sous prétexte de l'aider à dissimuler de l'argent, et l'assassine à coups de marteau, puis dissimule le cadavre dans une fosse préalablement creusée en terrain montagneux. Il informe ensuite la direction de la prison de sa disparition. Malgré le fait qu'il soit le principal suspect, il n'est pas inquiété en raison de l'absence de preuves et du corps du disparu. La prison fouille le plafond de l'étable et trouve 95 balles de fusil et de pistolet cachées par Bai Baoshan, qui ne fournit d'explications que sur ce point précis. Dans la nuit du , il tue son colocataire de cellule Fu Kejun à coups de marteau pendant son sommeil. Il l'enterre également dans une fosse préparée en amont, puis brûle la couette, le matelas et l'oreiller tachés de sang du défunt.

Le , la police ouvre une enquête sur Bai Baoshan, fortement soupçonné du meurtre. Quelqu'un rapporte l'avoir vu brûler de la literie au petit matin mais Bai refuse d'avouer quoi que ce soit. Les autorités pénitentiaires sont incapables de retrouver le corps et ne peuvent donc pas confirmer qu'il y a eu meurtre. Bai Baoshan est cependant placé en isolement pendant 125 jours. Après avoir rédigé une déclaration d'engagement à corriger son comportement, il reprend son activité de gardien de bétail (ce ne sera qu'après son exécution que les corps des deux prisonniers seront exhumés, grâce à ses aveux. L'un d'eux se trouvait à moins d'un demi-mètre du mur de l'étable). Le , il est libéré un an plus tôt que prévu.

Vague de crimes à Pékin et au Hebei Le , à l'âge de 38 ans, Bai Baoshan retourne à Pékin avec un certificat de libération, ainsi que 75 cartouches de fusil et 50 balles de pistolet obtenues en menaçant les bergers. Avant son incarcération, il vivait avec sa femme et leurs jumeaux dans deux maisons individuelles. Après sa condamnation, sa femme avait divorcé et s'était remariée avec quelqu'un d'autre, emmenant les deux enfants. C'est maintenant son frère cadet, sa belle-sœur et leur fille qui vivent dans ces maisons. Pendant les premiers jours de sa libération, il vit dans l'appartement de sa mère situé dans le quartier résidentiel de Moshikou. Il commence à travailler comme vendeur de rasoirs en gros sur des étals à , , et dans d'autres lieux. Sa marchandise est constamment confisquée et il est puni par les agents de l'urbanisme, ce qui le frustre une fois de plus.

Lors de son arrestation en 1997, il avouera que les raisons de ses crimes répétés après sa libération sont principalement au nombre de trois : premièrement, il n'est pas satisfait du verdict pour vol, estimant injuste d'avoir été condamné à 11 ans de prison supplémentaires pour avoir blessé quelqu'un et volé du maïs ; deuxièmement, sa fille lui écrit pour lui dire qu'elle est discriminée et maltraitée à cause des crimes de son père, ce qui le touche profondément et il jure de voler 3 millions de yuans pour leur assurer une vie aisée ; troisièmement, les policiers du poste de police local lui rendent la vie difficile, refusant de lui établir un hukou (户口, « certificat de résidence ») et une carte d'identité, ce qui l'empêche de vivre normalement.

Le , en soirée, il assomme avec une barre de fer un garde posté en sentinelle à la centrale électrique de Gaojing dans le district de Shijingshan, lui volant son fusil semi-automatique Type 56. Le , toujours en soirée, il se cache près de la porte est du quartier général des troupes blindées de la et tire deux coups de feu sur une sentinelle, mais ne réussit pas à s'emparer du pistolet comme il l'avait prévu. La sentinelle blessée est secourue à temps et mise hors de danger. Fuyant en taxi, Bai tombe sur six policiers en patrouille avec qui il engage une fusillade. Il en blesse quatre avant de s'échapper. Dans la matinée du , près de la porte du centre sportif militaire de l'Armée populaire de libération, il tire à trois reprises à courte distance sur une sentinelle nommée Zhao, le tuant sur le coup. Il ignore qu'il n'est pas armé et ne récupère qu'un étui de pistolet Type 54.

vignette|gauche|Bai réussit à s'emparer d'un fusil automatique Type 81 après une attaque réussie le 27 juillet 1996. Il se met en couple avec une femme mariée de son âge nommée Xie Zongfen et originaire du Sichuan. En juillet, il se rend à Xushui au Hebei, pour observer les mouvements des soldats et la situation géographique autour du dépôt de munitions d'un régiment d'artillerie antiaérienne. Il retourne à Pékin le jour même. Le , il enterre des armes à Xushui près de la caserne, à l'intersection d'une usine de tuyaux en ciment et d'un verger. Deux jours plus tard, le , il retourne à Xushui pour la troisième fois. À une heure du matin le , il tire sur trois sentinelles, en tuant deux et blessant le dernier, et vole un fusil automatique Type 81. Après s'être enfui, il enterre l'arme près d'un petit four à briques à côté d'une voie ferrée et retourne à Pékin. En , lui et Xie partent pour la ville natale de Xie, dans le Sichuan, pour acheter une arme à quelqu'un, mais ils reviennent les mains vides. En , lui et Xie se rendent à Xushui pour récupérer le fusil automatique Type 81 et toutes les balles, et enterrent l'autre fusil Type 56. Le , à midi, au marché de gros de cigarettes de à Pékin, il tue une marchande nommée Xu, lui vole son sac contenant yuans en espèces, et blesse trois personnes dans la rue. Il s'enfuit dans une décharge voisine, enterre son butin et son arme à différents endroits du site, se rend à vélo au marché voisin pour acheter tranquillement des chaussettes à sa maîtresse Xie, puis rentre chez lui.

Vague de crimes au Xinjiang En 1997, après la fête du printemps, Bai et Xie se rendent au Xinjiang dans la ville de Shihezi où il avait été incarcéré. Il y retrouve un ancien compagnon de cellule, nommé Wu Ziming, à qui il propose de « travailler ensemble ». Celui-ci accepte aussitôt et quitte son emploi de garde du corps. Le , ils embarquent tous les deux dans un bus pour Kuitun dans le but d'aller voler des armes au centre d'entraînement militaire de la garnison locale. À 22 heures, ils se faufilent à l'intérieur du site mais, avant même d'avoir pu s'emparer des armes, ils sont découverts par un soldat et prennent la fuite. Ils renoncent à leur projet et retournent à pied à Shihezi pendant la nuit. Interpellés par la police sur la route, Bai met en fuite les policiers en tirant un coup de feu, avant de partir avec son complice. Aucun blessé n'est à déplorer. Le lendemain, après avoir marché pendant plus de 20 heures dans le désert, les deux hommes prennent un bus pour rentrer à Shihezi. Le , ils se rendent à l'armurerie du régiment, près de la prison de Xin'an. Le site n'est pas surveillé. Ils pénètrent à l'intérieur à 18 heures. Ils ne trouvent aucune arme, mais abattent finalement deux chiens de garde.

vignette|C'est autour du lac Tianchi que Bai tue son complice Wu Ziming pour s'emparer de la totalité du butin et éliminer un témoin.