La nécropole de Sant'Andrea Priu est un site préhistorique daté du Néolithique, situé dans la commune de Bonorva, dans la province de Sassari, en Sardaigne (Italie). La nécropole, bien qu'endommagée, constitue l’un des plus vastes et plus importants ensembles funéraires de domus de janas de toute la Sardaigne, comportant encore une vingtaine de tombes. Certaines tombes présentent une architecture extrêmement complexe et presque toutes ont été réutilisées au haut Moyen Âge et/ou à une époque plus récente. La tombe VI, dite « tombe du chef », est constituée de dix-huit cellules. Transformée en église, elle conserve des fresques des époques paléochrétienne et byzantine.
Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.
Historique La première étude sur le site est publiée en 1856 par Giovanni Spano dans son ouvrage intitulé Catacombe di Sant’Andrea Abrìu presso Bonorva. Spano décrit la nécropole comme étant des catacombes ayant servies de refuge aux premiers chrétiens durant les persécutions. Spano identifie la tombe VI comme étant une église chrétienne et bien que son relevé topographique soit idéalisé, sa description constitue un témoignage précieux sur des éléments désormais disparus ou difficilement identifiables. En complément, Spano émet l’hypothèse de l’existence d’un « vico ou oppidum antique » à proximité de la « route centrale romaine », cette hypothèse étant soutenue par la découverte d’une borne milliaire et il mentionne aussi que « dans la plaine en contrebas, on trouve fréquemment des objets romains et de nombreux objets précieux en or, parmi lesquels un gros anneau en or avec une gemme gravée représentant Lucrèce ».
En 1881, S. Vallerò signale la découverte de tombes romaines et d’un sceau en bronze, avec des caractères grecs, appartenant à une dénommée Antonia Rufina, qui constitue un précieux témoignage de la présence d’ateliers de poterie dans la région à l’époque byzantine.
Au début du , A. Taramelli réalise une vaste exploration du site, dont il publie les résultats en 1919 sous le titre Fortezze, Recinti, Fonti sacre e Necropoli preromane nell’Agro di Bonorva, publication qui demeure encore aujourd'hui une référence fondamentale, à laquelle se sont rapportés toutes les études ultérieures, notamment parce qu'elle décrit l'état de la nécropole avant les destructions survenues au milieu du .
En 2025, le site archéologique de la nécropole de Sant'Andrea Priu fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas. En , trois nouvelles domus de janas sont découvertes sur le plateau (domus XVIII, XIX et XX) dans une zone comprise entre les domus XII et XIII.
La nécropole La nécropole a été creusée dans une paroi rocheuse trachytique de 180 mètres de longueur bordant un plateau. La partie orientale de la nécropole est endommagée sur environ de longueur mais le site comprend encore une vingtaine de « domus de janas ». Dans les années 1950, l'utilisation d'explosifs pour extraire de la falaise des matériaux de construction a rendu l'accès aux domus V, VII, VIII, et IX très difficile et plusieurs tombes ont été détruites à la même occasion. En 1967, l’éboulement de la paroi a probablement scellé l'accès à d'autres tombes situées à un niveau inférieur, dont l’existence est attestée par la présence de rigoles d’écoulement sur la roche entre les tombes V et VI. D'autres cavités rupestres visibles au pied de la falaise pourraient correspondre à un ancien village.
Domus I
La tombe est accessible grâce à un escalier en partie moderne. L’entrée, réaménagée à une époque récente, est précédée d’un court couloir d'une largeur de dans sa partie haute mais réduite à au niveau du sol en raison de la présence de deux bancs latéraux. La chambre, en forme de quadrilatère ( sur ), comporte un plafond plat situé à de hauteur au-dessus du niveau du sol qui ne correspond pas forcément au niveau d'origine. Trois tombes de plan elliptique sont creusées le long des parois (de respectivement de long sur de large et de profondeur, de long sur de large et de profondeur et de long sur de large et de profondeur). Au centre, le sol comporte la trace d'un foyer de de diamètre. Les parois ne comportent aucun signe attribuable à un culte chrétien mais l'aménagement des tombes, clairement haut-médiéval, conduit à supposer que la « domus de janas » originelle a été réutilisée entre le et le .
Domus II On accède à la tombe par un escalier moderne. La chambre est précédée d'une antichambre de forme sub-rectangulaire (large de 2,08 m, profonde de 0,85 m et haute au maximum de 1,06 m) à plafond plat et dont le sol descend en pente vers la porte d'entrée (0,76 × 0,82 m) de la chambre. La chambre comporte deux parties. La première partie mesure environ 1,30 × 1,10 m et son plafond est irrégulier. La seconde partie est de forme ovoïde (environ 1,70 × 1 m au sol et 1,05 m de hauteur) et pourrait résulter d'un agrandissement postérieur. Son plancher est situé 0,35 m plus haut que celui de la première partie. Le long de la paroi sud-ouest, le banc rocheux a été rabaissé, cela pourrait correspondre à une phase de réutilisation de la domus à l'époque moderne à caractère érémitique.
Domus III La domus est difficile d'accès en raison d'un escalier aux marches rudimentaires. La porte mesure 0,38 sur 0,60 m. La chambre est composée de deux cellules quadrangulaires alignées encore visibles et comportait une troisième cellule latérale désormais détruite. La première cellule mesure environ 1,70 m de côté pour une hauteur maximale de 1,05 m. On accède à la seconde cellule par une petite ouverture de 0,40 sur 0,60 m. La seconde cellule mesure environ 1,80 × 1,60 m pour une hauteur maximale de 1,02 m. La troisième cellule était accessible par une ouverture (0,52 × 0,64 m) située dans la paroi sud-ouest de la première cellule. L’ensemble devait à l'origine correspondre à un plan cruciforme qui ne fut que partiellement réalisé. Aucune trace de réutilisation n’a été relevée, même si l’on ne peut exclure qu’il y en ait eu.
Domus IV En raison de sa destruction partielle et de son comblement par des pierres, cette domus est désormais inaccessible. Ses dimensions ne sont connues que grâce au relevé effectué par Taramelli.
gauche|vignette|Plan de la domus V dressé par Giarrizzo. vignette|Vue en coupe de la domus V publiée par Taramelli.
Domus V, dite la « tombe en cabane circulaire » La domus est désormais inaccessible, en raison de l’effondrement de la paroi rocheuse où avait été creusé son escalier d’accès mais ses caractéristiques architecturales sont connues grâce au relevé topographique réalisé par Taramelli.
L'antichambre est de forme vaguement rectangulaire (1,70 × 0,80 m) et dispose d'un plafond plat situé à 1,60 m du sol. Trois cupules ont été creusées dans le sol. La porte (largeur 0,60 m, hauteur 1,30 m) donne accès à une chambre de plan circulaire (environ 3,00 de diamètre), d'une hauteur de 1,60 m surmontée d'un plafond de forme conique culminant à environ 2,30 m de hauteur. La forme de la chambre rappelle celle d'une cabane et cette impression est renforcée par une série de sillons incisés, partant d’une rainure creusée tout autour de la base du toit, qui évoque des poteaux destinés à soutenir une couverture. Les parois comportent de petites niches, à gauche et au fonds de la chambre face de l’entrée. De nombreuses cupules et une fosse rectangulaire (1,90 × 0,60 m, profondeur 0,70 m) sont visibles dans le sol. Contrairement à l'opinion de Taramelli, il est admis que la fosse correspond avec certitude à un aménagement tardif, à l'époque romaine ou postérieurement, car son creusement a entraîné la coupure de certaines cupules préexistantes.
Deux cellules secondaires complètent l'ensemble : l’une à droite de l'entrée, avec une ouverture réduite et l'autre à gauche en forme d'arcosolium de 1,37 m, résultant probablement d'un réaménagement ultérieur.
Domus VI, dite la « tombe du chef »
vignette|gauche|Domus VI : plan dressé par Giarrizzo. vignette|Domus VI : vue intérieure depuis le narthex interne (pièce 2).
Le plan de la domus VI est le plus complexe qui soit connu pour un édifice du type « domus de janas ». Actuellement, la partie visitable de la domus s'étire sur de long dans la direction nord-sud et de large dans la direction est-ouest (correspondant aux pièces n°1 à 4 du plan), mais il existe 14 autres cellules adjacentes plus petites, d’accès difficile, correspondant à une surface supplémentaire totale de . Le relevé planimétrique, Francesco Giarrizzo et publié par Taramelli est plus fidèle que celui de de Spano mais il est toutefois incomplet sur plusieurs points (oubli des cupules dans les pièces n°1 et 2, oubli des tombes de la pièce n°2). La domus ayant été partiellement transformée en église chrétienne, Taramelli utilise une nomenclature architecturale correspondant à n’importe quelle autre église rupestre chrétienne médiévale, appelant « narthex » externe la pièce n°1, « narthex » interne la pièce n°2, et bêma ou sanctuaire la pièce n°4.
En l’état actuel, un escalier conduit au « narthex externe », qui correspond à l'antichambre préhistorique, de forme sub-rectangulaire mesurant de largeur selon son axe est-ouest et de largeur du nord au sud, pour une hauteur moyenne de . Le sol correspond à celui de l’époque préhistorique, comme l'atteste la présence de plusieurs cupules. Dans l’angle sud-est, on distingue les traces d’un logement rectangulaire (environ sur ) qui servit probablement à l’installation d'une vasque pour la phiale. Dans l’angle nord-est, des vestiges subsistent d’un sol battu en chaux. Une petite niche hémisphérique de de rayon est visible dans l’angle extérieur nord-ouest, à au-dessus du sol. Une porte à linteau ( de large et de hauteur) comportant un seuil surélevé de permet d’accéder au « narthex interne » (pièce n°2) de forme semi-circulaire (environ de diamètre) dont le sol est creusé par un encastrement rectangulaire (d'environ sur ). Le sol de la pièce n°2, qui monte légèrement du sud vers le nord, est creusé de nombreuses cupules préhistoriques, dont certaines sont regroupées à l’intérieur d’un cercle d’environ de diamètre, situé presque au centre de l’hémicycle. Durant la période byzantine, deux tombes (environ de long sur de large et de profondeur chacune) ont été creusées près du mur nord-est, à gauche de l’entrée. Les parois courbes de la pièce comportent une base de de hauteur et des pilastres de de largeur. Près des tombes, une petite niche a été creusée dans la paroi, à de hauteur, probablement destinée à l'installation d'une lampe à huile.
On accède à la pièce n°3 par une ouverture ( de large sur de hauteur), surmontée d’une architrave moulurée assez imposante, qui devait être fermée par une porte en bois (les trous d'emplacement des gonds sont encore visibles). La pièce n°3 est de forme trapézoïdale (grande base de large, petite base de large, côtés environ de long). Son plafond plat s'élève à environ de hauteur et repose sur deux colonnes effilées ( de diamètre) qui ont conservé des traces de trous destinés à l’installation de grilles en bois. L'inscription latine Ego IANUARIU / DIAKUNU (traduisible par « Moi, Januarius / le diacre ») est visible sur les parois est et sud. La paroi nord conserve des fresques sur deux couches et des traces de peintures exécutées directement sur la roche avec l'inscription incertaine M(ense ?) IVLIVS / D(ie)XXIII sur deux lignes qui ne peut être antérieure au . Le plafond comporte des restes de stuc rouge, certainement antérieurs aux fresques murales.