Le processus de Doha désigne une série de négociations entre l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et le gouvernement de la république démocratique du Congo (RDC), initiées en sous la médiation du Qatar. Ces pourparlers visent à résoudre pacifiquement le conflit qui oppose l'AFC/M23 au gouvernement congolais dans l'est de la RDC depuis .

Les négociations débutées le , font suite à une rencontre entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, également médiée par le Qatar, qui réaffirme leur engagement en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel. Malgré un contexte de tensions et d'accrochages sur le terrain, notamment dans la province du Sud-Kivu, les échanges sont décrits comme délicats mais actifs.

Un progrès significatif est réalisé le lorsque les deux parties publient une déclaration conjointe annonçant leur intention de travailler ensemble pour parvenir à une trêve. Les discussions bénéficient également de la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur les deux parties, qui négocie parallèlement un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, dans le conflit qui oppose les deux pays.

Début , un nouveau cycle de négociations est confirmé à Doha, faisant suite à la signature d'un accord de paix entre la RDC et le Rwanda obtenu à Washington, le . Cependant, les négociations sont tendues, chaque camp accusant l'autre de renforcer ses positions militaires. Malgré cela, un accord de principe est signé le , établissant un cadre pour un cessez-le-feu permanent et engageant les parties à rechercher une résolution pacifique du conflit par la diplomatie et la négociation.

Cet accord prévoit un mécanisme de supervision pour assurer le respect du cessez-le-feu, la collaboration avec des organisations internationales pour protéger les civils, et des mesures de confiance pour rassurer la population et faciliter le dialogue. Il met également l'accent sur la restauration de l'autorité de l'État et le retour des réfugiés et des déplacés dans des conditions sûres et dignes. Les négociations directes pour un accord de paix global doivent commencer avant le , avec pour objectif de finaliser cet accord avant le .

Contexte

L'est de la république démocratique du Congo (RDC) est une région riche en ressources mais marquée par des conflits persistants depuis plusieurs décennies. Ces conflits résultent de facteurs complexes : griefs historiques, tensions ethniques, intérêts locaux, nationaux et internationaux, et convoitise des ressources naturelles.. Les racines du conflit remontent aux années 1990, avec des tensions entre communauté autochtones et celles d'origine rwandaise, principalement les Banyarwanda Hutus, causant des milliers de morts au Nord-Kivu. La situation s'aggrave en 1994, après le génocide des Tutsis au Rwanda, avec l'arrivée dans l'est du Zaïre, d'environ un million de réfugiés Hutus rwandais, parmi lesquels se trouvent des forces génocidaires. Cette arrivée massive déstabilise la région, modifiant les alliances locales et ravivant les conflits ethniques, ce qui conduit aux première et deuxième guerres du Congo (1996-2003). Ces guerres impliquent plusieurs États africains, et entraînent des déplacements massifs de civils, des massacres et des violations des droits de l'homme. Malgré la fin de la deuxième guerre du Congo la présence de groupes armés, comme le Mouvement du 23 mars (M23), les Forces démocratiques alliés (ADF) et les Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR), perpétuent les violences dans la région du Kivu, affectant principalement les populations locales.

De 2012 à 2013, le M23 mène une première rébellion dans le nord-est de la RDC. Cette rébellion est instiguée par des anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), intégrés dans les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), qui accusent Kinshasa de ne pas respecter l'accord de paix du . Comme son prédécesseur (le CNDP de Laurent Nkunda), le M23, soutenu par le Rwanda, parvient à s'emparer de vastes territoires du Nord-Kivu, allant jusqu'à prendre le contrôle de Goma, ce qui suscite une forte mobilisation de la communauté internationale. En , la rébellion est vaincue par une campagne conjointe de l'armée congolaise et de la MONUSCO, la force locale de maintien de la paix des Nations unies. Le M23 est largement démantelé et ses combattants désarmés puis transférés dans des camps de réfugiés en Ouganda et au Rwanda. Le , un accord de paix est signé à Nairobi, mettant fin officiellement à la rébellion.

Malgré le démantèlement du M23 les populations de cette région restent soumises à la présence des groupes armés et à leurs exactions, et des combats persistent entre groupes armés et les FARDC. En 2017, le commandant du M23, Sultani Makenga et 100 à 200 de ses partisans fuient l'Ouganda et s'installent dans la zone frontalière entre le Rwanda, l'Ouganda et la RDC. Le groupe reste ensuite discret, mais reprend les armes en , lançant plusieurs offensives mineures contre les positions de l'armée congolaise. En 2021, Le M23, les FDLR, les ADF et la coopérative pour le développement du Congo (CODECO) figurent parmi les milices les plus actives des 120 groupes armés identifiés dans l'est du pays.. Les provinces du Nord-Kivu, et de l'Ituri sont placés en état de siège par le gouvernement congolais depuis , en réponse à la recrudescence des conflits..

vignette|Répartition des groupes armés dans l'est de la RDC en date de , en rouge le M23 La situation sécuritaire se détériore à partir de 2022 avec l'intensification du conflit par le M23, qui, soutenu par l'armée rwandaise selon plusieurs rapports de l'ONU, lance une offensive au Nord-Kivu contre les FARDC. Cette escalade conduit à une crise humanitaire majeure, avec des milliers de personnes déplacées et des infrastructures détruites.. Les responsables du M23 soutiennent que des factions au sein de leur groupe avaient relancé les hostilités, invoquant le non-respect par le gouvernement congolais des engagements pris dans le cadre de l'accord de paix signé en 2013. Ils justifient également leurs actions en déclarant vouloir assurer la protection de la communauté tutsie du Kivu face aux agressions perpétrées par des groupes armés hutus, notamment les FDLR, et affirment que les Tutsis congolais sont persécutés par l'Etat congolais.

Début 2025, le M23 parvient à prendre le contrôle de plusieurs localités clés, dont Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu.. La prise de Goma provoque des réactions internationales, avec des appels au retrait des troupes rwandaises par les États-Unis, l’Union européenne et les Nations unies, dont le secrétaire général, appel pour la première fois depuis la résurgence de la rébellion les forces rwandaises à « cesser de soutenir le M23 et à se retirer du territoire de la RDC ». Cependant, peu de sanctions concrètes sont mises en place, entraînant des critiques sur l’inaction perçue de la communauté internationale. Les efforts diplomatiques se sont intensifiés, notamment avec l’implication de pays africains et d’organisations régionales dont le sommet entre les membres de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour aborder la situation sécuritaire dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC), qui abouti à la fusion des processus de Luanda et Nairobi, ainsi qu'à un appel à un cessez-le-feu inconditionnel. Mais les résultats concrets de ces efforts restent limités : dans les jours qui suivent le sommet le M23 prend le contrôle de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, et continue son expansion territoriale dans l'est du pays, s'emparant en de la ville de Walikale.

Début des négociations En , des discussions ont lieu entre l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et le gouvernement de la république démocratique du Congo (RDC) sous la médiation du Qatar à Doha. Ces pourparlers visent à trouver une solution pacifique au conflit qui ravage l'est de la RDC depuis , et oppose l'AFC/M23 au gouvernement congolais.

Les négociations débutent le , marquant la première rencontre directe entre les deux parties depuis longtemps. Cette initiative fait suite à une rencontre entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, également mediée par le Qatar, qui réaffirment leur engagement en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.

Les discussions à Doha se déroulent dans un contexte de tension, avec des accrochages sur le terrain, notamment dans la province du Sud-Kivu, où des combattants soutenant les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) ont repris plusieurs villages. L'AFC/M23 accuse les FARDC de violer la trêve et menace de réactiver ses fronts militaires, ajoutant une pression supplémentaire aux négociations.

Malgré ces tensions, les échanges sont décrits comme délicats mais actifs. Les deux parties y abordent des questions jugés sensibles, telles que la nature du conflit et les mesures de confiance à instaurer avant de pouvoir discuter des questions de fond. Un point de blocage notable concerne l'insistance de l'AFC/M23 pour que son cas soit traité séparément du différend entre la RDC et le Rwanda, ce que Kinshasa conteste.

Le , un progrès significatif est réalisé lorsque les deux parties publient une déclaration conjointe annonçant leur intention de travailler ensemble pour parvenir à une trêve. Bien que ce texte ne constitue pas encore un accord de cessez-le-feu, il représente une avancée importante dans les négociations, marquant la première communication officielle conjointe depuis le début des pourparlers.

Les discussions bénéficient également de la pression diplomatique et économique exercée par les États-Unis sur les deux parties, mais les négociations, produisent peu de résultats concrets.

Nouveau cycle de négociations Début , alors que le M23 et la RDC ont confirmé leur participation à un nouveau cycle de négociations à Doha, et qu'un Accord de paix entre la république démocratique du Congo et le Rwanda a été signé à Washington D.C.., les négociateurs du M23 accusent Kinshasa de ne pas prendre le processus au sérieux, et énoncent une série de « mesures de confiance » pour faciliter les discussions, incluant la libération de plusieurs centaines de prisonniers et la levée des mandats d’arrêt contre des membres du M23 et de l’AFC. Thérèse Kayikwamba Wagner, la ministre congolaise des Affaires étrangères, répond que ces doléances doivent être discutées dans le cadre du processus de Doha. Selon une source diplomatique, le M23 cherche à dicter les conditions de la paix, refusant de subir les discussions après avoir obtenu des avantages sur le terrain militaire, alors que le groupe d’experts de l’ONU, dans son dernier rapport, estime que l’AFC/M23 n’a pas fait preuve d’un véritable engagement en faveur d’un règlement négocié de la crise.

Le , le nouveau cycle de pourparlers se tient à Doha entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23. Ces négociations sont considérées comme la suite de l'accord de paix signé à Washington le , qui a permis de traiter certains aspects du conflit, notamment l'engagement de Kinshasa à neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et celui de Kigali à lever ses mesures défensives du territoire congolais sous condition du démantèlement des FDLR. Cependant la question de l'AFC/M23 avait été laissé en suspens, et désigné explicitement comme devant être traité dans le cadre du processus de Doha.