Les opérations extérieures iraniennes désignent les actions menées par la République islamique d'Iran depuis la Révolution islamique de 1979 dans des pays étrangers, en utilisant des méthodes militaires, de renseignement, diplomatiques, cybernétiques, ainsi que des proxys ou des sous-traitants, tels que des réseaux criminels. Ces opérations sont principalement dirigées par la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC-QF), avec le soutien du ministère du Renseignement iranien et d'autres entités étatiques et non étatiques. Les opérations extérieures de l’Iran s’étendent sur les cinq continents, et particulièrement au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie centrale, en Amérique latine et en Europe.

Contexte À la suite de la révolution islamique de 1979, l’Iran a vu son système de gouvernance transformé en une république théocratique. Le nouveau régime s’est fondé sur la doctrine du velayat-e faqih (tutelle du juriste islamique), visant à modifier le statu quo régional, à s’opposer à l’influence occidentale — en particulier celle des États-Unis — tout en soutenant les mouvements chiites et anti-israéliens à l’échelle mondiale. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), créé dans les années 1980, a pris la tête de l'exécution des opérations à l'étranger

Depuis plus de , et de manière intensifiée depuis 2018, le gouvernement iranien s’appuie régulièrement sur des groupes criminels et des réseaux partenaires dans d'autres pays pour atteindre ses objectifs. Ces actions permettent à l’Iran de maintenir un certain degré de déni plausible tout en poursuivant ses intérêts politiques et sécuritaires.

Europe Ces dernières années, l’Iran a exporté son modèle de guerre par procuration du Moyen-Orient vers l’Europe, en sous-traitant ses opérations à des réseaux criminels européens. Dans la plupart des pays européens, l’Iran utilise ces réseaux criminels pour mener des assassinats, des enlèvements, de l’espionnage, de la surveillance et d’autres opérations, visant principalement des dissidents ainsi que des cibles et intérêts américains, israéliens et européens.

Suède

La Suède est récemment devenue connue pour les activités criminelles du réseau Foxtrot, dirigé par Rawa Majid (également connu sous le nom de « Renard kurde »). Ce réseau criminel a renforcé ses liens avec l’Iran, agissant en tant que mandataire, notamment en ciblant des groupes israéliens et juifs. Il est impliqué dans le trafic de drogue, le trafic d’armes, des fusillades et des assassinats commandités. Le Service de sécurité suédois a confirmé que l’Iran utilise des réseaux criminels en Suède pour mener des actes violents contre des États et des individus qu’il considère comme des menaces, y compris des dissidents et des représentants d’États tels qu’Israël. Le mode opératoire du réseau Foxtrot est connu pour le recrutement de mineurs dans ses attaques, la loi suédoise interdisant les poursuites judiciaires contre les moins de .

Tentative d’attentat contre l’ambassade d’Israël –

Le réseau Foxtrot est à l’origine de la tentative d’introduction de grenades à l’ambassade d’Israël à Stockholm, faisant suite à une demande directe des services de renseignement iraniens.

Attaque par arme à feu contre l’ambassade d’Israël –

Cette attaque, survenue en , a également été liée au réseau Foxtrot par les services de renseignement suédois et israéliens, comme la tentative d’attentat de janvier.

Ciblage des installations d’Elbit Systems à Göteborg et Stockholm

Selon une importante enquête européenne, le réseau Foxtrot aurait été guidé par l’Iran pour viser des sous-traitants israéliens de défense, notamment les installations d’Elbit Systems situées à Göteborg et à Stockholm.

Projets d’enlèvements et d’assassinats

Le réseau Foxtrot aurait reçu une liste de cibles de l’Iran, comprenant des attaques contre les ambassades israéliennes, des frappes contre des entreprises de défense, des enlèvements et assassinats d’Israéliens à travers l’Europe, ainsi que des attaques contre des installations communautaires juives et des synagogues.

Royaume-Uni Depuis la fin des années 2010, les services de renseignement et de sécurité britanniques ont constaté une intensification de l’implication de l’Iran au Royaume-Uni. Téhéran s’appuie sur des réseaux criminels et des groupes du crime organisé pour faire avancer ses intérêts et mener des opérations clandestines au Royaume-Uni et à travers l’Europe. Cette méthode permet aux acteurs étatiques iraniens, en particulier le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et le Ministère du Renseignement et de la Sécurité (MOIS), de se protéger contre toute exposition directe tout en exploitant les ressources et l’expertise des milieux criminels locaux.

Projet "The Wedding" (Le Mariage) – 2022

Ce projet, conçu par le CGRI, visait à assassiner deux journalistes iraniens à Londres, affiliés à Iran International, une chaîne d’information en persan critique envers le régime iranien. Sima Sabet et Fardad Farahzad furent pris pour cibles en par l’unité 840 — une unité secrète des opérations spéciales au sein de la Force Al-Qods du IRGC — et furent désignés par les noms de code la mariée et le marié. Grâce à l’intervention d’un agent double, le complot a échoué.

Tentative d’attaque contre l’ambassade d’Israël à Londres – 2025

En , la police britannique a arrêté cinq individus, dont quatre ressortissants iraniens, soupçonnés de planifier une attaque contre l’ambassade d’Israël à Londres. Les arrestations ont eu lieu lors d’opérations coordonnées dans plusieurs villes: Swindon, Londres (Ouest), Stockport, Rochdale et Manchester. Cette opération antiterroriste d’envergure a été qualifiée par les autorités britanniques comme l’une des plus importantes de ces dernières années. Selon d’anciens responsables du renseignement et des sources sécuritaires, les suspects seraient liés à l’unité 840.

Mesures britanniques de contre-ingérence

Depuis 2022, le MI5 et la police ont déjoué au moins 20 complots liés à l’Iran sur le sol britannique. Les renseignements montrent que l’Iran paie des criminels locaux au Royaume-Uni pour commettre des actes de violence et de l’espionnage. Selon certaines sources, le directeur du MI5, Ken McCallum, s’est engagé à accorder la plus grande attention au risque d’une intensification ou d’un élargissement de l’agression étatique iranienne au Royaume-Uni.

Allemagne Selon plusieurs sources, l’implication de l’Iran dans la criminalité en Allemagne est devenue un problème de sécurité majeur. Les services de renseignement iraniens recrutent des criminels locaux pour espionner, menacer ou attaquer des personnes juives, des Israéliens et des opposants politiques. Ils s’appuient souvent sur des individus issus du milieu criminel européen — trafiquants de drogue, membres de gangs ou anciens détenus — pour exécuter ces missions. De cette manière, l’Iran peut nier toute responsabilité et rester à distance des opérations elles-mêmes.

Attaques contre des synagogues – 2021

En 2021, l’Iran a utilisé les Hells Angels allemands et leur chef Ramin Yektaparast, un ressortissant germano-iranien, pour mener deux attaques contre des synagogues : l’une à Bochum et l’autre à Essen.

Complot de 2025 visant des Juifs et des Israéliens

En , les autorités allemandes et danoises ont déjoué un complot de la Force Al-Qods iranienne visant des individus et institutions juives à Berlin. Un citoyen danois, Ali S., d’origine afghane, a été arrêté pour avoir effectué des missions de surveillance sur des cibles potentielles. Il doit être extradé vers l’Allemagne.

Mesures de contre-ingérence allemandes

Les autorités allemandes, en coopération avec la police française, ont empêché plusieurs complots soutenus par l’Iran. Ces projets comprenaient des plans visant à assassiner des personnes juives et à incendier des entreprises appartenant à des Israéliens. Grâce au travail de renseignement et d’infiltration, les forces de sécurité ont arrêté les suspects et les ont placés en détention avant leur procès. Certains de ces suspects étaient directement liés à des agents iraniens.

France

Ces dernières années, les actions criminelles imputées à l’Iran en France se sont intensifiées, principalement dans le cadre d’opérations soutenues par le gouvernement iranien visant des dissidents, des personnes juives, des Israéliens et des opposants politiques. Le régime iranien s’appuie de plus en plus sur des groupes criminels locaux, tels que des trafiquants de drogue et des gangs, pour mener ces attaques tout en dissimulant son implication directe.

Complot à la bombe en région parisienne – 2018

En 2018, les services de renseignement européens ont révélé qu’un diplomate basé à Vienne, Assadolah Assadi, avait planifié un attentat à la bombe contre un grand rassemblement de l’opposition iranienne près de Paris. Il avait remis des explosifs et à deux ressortissants belges d’origine iranienne chargés de mener l’attaque. Le complot ayant été déjoué, Assadi a été arrêté puis condamné en 2021 en Belgique à de prison.

Affaire « Tournesols »

Mehrez Ayari, un Franco-Tunisien au casier judiciaire chargé, était recherché pour un meurtre commis en 2022 dans le Val-d’Oise. Il a ensuite été lié à la tentative d’assassinat de l’ancien eurodéputé Alejo Vidal-Quadras à Madrid en . Ayari avait des liens avec des groupes criminels en France et en Europe, et aurait été recruté par l’Iran pour exécuter des assassinats à l’étranger.

Attaque contre « Simay Azadi »

Le , « Simay Azadi », un centre médiatique d’opposition iranienne situé à Saint-Ouen-l’Aumône, près de Paris, a été attaqué à l’aide de cocktails Molotov et de tirs d’armes à feu. Les 11 et suivants, des jerricans d’essence ont été déposés devant les locaux. Les autorités françaises ont déclaré que ces actes avaient été commis par des petits délinquants recrutés par le gouvernement iranien.

Réseau de trafic de drogue iranien

Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, a déclaré en que l’Iran aurait engagé des trafiquants de drogue pour mener des opérations secrètes en France. Cela constitue une continuité directe des événements amorcés dès 2018.

Suisse Décès d'une diplomate suisse –

En 2021, une diplomate suisse en poste à l’ambassade de Suisse à Téhéran a été retrouvée morte après une chute du 17ᵉ étage d’un immeuble. Les autorités iraniennes ont affirmé qu’il s’agissait d’un suicide, mais l’enquête suisse a été compliquée par l’absence d’organes clés lors de l’autopsie initiale pratiquée en Iran.

Décès de l’attaché de défense suisse –

En , un attaché de défense suisse s’est effondré dans un hôtel de Téhéran. Il a été rapatrié en Suisse, où il est décédé quelques mois plus tard. Les responsables iraniens ont attribué la mort à des causes naturelles, mais l’incident a suscité des inquiétudes quant à la sécurité des diplomates suisses en Iran.

Italie Un rapport d’enquête publié récemment par Linkiesta, en , révèle la mise en place d’un réseau sophistiqué d’influence et de renseignement iranien basé en Italie. Par le biais de la diplomatie culturelle et de la coopération universitaire, soutenues par un financement de plus d’un million d’euros, Téhéran utilise une équipe installée à son ambassade à Rome pour surveiller, intimider et exercer des pressions sur les dissidents iraniens dans plusieurs villes italiennes. Cela inclut la surveillance en ligne, la filature physique, ainsi que l’usage de menaces visant à réduire au silence les critiques du régime.

Danemark