droite|vignette|318x318px|Carte de la Dacie romaine (106 - 271 ap. J.-C.) montrant les Costoboces au nordLes Costoboces ou Costoboques (Latin : Costoboci, Costobocae, Castabocae, Coisstoboci, grec ancien : Κοστωβῶκοι, Κοστουβῶκοι ou Κοιστοβῶκοι) sont une confédération tribale composée d’éléments daces (ou géto-daces), thraces et peut-être thraco-celtes.
Les Costoboques occupent à l’origine et au cours de l'époque romaine les deux versants des Carpates du Nord, ainsi que la zone située entre les Carpates et le Dniestr. Ils peuvent être très largement assimilés à la culture de Lipitsa qui s’étend sur la Galicie et le nord de la Moldavie à partir du . Des cimetières d’incinération à tombes plates et une céramique tournée à motifs géométriques lustrés distinguent cette culture archéologiqueR. F. Hoddinot, Les Thraces, trad. fr. Paris, 1990, p. 218. Au début du de notre ère, la culture carpienne apparaît et se développe peu à peu à proximité des Costoboques, en particulier au nord de la MoldavieIbid., p. 243. La conquête de la Dacie par Trajan place ces peuples au contact direct des régions contrôlées par Rome : échanges et conflits se succèdent. La culture de Lipitsa constitue désormais une marque des Daces restés libresF. Millar, The Roman Empire and its neighbours, pp. 279 et 305, au voisinage de la Dacie porolissensis. La région occupée par ces populations se trouve alors au confluent d’influences et de pressions diverses : celle de l’Empire romain au Sud et à l’Ouest, celle des populations germaniques à l’Ouest et au Nord, celle des populations sarmates à l’Est. La pression de ces autres populations entraînera d’ailleurs ces Daces libres à entrer dans l’Empire : durant le règne de Marc Aurèle, au cours des guerres contre les Marcomans les Costoboques firent partie des peuples les plus menaçants, un de leurs raids traversa les provinces de Thrace et Macédoine pour aller ravager la Grèce, ils parvinrent jusqu'aux portes d'Athènes, où ils pillèrent le sanctuaire d'Éleusis en 171 ou 170W. Scheidel, "Probleme der Datierung des Costoboceneinfalls im Balkanraum unter Marcus Aurelius.", Historia, 39, 1990, pp. 493-498, avant d'être repoussés par les armées romaines. Peu après, leur territoire est envahi par les Vandales Astingi, ce qui cause probablement leur disparition de la documentation littéraire, à l'exception d'une mention par Ammien Marcellin vers 400 ap. J.-C.
Origine du nom Le nom de cette confédération tribale nous est renseigné par le biais de différentes appellations en latin : Costoboci, Costobocae, Castabocae, Coisstoboci et en grec ancien : Κοστωβῶκοι, Κοστουβῶκοι ou Κοιστοβῶκοι. Selon Ion I. Russu, ce nom dérive d'un vocable en langue thrace signifiant « ceux qui brillent ». Selon lui, le début du nom est un participe parfait passif Cos-to- dérivé de la racine proto-indoeuropéenne kʷek̂-, kʷōk̂-, signifiant "sembler, voir, montrer", composé avec une autre racine proto-indoeuropéenne bhā-, bhō-, "briller". D'autres voient cependant dans ce nom une étymologie celtiqueFaliyeyev (2007) - "Costoboci".
Territoire L'érudition moderne localise ce peuple au nord ou au nord-est de la Dacie romaine. Certains historiens suggèrent que la première mention du nom des Costoboces est à voir dans les Cotobacchi évoqués par Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle, rédigée vers 77 de notre ère. Selon l'auteur, il s'agit d'une tribu sarmate occupant la basse vallée du Don . Cette identification entre Costoboces et Cotobacchi ne fait cependant pas l'unanimité.
Ammien Marcellin, écrivant vers , situe les Costoboques entre le Dniestr et le Danube, probablement au nord-est de la province romaine de Dacie. Dans sa Géographie, publiée entre et Maenchen-Helfen Otto J. (1973) 448, le grec Ptolémée indique quant à lui que les Costoboques vivaient « au nord-ouest ou au nord est » de la Dacie. Un autre peuple nommé par Ptolémée, les Transmonanoi, vivant au nord des Carpates, sont parfois assimilés aux Costoboques.
Durant l'année 170, des costoboques effectuent un raid militaire dans la partie orientale de l'Empire romain. Passant par des villes de Mésie inférieure comme Marcianopolis, Nicopolis Istrum et Serdica, ils atteignent Athènes et Éleusis après être passés par Thessalonique, en Macédoine.
Culture matérielle Le consensus universitaire actuel tend à faire des Costoboques le peuple derrière la culture archéologique de Lipita. Selon Roger Batty cependant, il ne faut pas assimiler trop strictement identités ethniques et cultures matérielles : la culture de Lipita pourrait n'être représentative que d'une portion seulement des peuples composant les Costoboques, formant par essence une confédération. Cette culture matérielle s'est développée et répandue sur le versant septentrional des Carpates, dans la haute vallée du Dniestr et dans le bassin du Prout, à partir de la fin de l'époque de La Tène.
La culture de Lapita révèle un mode de vie sédentaire, fondé sur l'agriculture et l'élevage, le travail du fer et l'utilisation d'une poterie montée au tour rapide. Les établissements ne possèdent pas ou peu d'éléments de fortification, l'habitat est majoritairement constitué de maisons sur fond de cabane semi-excavées (servant de vide sanitaire et de barrière contre l'humidité du sol), associées à des silos creusés pour le stockage du grain, des fours et foyers de chauffage en brique crue.
La production céramique témoigne d'un répertoire des formes très diversifié, montée au tour ou à la main, reprenant pour l'essentiel la tradition de la Dacie pré-romaine. Les formes céramiques découvertes dans la partie nord de l'aire de la Culture de Lipita sont voisines de celles de la Culture de Zarubinsty. Les nécropoles de la Culture de Lipita sont situées généralement en périphérie des centres habités, au contact d'iceux. Le rituel funéraire prédominant est l'incinération et le dépôt secondaire en urnes cinéraires déposées à même le sol. Certaines inhumations étaient réalisées dans des fosses en pleine terre. droite|vignette|300x300px|Les cultures archéologiques de l'Europe orientale à la fin du ; la Culture de Lipita est située au nord du complexe culturel Dace.
Onomastique Les pratiques onomastiques des Costoboques nous sont difficilement accessibles, du fait de la faiblesse du corpus épigraphique et littéraire à leur sujet. Cependant une inscription latine, à vocation funéraire, découverte à Rome, datant du de notre ère, nous permet un bref aperçu de ces pratiques.
L'inscription est dédiée à une Zia ou Ziais la Dace, fille d'un certain Tiatus, et femme de Pieporus, roi des Costoboques. le monument fut érigé par Natoporus et Drigisa, deux petits-fils de Zia. L'inscription fut publiée pour la première fois par l'érudit italien Mariangelo Accursio au , mais est désormais perdue.
Texte de l'inscription D(is) M(anibus)
ZIAI
TIATI FIL(iae)
DACAE. UXORI
PIEPORI. REGIS
COISSTOBOCENSIS
NATOPORUS ET
DRIGISA AVIAE
CARISS(imae) B(ene) M(erenti) FECER(unt)
Traduction « Aux dieux Mânes de Zia(is) la Dace, fille de Tiatus, épouse de Pieporus, roi des Costoboques. Natoporus et Drigisa ont fait faire ce monument pour leur très chère et bien méritante grand-mère. »
Analyse des noms
Drigisa : Il s'agit d'un nom thrace ou dace. Considéré comme une variante de Drigis(s)a, attesté dans le nom d'un vétéran romain de Moesie inférieure, Aurelius Drigisa, et dans le nom d'un légionnaire de Moesie supérieure, Titus Aurélius Drigissa. L'élément final -gis(s)a est fréquent dans l'onomastique dacique. Natoporus : Il s'agit d'un nom thrace ou dace . Un certain Natopor, soldat, est connu par divers ostraka découverts sur le Mons Claudianus en Égypte. On connaît aussi un diplôme militaire romain délivré en 127 ap. J.-C. en Maurétanie Césarienne pour un soldat d'origine dace et ses deux enfants, Nattoporis et Duccidava. La terminaison -por est fréquente dans les noms daces et thraces. On atteste aussi d'une variante de ce nom sur un diplôme militaire délivré en 127 ap. J.-C. en Germanie Inférieure, pour un soldat dace dont le père est appelé Natusis, comportant donc le même élément initial. Pieporus : Il s'agit d'un nom thrace ou dace . La terminaison -por est fréquente dans les noms daces et thraces. Tiatus : Il s'agit d'un nom thrace ou dace . Tiatus est probablement un nom commençant par thia- ce qui est connu pour les noms daces. Un Tiato est attesté sur une inscription chrétienne précoce découverte au Maximianon, un fort romain dans l'est de l'Égypte. Zia ou Ziais : Il s'agit d'un nom thrace ou dace . Zia est un prénom féminin courant et attesté en Moesie Inférieure.
Affiliation ethnolinguistique L'affiliation ethnique et linguistique des Costoboques est relativement incertaine, du fait du manque de preuves déterminantes issues de la documentation épigraphique et littéraire. L'opinion commune généralement admise est que les Costoboques faisaient partie des tribus daciques, au sein des "Daces libres" libres de toute domination romaine. Cependant certains universitaires suggèrent qu'ils auraient pu être tantôt des Thraces, des Sarmates, des Slaves, des Germains, des Celtes, ou encore des Daces issus d'un substrat celtique. Plusieurs hypothèses sont donc en concurrence, que l'on peut résumer par leurs arguments principaux.
Hypothèse dace
Onomastique : la famille du roi Costoboque, Pieporus, avait des noms dont les origines daces sont difficiles à contester. La mention des Dacpetoporiani sur la Table de Peutinger a été interprétée par certains universitaires comme une élision d'un groupe nominal Daci Petoporiani signifiant, « Les Daces du roi Petoporus », Petoporus étant une autre graphie du Pieporus, roi des Costoboques. Le lien entre la culture archéologique de Lipita, présumée être celle des Costoboques, et leurs coutumes funéraires, semblerait montrer une parenté de pratiques et de choix matériels entre cette confédération et la culture des peuples daces, amenant à conclure que les Costoboques seraient eux-mêmes des Daces. L'étymologie : selon Schütte, le suffixe -bokoï que l'on retrouve dans le nom des Costoboques se retrouverait chez un peuple dace, les Sabokoi. Cependant, Batty conteste cette position en s'appuyant sur le fait que la culture de Lipita, certes apparentée au substrat dacique, disparaît au s. ap. J.-C., soit avant l'époque de mention de l'existence et de l'activité militaire et politique des Costoboques comme confédération établieBatty (2008) 375.
Hypothèse thrace
Onomastique : certains universitaires considèrent le nom de Pieporus et de ses petits-enfants comme des noms d'origine thrace. Selon Jazdewski, au début de l'époque romaine, dans la haute vallée du Dniestr, la culture de Lipita porte les marques d'une tradition matérielle thrace sous influence celtique, ou qui aurait absorbé et intégré des éléments d'un substrat ethnique celtique. Le fait que la reine Zia soit désignée comme une Dace dans l'inscription de Rome pourrait indiquer que Pieporus ne le soit pas lui-même, et que les Costoboques ne l'étaient donc de fait pas.
Hypothèse celtique
Le nom Costoboci est considéré par certains universitaires comme d'origine celtique. En particulier, le premier élément serait dérivé de coto-, un radical celtique signifiant "vieux" (comme pour les Cotini, une tribu celtique orientale des Carpates, ou Cottius, roi des celtes ligures Taurini dans les Alpes occidentales ; un des manuscrits de l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien parle d'ailleurs de Cotoboci et non de Costoboci. Faliyeyev considère cette hypothèse comme plausible, mais pas moins que celle d'une origine autochtoneFaliyeyev (2007) Entry on Costoboci.