Le Monument à Bernard Lazare, inauguré en 1908 dans les jardins de la Fontaine de Nîmes et détruit en 1942, était un monument élevé à la mémoire de l'écrivain dreyfusard Bernard Lazare, natif de la préfecture du Gard. Il a été reconstruit à l'identique en 2025.

Histoire vignette|Marius Richard, président du comité effectif. Le projet d'un monument commémoratif dans la ville natale de Bernard Lazare fut exprimé pour la première fois par son ami de jeunesse Pierre Quillard dans une lettre datée du et adressée à de nombreuses personnalitésOriol, ..

En , soit un peu moins de trois ans après la mort de Bernard Lazare, ce projet fut impulsé localement par le journaliste socialiste et dreyfusard Marius Richard (1868-1924), rédacteur en chef de l'édition gardoise de La Dépêche du MidiLe Petit Provençal, 25 juin 1906, .. Dix ans plus tôt, Bernard Lazare avait publié la brochure qui avait permis de relancer l'affaire Dreyfus en dénonçant l'erreur judiciaire dont avait été victime Alfred Dreyfus. En , cette affaire était en train de connaître son épisode ultime : à l'issue de plusieurs années d'instruction, la Cour de cassation s'apprêtait à annuler la condamnation de Dreyfus.

Répondant favorablement à l'appel de Marius Richard, trois comités furent formés : un comité d'honneur mené par le ministre Gaston Doumergue et rassemblant les anciens amis et condisciples de Lazare, un comité effectif présidé par Richard, et enfin un comité d'initiative parisien chargé de seconder les efforts des comités nîmoisLe Républicain du Gard, 2 juillet 1906, -2 et 27 juillet 1906, .. Sitôt l'arrêt de la Cour de cassation rendu public, Richard lança une souscription publiqueLe Républicain du Gard, 14 juillet 1906, . qui fut relayée par L'AuroreOriol, .. Le premier don recueilli fut celui de la veuve d'Émile ZolaLe Républicain du Gard, 25 juillet 1906, .. Au début de l'année 1908, les sommes récoltées s'élevaient à environ francsLe Républicain du Gard, 5 janvier 1908, -2. (équivalentes à près de euros de 2025).

vignette|Photographie de la maquette du monument (Le Progrès, 4 octobre 1908).

Le , Jules Recolin, rédacteur au Petit Provençal et secrétaire du comité effectif, écrivit au docteur Crouzet, maire de Nîmes, président de la section nîmoise de la Ligue des droits de l'homme (LDH) et membre du comité d'honneur, afin de demander officiellement à la ville de Nîmes la cession d'un morceau de terrain situé dans un « coin négligé » du jardin de la Fontaine pour y élever le monumentBulletin municipal, séance du 23 mars 1908, -120.. Le même lettre exposait que les auteurs du projet (choisis par le comité parisien sur les conseils de Léonce Bénédite, directeur du Musée du Luxembourg), étaient les sculpteurs Hippolyte Lefèbvre et Paul Roger-Bloche, et que l'architecte du monument serait Max Raphel, architecte DPLG, professeur à l'École des beaux-arts de Nîmes et vice-président du comité effectif. La cession du terrain fut accordée par le conseil municipal de Nîmes dès le suivant.

Les travaux commencèrent au début du mois de Le Républicain du Gard, 3 juillet 1908, ..

L'inauguration eut lieu le dimanche . Une contre-manifestation antidreyfusarde, antisémite et antirépublicaine ayant été annoncée par la ligue royaliste de l'Action française, un dispositif exceptionnel de maintien de l'ordre fut organisé par le directeur de la Sûreté générale, Célestin Hennion, qui déploya de nombreux policiers et militaires. Sous la présidence de Frédéric Desmons, sénateur du Gard, des discours furent prononcés par ce dernier et par Marius Richard, président du comité effectif, Jules Pieyre, maire de Nîmes, Paul Maitrot de Varenne, représentant du gouvernement en tant que préfet du Gard, Alphonse Mouret, président de la section nîmoise de la LDH, et Pierre Quillard, délégué du comité central de la LDH et ami de Bernard Lazare. Quillard lut également un message de Dreyfus, qui n'avait pu se rendre à NîmesLe Républicain du Gard, 5 octobre 1908, -2. après avoir été victime de l'attentat de Grégori lors de la panthéonisation de Zola quelques mois auparavantOriol, ..

Dispersés par la troupe lors de l'inauguration, les royalistes ne désarmèrent pas pour autant face à ce que l'un de leurs orateurs, Léon Daudet, qualifiait de « statue de fumier »L'Action française, 4 octobre 1908, . Ainsi, en marge du , le monument fut vandalisé une première fois : le buste de Lazare fut tout particulièrement mutilé à coups de marteauLe Républicain du Gard, 15 juillet 1909, .. Le nez, cassé, aurait été remis au chef de l'Action française, Charles Maurras, car celui-ci écrira 24 ans plus tard : « je garde encore dans un tiroir le précieux nez du juif Bernard Lazare que les dreyfusards avaient statufié à l'entrée du jardin de la Fontaine à Nîmes »L'Action française, 19 juin 1943, ..

En 1910, les camelots du roi nîmois, menés par Alfred Gabourdès, fêtèrent ouvertement l'anniversaire de cette « desnasarda » en organisant une parodie de dépôt de gerbe devant le monumentL'Action française, 16 juillet 1910, .. Un second acte de vandalisme eut lieu dans la nuit du 15 au , quand des individus barbouillèrent d'encre la figure allégorique féminineLe Républicain du Gard, 17 juin 1912, ..

vignette|Photographie de la démolition du monument publiée en « une » du Matin du 12 juin 1942.

Un nouveau barbouillage, plus étendu que le précédent, eut lieu en L'Action française, 25 mars 1942, ., fournissant aux autorités vichystes le prétexte pour ordonner le démantèlement complet du monument. Étrangère à la mobilisation des métaux non ferreux (l’œuvre étant en pierre) mais pas à l'antisémitisme viscéral du régime de Vichy, cette opération fut effectuée trois mois plus tardLe Matin, 12 juin 1942, et 4..

Après la Seconde Guerre mondiale, les derniers débris de la sculpture de Lefèbvre et Roger-Bloche, remisés au musée du Vieux Nîmes, servirent de matière première aux fondations de la pyramide du monument des Martyrs de la Résistance sur l'avenue Jean-JaurèsOriol, ..

Renaissance En 2024, un collectif Histoire et Mémoire soutenu par la Fondation du patrimoine a ouvert une souscription pour financer la reconstruction à l'identique du monument de 1908 et son installation à son emplacement initial Tony Selliez et Julia Beaufils, « L'invité de 8h15 : David Storper, président du collectif Histoire et mémoire, à Nîmes », France Bleu Gard Lozère, 22 mai 2024 (consulté le 23 juillet 2025)..

Le nouveau monument, réalisé par l'atelier Bouvier, est inauguré le , en présence du premier adjoint à la maire de Paris Patrick Bloche (arrière-petit neveu du sculpteur Paul Roger-Bloche)Bernard Lazare retrouve ses terres d’origine et s’installe aux Jardins de la Fontaine, Midi Libre, 14 décembre 2025..

Description vignette|Carte postale, vers 1908-1909.

Adossé au versant rocheux de la colline du mont Cavalier, près de l'entrée des jardins, le monument était haut de 6 mètres. Ayant l'apparence d'un bloc de pierre à peine ébauché, il comportait, en relief, le buste de Lazare, dû à Roger-Bloche, ainsi qu'une figure allégorique féminine tenant un flambeau, sculptée par LefèbvreLe Républicain du Gard, 13 septembre 1908, .. Il s'agirait de la Vérité qui, contrairement à l'iconographie habituelle, n'est pas nue mais se révèle en soulevant le voile qui la coiffe.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Philippe Oriol, Bernard Lazare, Paris, Stock, 2003, -17 et 410. Liens externes

Catégorie:Sculpture en pierre Catégorie:Sculpture française du XXe siècle Catégorie:Monument détruit en France Lazare, Bernard