Pierre-Joseph Hurth, CSC, STD ( - ) est un archevêque de la Congrégation de Sainte-Croix, un évêque missionnaire dans les Indes britanniques et aux Philippines.
De nationalité allemande et naturalisé américain, il est le premier évêque catholique américain envoyé en Asie.
Toute sa vie, Pierre-Joseph Hurth fut un pionnier et un bâtisseur. Émigré aux États-Unis à l'âge de , il entre dans la Congrégation française de Sainte-Croix à l'Université Notre-Dame (Indiana). Il dirigea ensuite deux collèges universitaires, Saint-Joseph (Cincinnati) et Saint-Edouard (Texas). Il fit de ce dernier l'un des instituts éducatifs pionniers des États du Sud.
Il continue son œuvre de bâtisseur comme évêque de Dacca (actuel Bangladesh). Il est alors connu pour avoir rebâti son diocèse, détruit par un tremblement de terre et un cyclone, en 1897. De 1913 à 1926, il œuvre dans le diocèse de Nueva Segovia, aux Philippines. Il occupe une place importante dans l’Église de cet archipel. Il est même pressenti pour devenir archevêque de Manille en 1916, mais sans succès. Pierre-Joseph Hurth est surtout connu pour sa dévotion envers l'Eucharistie. Il organise la première convention eucharistique nationale des États-Unis, en .
Il meurt le jeudi , assisté par le serviteur de Dieu Wiliam Finnemann. Son corps repose dans la sacristie de la cathédrale Saint-Paul de Vigan.
Les premières années Pierre-Joseph Hurth est né le à Nittel, en province de Rhénanie, royaume de Prusse, village situé au bord de la Moselle, en face du Luxembourg. À l'époque, Nittel se trouvait dans la province du Rhin et aujourd'hui elle appartient à l’État de Rhénanie-Palatinat.
Il est en parenté avec , évêque de Berlin (1934-1935) et confesseur de la bienheureuse Blandine Merten..
Un fils de la Moselle (1857-1873) Pierre-Joseph est le plus jeune des trois enfants de Pierre Hurth (1822-1873), entrepreneur en bâtiment et de sa femme, Suzanne Wolf (1816-1894).. Il reçoit une éducation en vue d'exercer le commerce. Mais avant de terminer l'école élémentaire à Nittel, il est nommé répétiteur à l'âge précoce de .. C'est ainsi qu'il fait la connaissance des prêtres de la paroisse. Souvent il leur rend des services. Ceux-ci lui font connaître les auteurs classiques. Ses études éveillent dans le jeune homme le désir de devenir prêtre. IL fait ensuite son lycée dans la ville de Trèves, intègre une école d'instituteurs puis enseigne en tant qu'apprenti instituteur aux jeunes classes dans la ville voisine de Luxembourg. Là-bas il se lie d'amitié avec le père Hofman, secrétaire de l'évêque du Grand-Duché. Pierre-Joseph Hurth souhaite depuis quelque temps devenir prêtre. Cependant la politique anticatholique de Bismarck, connue sous le nom de Kulturkampf, l’empêche de réaliser son souhait. Les séminaires sont en effet fermés. Le père Hofman ménage alors une entrevue avec un missionnaire aux États-Unis, le père John Lauth. Celui-ci, originaire de Bous au Luxembourg, est de passage pour visiter les siens. Il présente au jeune homme la Congrégation de Sainte-Croix. Cette jeune famille missionnaire française à laquelle il appartient possède un établissement universitaire, l’université Notre-Dame, aux États-Unis, en Indiana. Pierre-Joseph Hurth se laisse facilement convaincre de traverser l’Atlantique afin de suivre son appel.
Départ pour les États-Unis (1874) Au printemps de 1874, trois jours avant son anniversaire, il quitta son pays pour l'Amérique. Pierre quitta Nittel le 27 mars 1874, trois jours avant ses . Comme il était encore mineur, il demanda l'autorisation à sa mère.. À Anvers, il embarqua sur le , un bateau à vapeur de la compagnie Red Star Line. Lorsqu'il arriva à New York au matin du ., un si grand nombre de ses compagnons étaient luxembourgeois au Castle Garden qu'on le prit pour lui-même par erreur pour l'un d'entre eux. Hurth ne se formalisa pas de cette erreur ni de la faute d’orthographe de son nom – Pierre Hurt; "Switzerland", Ship Arrival List, 9 May 1874, New York City, New York, USA; in Ancestry.com [subscription service], New York, Passenger Lists, 1820-1957 [online database and images], (Provo, UT: Ancestry.com Operations, Inc., 2010), Sheet 7, Line 13..
Hurth était venu pour poursuivre ses études. Il se rendit donc à sa destination, l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana. Il rentre officiellement dans la congrégation de Sainte-Croix le . Après une période de postulat, il devient novice le . Lors de cette cérémonie solennelle, il reçoit l’habit noir de la congrégation.
Rapidement et comme à son habitude, il se fait remarquer de ses supérieurs par son énergie et son enthousiasme communicatif. Le maître des novices, un homme sévère originaire du Nord de la France, le père Augustin Louage, le choisit comme son assistant. Il le tient en grande estime et lorsque le père Louage, une fois devenu premier évêque de Dacca (Bengale oriental), sentira ses forces décliner, il proposera au Saint-Siège de nommer le Père Hurth comme son évêque coadjuteur.
La période de son noviciat n’est pas encore terminée et celle-ci est bien rude. La nourriture n’est pas très savoureuse, on chauffe peu et les récréations ne font pas forcément partie de l’emploi du temps. A la fin de sa vie, Pierre-Joseph Hurth raconte à son petit-neveu, Pierre Mueller, qu’une grande partie de son noviciat avait été occupée à reconstruire la base du célèbre dôme doré de l’Université, emporté par un incendie en 1879. Il reconnaît lui-même qu’il était l’un des novices les plus vigoureux, travaillant plus de par jour.. vignette|La chapelle Saint-Roch à Köllig (Nittel) où Pierre-Joseph Hurth fut baptisé C’est à cette époque qu’il approfondit sa dévotion à l’eucharistie, véritable fondement de sa spiritualité. Les adorations de jour et de nuit dans la Log chapel, chapelle de rondins de bois de l’université, dans le froid des rudes hivers de l’Indiana, le marquent durablement.
Après son noviciat, le jeune Pierre-Joseph Hurth se prépare à la prêtrise. Pendant cette période, cruciale pour la formation d’un prêtre, ses supérieurs estiment qu’il peut également occuper des postes à responsabilité sur le campus. Ainsi, en , il est nommé directeur de la Manual Labor School, l’école de travail manuel de l’université. Il y enseigne les humanités. Il dirige également des associations sportives et religieuses. Hurth, déjà très estimé est présenté comme .. Quelques mois avant son ordination, en 1879, Pierre-Joseph Hurth quitte l’Indiana pour l’État voisin de l’Ohio. On l’affecte au collège universitaire Saint-Joseph de Cincinnati où il occupe le poste de directeur des études. Les dimanches, on l’appelle souvent pour prêcher, en tant que diacre, dans les différentes paroisses de la ville.
Le , le jour de ses , il est ordonné prêtre à la cathédrale de Covington par . Le de la même année, il est nommé président du collège Saint-Joseph, faisant de lui Archives de la Province des frères du Midwest de la Congrégation de Sainte-Croix, An early history of Holy Cross in Bengal, mémoires du Père Francis Boeres au Bengale oriental, non publiées, 1929..
Président de collèges universitaires
Au collège Saint-Joseph (1880-1884) De 1880 à 1884, le père Hurth fut président du Collège universitaire Saint-Joseph (aujourd'hui le College of Mount Saint Joseph) à Cincinnati, dans l'Ohio. Pendant ces quatre années, le père Hurth imprime déjà sa méthode d’éducation et d’administration au collège Saint-Joseph. Organiser efficacement les cours, créer un esprit d’école, édifier une annexe moderne aux bâtiments vétustes, régler des dettes de longue date, tels sont les grands travaux que Hurth entreprend durant cette courte période. Les journées sont alors très intenses. Tandis que sept heures de la journée sont consacrées à la formation des jeunes étudiants, les soirées servent à enseigner quelques jeunes religieux en théologie sous la houlette du père Hurth. Celui-ci reste étudier jusqu’à minuit. Il ne s’accorde alors aucun repos. .. Le succès s’invite rapidement et les effectifs du collège passent de 100 à . Il quitta cet endroit en tant que citoyen américain, muni d'un nouveau passeport. Il avait été naturalisé le Peter Joseph Hurth, South Bend, Indiana, USA, Passport Application 5923, applied 11 July 1917; in Ancestry.com [subscription service], Passport Applications, 1795-1925 [online database and images], (Provo, UT: Ancestry.com Operations, Inc., 2007), 1906-1925, 1917, Roll 382, Image 145. Son passeport révèle les particularités suivantes : il mesurait , avait les yeux gris, des cheveux blonds, le teint clair, un nez en trompette, une large bouche, un menton rond et un visage rond. À cela s'ajoutera plus tard une caractéristique qui lui était propre, à savoir une barbe bien fournie, en éventail Peter J. Hurth, Cincinnati, Ohio, USA, Passport Application 12040, applied 17 June 1884; op. cit., 1882-1887, 1884, Roll 266, Image 110.
Au début de l’année 1884, le père Hurth, exténué par ses années de labeur, reçoit la permission de prendre des vacances en Europe afin de visiter sa vieille mère, à Nittel, en Moselle. Ce sera la dernière fois qu’il la reverra. De retour, il est envoyé comme curé à Sturgis dans le Dakota, une mission de la Congrégation. Il n’y reste que quelques semaines. Il y trouve des conditions de vie difficiles et éprouvantes. Longtemps il se rappellera de cette époque où seul un petit morceau de pain servait de repas.. Pierre-Joseph Hurth y rencontre sa première grande difficulté. Ses supérieurs l’appellent rapidement à une autre tâche, celle de seconder le président d’un autre collège universitaire, nouvellement fondé.
Au collège Saint-Edouard (1884-1894) vignette|Bâtiment principal de l'Université Saint-Edouard que le père Hurth fit construire dès 1888 Direction plein Sud, à Austin, dans le Texas. Le père Hurth y dépose ses valises pour la rentrée 1884. Là-bas, la situation n’est pas brillante. Des baraques en bois constituent le logement des étudiants. Le vaste couvert d’un grand chêne sert de réfectoire. Les présidents se succèdent.
.. Le père Hurth se met rapidement à la tâche. En 1885, il obtient du gouvernement texan une charte pour le collège universitaire. Devant ses facilités de commandement, il est promu président du collège Saint-Edouard en 1886.
De 1886 à 1894, le père Hurth ne ménage pas sa peine pour donner des structures pérennes à l’institution dont il a la charge. Il commence par insuffler un nouvel esprit communautaire en lançant l’Echo, la toute nouvelle revue universitaire. Puis il crée la compagnie des , une association paramilitaire active sur le campus. Sa grande réalisation reste néanmoins la construction en 1888 d’un grand bâtiment en pierre, néo-gothique, dont la haute tour deviendra l’emblème de l’établissement.
À côté de ses fonctions éducatives, le père Hurth multiplie les activités dans le diocèse de San Antonio, nouvellement créé. Il se rend, à la fin de chaque semaine, dans des missions dispersées dans un rayon de autour d’Austin. Il participe à la création d’un journal, le Messager du Sud, qui couvre l’immensité du diocèse. Il prête ses qualités oratoires lors des grands événements diocésains. Il structure, sous l’impulsion de son évêque, , la vie des prêtres texans autour de la Ligue eucharistique des prêtres, fondée en France à la fin du siècle. Son activité est débordante. vignette|Capitole d'Austin où le père Hurth fait un discours et une prière en 1891 Deux événements particuliers témoignent de la popularité dont il jouit alors. En 1891 les députés texans, bien que majoritairement protestants, l’invitent à ouvrir la session annuelle de la législature par une prière. De plus en il organise avec le père Bede Maler OSB, le premier congrès eucharistique des États-Unis. C’est à cette occasion qu’il se présente pour la première fois en habits d’évêque, sa nomination ayant eu lieu en juin de cette même année.
évêque de Dacca